SECTION II
ANTOINE ARNALLI), DOCTRLR HE SORBONNK.
ARTiaS !•'• Le Janséninne hérétique»
Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne, qui occupe une si large place dans la biographie intime de sa famille, s* en est ménagé une bien autrement considérable dans r histoire intérieure du siècle de Louis XIV. Chef de l'opposition religieuse, il Ta excitée ou dirigée pendant cinquante ans [16A3-169A] avec toutes les qualités qui lui ont mérité de la part du grand siècle le surnom de grand, avec tous les défauts qu*a fait oublier ce glorieux surnom. Penseur profond, logicien consommé, écrivain de grand style, homme de grand caractère, il laissa troubler sa pensée par la passion, mit sa logique au service d*idées contraires ^ dépensa son grand style à de misérables querelles, et son grand caractère à soutenir une hérésie. Cette hérésie, il est vrai, n'était tt ses yeux que la doctrine de S. Augustin sur le libre arbitre. Mais un homme aussi compétent dans ces sortes de questions que bienveillant pour Port-Royal, celui-là même que de nos jours le grand Arnauld accepterait sans doute pour
1 La prédesUnalion et la liberté. • Il est bien démontré que Port-Royal, « fondé sur le double principe du néant de la nature humaine et de la t puissance unique de la grftce, ne pouvait admettre ni le Cartésianisme t ni aucune philosophie.... Arnauld n*a pas cessé d^étrc un Cartésien dé- ■ claré,..»(M. Cousin, Ihi êcepticiswte de Paual, Betne HeiDevx- Monde», t. X, p. S5\-353.}
2B6 - LES FRÈRES D'ARliAL'LD D ANMLLY.
juge, à Ynoins qu il ne fût toujours décidé à n'en pas reconnaître, M. Cousin a déclaré le Jansénisme hérétique '. Une telle sentence, portée de si haut, suffit pour légitimer notre jugement sur le célèbre docteur, et nous permet de dire toute notre pensée sur ses doctrines et sur ses agresseurs 2. D'un seul mot M. Cousin a réduit pour nous cette prétendue réforme catholique, dont Port- Royal était le foyer, aux proportions d'une cabale théologique, tramée par des hommes de génie ^ ; et, du même mot, l'illustre écrivain a réhabilité la bonne foi des adversaires de Port-Royal. Ainsi ces adversaires tant moqués, ces persécuteurs odieux désigné^ à la vindicte populaire, ces prélats hypocrites, aveugles instruments de passions masquées, les Péréfixe et les Harlay avaient pour eux la raison, leur conscience et la religion même ; car ils avaient la vérité. — Leurs ennemis ne défendaient qu'une hérésie. — M, Cousin, en le démontrant, a complété ^n profit du Catholicisme une série d'efforts, dont une partie seulement nous paraît suffisamment
I c Le iiysU-me janséniste est mêlé de vérité et d^erreur. Par son côté ?raî, « cVst la doclriiip catholique.... Par sou côté faux, ce n*est qu'une Uiéorie c particulière qui tombe sous notre examen. Port-Royal est un grand parti « dans rÉi^lÎBc; mais après lout ce n'est qu'un pard; ce n'est point l'Église
• elle-même, car TÉglise l*a condamné. Ce qo*il y a 4'eaflntiellemenC faux c dans la grûcc janséniste, etc.... > 1\ faut lire tout ce morceau capital de M. Cousin; (Du scepiicisme de Pascal, Revue det Deux-Mondes, L ix, p^ 836.)
^ «On peut dire aujourd'hui toute la vérité sur le Jansénisme. Le c P. Aiinat i*t le P. Letcllicr ne sont pas là pour nous entendre...* Portff Boyal est tombé duns le domaine de l'histoire. Nous pouvons donc le V juger avw r< spcci, mais avec liberté.... > [Ibid,, p. 834.)
3 « Disons le donc sans héuter : le Jansénisme est un Christianisme in-
• considéré et intempérant. Par toutes ses racines, il tient sans doute ù c l'i^iglise catholique « mais par plus d'un endroit, sans le vouloir ni le savoir c mime, il incline au Calvinisme..., Deux qualités éminentes lui ontmanc que; le sens commun et la modération, c'est à dire la vraie sagesse, i (Ibid,, p. 834-337.)