‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 24 sur 88 · CUAP. UI, 8ECT. I, ART. III · texte numérisé non relu

CUAP. UI, 8ECT. I, ART. III

« marque de l'esprit ecclésiastique, et d'avoir par là « scandalisé beaucoup de gens qui ont trouvé fort à re- « dire qu'un prélat, qui vivoit d'ailleurs fort exemplaia rement, donnât ce méchant exemple à ceux qui regar- « dent la chair et le sang dans la distribution des biens

« de l'Eglise' C'est par le même principe de com*

o plaisance envers ses amis qu'il a fait des fautes semu blables ; comme d'avoir procuré, étant abbé de Saint* fl Nicolas et à Rome, qu'un homme très charnel et très a vicieux résignât une abbaye, retentis fructibus^ à son a neveu, qui n'a jamais été qu'un libertin, et qui tient « présentement encore, tous les Cû*èmes, une table servie « de viandes \ n

Mais si jadis Henri avait eu trop de complaisance pour ceux de ses amis qui faisaient gras pendant le Carême, il le réparait bien en interdisant toute l'année le cabaret à ses clercs. Et cependant il paraît que ceux-ci échappaient à son influence toutes les jfois qu'ils n'étaient pas obligés de la subir par sentence ; car son frère l'engage à considérer « le peu de solidité du fruit qu'il a fait dans

1 « M. Henri Arnauld, éréque d^Angen, a toujours conserré une tendresse « un peu humaine envers ses parents, qui lui fait faire quelquefois des « fautes. » (Lancelot, Voyage fait à AUt^ dans ses A/m., t. n, p. 428.)

2 Œuvres du doct. Arnauld, lettre d^avril 1665, 1. 1, p. 525. -^ Tous les amis d*Arnauld n^enssent pas été aussi sévères que lui sur ce point: « M. d*Aletb demanda à M. Arnauld un rituel ; mais celui-ci n*étant pas « préparé sur cette matière, M. Nicole persuada à M. d'Aleth de s^adresser « à M. de Saint-Cyran [Barcos], et de lui écrire pour cela une lettre pleine « d'estime. M. de Saint-Cyran prit cette lettre pour une vocalion, et fit le a livre. M. Arnauld le revit avec M. Nicole, et adoucit plusieurs choses qui a auraient paru excessives ; entre autres M. de Saint-Cyran avoit écrit un « peu librement sur Tabslinence de la viande pendant te Carême, et pré-

teudoit que TÉgtise ne pouvott pas faire des règles qui obligeassent sous peine de péché mortel. » (Racine, Fragments sur Port-lioyat, Œuvres, t. VI, p. 294*}

280 LES FRÈHES O'ARINAULD d'ANDILLY.

« son diocèse ; ce qu'on peut reconnoître au peu de per- « sonnes qu'il a fait entrer dans une vie vraiment clirc- « tienne, au peu de prêtres qu'on puisse s'assurer avoir « été bien appelles, au peu de curés qui fassent leur « charge comme il faut. Presque tout son clergé n'a-t-il (( pas apostasie ; et sur une appréhension même mal (( fondée de perdre leurs bénéfices, ne sont-ils pas allés u signer devant les juges séculiers im Formulaire qu'ils « savoient bien être rejeté par leur évêque ^ ? » sans parler de la chute même de leur propre neveu, qui, manquant non seulement aux traditions de sa famille, mais aux convenances que lui imposait le titre de commensal de son oncle, avait, à ce qu'il parait, signé le Formulaire jusque dans le palais épiscopal ^. — Aussi est-ce à cette époque que le grand Amauld engage son frère à se représenter « quelle a été son entrée dans l'épiscopat, les (( personnes qui y ont contribué, les motifs tout humains « qu'ont eu généralement tous ceux qui l'ont élevé à « cette dignité ^, » à laquelle il devrait renoncer.

£nfm à ces considérations rétrospectives le rigide docteur ajoutant une appréciation de la charité actuelle de son frère, lui rappelle a l'usage qu'il fait des biens de l'É- « glîse, les embarras où il s'est jeté pour ne les avoir pas u assez bien ménagés, et l'impuissance où il a été réduit (( pai* là de faire un séminaire, qui est presque le seul bien « solide qu'un évêque puisse faire en ce tems-ci ♦. »

Depuis lors, il est vrai-, vingt-sept ans s'écoulèrent, durant lesquels l'épiscopat de Henri fut plus utUe, mais non pas exempt de tout blâme aux yeux même du docteur,

A Œuvre* du docU Amauld, ibid* 3 Ibid.

3 Ikid., p. 524.

4 Ibid,, p. 525.

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qui i)Ouvait le mieux en apprécier l'utilité. — Ainsi celui des quatre évèques opposants que sa longévité réserva le plus longtemps pour protester contre le Formulaire mourut sans s'être démenti, mais dans les bras d'un neveu qui l'avait signé. — Le réformateur du clergé angevin avait conservé jusqu'à la lin pour commensal ce neveu qui, si l'on en croit le docteur, « n'avoit rendu à l'Église a aucun service, et menoit au plus la vie d'un honnête Il homme .^ » Le docteur, nous le verrons bientôt, était trop sévère pour le commensal de son frère ; mais il ne l'était guère moins pour son frère lui-même.

D'après les renseignements que fournit sa correspondance, la charité si vantée du prélat eût puisé ses principales ressources dans l'incurie et dans un désordre de «gestion financière. — Le frère puîné avait prêté à son aine une somme dont la rente s'élevoit à deux cent trentedeux livres ^; et pendant vingt-neuf ans, que la crainte de la Bastille réduisit le créancier à vivre caché, le débiteur profita de cette absence pour laisser accumuler les intérêts de sa dette ^. Lassé d'attendre, et d'ailleurs pressé parles besoins de l'exU, qu'il avait préféré aune captivité volontaire, le docteur obtint avec beaucoup de peine que les rentes courantes lui fussent servies ♦, et se fit faire un billet pour les arrérages. Mais de ce billet il n'osiUt

1 Œwfret du doct, Àmanld, lettre dccgcxci» du S7 novemlyre 1098, t> m, p. 099.

a Ibid,, U m, p. 187, lettre nccni, du 4 avrU 1689 [perperam 1688].

A JbUL^ lettre ti» iuppl. du 9 octobre 1681, U it, p. 189. « Est-ce donc a qu'A faut se résoudre à perdre le courant de ma rente, après en aroir « perdu YÎngt-huit ou fingt-neuf années, pendant tout le temps que je suis « demeuré caché? Et cependant je suis accablé de dettes. Peut-on. en « consdenoe, agir de la sorte? Tai honte de lui en écrire.... »

4 JHd,, lettre n, wffpi* du 15 novembre 1683, t. iv, p. 1&6. « J*ai un « peu honte de parier si souvent de Tabire... Mais que faire quand on « est pressé de payer sei dettes» et que oeui qui nous donrent ne nous

282 LES FRÈRJbS U'AKMALLD ]>'âNI>1LLY.

parler à Tévêque : a Cela, écrivait-il» lui douneroit a une peine incroyable, et aeroit capable de le faire u malade ' . )> Et ailleurs : « Ce seroit causer une doua leur mortelle à M. d'Angers que de le poursuivre en « justice pour lui faire payer cette dette de 6,000 livres, (( qui ne provient que d'arrérages échus pendant vingtu huit ou vingt-neuf ans, qui n'ont point été demandés tt dans le tems porté par l'ordonnance ; et je me soutt viens que je n'ai tiré de lui cette déclaration, qu'en lui a promettant de ne lui en rien demander pendant sa vie. « Je doute aussi qu'on en puisse rien avoir après sa « mort ^.)> Ainsi cette manière posthume d'acquitter une dette ne laisse de scrupule qu'au créancier; mais elle témoigne, il faut bien l'avouer, plus d'amour du repos chez le débiteur que de sollicitude pour les besoins d'un

« payent pas ? Je ne sais comment on Tentend ; maïs je sais l^len qae^ dans a les règles, on ne devroit pas donner Tabsolution à des débiteurs qui perce sisleroient depuis plus de quatre ans dans une injustice si manifeste. FiSt- « ce que ceux qui sont obligés de donner ces règles aux autres, se peuvent a dispenser eux-mêmes de les obserrer? d — Cf. Lettre x, suppL du 12 Janyier 1683, t. iv, p. 148.

1 Ibid,j lettre dcccix, du 30 juillet 1691, t. m, p. 858. — Outre son afféc- Uon, le docteur avait un intérêt plus puissant que celui de sa créance pour ménager la santé de son flrère.',c Je vous d irai franchement, écrit-illoisqu'il

• Ta perdu, que ce qui m*a le plus touché dans la triste nouvelle que

• vous m'avez annoncée, u^est pas une mort précieuse devant Dieu, que « Ton de\oil bien croire n'être pas fort éloignée dans un âge si avancé [de

• quatre-vingt-quinsc ans] ; mais ça été la même vue qui faîsolt dire aux

• disciples de S. Martin : Cur nos, pater, deserif ? aut eui no$ desolatûs « relitufuU? invadetit enim gregem iuum tupi rapaceê,w (Lettre dcgclxxxv, do 31 juin 1692, t. m, p. ii97.) Le P. Qnesnel, compagnon d*cxil du grand Arnauld, écrit le même jour : t C'est une perte bien grande que la mort c d'un saint évCque; mais ils seroient bien malheureux s'ils étoient con-

• damnés à ne pas mourir... Ce qui est plus DStcheux, c'est qu*on mettra « en sa place quelqu'un qu'il n'auroit peut-être pas choisi lui-même. » (Ibid., p. 490.)

2 ibid,, lettre zxix, du 13 juin 1094» U zui» suppL, p. 42.

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frère octogénaire et proscrit. — La charité qui commence par soi-même n'est pas la plus évangélique.

Le docteur, la trouvant seule chez le prélat, cherchait à provoquer chez son neveu un autre sentiment: « On pour- « roit représenter à F abbé, écrit-il, qu'à considérer les « choses devant Dieu et selon la justice, il seroit obligé c( de prendre sur lui les six mille livres qui me sont dus « par son oncle, pour ne m' avoir pas payé pendant plus (( de vingt-neuf ans les arrérages de la rente qu'il me 0 devoit ; car je me souviens que lui en ayant écrit dans « ce tems-là, afin qu'il m'en fît payer, il me répondit « que son oncle n'étoit pas en état de me payer. Et ce- 0 pendant j'ai su depuis, ce que je ne savois pas alors, « qu'il nepayoit,nîpourlui,nipour ses gens, aucune pen- « sion à son oncle ; laquelle, s'il l'eût payée, il lui auroit a été bien facile de me payer mes arrérages, qui n'étoîent n pas le quart de ce que cette pension auroit dû être. Ne « seroit-il donc pas juste qu'il s^imputât ce défaut de « payement, et qu'il déchargeât la succession de son Cl oncle de cette dette de six mille livres, en me les « payant en un teifis où j'en aurois besoin pour rétablir « mes affaires?,... Il doit aussi considérer que n'ayant « qu'un seul héritier, qui est son frère [le marquis de « Pomponne], à qui Dieu a fait avoir de si grands biens, « par la bonté que son prince a pour lui, il peut et il « doit employer ce qu'il a de bien en bonnes œuvres, tt plutôt que de le lui laisser '. »

Nous ne savons si le frère de l'abbé eût été de cet avis; l'abbé n'en fut point pour le moment. Mafs s'il ne soulageait pas la détresse d'un de ses oncles, il soula-

1 Jbid., leUre dcccxlvi, du 28 jauvier 1692, U m, p. 423.

28/i LES FRÈRES l)*ARNALXD D*ANDILLY.

geait du moins la conscience de 1* autre. On lit dans la biographie manuscrite de l'éVëque d'Angers ^ : « Un de « ses plus grands soins fut que ses dettes fussent payées. (( 11 demanda à M. son neveu, qui depuis quelque temps (( avoit pris soin de ses affaires ^, en quel estât estoit (( celle-là? £t lui ayant respondu qu'il ne s'en mit point « en peine, et que personne ne perdroit rien ; il lui dit : « Dieu soit loué ! Et tout consolé, il ne pensa plus après « cela qu'à sa dernière heure, qui ne tarda pas longce tems. » Le vieillard expira tranquille. [8 juin 1692.] Sa dette envers son frère ne fut jamais acquittée.

Cela n'empêcha pas le miséricordieux docteur d'écrire à l'un des correspondants qu'il avoit à Rome : « On nous « a mandé la mort de M. d'Angers... C'est le dernier des (( quatre évèques ; et il lui est arrivé la même chose « qu'aux trois autres, qui ont été canonisés par la voix u du peuple^ qui a souvent été regardée dans ces rente contres comme la voix de Dieu. Il est important, ce a me semble, de bien faire remarquer cela au lieu ou, « vous êtes ^» —Ainsi, pour peu que Rome s'y fût prêtée, la générosité de Port-Royal en eût tempéré le rigorisme

jusqu'à faire un bienheureux d*un débiteur insolvable \

2 Ce Dereu prenait aussi soin de la penonne du prélat, et en disposait si souTerainement que le digne évêque, voulant accomplir, quoique malade, une œuvre de cliari|j6, non seulement fût obligé de se cadier de son neveu, mais de ftiire jurer avec serment à ses domestiques qu^ils ne trahiraient point près de lui ses intenUons. — Des Molëts, Menu de littér,^ t. in. part, n, p. 377.

^ Œuvre» du doct, Àrnauld, lettre DCGCXcï,dn 4 jttillet.i092, t m, p. 515. ^ CL Lettres de Nicole, t* m, p. S04, lettre du 16 juin 1693.

4 G*eût été sans doute aussi Tavis de la M. Angélique de Saiot-Jean, qui, dans une lettre du 5 novembre 1661, place son onde côte à o6te du grand S. Uilaire. (Hisi. de$ Pcnécut,, p. 52.)

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