COMPLÉMENTAIRE
AUTiaE I".
Correspondance accessoire de d'Andilly solitaire.
Nous avons donné assez de place aux parties essentielles de la correspondance de d'Andilly pour être dispensé de nous étendre beaucoup désormais sur les autres parties de cette correspondance* — On y trouve encore quelques lettres qUe Robert adresse à -la cour, du fond de sa retraite. Celle qu'il écrit au roi pour le féliciter de gouverner par lui-même [26 mars 1661] est remarquable par l'élévation des sentiments, par la justesse des vues et aussi par la hardiesse des insinuations., où percent à la fois ses regrets pour lui-même et ses espérances, hélas! bientôt déçues, àl'égard de Port-Royal. — Plusieurs autres lettres, également adressée^ au roi, ou à des personnages éminents, sont des actes de la complaisance et des preuves de l'activité de Robert, dont la plume élégante et énergique se met souvent au service de ses amis. Presque toutes contiennent des plsdntes ou des plaidoyers. On y accuâe le pouvoir, ou Ton s'y défend contre lui, toujours avec respect, mais avec cette pointe d'opposition qui attirait à Port-Royal tant de mécontents.
Quelques lettres enfin sont relatives aux affaires personnelles, aux études, aux distractions du solitaire. — Une correspondance qui pendant douze ans [1669-1671] s'engage entre lui et un sieur Jonquet, de Toulouse, pour le recouvrement d'une somme de 3^000 livres, prouve que
GHAP. U, SECT. m, ART. II. 221
Robert eut autant de peine et de persévérance à liquider son patrimoine que son ambition ^ — Un jugement assez développé sur un écrit philosophique à propos duquel il apprécie Descartes atjteste toute l'étendue des lumières qu'il avait enfouies dans la retraite et dans la traduction de quelques auteurs de T antiquité. — Enfin diverses lettres échangées par le solitaire avec Farcbevêque-^lecteur de Hayencè, Jean-Philippe, de Schonbom, sont relatives aujc goûts de tous deux pour F horticulture.
ARTICLE IL Journal inconnu de d'Àndilly courjisan,
A cette correspondance de Bobert était joint dans le principe le manuscrit de ses Mémoires^ comme l' indique un catalogue sommaire dressé dans le dernier siècle pour notre collection, et qui s'y trouve encore annexé. Ce manuscrit nous n'avoniï pu le retrouver, et nous supposons qu^il aura été distrait des papiers de la famille Amauld, de 1730 à 1734, par les héritiers du marquis de Pomponne, qui en étaient alors propriétaires, pour être
1 La liquidation de celle affaire ne parait même tcrmioée que par une lettre du 2 aTril i680i dans laquelle la famille Ameuld force Jbnquét fils, secrétaire du duc de Ctieyreuse, & reeer oir cent èeus pour les honoraires de son père. Jonquct père, ardent fauteur du Jansénisme en Lancuedoc, était notaire royal et apostolique de la chambre ecclésiastique de cette province. Les 3,000 francs*dont il poonuiTait le recotuvreiiient proTenaient des intérêts et d*un reliquat d'une somme de 5,000 francs, prêtée en 1038 à dame Louise de Saînt-Paol, veuTc de Jean-Antoine de Montpesat, seigneur de Carbon. Celle-ci ayant écluingé sa terre du Prat contre celle de Mauléou, que possédait Tun des membres de la famille Montesquieu^ trésorier général de France en la généralité de Toulouse [I6di], cette dernière famille se trouve impliquée- dans les poursuites que d'Andilly fait exercer contre la dame de Carbon,
322 ROBCHT ARNAUJLD D'ANfflLLT.
confié au P* Bougerel, lô panégyriste de Robert [17S0], et à Tabbé Goujet, l'éditeur de ces Mémoires [1784] '.
Les présomptions qui semblent faire remonter aux premières années du dix-huitième siècle le catalogue, assez informe d'ailleurs^ où se trouve indiqué le manuscrit des Mémoires^ donnant à nos yeux une certaine importance à ce catalogue, nous.avons dû l'étudier attentivement; et nous y avons rencontré une autre indication, qui nous a jeté dans d'autres récherches couronnées cette fois de succès.
A ravant>-deniière page du catalogue, sont désignés huit volumes iri-b!'^ renfermant un Journal très curieux,^ qui s étend de 1616 à 1632 K Aucun de nos manuscrits catalogués, auci)n de ceux que nous «vions 'réunis pour les cataloguer, ne répondant à cette indication , nos. investigations étaient à recommencer» Dans le dépôt de la musique, déplacé par suite d'un échange de bâtiment auquel l'Arsenal a été naguère autorisé, nous trouvâmes enfin huit volumes manuscrits format iurà^ contenant un journal très complet qui commence au 1*' février lôl6 et s* arrête au lik décembre 1632, — Ces huit volumes devaient être ceux qu'indique le catalogue. — Mais & quel titre avaient-ils fait partie de notre collection?
Dans un passade de ses Mémoires^ cpii* avait jusqu'à
1 Voi^ plus bai/ cAap.v.Mcf. ti, art tu, eC dans ritpy^tfitd., notes C, et Q«
2 Dans cette noie le nom de Tantear n*ètant pas Indiqaé, 11 est probable que ce nom était inconnu du rddadeurde la note ; peut-être même i*était-il de la famille propriétaire du dépôt, car celle-ci ne confia % Botigerel, pour être consultés, à Goitfet, pmirétre publiés, qne les Mémoiresàe Robert, dont on voulait défendre la réputation. Mais les huit tolumes dont nous parlons eussent plaidé sa cause d*une manière bien plus concluante si Ton eût su qu^ils étaient sortis de sa plnawi-» Le P* le Kong ni aucun bibUogr9plt6 ne parlent de ces huit rolumes.
CHAP, n, SBGT. m, ABT. n« 32S
cette heure échappé aux bibliographes, Robert dit : « Il
a me seroit facile de m' étendre beaucoup davantage sur
« rfaistoû-e de ce temps-là, parceque j'ai un Journal trh
« txact que j'ai fait de tout ce qui en est venu à ma
« connoissance. Mais comme je n'ai autre dessiein dans
a ces Hémoires que ce qui me regarde et ma famille, je
« me contente de ce qui peut servir à mieux faire com-
« prendre les choses que j'en rapporte ^ » Ainsi, dans les
Mémoires de Robert nous it' avons qu'Une bio^aphie de
famille ; outre ces Mémoireê^ il avût rédigé un Journal
où se trouvaient consignés les événements politiques
dont sa position le mettait à nième diètre parfaitement
instruit. Sans contredit, le Journal était de beaucoup
préférable aux Mémoires*
Nos huit volumes renfermeraient-|l8 c6 Journal? Un second paiss^e desJUémoireê porte «^ « Rien ne peut être fc plus généreux que fut [ lors de sa première arresta^* tt tion] toute la conduite dç M. le oolopel Omano, et a particulièrement la manière dont il parla au roi dans « un /ort long discours qu'il eut avec lui en présence de « la reine-mère, qui est rapporté mot 4 f^ot dans mon « Journal^ aussi bien que les incroyables^ témoignages «que Monsieur donna' de son extrême alSection pour « lui -. » Or, au quatrième volume de notre Journal, f" 71 V*, nous trouvons ce qui suit :
« Lundi 20 nmy 162i. Le roy sur le midy vint, acom^ « pagné du marquis de La Yiéville', trouver la reyne*
^ Mém. d^Am, â^AndiUy, part* i, p. 150. .
3 Mém. d^Àm. d^ÀndUly, part, n, p. 13.
^ « Le sieur de La Viéville, ayant fort aidé ft la ruine de Sdiofnber^, « (patron de Robert], eut radministration des finances [1618]. v {Mim. de Richelieu, t. n, p. 241. }
iU ROBERT ARNACLD D^ANDILLY.
f( mère [Marie de Médicis] qui estoitdans le lict, et (c aprez luy avoir dict qu'il luy venoit parler d'une réso- « lution qu*il y avoit longtemps qu*il avoit prise, qui « estoit d'oster M. le colonel [Omano] d'auprez de Mon- « sieur;. la reyne respondant que. c' estoit une chose à « considérer à cause de 1* affection* que Monsieur tesnioi- « gnoit avoir pour luy, .et qu'il ne seroit point mal à pro- « pos de luy en parler, offrit de côngnoistre son senti- <( ment. Le marquis de La Yiéville, prenant la parolle, dit (( qu'elle gastoit les affaii*es du roy. Incontinent aprez, « Monsieur, accompagné de* M. le colonel, estant entré (I dans la chambre où estoient, outre ceque dessus, JM. le (( cardinal de Ricbelieu,M. Du Hallfer !, M. de Bonœuil -, « M. Herouard Bautru et M. de Guiercheville , le roy n appella Monsieur,^ et en présence d% la reyne-mëre luy « dit qu'il ne vouloit plus qu'il eust de gouyehiçur, ny « que M. le colonel fust auprez de luy. — Monsieur: «Pourquoy, Monsieur? — Le Roy : Pour ce que j'ay « apris qu'il voua est trop sévère. — Monsieur : Trop « sévère. Monsieur? Sy cela estoit, ce seroit à moy à le a sçavoir et àr m'en plaindre. Mais tant. s' en fault; j'ay « toutte sorte de ^ubject de m'en louer et de l'aymer, « comme estant très boipme de bien et auquel j'ay beau- « coup- d'obligation. — Le. roy voulant persuader Mon- « sieur par raison. Monsieur avec grands pleurs respon- (f dit à toutes ces raisons, ce qui fit que le roy appella « par deux diverses fois le M. de La Yiéville pour disputer <( avec luy contre Monsieur, qui insista tousjours très
^c M. Do Hariier, qui depuis a été M. le maréchal de L'Hdpilal...» (Mém. de Vabbé Amauid, parL i, p. 200.)
.3 René de Thou, seigneur de Bonoeil et de Céli, introducteur des ambas* sadeurs, neveu de Tiiistorien.
CHAP. Il, SECT. lîl, ART. II. 225
« fortement ; cl le roy luy ayant dit par plusieurs fois « qu'il désiroit qu'il approuvas! sa résolution, il respontt dit tousjours que comme roy il pouvoit tout, mais qu'il a n'y consentiroit jamais. Et sur ce que le roy luy dit tt avec instance qu'il l'en prîoit; il respondit : Monsieur, « je ne le puis faire pour vostre prière ; et dit ensuitte a que c estoit le M. de La Viéville qui avoit rendu un « mauvais office à M. le cblonel, et que ledit marquis tt estoit un meschant et un traistre, avant voulu avoir a avec luy dès intelligences que le roy "ne sceust pas, a dont il cottst les temps et les lieux. Aprez cela, Mon- 0 sieur ayant quicté le roy sort de la ehambre en pleu- M rant ; et jurant tout hault que les traistresla luy paye- « roient, entre dans la chambre de la reyne régnante a [Anne d'Autriche] qui dianoit, sans la saluer, sa choa 1ère ayant empesché qu-il ne prist 'garde 4 elle ; et a estant arrivé dans la sienne, dit à son chirurgien ora dinaire nomrilé Berthelot (ennemy juré de M. le co- «lonel, à cause qu'ayant picqué deux- fois. Monsieur à « sa grande maladie à Môissac>ans le pouvoir sègper, a M. le colonel ne voulut plus depuis qu'il sègnat Monft sieur) : Comment, coquin, esteâ-vous' sy impudent qu^ « de vous présenter devant moy aprez avoir traby M. le « colonel? Sortez d'icy ; ne vous présentez jamaîs.deVant « moy. Je vous fais grande gr^ce de ne youS point fère « assommer à coups de Baston. — Quelque temps aprez t M. de La Roche-Habert, son premier ausmosnier, se « voulant me'slèr de le consoler. Monsieur luy dit : (lom- « ment pensez-vous que- je sois sy mal adverty que je ne « sache pas qu'il y a plus de quatre mois que vous « trahissez M. le colonel? Retirez-vous d'icy, et ne vous* « présentez plus devant moy. Comme on luy eust apbrté
226 ROBEKT AKNAl LO D'ANDILLY.
« son disner, il m; mangea que trois ou quatre mor- (( ceaux, et puis se fit desservir, et après disner ayant « demandé son carrosse pour aller chez la reyne sa mère, « M., de Mansan voulant dire quelque chose pour Fen « destourneri il le rabroua fort
« Lorsque Monsieur sortit d'auprez du roy, conune il (( est dit cy-dessus, M. le colonel le voulant suivre-, le u roy Tappella et luy dit, en présence de la reyne-mère : « Colonel, je suis très' content de voz services, et feray u pour vous aux occasions.' Mais je ne désire plus que « mon frère ayt de gouverneur. -— M. le colonel reapon* H dit : Sire, je loue Dieu de la résolution que vostre Ma^ « jesté a prise de ne vouloir plus de gouverneur auprez (( de Monsieur, et suis obligé de vous tesmoigner que (( pourveu qu'il veuille prendre le soii) de se conduire, tt comme j'estime *qu'il fera, j'estinie en ma conscience « qu'il en est fort capable. Il ne me reste maintenant <( qu'à sçavoir de Vostre JMlajesté, comme il luy plaist que « je vive auprez 'd'elle et auprez de Mpnsieur. — Le roy (( respondit : Je veulx que vous dememieztousjours dans (( la cour et auprez de moy comme un homme de vostre (( condition et de Vostre qualité, et pour lequel je veux « fère aux occasions. — M. le colonel respondit : Vostre
« Majesté me faict beaucoup d'honneur de tesmoigner
Q satisfaction de mes services, et de vouloir que je me (( tienne souvent près d'elle ; mais je la supplie très humc( bleipent de me dire comme il luy plaist que je vive « auprez de Monsieur dans les charges >que j'ay en sa « maison. — L^ roy : Je ne veux pluâ que vous voyiez « du tout mon frère. — M. le colonel': Comment, Sire> i( vous ne voulez plus que je voye Monsieur? Ce n'est « donc pas son gouverneur que vous luy ostéz, mais c'es^
CHAP. n, SECT. m, ART. II. 227
« le colonel que vous ostez d'auprez de Monsieur, et que « vous en ostez avec honte et avec infamie. Les fidelles tt services que mes prédécesseurs ont renduz à la France, « et les miens, Sire, n'ont point mérité un tel traicte- « ment, et je n'avois garde de l'attendre ensuitte de tant « de tesmoignages 'que Vostre Majesté m'a renduz d'es- • tre contente de moy , et des promesses qu'elle m'a sy «souvent ftdctes de me garder tousjours une oreille « lorsque l'on me rendroit de mauvais offices auprez a d'elle. Maintenant je me voy condamné sans estre ouy, « et ruiné sans avoir moyen de me deffendre. Sy j'ay « bien faict, Sire, Vostre Majesté ne doibt nullement me « traieter de la sorte ; et sy j'ay mal faict, il est raisonci nable que ma teste en responde, et que vous me faoiez « fëre mon* procez. C'est la plus grande grâce que je « vous demande, et de m'envoyBr pour cest efFect à la « Bastille. Car aussy bien sy vous ne m'y envoyez, je m*y « en iray ^ — Le roy respondit r Voulez-vous que mon « frère ayt de lit barbe jusques à la ceinture, et qu'il ayt « encor un gouverneur? — M. fe' colonel : Sire, j'ay « desjà dit à Vostre Majesté que tant s'en.fault que j'es- « time qu'il dôibv6 tousjours avoir * un gouverneur, je
1 « LoEsque M. de La Vieùville entreprit de ruiner M. le colonel, U éloit « ftcSlè de juger que sîlétoH une fois éloigné, il ne reviendroit jamais à « la oour avec considération, pari^egue Ton lAettroil .auprès de Monsimir « des personnes qui n^oubiieroient rien pour tâcher de le lui faire oublier... « Ces raisons me firent direli M. le colonel que je ne Toyois point de « ^Uflérenee entre cet ^loignement et là ruine entière de sa fortune ; mais « quYtaùt indubitable que le refus d*obéir seroit suivi d*une prison,, c*étoit • à loi de se sonder lui-même, pour voir s^il sV pourroit résoudre. Gomme « H atoit on tiès grand eœur, il n*eut point de peine à prendre ce parti ; « d madame sa femme.», qtft avoit de Tesprit, du courage et pins d'am* « bition que je n*en ai jamais vue en aucune femme, y consoiilU aussi. » (iifffm. iCAm, éPÀndilly, part. Ji, p. 42.)
25U r.on£RT aknalxd d'ajndilly.
« — M. le colonel : Pour ce que c'est un iufâme et un « lasche, Sire, et que je suis fort homme de bien. — Le « roy : Parlez bas. — M. le colonel : Au contraire. Sire, tt j'eslève ma voix aflin qu'il l'entende ; car je ne crains « pas comme luy que l'on sache ce que je dis. Je vous (( supplie très humblement de l'appeller, Sire, et je luy « maintiendray devant vous, et l'espée h la main, sy « Vostre Majesté me faict la faveur* de me le permettre, (( que c'est un traistre et un meschant qui Or voulu gan- « gner Monsieur, et avoir des intelligences avec luy (jue « Vostre Majesté ^e sceust poipt ^ — Le roy n'ayant pas « voulu appeller M. de La Vie vil le, M. le colonel luy dit « ensuitte : Sire, l'on m'avoit tousjoufs bien prédit que je « périrois puisque je ne m'attachois qu'au roy. Sy j'eusse (( vQulii prendre d'autres appuis, je ii'en aurois pasmùic- (( que, etsubsisterois maintenant — Le roy : Comment? « qui est-ce qui eust eu le pouvoir de vous maintenir « contre moy ? — M. le colonel : Personue ne m'auroit (( maintenu contrq vous, Sire; mais sy d'un costé on « m'avoit rendu de mauvais offices auprez de Vostre Ma- «jesté, on m'en aurbit rendu de bons de l'autre; et
1 II p^raU que ce qui était un crime pour Li Vieuville u*en était pas un aui yeak de Robert, lorsqa^il s'agissait du cardinal de Ridielieu*: .... c La ■ nefaic-paère, Monsieur; M. le cardinal de Richelieu et M. le colonel
• d^Ornaiie..;. convinrent (tour s'assurer les uns des* autres, de me rendre c dépositaire des promesses qu'ils se firent de vivre en bonne intelligence, c mais telle que quand le* roi Caurpit êçme, il auroit dû en être tréê satis^ t faiU (i}fém^ à'Arn. tCAndilly, part, u, p. 25. J Alors ponrqnoi se cicher? Pourquoi ce profond mystère?— t M. de Chaudebonne.... eitrémement « mon ami.... ne poiivoit voir sans peine qu'il n'eût pas toute la confiance c de M* le colonel, et grande part à celle de Monsieur ; à quoi ni M. le co-
• loiicl ni moi ne pouvions remédier, à cause, de V inviolable secret entre « la reine-mère, Monsieur, M. le cardinal, JVf . le colonel ot moi, auquel nous
• étions engagés, et dont nous ne pouvions notfs dispenser. • (Ibib., part, ii, p. 31.)
CHAP. 11^ SBGT. in, ART. II. 231
tt Vostre Majesté se voulant informer de la vérité, m'au- « roit trouvé tel qu'elle sçauroit désirer pour son service. « Au lieu que ne m'estant fié qu'en ma probité et en la «protection du roy, c'est le roy mesme qui m'aban- « ddone, et qui^ ou lieu de me maintenir, me ruyne. « Mais sy c'estmt à recommencer, je ferois enpor la « mesme chose; car j'ayme mieux périr en ne m'atta- « chant qu'au 'roy, que dé me maintenir par qjielqu'au- « tre moyen que ce puisse estre ; et Dieu veuille. Sire, ft que mon exemple n*aprenne point .à beaucoup d'autres « àne fère pas de mesme '. — Aprez cela, le roy luy « ayant commandé de se retirera seniors, et d'attendre « là de ses nouvelles qu'il lui feroit Bçavoir le lendemain n à midy, M. le colonel respondit qu'il n'avoit point « d'autre lops qu'une chambre en* celùy de Monsieur* V que s*il trouvoit bon qu'il y demeuras't, il ue verroit
1 • Sa Majesté... arrCla Tétat des pensiovs, n'y^yant que M. de Schomberg Cl moi avec elle dans son cabinet..., ]\h)îî ].las grand plaisir étoît de tire^ deboimes osdgDations poar le payemoni des pensions de personnes de mérite^ que Je connoissois Ir^s particulii it?mcnt, el.de les leur envoyer par la poste jusques chez eux, Iorsqu*i!s y pci)s;)!ciil le moins... j cl je n'ai jamais nanqué, grâces à Dieu, de servir de nijinc mes rtmt«.dans toutes les eoeaisioos que f en ai p« rencontrert... Je.n^ promenaf à cheval avec M. de SchoiBheii|...y et lui dis de me itTrinollre de lui dem'ondor,eommcntil ne pensoit point davantage... ù s'actiuiMir des omis ? — Kt comflMDt, Me répotidit-4l, en ponrrois-je faire, ne songeant, comme vous le savez» qu*à servir le roi« et ne rottlant'sefx ir (personne ù tes dt^peiis? — .... Vous n*avez qu'à remarquer sur l'état des i)eujons*qui sont les hommes de tout le royaume qui ont Icplus de mérite,,. En prcnailt soin de les bien payer..., vous ne vous les acquererez pas senleitient pour amis, mais vous servirez très-utilemeut le Roi»... — ^M. de Schonbcrg [disgracié] se déchargea le ôœur sur l'injustice du traitement qu'il rcccvoit, et. finit en disant : Le seul, regret qui me reste, est de n^avoir pas cru If. d'AttdiUy lonqu^il me conseilloH de me fhire des amis. Mais j'étois si occupé dé ma passion pour le service, que je ne pensoîs à autre chose, b (Uém, d'Alfa d^Andilty, part, r, p. 159 et 165 ; part, u, p. 2.)
232 ROimilT ARNAULD D'Ai\D1LLY.
« point Monsieur. — Le roy respondit que non, et qu'il « s'en fist marquer un à la ville. Et ainsy le roy se leva, « et s'en alla disner qu'il estoit deux heui*es, car son u discours avec Monsieur avoit duré une heure et demye, (( et ceiluy avec M, le colonel une demye heure. M. le (( colonel demeura aprez cela assez longtemps chez la <( reyne et dans le logis du roy, où plîisieurs personnes « de qualité luy parlèrent, dont M. d'Elbeuf fut le pre- (( mier, et admirèrent tous son courage, ses parolles et (( sa contenance. Quelque terajps après, ayant sceu que « le roy alloit à la chasse, il s'en alla le trouver. Le roy « le voyant venir, vouloit esviter de le- voir ; mais M. le (( colonel se hastant, l'aborda auparavant qu'il peiist « monter achevai, et luy dit tout hault qu'il le suppUeit (( ,très humUement de luy rendre justice. — ]Le roy luy « respondit qu'il demeurast à son logis,, ainsy qu'il luy (( avdit commandé, et^que là il luy feroit sçavoir de ses (( nouvelles., — M. le colonel, insistant par trois ou « quatre fois, et suppliant tousjoitrs le roy de luy rendre « justice; enfin le roy se fascha, et luy dit en cholère : a Je veux que. vous vous en alliez à vostre logis, et vous « le commande. — M. le colonel respondit : Puisque vous (( commandez, il fault obéir; mais un homme de bien ne « craint rien. — Lors le ïoy monta à cheval, et s'en alla. « Et M. le colonel, en passant dans la cour pour s en « aller chez luy, rencontra Monsieur qui s'en alloit chez « la reynë-mère. Monsieur le voyant, de luy cominanda (( au cocher d'arrester le carrosse. Lors M. le colonel « venant à luy, luy dit : Monsieur, puisqu'il ne m'est « pas permis de vous parier, je vous supplie très hum- « blement de me permettre de vous toucher la main. (( Monsieur, en se baissant tout bas, l'embrassa par plu-
CHAP. U, 8BCT. m, ART. 11. 253
« sieurs fois, et luy dit avec très grande affection qu'il (( s asseurast qu il ne Foublieroit jamais, et quelques « autres mots semblables. Et aprez que M. le colonel se « fust retiré, il dit tout bault dans le carrosse où estoient a MM. d'Elbëne, de.Mansan, de Marcbeville, et aussy je tt croy M. d'Ouailly^ : Le diable m'emporte sy ces trais- « très ne- me la payent ; je les cognois tous, un pour un. « — Monsieur estant chez la reyne-mère, luy parla avec a très grande affection pour M. le colonel. »
a M. de La Roche* Abert, disant grâcQS. aprez le disner « de Monsieur, et ne les prononceant pas bien, Monsieur (( luy dit : Comment, M. de La Roche? hé I vous donnez a doncdugalimatbiasik Dieu aussy bien qu'aux hommes? « — Un grand de la cour luy disant qu'il falloit chanter « liberté, il respoodit avec un visage irrité : Et*pourquoy û liberté ? ay-je esté dans les fers ? ay-je esté esclave ? n Je veux bien que l'on sache que sy j'ay eu quelque u contraincte, ce n'a esté qu'autant que je Tay voulu, « et qu'elle m'a esté utile »
« Mardy 21 may [162&]. Monsieur trouvant le roy Cl chez la reyne-aière, luy dit : Monsieur, comme mon « roy vous pouvez fère tout ce qu'il vous plaist, et par «conséquent m'oster M. Je colonel; mais comme mon « frère, vous ne pouvez refuser la très- humble supplicatt tien que je vous fais de me le rendre, puisqu'il est très
i « M. d'Onaillj, captlaine des gardes de Monsieur.... » ( Mém. tTAm, tCAndilly, parL n, p. 56.) — c Le roi conmiaiida à M..de MarclieTtHe» qui f étoitscus gouTeroeur, de se retirer... et mit en sa place M. Depr^ux, qui
• aToit eu l^honneor d^estre son sous gouTemeur... n fût asseï maltraitté,
• aussi bien que toutes les vieilles gens qui furent laissés auprès de lujf.
• C'estoient MM.d*EU)ène, d'ûuailly, de Mansan. Son Ailessc les noiniuoil « liarixms, cl prennoit un plaisir singulier à les Taire enrager. » {Mém. d'un favori du due dOrUan$, p« 20.)
23& ROBERT ARNADLD D'ANDILLY.
« homme de bien. — Le roy s'excusant, et Monsieur inii sistant tousjours ; enfin le roy, se voyant pressé, luy « dit qu'il le luy rendroit dans trois mois. — L' après a disner, M. rarchevesque de Tours vint porter corn- « mandement à M. le colonel, de la part du roy, de « partir le jour mesme pour aller en sa charge de lieua tenant-générad en Nonnandye. M. le colonel respondit « qu'il estoit très humble et trèfi obéissant subject et ser- (( viteur du roy, mais qu'il le supplioit très humblement n de l'excuser s!il ne pouvoit exécuter ce commandeci ment. Que, quant au premier point, son équipage t( n'estoit point sy.prest, ny luy sy préparé à sortir de (( la cour, qu'il péust s'en aller le jour mesme. Que, t( pour le regasd du second, il n'estoit point sy lasche n que de vouloir, aprez le traictement qu'il avoit receu, « aller, comme banny de la cour, se faire monstrer au « doigt dans une province où il avoit tousjours vescu a avec autant d'honneuî, de créance, et d'estime, qu'ayt (( jamais. faict aucun autre en pareille charge. Mais que « sy son service dans la cour estoit désagréable au roy, « encor qu'il ne deust rien moins attendre de luy, aprez « l'avoir sy dignement etsy fidellement servy, il se re- « tireroit à Paris, qui estoit h. demeure commune à tous n les François, et particullièrement à ceux de sa qualité ; u qu'il n' avoit point d'autre maison, M. te mareschal « d'Omano n'ayant pas laissé six pieds de terre pour se « faire ^iterrer. — M. de Tours ayant raporté cela au « roy. Sa Majesté dît qu'elle voulolt donc bien qu'il s'en « allast à jParis. »>
.- « Mécredy 22 may. M. le colonel vient avec un carce rosse de relais de Compiègne à Paris. » (( Samedi 25 maU M. le colonel estant à table, et mesr-
GHAP. Il, S£<:t. iii^ art. IL 235
a dames la marquise de Montlord ^ de Mazargues et de « Verderonne, MM. de Mazargues, de Sessenaye, d'Ai- « guebonne et d' Andilly souppant avec luy, le sieur Gau leteau, premier vallet de chambre du roy, sans avoir « parlé à qui que ce fust, entre dans la salle^ et s'adres- « sant à M» le colonel, luy demande (i^rez luy avoir fait « excuses.de ce qu^il estoit venu durant son. souper) « s'il luy pourroit dire un mot de la part du roy. En a mesme temps M. le colonel se lève et s'en va avec luy c à quatre pas *de la table, et lors le sieur Galeteau luy « dit : Monsieur, le roy m'a commandé de vous venir « trouver, pour vous dire qu'il est extrêmen^ent <^encé ff de rimpudence (ou insolence) que vous avez commise « d'envoyer un gentilhomme vers Monsieur, lequel .l'a a entretenu fort longt^ps \ qu'il vous commande de « partir dans deux ou trois jours au plus tard^ avec voc « frères ^> vostre femme et VQ^tue sœur, pour vous en « aller auPimt-Sainct-£sprit; et quesy vous y mancquez, tt il vous sçaura bien fère obéir, et vous fère cognoistre a qu'il est vostre maistre. — II. le> colonel respondit au* a dit sieur Galeteau i Monsieur , avez tout dit ? — Et
i c BloDClaiir, c^étoit ie nom qae prenoit ^"* tl*On»aM avant que le
• colonel f&t maréchal de France, •(^i^m. tCÀmw d^An^iUy,^diTL n, p. 30.) t « M. 4e lfoiieit:iiéa, M* 4*0itMne^ graM taattre èe ta ganle-r(rt)e de
• Moonenr, et *Hf. de Sfîale-Ooiz, frères de MU la matMkal fl*Oni«M...« « (Métm tTArn, d'Andilly, part, ii, p. 52»] M. le cardinal de Ricbclieu, « qni n^atoit pris confiance que par moi à M. le eotonet, ne pouvant ignorer m une chose Muii p<d>liv«e q«*0leit «elle de «m diangeincttt ISM^rs noi, « et par suite de celui de Monsieur [à iaier de juin 1625 ], le cemidéra d^ « lors plutôt comme spn ennemi que comme son ami... Rien n'étant capable « de m'enipèciier de servir de tout mon pouvoir M. le eotonel^ Je toniinani, « avee la nteM ardeur qu^ayauf» de sollidier M» le curdnal toudiant la « cliarge de maréchal de France, H Ven pressai de telle sorte, qu*enfin il « ne donna parole qu^il le seroit dans trois JourSf.t Cette parole fut suivie « de reSet te S janvier iSSU. s (/M.» p. 44.)
« ledit sieur Galeteau répliquant qu'ouy, M. le colonel « reprit la paroUe, et dit : Monsieur, je vous supplie de « dire au roy que pour luy tesmoigner qu'il n'a point en « son royaume un plus respectueux et un plus fidelle « subject et serviteur que moy, je reçois maintenant avec « le mesme honneur et avec la mesme révérence les « "commandemens et les outrages que vous m'apportez « de sa part. Je n'ay pas seullement pensé à envoyer un « gentilhomme vers Monsieur ; et mon frère" de Mazar- « gués y en ayant epvôyé un nommé Vitrol pour avoir « soing en son absence de ce qu'il fault à l'escurye de (( Monsieur, ^insy qu'il avoit tousjours accoustumé, et « mesme donner ordre au payement de la despense des « chevaux ; â'il se trouve que je l'aye chargé d'aucunes « lettres, ny d'une seule paroUe, je ne dis pas seuUett ment à Monsieur, mais à qui que ce soit, ny que j'aye « mesme parlé à luy, je veux perdre l'honneur ; et n'y a eu jamais une plus fausse calumnie que celle que l'on « m'a impt)sée en cela auprez du roy.' Quant au TX)m- «mandement qije vous m'apportez d'aller* au Sainct- « Esprit, ceste mesme raision m'empesche de le pouvoir « exécuter ; et supplie très humblement Sa Majesté de « considérer sur ce subject, que sy lorsqu'en sa présence (( je la servois s'y utileinent dans la cour auprez de Mon- « sieur, qu'elle m'en tèsmoignoit toutte la satisfaction (( que je pouvois souhaitter, mes ennemis ont eu le pouce voir de*luy rendre ma fidellité suspecte^ que sy quand « elle me commanda de m'esloigner de Monsieur, elle (( médit qu'elle vouloit que je demeurasse dans la cour <c comme un homme de ma condition et de ma qualité, « et qui Favois très bien seiTie ; que sy aussytôst qife je « l'eus perdue de veue, elle me lit commander dès le
CHAP. n, SECT. m, ART. IL 231
(( lendemain de m'en aller en Normandye, et puis au lieu « de cela à Paris, où je n'ay pas plustost esté, que le pou- <i voir et la liberté que mes ennemis ont de calumnier « augmentant par mon esloignement, ilz ont sur la plus tt gn^de fausseté du monde porté le roy à m' envoyer 0 dire par vous des outrages ; il n'y a point de crimes a dont ilz ne s'eibrceassent de me fère croire coupole « par Sa Majesté lorsque je serai en Fune des extrémitez tt de son royaume et dans des places dont Fassiette leur tt donneroi^ mille subjectz dame calumnier. On luy diroit « que je caballerois avec les Huguenots, avec Savoye, « avec Espagne ; et sy je n'estois point cbrestien^ je croy « que l'on luy diroit mesme que je traicterois avec le « Turc. C'est pourquoy jp supplie U'ës humblement tt Sa majesté d'avoir agréable que, pour conserver mon tt mon honneur et ma fidellité non seullement inviolables « comme ilz le seront tousjours, mais exemptz de soub* « çons que les artifices de mes ennemis en pourroient (( donner à Sa Majesté, je ne bouge de Paris, aiQn qu'au « moindre mescontentement que le roy aura de moy, il « me puisse fère arrester, et sy je suis coupable, me fère a punir sans envoyer quérir ma teste sy loing; et que « ma présence et mon visage donnent de la retenue A la « mescfaanceté de mes ennemis. Que sy mon séjour dans tt Paris est désagréable au roy, je demeureray en tel tt yillage proche qu'il lui plaira, et ne verray que les per-^ « sonnes qu'il m'ordonnera. Mais sy tout cela ne suffit, « je sçay un expédient qui luy estera tous les soubçons « que l'on luy pourroit. donner de moy, et fermera pour tt Tadvenir la bouche à . mes ennemis ; qui est de me tt mettre dans la Basljlle. Car ainsy estant soubs la clef tt du roy, aucune de mes actions ne luy sçauroit donner
aSa ROBERT ARNAl]LI> D'ANDILLY.
« d'umbrage, et je recevray avec joye ceste probation (?) , « en attendant que le temps faisant cognoistre à Sa Matt jesté ma sincérité et la fidellité de mes services, elle « me juge digne non seuUement d'estre rais en liberté, « mais d'avoir meilleure part que jamais en l'honneur ff de- ses bonnes grâces. — Galeteau respondit qu'il ne ce se pouvoit charger de fëreceste response au roy, pour ff ee qu'il ne retourneroit de quatre ou cinq jours à la a cour. A quoi^ M; le colonel répliequant que c-estoit tt chose bien rude et bien extraordinaire de luy apporter « un commandement, et ne se .voulloir pas charger de la a reaponee ; et Galeteau insistant à s'en descharger, et « disant qu'il le mandast au roy par quelqu'autre ; M. le « colonel dit qu'il chercheroit donc quelqu'un qui luy ff voulust rendre cest office. Et se retournant vers maff d$me la marquise de Montlord «et madame de Mazarff gués, dit à Galeteau : Quel traietement esi ceey de « vouloir envoyer de eeste sorte à cent einquante lieues « d'icy ceste pauvre femme languissante (parlant de ma- « dame de Masargues acouchée depuis peu, et qui avoit « esté fort malade depuis) ; et ceste autre qui depuis dix « ans n'a point porté de santé .(parlant de madame la 0 marquise) ? — A cela Galeteau respondit : Monsieur, ff eeste excuse e^ fort bonne; et sera bon,* s'il vous plaist, 0 de la faire dire au roy. — A quoy M. le colonel répar- « tit : Null^nent,* Monsieur, je ne dis point par excuse ; « car j'ayme4)eaueoup mieux payer de ma teste, que dé « la maladie de ma femme. «^ Aprez Galeteau vint à (( M. de Mazargues, et luy dit qu'il avoit faict entendre à « M. le colonel la volonté du roy sur son subject. — Ga- « leteau estant party, M. le colonel' et madame la mar- « quise sa femme envoyèrent supplier M« le mareschal
CHAP. n, 8ECT. m, ART. U. Qt%
u de Cr^y de les venir voir» et estant venu à F heure a mesmei le supplièrent d'aller trouver le roy pour luy tt représenter les raisons de M. le colonel dont Galeteau tt n'avoit pas voulu se charger. Ce que M. de Gréquy leur « ayant promis, il partit le lendemain, jour de la Pentet coste, et le lendemain lundy à trois heures aprez midy, « au retour de la chasse du roy, parla à Sa Majesté ; la- « quelle luy respondit qu'elle ne voutoit rien escouter de i' la part de H. le colonel, jusques à ce qu'il iîist dans le « Sainct-Esprit.
« Dudit Jour 25. M. de HareheviUe, soubs-^uver* « neur de Monsieur, part de laeour ayant eu son congé, (( pour ce que Ton le croyoit amy de Ul le Colonel. M. de « Mongenoust, aumomier ordinaire de Monsieur, fiit « aussy esté, et M. Passart mis en sa place. MM. de Pele* « grin et Delphin, ordinaires, furent aussy oatez, avec 0 permission de tirer récompence d'une des deux charges, « et de la partager entr'éux. Ordonné qae M. de Valsin « se desferoit aussy de la sienne. Garrillon, chirurgien, a aussy osté« » '
f( Entre le mardy [21 may]^ et le mmedy (25]. Mon- « sieur, parmy plusieurs quy estoient à Tentour de luy, a ayant aperçu M. d'Aiguebonne, Fappella et luy dece manda s'il feroit ce qu'il luy commanderoit? M. d*Aia guebonne luy ayant respondu qu*ouy, et qu'il s'en 0 tiendroit fort honoré, Monsieur lUy commanda d'aller H trouver M. de La ViéviÙe, et de luy dire, qu'il luy avoit « mançqué de foy et de paiï'olle «touchant M. le colonel ; « mais qu'il s'asseurast que s'il ne le réparoit, il ne l'ou- (T blieroit jâiàais, et qu'il n'auroit pas tant de peyne tt à fëre le bien (ju'il en avoit eu à fère le mal. — u M. d' Aiguebonne ayant dit cela à M. de La Viéville, il
2^0 ROBERT ARNAXILD D'ANDOXY.
« demeura fort surpris, et respondit en termes g^é- « raulx avec de grands respects vers M. le colonel,*. qu'il «rhonoroit, qu'il Festimoit autant que seigneur de « France, et n'avoit jamais pensé à luy rendre de mau- « vais offices auprez du roy ; que c'estoit chose qui estoit (( venue du pur mouvement de Sa Majesté, et que s'il « pouvoit servir M. le colonel, il le feroit tousjours pour « sa propre considération, et encor beaucoup davantage (( puisque c'estoit chose qui agréoit à Monsieur. — (( M. d' Aiguebonne luy ayant réplicqué que cela n' estoit (( pas respondre à ce que Monsieur luy mandoit, qu'il « luy avoit mancqué de paroUe, et désiroit qu'il réparast (( le mal qu'il avoit faict, M. de La Viéville respondit en (( homme fort embarrassé. — Quelque temps aprez, M. de ce Joyeuse, neveu de M. de La Viéville^ vint trouver « M. d' Aiguebonne, et luy dire que M. de La VîéviUe se- « roit bien malheureux sy Monsieur avoit mauvaise satis* « faction de luy, et qu'il feroit tousjours tout ce qui « seroit en son pouvoir pour le servir. »
« Jeudy 30 may [1024]. M. de Bonœuil apporte de (( Gompiëgne à M. le colonel un ehappellet de la part de « la reyne-mère. La chose est que quelques joura aupa- (( ravant, la reyne-mère donnant quelques chappelletz
« qu'elle avoit apportez de Liesse, Monsieur luy dit de- (( vaut toutte la cpur : Ma maistresse, j'ay une faveur à « vous demander, mais je vous, supplie très humblement « de ne me la point refuser. — La reyne luy dit : Je n'ay « garde, mon fil^ ; qu'est-ce ? -^ Ma maistresse, tj'est que « vous envoyiez, s'il vous plaist, un de ces chappelletz à « M. le colonel, affin que tout ce monde cognoisse que « vous n'estes pas contre luy. Le roy ayant sceu cela, il « fut agité sy on envoyeroit le ehappellet, et à ce que
GHAP. Uy S£GT. lil, ART« H. 2/ll
a quelque9 uns dient, résolu que non ; mais néantmoins il (( vinty-et M. de Bonœuîl se trouvant mal quand il arriva, « l'envoya par une de ses fiUes. Et le lendemain dès trois a heurefâ du matin fut remandé pour aller à la cour, à « cause des ambassadeurs qui arrivoient, ce tfui fut cause « que M. le colonel luy escrivit :
« Monsieur,
a Je commence à croire qu'une n(^auvûise fortune peult tt estre acompagnée de bonhœur, puisqu'il a pieu à la « rey ne-mère du roy me tant obliger que m' envoyer le tt chapelet que vous avez pris la peyne de me faire rendre « de sa part. Geste faveur m'est sy sensible, qu'il n'y a « point de remerciemens capables de tésmoigner avec « quel respect je la reçois. Mais sy les occasions secon- « doient mes désirs, j'oserois espérer de fëre voir à Sa a Majesté, par mes très humbles et très fidelles services, a que l'honneur de ses commandemens me sera tousu jours plus cher que ma vye, laquelle je tiendrois trop a heureusement employée sy je pouyois, en la perdant, tt donner à Sa Majesté une aussy grande marque de ma « recognoissance, que j'en reçois une de sa bonté. Vous 0 m'obligerez extrêmement de l'en assurer, et de croire « que nul ne sera jamais plus que moy..... »
tt Lundy Zjuin [1624]. A onze heures du matin ^ un tt exQmpt' des gardes de la compagnie de M. de Tresroes, « nonmié Boislouez, vient faire commandement de la part « du roy, à M.' le colonel, de partir dans vingt-quatre «heures avec ses frères, sa femme et sa sœur, pour tt aller au Sainct-Esprit. M. le colonel fit response : Que «quant à ses frères, ilz avoient desjà obéy. (M., de « Mazargues est oit party en poste le lundy matin, et I. 16
2i!|2 RORRKT ARNAVLI) n'ANnifXY.
« M. d'Ornano le lendemain.) Que i)our luy, il ne le pouce voit, à cause des mesmes raisons qu'il avoit r^résen- (( tées au sieur Galeteau, et qu'il répéta lors ; mais qu'il (( révéroit tellement Tautborité du roy, que voyant le « baston qui en portoit la marque, 41 estoit prest de le (( suivre à la Bastille, cm en tel autre lieu que Sa Majesté « auroit agréable, afiin de luy faire cognoistre qu'il ne « vouloit avoir autre protection qu'en sa justice et en « son innocence. Ce que l'exempt hiy promit .d'aller race porter au roy. Mais M. le colonel ayant apris qu'il « avoit seullement escript à'ia cour par un archer qu'il « avoit emmené • avec luy, et qu'il n'^toit bougé de « Paris, M. le colonel escrivit le soir mesme au roy, et « luy envoya la lettre par le com[missai]re (?) Le Berche ; n lequel le lendemain sur les dix heures donna la lettre « au roy, comme il sortoit de sa chambre, luy disant que « c'estoit une lettre que M. le colonel d'Omano luy avoit « donné charge de liiy présenter. lLe roy la prit, voulut « rompre la soye, et luy dit qu'aprez la messe il la ver- « roit, et qu'il le vînt retrouver; et en. mesme temps <( commanda à Boulanger d'aller quérir le marquis de « La Viévîlle*. »
« Copie de la lettre de M. le coloneLau roy ^
' «Sire, « Lorsque la calumni^ et le crédit de ines ennemis ont « eu le pouvoir de me fère commander par Vostre Ma- « jesté de quicter la charge dont vous m'aviez honoré
^ « Je fis imprimer cette lettre dont j'ai encore quelques exemplaires...» (Mém, d'Arn. d*AndiUy, part, ii, p. 12.) «M. de La Vieuville proposa au A To\ de m'en vo ver aussi à In nastllle, comme étant, à ce quMl disoil^ cause « de la résistanrc de M. le colonel, et ayant sans doutb fait la Jettre qu'il « avoit écrite à S. M. » (Ibid», p. 1/|.)
CHAP. 11, SECT. m, ART. II. 2û3
« auprès de Monseigneur vostre frère, et mesme vostre a présence, j'ay incontinent obéy. Mais quand leur vioft lence les a portez jusques à arracher de vostre bouche « des parolles de cholère contre mon innocence, et un « commandement de me retirer au Pont Sainct^Esprit, a que je ne pouvoîs exécuter sans me confesser coupa- «bîe, j'ay très humblement supplié Vostre Majesté, a aîhsy que je fais encores, de m'en vouloir dispenser; et a de considérer, s'il luy plaist, que sy dans vostre cour, (( et depuis n'en estant qu'à vingt lieties, on a bien peu a vous desguiser sy malicieusement la vérité de mes a actions, il n'y a point d'accusation que je ne deusse a craindre lorsque je serois comme relégué en rtine des « extrémîtez de vostre royaume. Siré, bien que mes an^ (c cestres ayent eu le bonheur de se rendre assez recoma mendables à la France par leurs services, j'atribue a toutesfois principallement à leur inviolable iidellité le a grand nonobre d'honneurs et àa charges importantes tt qu'ilz ont receus des roys vos prédécesseurs, açachant 0 qu'ilz n'ont jamais eu tant de soin de leur fortune ny u de leur vye, comme de se garentir noii seullement de a blasme, mais du moindre soubçon. Geste mesme pas- « sien envers mon roy m' estant héréditaire, et ne trouu vant rien de difficile pour en rendre preuve À Vostre tt Majesté, j'ay mieux aymé, âffin d'oster tout subject à « mes ennemis decontinuer leurs calunmies, me résoudre tt à perdre ma liberté dans une prison, que me retirer en tt des places doàt l'asssiette leur foumiroit des prétextes tt de donner continuellement des deffiences de moy à Vos- « tre Majesté. Ainsy je nB résiste à leivs persécutions que tt par les respectz et la souffrance, qui sont les seuUes «armes dont je me sers contre eux, puisqu'il/ se ser-
24/| ROBERT ÂRNAlîLD D'ANDUXY.
« vent de vostre authorité, que je révère mUle fois plus (( en effect qu'ils ne 1er font en apparence. J'espère de «vostre bonté, Sire, que malgré leurs artifices vous « auiez maintenant agréable qu'en abandonnant tout le « reste, je conserve au moins mon honneur, qui m'est « incomparablement plus cher que ma vye, et attens de n vostre justice.qu'aprez que vous aurez recognu la sinu cérité de mes intentions et la fidellité de mes services, u Vostre Majesté me redonnera bientost la place qu'on (( m'a voulu fère. perdre en Thonneur de ses bonnes « grâces, lesquelles, je m'efforceray tousjours de mériter « par les plus passionnez debvoirs que vous pui^ rendre, « Vostre très humble, très obéissant et très fidelle c( subject et serviteur.
« D'Ornano.
« De Parii, ce 8 Juin 1634. «
« Le roy, au retour de la messe, ayant esté chez la « reyne-mère, où le marquis de La Viéville se trouva, dit « au sortir de là au com[issai]re Le Berche, qui luy de- « manda s'il luy avoit pieu de voir la lettre de M. le c( colonel? qu'il l'avoit veue. Et Le Berche luy demandant « s'il lûy plaisoit de luy rendre response? le roy dit que (( non, et qu'il lui dist seullemejut qu'il vouloit obéis- « sance. Et Le Berche Jui ayant demandé s'il luy avoit « pieu de considérer les raisons de M. le colonel? il res- « pondit : J'ay tout veu; dicles-luy seuUement que jç veux u obéissance. Et incontinent (?) aprez, ayant rencontré « Le Berche, il luy dit les mesmes choses, et luy coni- « manda de s'en aller. )> •
« Le mardi h' juin [1624]. Ledit exempt revint à trois (( heuri?s asprès mîdy trouver M. le colonel, et luy dit qiio
CIlAf. H, SfiCi. Uif ART. Jf. 265
tt les vingt-quatre heures estant passées, il venoit sçavoir 0 s'il n'avoit point changé de résolution. — M. le colonel tt respondit que non, d'autant que sa fidélité et son hona neur l'obligeoient à préférer une prison exempte de « tous soubçons, à la liberté qu'il auroit ailleurs subjecte a aux çalumnies de ses ennemis. — Ce que ledit exempt a luy dit qu'il feroit entéadre au roy ; et néantmoins fit tt comme la première fois. — M. le mydlord Des Hayés, tt comte de Carlie, ambassadeur extraordinaire d'Angle- « terre touchant le mariage, arrive à Gompiëgne fort « acompagné ; et eut audience le lendemain, en laquelle tt il mit le genoul en terre, devant Madame, mais non « devant les reynes. »
uMécredi 5 [Juin 1624]. M. Tarchevesque de Tours « vient trouver M. le colonel sur les dix heures ou dix tt heures et demie du matin, luy dit qu'ayant appris à tt Compiègne le jour précédent les refus qu'il avoit faictz «d'obéir au commandement du roy, d'aller au Saine t- « Esprit, et en estant très affligé, comme son amy, à « cause de l'extresme faulte qu'il falsoit.en cela, il estoit a monté en carrosse à l'heure mesme, sans en parler à « personne (M. de Tours recogneu depuis qu'il avoit tt parlé au roy auparavant que de venir, et est aisé de « juger par ses discours que le roy l'avoitenvoyé) ; et le « venoit trouver pour le conjurer de changer de résolu- « tion. Sur cela estant entrez dans le cabinet de M. le B colonel, ils y demeurèrent environ trois quartz d'heures; « et là, M. de Tours ayant dit à M, le colonel tout « ce qu'il se peust imaginer pour luy persuader d'aller (« au Sainct-Esprit, tant s'en fault qu'il y peust rien gaii- « gner, qu'au contraire il trouva qu'il s'affermissoit tousce jours de plus eu plus. — Après, M. de Tours estant allé.
2^6 KOUERT ARNALLD D*ANDILLY.
u parler à madame la marquise de Montlord, et M. le « colonel entendre la messe qui se dit chez luy, comme « le prestre avoit quasy achevé, Texempt entra avec « quatre archers ayant leurs casacques et leurs carabines (( et pistoUetz* M. le colonel, qui prioit Dieu fort attend- « vement dans la chapelle, n'apercevant rien de cela, fc M. de Chaudebonne le luy fut dire; et aussytost M. le (( colonel se leva, sortit de la chapelle, et vint à l'exempt, (( qui luy dit qu'il luy avoit diesjàfaict divers commande- « mens de la part du roy de se retirer au Sainct-Esprit ; « que maintenant il luy en apportoit un, dernier eLabsolu, (( ou bien un autre qui estoit de le suivre à la Bastille. — (( M. le colonel, avec un visage non seullement constant, (( mais guay, respondit : Que quant au premier des deux « commandemens qu'il luy apportoit, il ne le pouvoit (( exécuter, pour les raisons qu'il avoit desjà tant de fois (( représentées, çt mesmes escriptes au roy ; mais que (( pour le second, il y obéissoit de tout son cœur. Et en (( disant cela, alla embrasser l'exempt, puis luy dit, en « se retournant versJ' autel : Je vous jure sur mon salut, «devant Dieu que voilà, que je n'ay jamais receu noutt velle avec davantage de joye. Maintenant je ne crains « plus les calumnies de mes ennemis ; je suis en la pro- {{ tection du roy, Auquel, malgré tous leufs artifices, je « tesmoigneray ma fidellité aux despens de ma liberté. (( — Et comme l'exempt le pressoit de vouloir aller au « Sainct-Esprit, il luy respondit en haussant sa voix : Je « remetz de très ton cœur ma fortune et ma vye entre «les mains du roy : il en peûlt disposer absolument. «Mais quant à mon honneur, il n'y a homme vivant « soubz le ciel qui y ayt puissance. — Et l'exempt luy «représentant ensuitte qu'iUuy seroit beaucoup plus
CHAP. U^ SUIT. 111, ART. Ih 2hl
« advantageux d'aller au Sainct-Esprit ; il luy rcspondit « qu'il estoit le seul gentilhomme de Fiance qui ne se « pouvoit passer des bonnes grâces du roy ; que les au* « ires pouvoient vivre chez eux, sans le roy, de ce que « Dieo leur avoit donné de bien. Que quant à luy, pou* K vaat jurer avec vérité que M. le mareaehal d'Omano ^ ne hiy ayant laissé vaillant au inonde que onze cents « livres de rente, il luy estoit impossible; outre la pas- « sîon naturelle <iu'il avoit au service du roy, de se pas- « ser de ses bonnes grâces. Que ses ennemis les luy vou:- « loient fère perdre en Vesloignant de luy, pour luy « rendre après ses actions suspectes ; mais qu'il les vou- « loit conserver malgré eux, en remettant entre ses mains « sa vye et sa liberté dans un lieu où ik n'auroient plus « l'advantage de le pouvoir calumnier. — Aprez cela, c« l'exempt l'ayant pressé et repressé par plusieurs fois « de choisir plustost le Pont-SainctrEsprit que la Bastille, a et ToyaBt qu'il ne le pouvoit fère changer de résollu-' « tion, il luy dit : Monsieur, quand vous plaira-t-il donc a d'aller à la Bastille ? — Il respondit : Présentement ; et a pour vous monstrer que vous ne me surprenez point, d Hion petit pacquet est tout prest sur la taUe de mon « calnnet; car il y a trois jours que j'attendois cecy u avec impatience. Et en mesme temps conmianda que (I l'cm mit lea chevaux à son carrosse. Hais* quelqu'un (» qni se trotiva là ayant dit à l'exempt qu'il vaudroit « mieux n'aller qu' aprez disner, à cause qu'il estoit plus a de midy, et que Ton alloit porter la viande, il dit à « M. le colonel qu'il valloit mieux qu'il disnast avant que « de partir. — M. le colonel respondit que cela estant « indîfierend , il le vouloit bien. Et incontinent il fut « trouver madame la marquise^ et luy dire qu'elle iic j>c
2/i8 ROBERT ARMADLD D'ANDILLY.
« devoit point affliger, puisqu'il avoit ce qu'il avoit dé- « siré. Elle se comporta en cela avec un très grand « courage ^ Puis il vint disner, et en disnant beut à « l'exempt à la santé du roy, et le pria de luy dire que u s'il luy bailloit la Bastille pour punition de n'avoir pas « exécuté le commandement d'aller au Sainct-Esprit, il a la recevoit de bon cœur pour telle, sçachant que le roy « est ie maistre et qu'il pouvoit fère ce qu'il luy plaist. (( Que sy au contraire il la luy bailloit pour protection « contre les calumnies de ses ennemis, il la recevoit « comme une très grande grâce, et espéroit d'avoir un (( jour plus de part que jamais aux bonnes grâces de Sa « Majesté, à laquelle il le supplioit aussy de dire que « soit qu'il demeurast dix heures, ou dix jours, ou dix 0 mois, ou dix ans dans la Bastille, il la supplioit très « himiblement de croire qu'il seroit aussy prest au sortir « de là, d'aller sacrifier sa vye pour son service, que sy « elle luy donnoit maintenant la charge de Connestable« ^^ — Il dit aussy à l'exempt en disnant, qu'il luy don- « noit sa foy et sa parolle, que quand on laisseroit les (( portes de la Bastille ouvertes, il n'en sortiroit jamais « que le roy ne l'en tirast, et qu'il désavouoit pour (( ses amistous ceux qui parleroient pour sa liberté, ne*
^ « Etle dToit de Tesprit, du courage, et plus d'ambition que je n^en ai « jamais vue en aucune femme. > (Mém, iVAm, d*ÀndiUy, part, ii» p. 12 et 30.) — Et puis madame d'Ornano se rappelait peut-être que le fameux Corse Sampiëtro, aïeul paternel du colonel, avait étranglé sa femme parceque celle-ci avait voulu demander la grâce de son mari, dont la tète était miseft prix. On pourrait le penser d*après ce passage des Mimoire$ tCun favori du due d'Orléanê (p. 21), où le stoïcisme de, la marquise n*apparaU point aussi déterminé que dans les Mémoires de Robert : c M. le colonel ne fût « émeu ny des larmes de ses amis, ny des plaintes de sa sœur et de ses « nièces, ny mesme de sa pauvre femme. On n*a jamais veu une créature ■ si désolée ; elle s^évanouit deux fois lorsqu'on luy arracha son uiary d*enci irc ies bras... »
CHAP. U^ S£CT. IDj ART. IL 2/|9
« la voulant attendre que du roy seul, et de la cognois- « sance que le temps luy donneroit de sa fidellité. Après, « il se mit à parler en riant de diverses choses, et l'exempt « l'ayant encor fort pressé aprez disner d'aller plustost « au Sainct-Esprit qu'à la Bastille, et luy ayant mesme « dit qu'il luy donnoit encor vingt-quatre heures pour y « penser, M. le colonel respondit qu'il ne falloit pas difc( férer davantage, et qu'il luy tardoit desjà d'y estre. £t Il ainsy disant adieu à madame la marquise, il s'en alla « acompagné seullement d'un des siens nommé Cler- « mont, et fit mettre l'exempt à la portière auprez de luy tt avec un visage et une constance audelà de toutes pa- « rolles. M. de Chaudebonne se mit dans le carrosse « et Tacompagna jusques à la Bastille, à la porte de II laquelle, et encor après qu'il fut dedans, l'exempt le 0 pressa de rechef avec grande instance d'en sortir pour a aller au Sainct-Esprit, et luy dit qu'il luy donnoit encor a vingt-quatre heures pour y penser, ce qu'il refusa. In* « continent aprez M. de Luxembourg le vint voir, et le «lendemain, jour de la Feste-Dieu, comme il estoit 0 prest de se confesser pour communier, M. de Luxem- « bourg estant revenu, le pria de ne le pas fère jusques d à ce qu'il eust eu ordre de la cour ; ce qui fascha M. le 0 colonel. Et depuis ayant eu ordre de la cour de le resa serrer, et ne laisser parler personne à luy, il le mit 0 dans la chambre de M. le prince, et ne le laissa plus « promener sur les tours. Mais M. de Luxembourg estt tant incontinent aprez aUé à là cour, il en rapporta « ordre de luy laisser entendre la messe tous les jours, « de le laisser confesser et communier quand il vou- « droit, de le laisser promener deux fois le jour, et de 0 luy bailler encor un page et un laocjuais. »
(( Le sieur de Boislouet, exempt susdit, estant retourné « le soir mesme à Compiègne, le M. de La Viéville luy fit « dire qu'il y avoit mille livres à gangner pour luy s'il le « vouloit voir avant que voir le roy. Mais il n'en voulut « rien fère et alla trouver M. du Hallier, duquel il avoit n reeeu le commandement, lequel le mena chez Sa Ha- « jesté ; et bien que le roy fust couché, il entra, tira son « rideau, et luy présenta Boislouet sans avoir voulu au- « paravant sçavoir de luy ce qui s*estolt passé. Boislouet (( conta tout au roy en fort homme de bien ; et quand il « luy dit les injures de Galeteau, le roy tesmoigna grand « mescontentement, et se mordit le doigt. »
Cette longue citation, nous ne l'avons pas choisie. Elle nous était indiquée par les Mémoires de d'Andilly luimême; et si nous n'en avons rien retranché, c'est que nous voulons que l'on puisse juger sur un extrait assez étendu, et non d'après nos appréciations, la valeur d'un Journal dont on entretient pour la première fois le public. — Il ne nous reste plus qu'à rappeler combien peu, dans les mémoires contemporains, autres que ceux de d'Andilly, il se trouve de renseignements au ^ujet de l'arrestation dont celui-ci rapporte les circonstances avec tAnt de détails ^ — Passons maintenant aux ftères de cet iUustre solitaire.
1 Voir Mém. du dwf tfOrUanê, f. I9-S4 ; Uém. if^n favwi du émç é^OrUanty p. 18-22 ; MénK, de Poniiê^ 1. 1, p. 808. Pontis, par une singulière distraction, confond l^arreslation d*Omano, en 1624* avec celle de ce même persoMage ea i6S6, bien que hiinnèiiM ait pris part à la leeoade % Mim. de Richelieu (édition Petitot), t ii, p. 324 s i^cure franfoU^ t. x, p. 470 el 678 ; Vittorio 5tri, Alemorie reconditCf t. ti, p. 609, etc.
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CHAPITIiE m.
LES PRÈRES d'aRNAULD D*A1IDILLV.
Des vingt enfants que la Proviâeiice avait départis au père de Robert, dix seulement parvinrent à Tâge adulte; les six filles qui devaient reformer et édifier Portr-Royal; Robert, Talné de tous; Henri, abbé de Saint-Nicolas, puis évèque d'Angers; Simon, lieutenant de laMestre de camp des Carabins, tué dans une sortie près de Verdun en 1639 ' ; enfin le dernier des vingt, le célèbre docteur Antoine Amauld.Nous ne parlerons ici que de Henri et d'Antoine. U ne reste aucune trace de Simon dans la correspondance de sa famille; et c'est plus tard^ que nous indiquerons ce qui s'y rapporte aux religieuses ses sœurs