CHAP*. IH, SECT. II, ART. I
appréciée. Des deux doctrines qui ont ébranlé le dernier siècle, et qui en ont fait écrouler les ruines sur la religion, il avait détruit le matérialisme comme philosophe, tout le monde en convient; il a fini, et c'est ce que Ton n'a pas assez r^narqué, par détniii^ le Jansénisme comme critique ^ . Heureusement le critique a gravé ses jugements, ainsi que le philosophe a scellé ses doctrines, dans un style qui les rend littérairement impérissables.
A l'appui de ces jugements, nous devons l'avouer, noire dépôt ne contient plus que les copies de quelques pièces, dont les originaux ont dû servir à la publication des quarante-deux volumes in-â« où se trouvent réunies, depuis 1775, la plupart ^ des œuvres du grand Àmauld. Ces copies, d'ailleurs peu nombreuses, sont à peu près
1 On serait tenté de croire que le gran^ Aroauld pressentait l^influenoe que rillustre improbateur de ses doctrines devait aTotr au dix-neuvième sède sur rinstniction publique, lorsqu*il écrivait à Tune de ses amies les plus dévouées, M"* de Fontpertuis : a Je ne doute point qu'on ne soit très solisAtit f de monsieur votre fiis, pourvu qu'on ne précipite rien, et qu'on le laisse c suflUsamment dans les humanités, en laissant là la philosophie de collège « qui ne lui servira jamais de grand'cbose. » Et ailleurs : « Je ne penscrois 9 qu'à lui (aire bien apprendre les humanités, et j'emploieroîs à cela les c deux ans qu'on leur fait perdre d'ordinaire à apprendre la philosophie a de collège. Cela lui donnera quatre ans à étudier les lettres humaines^ M qui sont bien plus importantes, s ( Œuv, du docU Amauld, t. if, p. 24^ et 467) IcU. occcxvi et ccccxci, du 3 mai 1683 et du 9 octobre 16840
7 On sait qu'il manque à cette édition la réimpression de la grande Per-' pétuiic de la foi. Il y manque aussi plnsi^rs lettres, non pas seulement de celles que les éditeurs n'avaient pu recouvrer sans doute f Gr..t. m, p. 854» Ictt. PccGvn, du 5 juin 1691 ; p. 750, lelt. mxix, du 3 mars 1694 ; t. iv, p. 3, Ictt. Mxxxvii, du 29 avril 1694, etc. Toutes ces lettres relatives à la famille Amauld devraient se trouver dans nos pa|»ers» où il n'en reste aucune trace ;} mais il y en manque également plusieurs de celles qu'adressaient au docteur ses correspondants, et qui n'ont pas été publiées quoiqu'elles fussent entre les mains des éditeurs. (CC liarrièrei Vie d^ Àmauld, t. i, p. 170, t, II, p. 36, il., 245 et 394.)
288 LES FaÈRES d'aRNAULD D'^NDILLY.
les seules traces qui restent désormais de ce glorieux personnage dans les archives de sa famille. — Parfois cependant son nom et les événements de sa vie se mêlent à la correspondance du marquis de Pomponne, dont nous aurons bientôt à nous entretenir.
Mais le fait principal que révèle à son égard cette correspondance s'y trouve mentionné avec tant de précautions et de laconisme, qu'il passerait inaperçu si Ton ne nous permettait de réunir ici, par avance, quelques renseignements propres à l'éclairer lorsque viendra le moment de le mettre en relief. Gela est d'autant moins inutile que le point historique auquel ce fait se rattache, après s'être bruyamment produit, et nécessairement obscurci, au milieu des querelles religieuses du dernier siècle, s'y est tellement effacé, avant de se trouver lui-même élucidé, qu'il est aujourd'hui à peu près inconnu; et qu'en tous cas, pour s'en faire une juste idée, il faudrait se jeter dans une étude aussi longue que fastidieuse. — Il s'agît de l'acquisition de Nordstrand ^ île située près du Hol-
^ L'histoire complète de celte acquisition ne se trouve nulle part. Nous n^avons pas la prétention de la Taire. Pour en recueillir le peu que nous en afons dit, nous arons été obligé de consulter principalement : 1* Chronicon congregationii Oratorii D. Jestt per provineiam achiepucopaiuê Meekli» nienêis diffuiCTt ab anno D, 1626 usque ad finem anni 1729> [auciore Petro de Swert ]. — P. de Swert, prévôt, c'est & dire supérieur général de rOratolre en Flandre, a joué un grand rôle dans l'histoire du Jans«}nisme, dont il fut Pun des principaux soutiens. H fit imprimer sa chronique en 1740; mais H n'en laissa produire aucun exemplaire en public avant sa mort, arrivée en 1747. — 2" OEuvreM d'Antoinette Bourignon, 48 vol. m-8<*, parmi lesquels il faut lire surtout : la Vie continuée d*Ant. Bourignon [par le ministre Poirel ] ; la Lumière du monde, publié par l'oratorien janséniste Christian de Cort; la Lumière née en ténèbres ; le Témoignage de vérité ; l'innocence reconnue et la vérité découverte, rédigés et imprimés par Antoinette elle-même; les Persécutions du Juste, VÉtoile du matin, les Avis et instructions salutaires, — 3<> Œuvres du doct,Arnauld,li^yfo\, in-4*, 1775, principalement les volumes i, ii, m, iv et xut dans lesquels se trouvent léslet-
CHAP. m^ dECT. 11^ ART. L 289
stein, sur les côtes de la Baltique, et dans laquelle Port- Royal eut un instant le projet d'émigrer tout entier. C'est à Port-Royal même, à ses amis, à ses associés pour Tacquisitîon de Nortstrand que nous avons demandé l'histob*e de cette curieuse entreprise ^ En l'esquissant, nous porterons le scrupule jusqu'à laisser ignorer ce qu'en ont dit les Jésuites et leurs partisans ^. Singulière impartialité, nous eu convenons,^ qui supprime les principales accusations et n'étudie que le dossier où devrait «e trouver la défense! Mais qu'importe, après tout, si la vérité se fait jour dans ce dossier même? Aussi n'est-ce
très. — 4* Fie de Mtuirt Antoine Amauld [parLarrière], S vol. in-8%i783, particulièrement la notice sur Nordstrand, t. ii, p. 385-^00. — S** Mém, de Fontaine^ L ii, p. 188.-6* Bayle, Diction, Aitf., \*Bourignon^ et Nouvelles de la répub. des lettrée, 1685, p. 4SS et A58. — 7* Cliauflèpié, v* Labadie ; NicéroQ elGoujet, dans les Mim, de Nieeron, L iv, p. ihk, t. x, p. 140, t. xvui, p. 886, t. XX, p. 140, etc. — 8* Lettre poêtorale publiée par M* de Mailly, archevêque de Reims^ le 10 septembre 1718. — O*" fjettre pastorale de Mr Vévéque de Montpellier [Cbarancy], le 28 septembre 1740. — 10* Dé^fence de la vérité et de (^innocence outragée dans la lettre pastorale de M, de Charanetf, évéque de Montpellier [par Legros, chanoine de Reims]. — 11* Goujet, Vie de Meole^ faisant le t. xiv des Essais de morale, — 12* Histoire du Socinianisme [par le P. Anastase], part 11, chap. xtiii, p. 541-560. — 18* Histoire curieuse de la vie^ de la c-onduite et des vrais sentimeus de Jean de Labadie [ par Des Maretx frères, avec la Modeste réfutation, la Déclaration chrétienne et la Copie de deux lettres qui doivent se Joindre à Chistoire],'-^li» ActaErudit., Lips,^ 1686, p. 9 et 4687, p. 233.— 15* Lett, d^Eusébe Philal, [Dom Clémencet] à M. F. Morenas, p. 320. — 16* Guilbertr Mém, hist, et chron,^ U ▼, p. 541-565.
1 t On n*auroit pas cru trouver ici de l'essentiel pour l'iiisloire drs c Jansénistes ; il y en a pourtant. L*on y apprend que ces Messieurs, lont qu*ib étoient le plus persécutei en France..., résolurent de se cantonner ■ dans une tiesnr les câtes du Holstein, et quUls en avaient acheté déjù une t partie, etc. » Nouvell, de la rép, des lett,, 1685, p. 427.
3 Morenas [exH:ordelîcr], Abr. de l'hist, ecclés, de Fleury, t x, p. 84 ; D*Avrjgny, Mém chronol, pour C hist, ecclés,, t. m, p. 144» Supplém, aux Nouvelles ecclés, passim; Colonia et Patouillef, Dictionn, des liv, Janscn,, Xm II, p. 254, T* Imaginaires ; Lettres choisies de M, Simon [ex-oratorienj, U II, p« 227, lett* xixii, du 15 janvier 1687, etc.
290 LES FRÈRES D'ARNAI LD D'ANIALLY.
point en faveur de cette méthode abi'égée d'instruire un procès que nous sollicitons l'indulgence du lecteur, mais bien plutôt pour les longueurs d'un épisode que l'intelligence du sujet nous oblige à reprendre d'un pe« loin.
ARTICLE II
J^ Jansénisme prédicant.
Le Jansénisme, placé sur les confins du Catholicisme et de l'hérésie, est une réaction contre les tendances de la Ligue, qui avait gravité vers les limites opposées par lesquelles l'orthodoxie touche à l'ultramontanisme. Il est né des doctrines gallicanes agitées de l'esprit inquiet de la Belgique espagnole, comme la Ligue était issue de ces mêmes doctrines frappées de vertige par l'astucieuse politique de l'Espagne méridionale. Aucun de ces deux mouvements, on ne l'a point assez remarqué, n'est donc vraiment national dans son développement. Le choc qui détermine celui-ci descend des Pyrénées; l'impulsion qui engendre celui-là vient des rives de l'Escaut ; et si l'histoire de l'un se déroule de l'Escurial au Louvre, celle de l'autre flotte perpétuellement de l'Université de Louvain à Port-Royal.
Ces mouvements si contraires ont d'ailleurs procédé par les mêmes voies. Tous deux se sont adressés aux corporations. On sait quel levier y trouva la Ligue ; et chacun connaît ce passage d'une lettre de Jansénius à Saint-Cyran : « Ce ne seroit pas peu de chose si Pilmot ft pe Jansénisme] futjsecondé par quelque compagnie...; « car, étant embarquez, de telles gens passent toutes les
cmv. m, SKCT. n, art. il i9\
« bornes pro ou contra^. » L'ami de Saint-Cyran chercha donc avant tout à mettre Pilmot sous le patronage de quelque compagnie ^. Ce ne fut pas aux plus anciennes qu'il s'adressa de préférence, mais à celles qui, dans toute l'ardeur d'un début ou d'une réforme, avaient assez de zèle pour patronner ses propres débuts, assez d'en* thousiasme pour seconder sa propre réforme. Divers établissements surgissaient alors en France, bu «'y réorganisaient pour combattre les désordres que la Ligue avait introduits jusqu'au sein du clergé. Dans lé cloître, les réformes deSaint-Maur et deSaint-Vannes pour les hommes, de Port-Royal et du Calvaire pour les femmes, épuraient différentes familles de S. Benoît'. Dans le monde, le cardinal de Bérulle cherchait à créer au sein de l'Or^itoire une association de prêtres exemplaires ; et Vincent de Paul, à constituer dans Saint-Lazare une pépinière de missionnaires édifiants. S'insinuer dans ces établissements, c'eût été se saisir de la haute aristocratie monacale, de la portion du clergé séculier à qui appartenait l'avenir, et par elles de toutes les populations. Saint- Cyran, sous l'inspiration de Jansénius, tenta ces diverses conquêtes *. Éconduit du Calvaire par le célèbre P. Jo-
1 Lettrée de Jaméniuit lettre du S juin 46S3, p. 450. Totit en chopM les ooiiipa8:Bies, Jansénias ne négligeait pns les IndlTîdus. )l a?àU loué, mais en vain, le cardinal de Richelieu, dans les bonnes grâces duquel ne put se maintenir son ami Saint-Cyran. ( Mém\ de Lanctlof, t. i, p. 527, etc.)
3 [L^abbé de Saint-Cyran interrogé,] « a dit i^incISnatlon qu*n a d^assister c toutes les communautés... • (Interrogatoire, dans le Itecueil in-12, p. 38.)
^ Voir plus haut, p. 156-176, ce que nous avons écrit sur Rancé et sur la Trappe.
4 Au début, Saint-Cyran n*avait fait acception, dans ses tentatives, d'aucun établissement ; tout lui était bon. La foi, disail-îl, doit être cnihotique c<nnme la charités (Afém, de Lwcrtot, t. ii, p. 271.) Mais Ips éoliors
292 LES FRÈBES D'AENAU^D D'ANDILLY.
seph ^ introduit à Port-Royal par d'Andilly ^, repoussé des missions par Vincent de Paul s, il ne put entr' ouvrir qu* à demi les portes de l'Oratoire ^ et de la congrégation de Saint-Maur ^
Le mouvement de réforme se trouvant moins avancé en Jtelgique^, Jansénius eut aie faire nattre ; ce qui était une manière plus difficile, mais plus sûre de le conquérir. Il ne négligea point de le propager dans les abbayes de l'ordre de Saint -Benoit ^ ; mais l'Oratoire, dont l'actiQU était plus directe sur les masses, lui parut propre surtout à seconder ses projets; et pendant sept années [1619-1626] ce fut vers ce but qu'il concentra ses efforts *. Il y fit
sQccessift qu*il subit dans son prosélytisme le forcèrent enfin de se rabattre exclusivement sur Port-Royal, quoiqu'il condamnAt ceux qui ae faUoUni un petit monde dans un grand monde, (Mém, de Lancelot, U n, p* i69,) La pratique l*avait entraîné au démenti de ses théories.
1 Ibid^y t. I, p. 82; Racine, Hi»t. de P, R., p. 4i« — Cf. Helyot, HiâU des ordres monastiqueê^ L ti, p. 867.
3 Lettres de la M, Angélique 1. 1, p. 43, lettre du 7 janvier 1621 ; p. 24, lettre du 2 nofembre 1624 ; p* 29, lettre du 28 mai 1626 ; p. 232, lettre du 6 mars 1643, etc.— -Cf. Mêm, de Lancelot, 1 1, p. 877-4S4t la première des Pièces justificatives ; et Mem, de la M, Angélique, L i, p. 474-495 ; on y verra combien le P. Joseph dut se féliciter d^avoir éloigné Saint-Cyran du Calvaire.
s Mém. de Lancelot, t i, p. 95, 286, t. ii, p. 292 ; Racine, Bist, ecclés.f t. XIII, p. 162 et 166; Recueil tii-12, p. 25, 39, 69, 166; D. Gerberon, Hist, du Jansén,, L i, p. 459. — Cf. Collet, Lettres critiques, première lettre, p. 1-36 ; Mém* de la M* Angétique, L ii, p. 384/ lettre du 12 mars 1655 ; Abelly, Vie du vénér* Vincent de Paul, liv. ii, p. 409.
4 Mém, de Lancelot, t x, p. 78, 94» 153, 208, n.; Recueil în-iS, p. i2, 70. — Cf. Quesnel, Anatomie de la sentence, p. 10; 3^m* de la M. Angélique, 1. 1, p. 451 ; et plus haut,, p. 23, n. 3.
s Mém. de Lancelot, L i, p. 97, t. n, p. 180, n. ; Déf. de JH, Fïneent; Actes, lett,, relat,, t. i, n. 4» p* lOi. — ^Voirplos haul, p. 121, n. 3.
s Laurent Beycrling, Magnum theatr. vitœ hum,, t. iv, lettre R, p* 268.
7 Voir plus haut, p. 35.
s Swert, Chronicon, p. 4-7, 27, C5, etc. ; Lettres de Jansénius, p. 1*178 passim.
CHAP. UI, SECT. U, AKT. If. 293
concourir les prélats les plus influents de la Belgique et de la Hollande : Boonen, archevêque de Malines, et Rovenius^ archevêque d'Utrecht ^ 11 fit partager ses vues aux archiducs-gouverneurs des Pays-Bas*, et se rendît en France [1626] pour en hâter l'exécution '. Il avait accès près de Bérulle, le fondateur de l'Oratoire, par l'antipathie commune que leur inspiraient les Jésuites^; et Saint-Cyran le seconda si bien près de ce saint personnage, que trois prêtres de sa compagnie furent enfin détachés pour aller s'établir à Louvain, sous les yeux mêmes de Jansénius, qui depuis jneuf ans [1617-1626] s'y était fixé ^. Du diocèse de Louvain, l'Oratoire se propagea rapidement dans toute la province ecclésiastique de Malines, et jusque dans la Hollande ^, et devint ainsi le principal auxiliaire de Jansénius dans les Pays-
1 Les archevêques dlJtrecht, ne pouvant prendre ce titre qu*a?ait aboli la réforme, en prirent un autre in partihu ; ainsi Rovenius portait celui d'ardievfique de Philjppe8'(Cr. Lettrée de Janeénius^ p. 99 et 107), comme plus tard M. deNeercastd, l*ami d*Amau1d, porta celui d^évêquedeCastorie. (Swert, Chronict p. 77, et Lettrée tPAmanld, passim.) Mais, pour plus de datte, nous désignerons ces prélats par le nom du siège quils occupèrent rMlement, et non par celui que les spoliations de la réforme les forçait d*y substituer.
2 Swert, Ckronieon, ibid,
^ Jbid^f p. 27, et Append*, p. 11, Monnm», x et xi«
4 Voir la lettre de Bérulle du 28 décembre 1628, au cardinal de Richelieu ; /6ût, Append,, p. 9$ Monum. t. — Jansénius avait d*ailleurs secondé en Belgique les efforts de Bérulle pour soumettre ft I*autorité de celui-ci les Canné* IHes déchaussées (Cf. Mém, delà M, Angélique^ t. ii, p. 814} > quarante ans avant que ses disciples amenassent les rèUgieoscs de Port-Royal à secouer Tautorité de l*archevéque de Paris [1628-166/1]. (Voir Lettres de Janeéntue du 27 mai et*du 2 juin 1628, p. 145 et 149.) Un autre point unissait encore Bérulle et les amis de Jansénius ; c'était le blâme qu^ils déversaient sur la cour de Rome. [Mém, de la M, Angélique^ t ii, p. 809.)
^ Voir les lettres adressées à Saint-Cyran, à la suite des lettres de Jausé^ nius, p. 801-826. — Cf. Uém. de Lancelot, U i, p« 78 ; t. ii, p. 94, n.
• Swert, Ckronieon^ p. 4-27 et 77.
29/» lES FRËRJiS D'ARNALLD D'A1S0|U.Y.
Bas ^ Ce fut dans son sein que Port-Royal, persécuté» et particulièrement le grand Amauld trouvèrent leurs meilleurs appuis ^; près de ses membres qu'ils trouvèrent, exilés, leur nieiUeur asile.
Huit années avant la mort de Jansénius [1630-1638], était entré dans cette congrégation un prêtre qui en fit trente-trois ans T édification et six ans le scandale ; Christian de Cort, pjcemier assistant de l'Oratoire, supérieur de la maison de Bialines et curé de Saint- Jean, paroisse principale de cette cité '. Christian, si l'on en croit un
de ses confrères, janséniste comme lui,, était, malgré sa
chute, un homme d'un génie vaste et entreprenant ^. C'était du moins, avant sa chute, un excellent prêtre, plein de zèle et d'activité, espèce de Vincent de Paul dont la charité faisait le génie. Ce fut à a^éer des hôpitaux qu'il appliqua d'abord cette surabondance de charité que n'absorbaient ni la direction des siens ni les
1 Andrta* Çrenseu,,,*, 17 Junjf 1657 inau^ratus est archiepiscopus ^^€chiinie^si$.^^• Cœpitiê i^ox ab iniiio vehementiâsime persequi eeclesia*" ikos illos qui vQcabantur JansenisUe ; cumqM invidioso Ulo, et ab hosiibu9 vcritatis ae gratiœ ckristianœ recens excogitato, namit^ tradiici'renlur omnés omniiio presbyteri congregalionîs nostrae Belgicaï, vexavit etiam iiiog ab tVii/io.... ( Swcrt, Chronicon, p. 86.)
3 Neercaslel, qui, après avoir étudié à TUniversité de JLouvaiu, cuira à l'Oratoire de Paris* d'où il reviot à TOratoire de Malines (Swert, p. 77] ; Goddei égaleinefit élève de LouYaiOt de Paris et de Haliues et successeur de Ncercastel à rarchevêché d'Utrecht, avec le titre de Sébaste (Ibid,, p. lis); Dç Hondt, prévôt géoéral de rOraloire, dans la maisou duquel Amauld qiourut, après y avoir été caché durant les cinq dernières années de sa vl^ (IbitL^ p. lô8J, etc« — Il faut lire la correspondance d' Amauld avec tons ces Oratorieos belges, et la défense qu'il prend de leur congnégatlon dans les Difficultés proposées d Af. Stegaert, ( ÔEuv,, L viii et ».)
' Swert, Chronicon, p. 39-4i; Innoc. reconn,^ p. 13-20; Témoignage de vérité, p. i5«
4 Virfuit vasti ingenii et laboviosus* (Swert, Chronicon^ p« 39, — Ct Larrièrc, Vie d' Amauld, U u, p. 387.)
CHAP. m, B£CT. Il, ABT. lil. 295
foDCiioDS du saiat ministëre ' ; mais après vingt-quatre ans de bonnes œuvres désintéressées [1630-165A] il en fit une qui l'était moins et qui peu à peu dégénéra en spéculation.
ARTICLE m.
Le Jamsénbme spéeuUUeur»
L'Ile de Nordstrand, qui durant le treizième siècle comptait trente-trois paroisses, avait été abîmée une première fois sous les flots le 16 janvier de l'an lâOO; et depuis lors elle avait subi dans chaque siècle, à l'exception du quinzième, deux inondations, dont la plus formidable, après la première, était la plus récente, celle du 11 octobre 163il \ Après cette dernière catastrophe, les ducs de Holstein s'efforcèrent de rappeler dans l'Ile ceux des anciens habitants qui avaient échappé à la mort, contre laquelle ils voulaient les engager à se prémunir par l'établissement de digues semblables à celles de la Hollande. Mais le duc Frédéric, voyant ses efforts inutiles, octroya le 18 juillet 1652 ' une charte remplie de privilèges à quiconque, en s'emparant des terres de Nordstrand, voudrait les garantir contre les invasions de la mer. L'une des clauses de cette charte assurait aux Catholiques une liberté absolue de conscience ^
^ Œuvres du doet, Amauld, 1. 1, p. iW» lelU uavii, du 6 avrU â657 ; Témoig. de vérité^ p. id.
3 1300, et 1362, 1532 et 1533^ 1612 et 1634 ; Swert, ChronUon^ pw 10.
3 Œuvres du doet, Amftuld, t. i, p. 162, n»; Swert» ChronteaUf p^ 11,
« xxiT articuH quibus constabat contractus.... eraat mire fiivûrabiles, praserUm religion! romaDOrcatboUca ; qui contractua eUam tam sancle fnit'cuModitus, ut, non obstante beUo quod inler rcge» Suecue et Donûe ia HoUalia gestum est, nibil pronua passa fuerit insula Nordatrandica, etai aliquae confederalorum copis in eam inlraveriut» (Swert, ChroHkoHj p» 86.)
Quatre riches habitants des environs de la Zélaiide, tous catholiques, parvinrent eii 165A.à cerner par des digues les points les plus exposés, et se rendirent ainsi les maîtres d'une partie de File ^ L'un d'eux, Quirin Inderveld, compatriote de Jansénius ^, et dont la famille s'était alliée à celle de Christian ^, parvint à obtenir de celui-ci des sommes assez considérables, en échange des* quelles un droit de dîmes sur l'île fut établi en faveur de rOratorien *• — Un acquéreur offrit plus tard de ce droit cent mille florins \ — 11 paraît que pour déterminer Christian à s'engager dans cette spéculation, on avait fait valoir près de lui certaines prophéties qui désignaient l'île de Nordstrand comme l'asile futur des serviteurs de Dieu persécutés, et jusqu'à des visions dans lesquelles on avait aperçu un grand nombre d'individus de diverses nations occupés à transporter dans ces lieux les matériaux de constructions nouvelles, symbole de la renaissance d'une nouvelle Jérusalem. ^'
L'Oratoire belge s'était trop abandonné à la direction de Jansénius pour rester longtemps sous celle de l'Oratoire français, à laquelle le soumettaient cependant ses bulles d'institution ^ Dès 1650, les maisons de la pro-
* Swcrt, Chronicon, p. 11 et 77.
3 Ils étaient tous deux de Hulst, ville de la Flandre qui devint hollandaise en 1645.
A Témoignage de vérité^ p. 300.
4 Swert, Ckronicon, p. 11 ; Vie continuée^ p. 231 ; Témoignage de i'e« • ritéf p. 800.
6 Innocence reconnue, p. lOS,
« Jind., p. 117, 159, 168.
^ Omne$ aliaSf ad instar supradiciœ per noM sic erectœ, cnuonice erî--
gendascongregationeif guasab eaparisiensi et a dicto prieposHo gêner ad, qnocumque locorum stabilitse fuerint, in omnibus dependere volumu», (Swert, Chronicon, p. 7, 72, 74, 104* 110 etc.)
CHAP. m, SECT. U, ART. 111. 297
vince de Malines s'étaient rendues indépendantes; et Christian, le second chef de sa congrégation dans cette province ' , le premier à Malines même, put se livrer sans contrôle à toutes les illusions que firent naître chez lui d'habiles spéculateurs. 11 réalisa tout son patrimoine^, se rendit acquéreur d'un quart des propriétés reconquises sur la mer ^, fut investi de tous les droits seigneuriaux ^ , et eut le bonheur de rouvrir une église catholique ^ sur une terre dont l'hérésie s'était emparée depuis plus d'un siècle [1628-1056]^. Ce ne fut pas tout, ses associés, pleins de confiance dans ses lumières et dans son administration, lui déférèrent pour quatorze ans [ 1656-1670 ] la direction générale et irrévocable de rile ^ dont les privilèges accordés par les ducs de Hols-< tân faisaient une espèce de vice-royauté.
Cela eût suffit sans doute au nouveau directeur s'il n'avait été qu'ambitieux ou cupide ; mais son premier mobile était la charité, et il voulut agrandir l'enceinte de cette nouvelle Jérusalem qu'il destinait aux élus persécutés. 11 entreprit une seconde digue qui devait quadrupler l'étendue de ses propriétés ^. Il y réussit, mais en quadruplant ses dettes. Il fallut mettre la nouvelle
1 n était premier assistant, et par conséquent n'avait que le prevdt au desfus de lui. ( Swert, Chronieon, p. 83. — Cf. p. 39.) S Innocente reconnue, p. 147 ; Témoignage de vérilé, p. 8.
3 Swett, Chronieon, p. il»
4 Innocence reconnue, p. 8 et 191.
B Témoignage de vérité, p. 0 et 300 ; Innocence reconnue, p. 190 ; Vie eoniinuéet p. 8S6.
* Swert, Chronieon, p. 11.
7 Ibid,f et p. 83 ; Innocence reconnue, p. 189« ■ Notice ou mémonal de c tons les pouvoirs et authorltez desquels le dit de Cort a jouy depuis ■ Tan 1656.... »
^ Swert, Chronieon, p. !l, 47, 86 et 207 ; Témoignage de vérité^ p. 301.
Jérusalem en actions ; les actions ne furent proposées qu'aux élus. Les Oratoriens jansénistes de Flandre et de Hollande en acquirent une partie ; et leurs frères persécutés de France, les Jansénistes de Port-Royal, que menaçait alors un formidable orage, ne furent point oubliés ^
A cette occasion, de Cort se mit en relation avec le grand Arnauld [1657] 2, Celui-ci sembla ne prêter d'arbord aux ouvertures de Christian qu'une oreille distraite ^. Mais à mesure qu'augmentait le péril, à mesure que s'engageait cette lutte terrible dans laquelle Port- Royal bravait les foudres de Versailles et de Rome S les^ propositions de TOratorien se représentaient à l'esprit du célèbre docteur ; et les chances que ce dernier y avait entrevues s'agrandissaient de tous ses dangers et de toutes ses espérances.
Nordstrand en effet, cette ile volcanique, n'était-elle point un véritable asile de Titans et d'Ajax, hors de portée des carreaux du Vatican et de la colère des rois ?
1 a Présupposant que ces amis de Dieu perséculés, éloyent les JansénisleSi f qui ayoyent alors beaucoup à souffrir en France et ailleurs, il en attira f de France, de Flandres et de Hollande dans celle isle dont il leur vendit « une partie, tant de ce qui luy apparteiioit, que de ce dont on Tavoit t étably procureur ou directeur.... » (Vie continuée, p. 232. — Cd Inno^ cence reconnue, p. 78 et ilS.) « Le cas arrivant de quelque disgrâce eo ces • quartiers' [des Pays-Bas], tous les pères de celte province [de Maliues] &e c pourroient retirer dans ladite isle... » (Sentence des juges de Malines du 3 septembre i667 en faveur de Christian de Cort. Innocence reconnne, p. 182. — Cf. ÂcU erud,, Lips. 1686, p. 13.)
2 (ouvres du docU Arnauld, 1. 1, p. 160, Icllre lxxvii, du 6 avril WS?. 5 Larrière, Vie d^ Arnauld, L ii, p. 388.
4 On était loin alors de cette époque où Saint-Cyran pouvait dire en parlant de Port-Royal : n Voici six pieds de terre, où on ne craint ni ohan- «t celier, ni personne. U n'y a point de puissance qui nous puisse cmpécber fl de parler ici de la vérité, comme dlc le mérite. » (Mém. d^ Lanceloi, t.11, p. 119.)
CHAP. Ur^ SËCT. II, ÂBT. m. 299
De là on pouvait menacer le ciel, l'escalader peut-être, et à tout hasard en échapper malgré les dieux. Les flots y avaient fait table rase; nul antécédent n'y contraiîait l'érection d'une nouvelle Église, Église modèle et janséniste, démocratiquement organisée avec les apparences d'une monarchie, où les papes eussent régné sans gouverner ^ et telle enfin que la révolte des Pays-Bas hollandais l'a créée dans les diocèses modèles de Deventer, d'Utrecht et de Harlem ^ ; ou telle encore que, depuis, fut cette tentative schismatique que parvinrent à réaliser en France les derniers disciples de Jansénius avec la célèbre constitution civile du clergé.
Et puis d' ailleurs, la guerre dans laquelle Amauld avait engagé et soutenait Port-Royal devait évidemment aboutir à la ruine de cette abbaye; sur laquelle le docteur avait placé la meilleure partie de son patrimoine à fonds perdu ^ Nordstrand, au contraire, olTndt un placement aussi certain qu'avantageux. De Gort promettait un revenu de huit pour cent ^. La vérité, mieux rentée, n'en eût été que plus solidement établie ; et dès lors le grand Arnauld songea à déplacer de PortrRoyal ses économies qu'il voulait transporter à Nordstrand. Il s'en ouvrit à
^ • Pourquoi, je vous le demande, le Jansénisme, dus le berceau de celle <r secte, s*e8t-il acquis un asylc dans Tislc danoise de Noordstrand, sinon « pour y fonder une colonie presbytérienne, qui en cas de besoin pÇkf, « secouer le joug des papes et des évéques? j> [Lettre pastorale de M, de Mailly, archevêque de Reims, du 10 septembre 1718 ; Swert, Chronicon, ^ 207.J— Guilbert [Mcm, hist, et chron, sur P. H., U v, p. 5A9j et la plupart des auteurs jansénistes qui ont parlé de Nordstrand nient ce projet.
^ Badne, UhL ecclés,j U xiii, p. 560.
3 Mém. de Fontaine^ t. ii, p. 187 ; Cf. Larriére, Vie d'Arnauld, U ii, p. 388»
^ lunoc, rcconn,, p. 10 et iA5 ; Tcmoig, de vérité, p« 30k, etc.
300 LES FBÈnES D'ARNAULD D'ANDILLY.
Pascal, et le chargea d'en entretenir M. Singlin, ce directeur obscur de la plupart des consciences jansénistes. Celui-ci trouva fort mauvais qu'on eût cqnfié une affaire de cette importance à un adepte dont on voulait bien accepter les services, mais à qui on était loin de livrer les secrets du parti. M. Singlin aurait mis, à ce qu'il disait, sa confiance dans le dernier rejeton des Akakia^ son disciple de prédilection, nullement dans l'auteur des Provinciales; et il blâma rudement Amauld d'avoir préféré s'ouvrir à ce dernier \ « Or je vous avoue, écrivait le doc?- « leur à Nicole^, que cela ne m'entre point dans l'esprit, <( et que je suis horriblement choqué, pour vous dire « les choses comme elles sont, du traitement que l'on « fait en cela à M. Pascal, après toutes les bontés qu'il (( a eues et qu'il a encore pour la maison, de vouloir « qu'on ait pour lui des réserves en des affaires mime « purement extérieures ^ qu'on ne prétend pas qu'on (( doive avoir pour M. Akakia. Je n'entends point tous ({ ces mystères. ...»
Le secret de la mauvaise humeur de M. Singlin se trouve probablement dans ce passage d'une autre lettre d' Amauld, qui cette fois lui était adressée ^ : « Je ne vois
1 Cf. Le$ Nécrohgeêf le Recueil in-lS, p. S17.
2 Arnaald n*aarait-il pu dire à Singlin et à son disciple ce que Racine disait un pea après à deux défenseurs de Nicole : • Mais, Messieurs» « TOUS ne considérei pas que M. Pascal faisoit honneur à Port-Royal ; et « que Port-Royal tous fait beaucoup d'honneur à tous deux. {Deuxième Lettre: aux défetueurs de Nicole, OEuvrcêf L Ti, p. 87.) H est vrai que Racine dit ailleurs (p. S95) : « M. Singlin, homme merveilleux pour le «t droit sens et le bon esprit. »
* Œuvres du doct, Amauld, L i, p. 2d4f lettre xc, du i5 avril i661.
4 Ibid., p. 235, lettre xci, même date. — Ce n*était pas la première fois d'ailleurs que M. Singlin témoignait peu d'inclin'ation pour la famille Pascal. Voici ce que nous trouvons dans une des lettres inédites de la
CHAP. m, sscT. n, akt. ul SOI
it pas ce qu'on peut trouver à redire en la manière dont tt M. Pascal a agi dans cette affaire. Il en a été parler a à Port-Royal, selon que je l'en avois prié. N'ayant pu « vous voir le premier^ il en parla à ma nièce [la mère a Angélique de Saint- Jean], qui entra tout à fait dans a cette proposition ; et vous en ayant parlé depuis, iV est « vrai que vous lui témoignâtes que ce qu'on craignoit ne « vous sembtoit pas à appréhender. Mais comme il s'att gissoit d'une chose où les gens d'affaires sont plus in- « telligenss il crut que M. Gallois [notaire du parti] ^
M* Agnès dont noDs {tarlerons plus Urd : « [A la sœnr Dorothée Lecomte]* « du jour de la Saint-Ciiarlcs {k noTembre 1 1650. Les deux filles qui sont « entrées sont M"* [Jacqueline] Paschal, et la demoisdle de M"* de Bes- N sières. Pour M"* Paschal, encore que M. Singiin eftt résolu qu*élle n*en* « treroit point, M. de Rebours Ta emporté. On luy mit lliabit le jour de « la Teste [de la Toussaint?], cnsuitte de quoy die a esté à tout Tolfice et « au réfecCoir, sans qu'il ait esté besoin de la conduire ; car elle a tout à « l*heare compris le son de la cloche et les chemins, en sorte qu*oii la
• prendroît pour une endenne postulante; mais simple comme un enfant,
• el sans aucune façon. Je Tay desjà mortifiée à la conférence, de ce qu'elle « avoli les jambes l*une sur Tautre : elle Ta receu à mer? eilles. C'est dom* « mage qu'elle n'est en estât d'aToir un voile noir [de novice ? les postulantes
• portaient le voile blanc OEuv, dudoct, ÀnunUdt t. iv, p. 99, lettre mlxui],
• puisque tout le reste y est. Elle s'en retourne dimanche au soir [6 no- « vembre], pour leurs affaires. M. de Rebours vouloit qu'on la retint : « mais M. Singlin» pour imiter la sagesse de Dieu, veut que tout se fosse « suavement et sans effort.... » (Biblioth, de l'Anenalf M** tt. belles-lettres 875 in» ; feuille 48, R*.) — Ces détails sur Jacqueline Pascal com« plèteut ceux que donne sa sœur Gilberte dans l'édiUon de M. Cousin, p. 53, et dans les VUê édif., par Leclerc, t n, p. 358. — n est curieux de rapprocher, des citations précédentes, le passage suivant d'une vie de Pascal écrite sur les mémoires jansénistes de sa famille : « M. SInglin... Ihisolt
• tant de cas du jugement de M. Paschal, qu'il ne faisoit pas difficulté de " prendre souvent ses avis, et de profiter même quelquefois des petites
• r«préhensions qu'il lui faisoit... » (Recueil in-lS, p. 306.) Un fragment de Racine peut toutefois servir d'explication à ce passage : « M. Pascal étoit « respecté parcequ'il parloit fortement; et M. Singiin se rendolt dès qu'on « lui parloit avec force. » (QEuvree, t. vi, p. 296.)
^ Mém. de Fontaine, u ii, p« i8((. •— I^a version de Fontaine n'est pas
302 I^ FRÈKES D'ARNAUtD D'A1Q>1LLY.
« étant aussi homme de bien et aussi lié à la maison qu'il « est, îl ne pouvoit faillir en lui en parlant; et j*ai su « que M. Gallois avoit trouvé la proposition fort raisonce nable, et qu'il s'étoit étonné qu'on n'y eût pas pensé
<( plutôt » L'avis du notaire l'emporta sur celui du
directeur ^ Un voyage de Christian à Paris hâta la conclusion de l'affaire [1661] ^. Les capitaux du Jansénisme passèrent, pour la plupart, de Port-Royal à Nordstrand. Ce ne fut pas toutefois sans de grandes précautions, que Christian fu* le premier à provoquer. Voici ce qu'on lit en effet dans un ouvrage dont l'auteur, nous le verrons bientôt, prit une grande part à toute cette histoire' : «La résolution étant arrêtée, M. de Cort ne voulut « rien vendre ou promettre à Paris, à la compagnie de XI ceux qu'on appelle Jansénistes, avant que quelqu'un a de ladite compagnie françoise eût été sur le lieu» et vu
tout à ftiil conforme à celle d^ArnauId. D'après Fontaine, ce ser^ M. de Sacy qni aurait votriu qu'on s'adressât à Gallois. .
1 Ici encore Fontaine s'écarte un peu de la version d'Amanld : tM. Gait lois, cet homme si sage, ne conseilla point qu'on mit son aident sur un « pays ffl éloigné. Il regarda cda presque comme si on l'eftt jette à la mer. H M. de Sacl suivit d'autant plus volontiers l'avis de M. Gallois, qu'il s'y a trou voit porté par.... cette raison: L'argent que Je dois placer^ dîsoit-il, «f est un argent qui a été consacré d Dieu.,., Il ne faut donc fréter [de « Port"Hoyal]f que pour le mettre dans une autre place ok H soit encore « d Dieu, Et comme tout le monde lui représentoU qu'il retireroit un re- À venu plus considérable en plaçant son argent sur cette isie, qu'en le doute nant à rente ù des hôpital x, comme c'étoit son dessein, il répondit: Cest « pour cela même que je ne dois pas le placer sur cette isle ; car je ne veux « pas être si riche ; et il nous est mal séant, d nous autres, de faire ce que cr peut suggérer Cavarice. La sage simplidCé de M. de Saci lui fut avantafi geuse en cette rencontre. Car au lieu que les autres avec leurs raison- « ncmens se trouvèrent atrappés à leur isle, qu'ils espéroient, un peu à la ft légère, devoir être un trésor pour eux ; M. de Saci reçut fort tranquilleft ment le revenu de son argent. » ( Mém. de Fontaine, t. u, p» 188.)
' Innoc, reconn.f p. 118.
^ Antoinette Bourignon, ibid.
CHAP. in, SECT. II,.A1kT. HL SOS
« eux-mêmes la beauté, fertilité et commodité de ladite « isle. Ce à quoy fut délégué celuy d'entre eux qui se fait « icy [en Hollande] nommer Louis Gorin. — (Gorin était « ce fils d'un cocher de Louis XIII qui se faisoit appeler ff partout ailleiu-s qu'en Hollande Louis de Saint- Amour, a et qui trancha d'abord du négociateur à Rome ^ au « nom de son parti, dont il devint ensuite l'homme d'af- « faires en Nordstrand. ) — Ils se transportèrent tous deux « ensenrible vers l'isle, où étant arrivés, ledit Gorin em- (c brassoit M. de Gort, disant qu'tV ne les avoit pas trompé a en louant ladite isle; mais qu'elle étoit plus que tout a ce qu'il en avoit dit, et que toute la compagnie fran- « çoise serait bien aise dy avoir part» Et après avoir, tt ledit Gorin, pris appaisement, et vu tout ce qu'il y ft avoit à voir en ladite isle, il s'en retourna en France « et fit rapport de tout ce qu'il avoit appris par-delà. « Et M. de Cort, sans faire aucun marché ny avoir reçu « un denier, fit faire des lettres d'adhéritance.... ; et en- «voya en France lesdites lettres auxdits Jansénistes, tt pour la valeur de vingt mille florins, sans avoir reçu tt un sou ny fait aucuns contracts ou marché. Tant avoit-il « de confiance en eux..., qu'il leur eût donné son pro- « pre sang, parcequ'il les estimoit ses vrays frères Chrén tiens, à qui tous les biens doivent être communs... ! »
% Voir le célèbre Journal d$ Saint'AmoMr, 1662, foL — Cf. HisL de» pei'$écut.y p. 219 ; M. Sainte-fieure, Port- Royal, U ii, p. 507. — Si les ennemis des Jansénistes ont trop insisté sur Torigine de Saint- Amonr, voici ce qae les Jansénistes à leur tour écriTaient d^un de leurs ennemis : « Quoi- 0 que nous ne soyons point dans Pusage de transmettre à la postérité la mé- « moire des méchans.... [nous dirons que] le docteur Gaillande est mort « le S juillet 1745.... FUs d*un cocher de carosses de place ( que mlgnlre- » ment on appelle fiacres), cette naissance se trouvoit jointe à la bassesse « de son génie, de ses inclinations, de ses talens et de sa phisiono- « mie, etc., ele..* » {Nouv, eccléi, du 2 octobre 1745, p. 1&7.)
30& USS FRËRES D'ARNAULD D'ANDILLY.
Il paraît d'ailleurs qu'entre les Jansénistes et l'Oratoire la confiance n'était pas réciproque ; car voici ce que rapporte le même auteur à propos d'un second voyage que Christian dut faire en France [vers 1662] * pour terminer cette affaire : « Lorsque de Cort fut un jour à Paris « pour traiter avec ces Jansénistes participants qu'il tête noit pour ses frères, et leur eût bien veulu donner « toutes ses terrei» s'ils les lui eussent demandées, Gorin « print lors l'occasion bonne pour attraper ledit de Cort « à son heure de partement. Estant prêt de monter à « cheval, il lui vint dire à l'oreille : Monsieur de Coj^i, a vous sçuvez que de parole vous m'avez promis que les « terres que fay en Noordstrand me rendront pour le « moins annuellement huict pour cent, ri est-il pas vray? « — Ouy, dit de Cort, je vous le dis encore maintenant. « — Ué bien 1 dit Gorin, donne z^moy un mot par écrit (( de cela. — De quoy de Cort s' étonnant, dit : Les frères <( se doivent fier aux paroles les uns des autres. — Et « Gorin dit : Les gens de bien ne font dificulté de donner « par escrit ce qu'ils disent de paroles. — // est vray, dît « de Cort; je vous le donneray la première fois que vous « viendrez en Braband. — Hé ! dit Gorin, il n'est besoin « d'attendre cela, vous me le pouvez donner à ce mo- « ment; je l'ai écrit hier, vous n'avez qu'à le signer. — Et (( au même instant Gorin tira de sa poche un papier avec « penne et encre, disant à de Cort : Tcnés, voilà tout nprest; et le menassa de le décréditer à toute la com- « pagnie des Jansénistes, leur faisant voir que de Cort « n'étoit point un homme qui tinst sa parole, et ne vouloit « point promettre par sa signature ce qu'il disoit de bou-
i Innoc, reccmn,, p, i90.
CHAP. m^SECT. n, ART. m. SOS
« che. — A quoy de Cort dit qu'il était content de signer. « — Et par trop de facilité signa ce papier sans presque « entendre son contenu, lequel contenoit en substance, « que de Cort promettoit à Gorin d*avoir de ses terres « de Noordstrand pour le moins huit pour cent de ren- « dage annuel ; et si cela manquoit, que de Cort étoît « content de lui restituer les deniers capitaux de la va- « leur de ces terres. Et après ce billet signé, de Cort « partit sitost pour Braband ^ »
n dut conserver un profond ressentiment de ce singulier adieu. Les trois quarts de sa Jérusalem étaient engagés désormais ; un quart à Port-Royal ^, un quart à rarcbevêque hollandais de' Neercastel 3, l'intime ami du grand Arnauld; enfin un quart environ restait auxreconstructeurs.de la première digue, ou à leurs héritiers*. Mais on dernier quart appartenait encore à Christian, sauf le recours de sa maison de Malines, qui lui avoit avancé sur parole des sommes assez considérables ; du moins à ce qu'affirma depuis l'Oratoire ^. Sur ce dernier débris
* Jnnoc. reeonn,, p. 145; Témoignage de véritéf p. 304.
2 • Les Jansénistes de France, de Flandre et de HoUande achetèrent en t diverses parties le quart de toute l^isle, a?ec la jurisdiction et privilèges t octroyés par le duc. • Témoignage de vérité, p. dOi.
3 • Le dit de Cort prit aussi avec lui pour participant Me^ [de Neercastel] c Tévéque de Hollande... lequel au profit de son église acheta un quart de • toute laditte isle.... Les François et les Hollandob ont ensemble la moitié t de toute Tlsle. » (Ihid., p. dOi et 302.— Cf. Larrière, Vie d^Amauld^ t is p. 390.) — Antoinette ne parle ici^ue des Français et des Hollandais, par- (Seque les Flamands avaient plutôt fourni quelques sommes à Christian qu'ils ne s'étaient rendus acquéreurs dans Plie, ainsi que nous le verrons deux notes plus bas.
4 Innoc. reeonn,, p. 803.
^ Gomme c'est à l'Oratoire delà province de Malines, et particulièrement aux maisons de Malines et de Louvain que resta définitivement la meilleure portion de llle de Nordstrand, nous avons cru devoir rechercher quels y
de sa fortune, se réfugia tout ce que le procédé de Gorin lui laissait d'iUosions. — La principale était toujours celle qu'il tenoit de Jansénius, une réforme générale de l'Eglise.
MTIGLE IV.
Le Jansénisme illuminé et miéen faillite,
La première personne qui s'offrit à de Cort, lors de son retour à Malines [1662], était une illuminée célèbre;
avaient été tes droits [de cette congrégation. Swert, son historien, dit à diverses reprises que TOratoire faillit s6 ruiner à cette spéculation ; il se lamente sur la détresse Gnancière où de Cort jeta Tlnstitut. Mais après avoir eu à sa disposition et dépouillé toutes les archives de TOratoire belge, l'historien n'articule que bien peu de faits à Tappui de ses déclamations. — Kn parlant de la seconde digue élevée en i657, il dit que de 6ort y emplo; a Targent des Français^ des Flamands, des Brabançons, des Hollandais et de l'Oratoire ; puis il ajoute : JSx his olarum »it qua oeeasione Oratoriuw.,,, in Nordstrandiea insula pedem fixent ^ cumpericulo pêne iotaliisuœ ruinœ in lemporalibusf nimirum nimis faciles aures prœbebat congregatio va$iis ac vagit concepHbus P, Christiani de Cort,,,», Verum minus féliciter res successit,,,, absorpta ibidem per lites et alia infortunia pêne tota funda^ tione Domicellœ de Vendeville, (Chronicon, p. li). Mademoiselle de Ven» deville avait acquis, de sa fortune privée, des terres en Nordstrand qu'elle légua à rOratoire de Malines {Chronicont p. 108, 119, 1S2, 129], et qui n'avaient rien de commun avec les acquisitions que celte maison aurait faites directement en confiant ses fonds^à Christian ; si l'Oratoire avait réellement engagé tout son patrimoine à ce dernier, comment se foit-il que Swert ne se plaigne ici que de la perle d'ane donation qui en faisait la moindre partie. — D'ailleurs un autre passage de Swert parait donner le chitTre
exact des prêts faits par Malines à de Cort: nDie 2« augwti 1656
domus Bruxellensis,,,, domui Mecklinimn, »eu illius proouratori Nord^ : trandico, Joanni Heys, mviuo,dedernt seplies mille quingentoê et 15 /Vo-' renos, ad perficiendos aggeres Nordsirandieos, f CAronicon, .p. 102). Ainsi (OU s les déboursés de la maison de Malines ne s'élevèrent très probable* ment qu'à 7575 florins qu'elle emprunta à Bruxelles. En effet, Swert, qui note avec tant de soins lestléboursés d'une tierce maison, eût indubttalriemenl noté avec le même soin les déboursés de la maison principale; car agir autrement devant les accusations que souleva la conduite des Pères de Malines
CflAP. m, 8EGX. II, AAT. IV. ^7
AntoioeUe BourignoB, qui depuis l'âge de quatre ,ans < (elle en avait quarante-sept^, et n*en paraissait pas trente ^) s'était mise à la rechercbe des vrais Xlbrétiens^ qu'elle ne trouvait nulle part. Il faut enteodre ioitoinette raconter elle-même la manière dont éUe fit jla .c;onnaissapce de Christian; « M. de Cort me trouva par ^a-
c^eût été trahir leur came. — Nous Terrons plus tard qu*une partie de ces 7575 florins tai remboursée dès liMS ( Ckronieon, p. df5). I! fliot done avoner queSwertest nu historien hften nudadroltt oa-qve49làt.à ji«pp«È» sans hourse délier que TOratoire belge acquit llle de I^tordstrand. — (Cf. Avis et instnici,^'\e\L d*Antoinette, du 2S août 1678, p. i^i ; Témoign, de vériiéf p. 280 ; Jnnoc rêeonn., |j. 168 et 175.) « U y a 4es oiéditeun (fui m sont hypothéquez sur tous les biens, dit Antoinette aux jPères.deiXka- « toire, et des autres qui ont des obligations de M. de Cort. Mais tous ne m sçauriez montrer ny Tun ny Tautre. »
1 Mf$t. du Socinian., pait« u, p. 54S ; VU eonHn.f p. f/6 ; Fcfpo^. dt vérité^ p. 8.
S Elle était née en 1616 ; « mais, dit son biographe( Vie eontinuéef p. 89)« « elle y prenoit û peu d'égard qu*èlle a été longtemps sans saToIr eiaetenent m- quel âge elle aTdr prédsément, supposant qu'elle aTolt deux Mis de « vunns qu'elle n*en aToiten effet.» — c En la regardant, nous recognumes n qnec^estdt une fille, laquelle paroissoit assez jeune.» (Christian de Cort, fa Immiére dm fnonde^ p. 2.) Christian n*«st d^aîlleors pas tout ft ihlt d^ao* (DordaTec Antomette sur Tépoquede leur première rencontre* (CC Témoigth de vérité, p. 8.)
^ « n y a apparence qu^efle ne fit jamais d^austérités ; on en peut Juger « par son endionpcnnt qu*elle conserra toute sa TJe, et gui étoit si frais» « qn^âgée de plus de soixante ans, à peine lui en auroit-on donné quarante.» (Le P. Anastase, Bist, du Socinian,, part, ii, p. 5A9.) Diaprés ce portrait nous pensons qu*Antoinette met quelque coquetterie à écrire d*elle-mème : « Lorsque je Tins au monde j^étois si défigurée que ma mère pensoH d*a- « Toir enfanté un monstre... Ma lèrre dVn haut étoit attachée à mon nez...; « en sorte qu^on me cacha quelques six semaines. Mais après ce temps... « ma lèTTe fut détachée par un chirurgien, et croissois en beauté; quoi que « ma mère ne pouToit oublier TaTersion qu*el1e aToit eue de ma difformité, « et ne me pouToit aîmer comme elle faisoit des autres enlhns qui estoient « tons blons'et agréables, et moi seule brune et laide à son gré. » {Vie extérieure, p. 1^8.) Ce qu^il y a de plus curieux c^est qu'aux yeux des disciples d^ Antoinette celte difformité, qui porta pendant quelques jours ses parents à Tétouffer, présageait une personne qui de voit dire un jour la Térité à bouche ouverte cl avec forer. ( Vie contin., p. 44 et 43 )
u zard à Malines. Je pris la connoissance de luy pour la « première fois en Fan 1662. Et comme il me parloit du
« relâchement de la chrétienté, je lui disois que le
(( monde estoit à sa fin, et que jamais les hommes n'a* (( voient été si éloignez de pratiquer la doctrine de Jésus^ « Christ comme maintenant. Ce qu'il m'avoua en dite sant : Je crains que tous les hommes ne périssent tt bientost, parceque leur malice est montée au comble 0 [sans doute sans en excepter celle de Gorin]. Je luy <( répondis que le monde estoit jugé, et que sa sentence « finale étoit irrévocable ; que les fléaux universels pren- « droient bientost commencement et extermineroient la (( pluspart des hommes ; mais que Dieu réserveroit dans (( le monde, quelque part, un petit coin pour le refuge de (( ses amis.^-Ce qui fit sauter d'aise ledit M. de Cort, en (( disant : Je l*ay, moy, ce petit coin que Dieu réservera! « C'est l'isle de NoortstrandK... »
A dater de ce moment, Port-Royal et l'Oratoire furent déshérités-dans l'esprit de Christian; et Nordstrand devint à ses yeux une Pathmos ^ destinée pour Antoinette, afm que celle-ci pût y élaborer en paix les quarante-trois volumes de sa future Apocalypse ^. Il retrouvait sinon toute la doctrine ^, au moins toute l'amertume de Jan-
1 Témaign. de vérité^ p. 8.
2 « Pour moi, je la juge la femme dont il est parlé dansie chap. zii de ft l'Apoealijnet etc. » (De Cort, préface de la Dernière miséricortU de Dieu, —Cf. Act. Erud^, lâp:^ 1686, p. 10.)
^ Voir dans YAjfpendicef note L.
4 Antoinette, comme les Jansénistes, partait de ce principe « que toutes n les religions en général sont déchutes de Tesprit vray du christianisme, «c et fort éloignées de Télatde PÉglise primitire. » (Témoig, de vérité^ épitre au roi, dans la préface, et ailleurs ^a««tiii. — Cf. Sainte-BeuTe, HUU de P. il. jMêsim,) C'était parmi les Jansénistes surtout qu^Antoinetle complaît ses amis, f<\ i'on en croit ce passage de la Vie continuéct p. 244 : " Elle trouvoit
CHAP. m, SEGT. U, ART. IV. 309
sénius dans les déclamations de son illuminée ; et ce fut par ce côté misanthropique des deux systèmes que s'o* péra la déplorable transition qui, d'une pratique toute charitable, le conduisit aux théories d'un décalogue dont le premier précepte interdisait la charité ^ — Ce changement n'était pas propre à rétablir lesaffaires de Christian, que commençaient à inquiéter de petits créanciers, et ne pouvait échapper à ses confrères de l'Oratoire. Ceux-ci, comme nous l'avons dit, se prétendaient eux-mêmes créanciers de sommes considérables; ils n'en ont cependant jamais articulé qu'une seule s'élevant à 7,575 florins, dont une partie avait été déjà remboursée dans le cours même de cette année 1662, où leur débiteur s'était lié avec Antoinette ^. Mais la générosité de Christian les avait accoutumés à regarder Nordstrand comme leur propriété. De Cort, dès ses premiers succès [1655], avait
* étrange... la grande dÎTisioii qui étoit alors entre les Jansénistes et les
* Jésuites... quoique Popinion des Jansénistes fftt moins dangereuse. Ce « qui étoit cause que tauê §eê amis^ qui étoyenttons gens de bien, s*étoient c rainés de ce costé-là... • Très prol>ablement Antoinette prétendait atUrer à elle le Jansénisme, etNiceron avance {Mém*, t xtiii, p. 400) que de Cort voulait opérer une Ibsion entre leurs doctrines. Goujet, il est vraî, le nie arec roroe(t^ûi., t. u,p. 165j ; mais il s*appuie d'une lettre d'Amauldqui est antérieure à la connaissance de Christian et d'Antoinette, la lettre étant de 1057 et la connaissance deii63.— (1 y a d'ailleurs des parties de la doctrine de cette illuminée que jamab Port-Royal n*eût acceptées, et qu'on ne pourrait guère exposer qu'à buis clos. Elles concernent l'état des corps après la résurrection. Il fiiut voir à ce sujet ce que Dieu lui lévéla dans une vision où elle aperçut Adam tel qu'il était avant le péché, « la lèvre de c dessus couverte d'un peUt poil, etc., etc. » ( Vie conftn., p. 815. — Cf. BiêU du Soeiniant part, n, p. 55 1, et Bayle,Z)tc/. Aitt., v* A.Bourignon, Bem, Ç.] — Voir aussi l'opinion d'Antoinette sur la manière dont naîtra l'antéchrist (Fï« contin.^ p. 555.) — Le résumé de ce qu'il y a de moins choquani dans les doctrines de celte illuminée se trouve Nouv, de la rép, du (titres^ 1685, p. 429 ; Cf. p. 528, et Àcf, EnuL, Lip».^ 1686, p. 14.
t Témoign. de vérité^ p. 174; Cf. Bayle, DicU 4ts/., v" Bourignon. Rem, E. et Vie eonfin,, p. 430 et 503.
^ Voir plus haut, p. 808*
310 LES FRÈRES D'ARNALLD O'ANDUXY.
associé à son neveu Jean Heys, Oratorien lui-même, d'autres Qratoriens pour gérer des intérêts qu'il regardait alors comme ceux de sa congrégation '. Heys. quitta Nordstrand en 1662 *, et FOratoire le remplaça par Gérard Patin, l'un de ses membres les plus habiles '. A dater de moment, de Cort devint l'objet de mesures dictées en apparence, et sans doute aussi en réalité, par le désir d'étoufler le scandate, mais dont le résultat fut de le faire éclater.
L'alarme fat donnée aux Jansénistes français ^ Goriri accourut [ 1664] ^. Il se fit délivrer une hypothèque no* tariée sur tous les biens de Christian, souleva les autres participants contre la direction qu'il avait garantie luimême par écrit à son vendeur ^; fit créer un triumvirat largement rétribué dont il était le chef, pour neutrafiser le titre gratuit de directeur, qu'il ne pouvait abolir'; et rêva, dit-on, la royauté de l'île *,
L'Oratoire belge, de son côté, soit que l'activité de Gofin l'eût rendu plus clairvoyant, soit que le discrédit de Christian l'eût rendu plus alarmé, profita de l'eflroi
^ Témoîgn, de vérité., p. dOO ; Cf. Swert, Chronieon^ p. 11.
> Swerl, Chronicon, p. 11 et 73.
' Jbîdf p. Il, 76, 106. — ÂntoineUe écrit à Patin : « Ceux qui tous ont ff pratiqué m*ont dît que jamais n^entendirent une parole d'édification en « vous conversant, et que tous vos entretiens sont de parler de vendre et ff d'acbèter ou labourer pour avoir du gain. » {Innoc, reconn,^ p. 178.)
4 Vie contin,, p. 827.
' Innoe, reeonn,, p. 1S3, 136, 147 etc. — ^11 parattque Gorin n'accourut (ias seul; car, & cette époque, le biograplie du célèbre abbé de Pontcbftteau, écrit que ce Janséniste, neveu du cardinal de Richelieu, fit dans Tile de Nordstrand un voyage de charité (le Recueil in-13, p. 413 et 437].,
</6iU,p. 186cti90.
7 Témoign. de vérité, p. 303 ; Jnnoe, reconnut p. 76, 89, 120, 146^ 194 ; Larrîère, Vie d^Àrnauld, U u, p. 891.
9 Ihhoc, reeonn,, p. 77, 130, 146, etc.
CHAP. m, SECT. a, ART. iV. SU
qu'iûspiraient àee dernier les menaees du plus impatient de ses créanciers, qui voulut l'emprisonner^ pour te déterminer à se dessaisir de tous ses droits sur Nordstrand en fayeur de là congrégation ^« Celle-ci lui promettait en échange 76^700 florins et la liquidation de ses dettes K De ces deux clauses, la première ne fut jamais exécutée ^ ; lasec(mde ne fut point insérée dau9 le contrat, de crainte, disaient les Oratoriens, que, trop de créanciers se présentant à la fois, les nouveaux acquéreurs ne pnssent sufdre à leurs exigences simultanées ^ ; mais elle devint Tobjet d'un engagement d'honneur, qui ne fut jamais rempli ^.— Patm put rêver à son tour là royauté de Nordstrand.
De Cort continua d'être poursuivi par ses créanciers, qui ne furent point désintéressés \ Exposé à la risée de tous^, les injures les plus grossières lui étaient journellement prodiguées par les siens ^. 11 se consola près d' Antomette Bourignon. Celle-ci, qui avant l'éclat des créan-
* Témaign, de vérité^ p. 7.
2 Par acte en 18 octobre 1664 ; Innoe, reeonn,j p. 180.— €e oontrat avait été passé entre de Gort et Patin, [ibid.^ p. 183.) > Sentence de relief da 8 octobre 1667 ; Innoc, reeonn,^ p. 180. 4 Vie continuée^ p. 820. - '
6 TéÊMign, de vérité, p. 0.
< Sentence da 8 octobre 1667. Vob plm haut, p. 398, n. 1. "^ Tèm0i§m, de vérité^ p. 9 1 Innoe. reconn.^ p. 181. s Vie eontimtée^ p. S41 1 Innoe. reconn., P* 14*
* « Totts T06 pères ont parlé avec tant de mépris dndit Noordstrant, qne « le oqp ordinaire qn*bn luy donnoit estent Noordstrond^ pays de m...., de m quoy je soia témoin octilaire ; pour lequel le^t fen de Cort a sonffert « entre vous tant de reproches et mépris quMl luy estolt impossible con- « verser davantage avec ceui de rOratoâre qui ne le laissoient souvent une « demi-heure en repos pour prendre sa réfection, se trouvant obligé de la « chercher ailleurs... i>(/niio<;. reconn,, p. 168.) — a L^évêque de Hollande « l-Neercastd. Cr. Le P. Anastase, Hi$t, du Socinian», part, n, p. 546] lai a c dit à sa barbe qn'y.... est devenu hérétique ou paillard... n ne lui a pas « demandé si ces soupçons qu*il avoftt de M étaient véritables, ains Tu
ciers de Christian avait consenti à le suivre en Nord strand ', s'était rendue à Lille, sa patrie ^, pour y réaliser sa fortune. Elle s'y trouvait encore au moment où les terreurs de son principal adepte avaient amené la conclusion du contrat qui renversait leurs projets communs. A son retour, elle l'engagea à poursuivre devant les tribunaux de Malines la résiliation de ce fatal contrat '.
Il en était temps, car l'Oratoire négociait alors en secret, sur le marché d'Amsterdam, la vente * d'une acquisition dont il ne soutint point la validité en présence des juges. Obligé d'y renoncer, il obtint toutefms que Christian lui rembourserait, en un an, les 76,700 florins stipulés comme prix de la vente, et cela sans rien aliéner en Nordstrand, smon d'un commun consentement^. Maître du consentement qu'il refusa^, l'Oratoire espérait sansdoute le demeurer des terres. De Cort, par une combinaison habile, dont il alla poursuivre les chances avec Antoinette à la bourse d'Amsterdam, intéressa des capitalistes hollandais dans l'entreprise d'une nouvelle digue qui devait mettre à l'abri plus de terres qu'il n'en fallait pour indemniser les spéculateurs, et désintéresser l'Ora-
ff attaqué comme si tout cstoit avéré ; lai disant qa'il éloit adonné à la « boi$soD,'qu*il avoit bu le brandvin avec quelque dame; et qu'il estoit aussi « suspect de paillardise parcequ'll demearoit en mon logis; comme si j'es-
« lois une g; I En toute ma vie je n*ai eu une seule fois le désir de perdre
« ma virginité... Il faudroit estre bien abandonnée de Dieu si maintenant « je m'^aUois amouracher d'un vieux prêtre. » Innoe. reeonn,^ p. 27, 99 n et 84 ; Témoign, de vérité, p. 12 et 19 ; Vie eoittitntée, p. 3d0.
1 Téikoign, de vérité^ p. 7.
3 Vie eoniin,^ p. 340. — Cf. plus haut, p. 3ii, m 2* (Contrat du 18 octobre 1664.)
3 Témoign, de vérité, p. 9.
4 Innoe, reeonn,, p. 34*
B Sentence de relief du 3 septembre 1667. — Ibid,, p. 180. 6 Ténwign, 4^ vpritéf p. IQ; Innoc, rcconn., p. 170.
GHAP. m, 6ECT. n, ART. IV. 313
toire ^ Mais celoi-ci déclara qu'il voulait êti*e remboursé en numéraire et au terme prescrit.
Christian, insolvable, ne perdit point courage ; les conseils et les succès personnels d'Antoinette le soutenaient. Non seulement celle-ci g' était emparée de l'esprit du savant Gomenius, qui la déclarait un ange^; non seulement elle avait capté Serrarius, qui la reconnaissait comme propbétesse^; mais elle venait de conquérir le secrétaire et l'ami de Jansénius même, Pierre Noels, qui décidément la préférait à S. Augustin ^ Et puis de tous côtés accou* raient des Juifs, des Anabaptistes, des Protestants, des Quakers, des Catholiques qui. venaient offrir à la nouvelle religion leurs rêveries particulières et leur commune apostasie ^.
Un Jésuite même tâcha de se glisser dans cette cohue éclectique. C'était le célèbre Labadie, qui d'ailleurs
1 TémoiffH. de vérité, p. iO; iftfiotf. reconn,,p, 170.
2 Vie continuée, p. 291.
* Jbid.t p. 287. -^ Serrarius ne Ait^ pas longtemps de cet aTis, voir dans les Œuvra d'Antoinette même sa réponse à une letbre de Serrarius, Aveu^ gtement des hommes, 1. 1, p. 389, et la préface de l'Avertisêement contre les Trembleurs. — Seckendorf était loin de partager Tenlliousiasme de ses savants contemporains. D'après lui, Antoinette a éloit dure, sans aucuue ^ c complaisance, opinifttre, emportée, querelleuse, cii^grine, bilieuse... Cette c humeur lui avoit suscité mille et mille affaires ttvec différentes per- « sonnes... et a lait qu'elle avolt beaucoup de peine à se conserver ses « servantes, les traitant toujours avec dureté et emportement. » (Hist, du Socinian,, part, ii, p. 550.) — Cf. L'étoile du matin, p. 385 et 346, où Antoinette dit à peu prés les mêmes choses sur elle-même. De Cort au contraire écrit : « Je ne la vis jamais triste ou mécontente... Son humeur [étoit] bonne « et agréable, mais sévère contre le mal, et ennemie de l'injustice ; paisible, « charitable, ayant un cœur de mère pour toutes sortes de personnes, sobre, « chaste, honneste etdébonnaire ; possédant les douie fruits du Saint-Esprit, a avec ses dons et les huit béatitudes.)» (La Dem. miser, de Dieu, préface.)
^ Nouvel, de laHép, des lettres, i685,p. 427^ Viefontinuée, p. 388 et 273. « —M. Noels étoit l'intime de M. de Cort. o (Ibid.)
^ Hist,du 5odmafi.,part. Ji, p. 546et547.all n'y eut pas jusqu'aux car«
31 & LES FRÈRES 0'ARMâUU> D'ANOaLY.
avant cette époque s'était déjà déclaré six fois renégat ^ Entré dans la Société de Jésus dès Tâge de quatorze ans [162&], il en 'était sorti pour passer dans Celle de rOratoire [1639]. De TOratoire il était venu à Port- Royal [1644] 2, et de Port-Rojal avait été pervertir à Toulouse [1645] un couvent de femmes % au sortir duquel il prit l'habit des Carmes [1649] pour se livrer à un autre genre d'infamies ^, sans se rappeler que le feu du ciel, avant de glorifier les prophètes sur les sommets du Garmel, avait englouti cinq villes au pied de cette montagne. — Chassé des Carmes, il parut changer de mœurs en changeant de religion. Il devint ministre calviniste de Montauban [1650], et n'essaya de séduire qu'une jeune fille ^ Réfugié à Genève [1659], puis à
a tésiens qui voulurent avoir des conférences avec elle, tels qu*étoient « Heydanus et Burmannus. Ik ue furent guère contens d^elIe, ni elle a d^eux.... Elle dédaroit que Dieu lui avoit fait Toir et même déclaré « expressément que cette erreur du Cartésianisme étoit la pire et la plus « maudite de toutes les hérésics^qui ayent jamais été dans le monde; et un c athéisme ffDrmel,oa une rejection de Dieu, dans la place doqud la raison c corrompue se substitue.»— Cf. Vie eantinMée^ p. 300, tlÀct.Erud.t lÀp;^ 1080, p. 15.
i Sur lAtkadkf ToIr les ouTrages que nous avons indiqués plus haut, p, S88, Ur; Œuvr, eu doeU Arnauléf U xxix, n. y;J^ttir€ contre fApoatasiede h Labadie*''-Ct Procèê^verbaux eu €Ur§é, 1005*4007, p. 970, 025, etc. — D. Clémencct, BUt de P* A., t. n, p. 509.
2 « En 1043 Labadie retourna à Paris, oà il fut en grand eonneroe avec • l*abbé de Saint-*Cyran, MM. Antoine Amauld et Le Malâtre, el autre» &n meux Jansénistes. »(CliaQfepié,v* Labadie^ p« 8.) « H choisit Port-^oyal pour retraite. vNiceron {Mém* t. xvni, p. 888)* Goojet {iHd»^ U xz, p. 140), relève diverses assertions de Niceron, mais non pas celle-ci* — (Cf. Mimm de Lancelotf 1. 1, p. 202 ; Mém. de Fontaine, 1. 1, p. 843.)
s Chauieplé, v« Labadte^ p. 8, n* 1 ; Niceron, Ji^., xvrn, p. 808.
4 a II préchoit qae l'habit des Cannes étoit cehii d'EUe, qa*il Tavoit pria c parcequ'il en avoit Fesprtt..; et il fit Ihire à ces moines une infinité de « fefieaqui étment presque toutes laacivca... » Niceron, Mim.^ xvoi, p. 891.
B Chaufepié, v» Labadie^ p. 8, n. 1.— Cf.Bayle^ v«ilfamifi<Uiitf^ Rem.G., Bauage, Ann. de$ provinceê unkê, U Uf p. 88 f NioenNif 4^^* xviu, p. 892.
eHAF. m, SKCT. Uj ART. IV. 315
.Wddelbourg [1666], il s'y était enfin constitué le Messie d'une religion nouvelle [1670] en désignant pour son précurseur mademoiselle Scburmann ^ Celle-ci, qui au besoin «eût pu accomplir son rôle sur les rives du Jourdain, tant elle était habile à parler bébreu, teignit sur les rives du Rbin du baptême de la nouvelle doctrine une foule de femmes, parmi lesquelles se trouvait la princesse palatine Elisabeth ^»
Ce fut à la tète de ce cortège que l'ancien Jésuite Labadie s'offrit au précurseur d'Antoinette Bourignon» à l'ancien Oratorien Christian. Celui-ci inclinait à l'admettre ; mais -Antoinette lui déclara que d'il voulait introduire Labadie et ses disciples en Nordstrand, « U tt pouvœt bien y aller sans elle, parceque je sents et et sçay, disait-elle , que nous ne pourrions jamais nous i< accorda: par ensemble. Leurs sentimens, et l'esprit qui a les .régit, sont tous contraires-à mes lumières et à l'esa prit qui me gouverne '.» — Il parait que l'esprit qui la gouvemait avait plus d'al&nité avec les hommes , tandis que les lumières par lesquelles se régissait Labadie s'adrespaient plus particulièrement aux femmes. Tel est du moins le motif qu'assigne le continuateur de Bayle à la répugnance qu'éprouvait Antoinette pour une fusion entre ses disciples et ceux du renégat K
1 Giaufepié, to Labadie^ p. 9. Voir le mime, vo Schurmanuy et Niceroo, Uém, xxxin, p. 16.
3 Chaufepié, To Labadie^ p. 0.
» Vie coniwuie, p. Î90. Cf. P. «91.
4 Cbaufepié, y» Labadie^ p. 9, Rem. Y; il s'y appaie d'ailleara d*an passage des œuvres d'Antoinette. — Cf. Avis tt inst, saUt.j lettre d'Antoinelle à de Cort, du U septembre 1668, p 21 ; lettre da S juin ie71| p. 50.
316 LES FRÈRES 0*ARNADLD D'ANDIUY.
ARTICLE V
Le Jansénisme geôlier et prisonnier' pour dettes.
Ce fut donc pour Antoinette seulement que de Cort essaya de ressaisir Nordstraqd. Au moment même où ses associés jansénistes croyaient l'avoir mis en faillite, il obtint du duc de Holstein un acte qui le remit en possession de tous ses droits ^ Redevenu heureux, il redevint charitable. Il laissa Patin et l'Oratoire séjourner sur ses propriétés \ « Au lieu de les en chasser, «comme je Tuy avois conseillé, dit Antoinette ^ il se (( laissa fléchu* aux prières de ses frères, qui le prié- « rent à genous de les recevoir pour ses serviteurs, et « qu'ils le connoissoient pour leur maître et seigneur, « lui promettant toute obéissance comme à leur supé- « rieur. Et Patin, faisant le chien couchant, disoit qu'il « le vouloit servir et assister * ;' avec quoy le cœur pa- « temel dudit de Cort s'attendrit, et laissa ceux de l'Ora* « toire demeurer avec lui, croyant qu'ils lui seroient « fidèles. ...» Le péril commun dans lequel cette nou* veDe péripétie des affaires de Nordstrand jetait l'Ora* tohre et les participants français rapprocha Patin et Gorin, qui en étaient venus précédemment à se disputer les gerbes des dîmes à coups de fourche ^ ; et Christian s* étant de nouveau renàu sur la place d'Amsterdam pour
1 Ordonnanœ du 8 septembre 1668. Innoc. reconn,^ p. 183.
3 Ibid,, p. 150
* Témoign. de vérité^ p. 16 et 308 ; Innoc, reconn,^ p. 170.
à Innoc, reconnif p. 170.
5 Antoinette écrit à Patin s « Vous me dites estant en Amsterdam que « les gens de M. Gorin avoient un jour cliarKé qndques gerbes venant des « dîmes pour les transpoitcr eu son log»; oc qu^apercerant tous donniés
CRAP. m» 8BCT. n, AKT. Y. SI 7
y réalider des fonds et ses projets d'éndiguements, Gorin l'y suivit'.
. Antoinette y avait attendu son retour K Celle-ci, se méfiant de la fortune présente et du calme apparent, conseillait à Christian de se retirer', offrait à Gorin de l'indemniser, non seulement lui, mais les participants français dont il était le procureur, mais l'Oratoire, et quiconque se présenterait avec un titre valable, pourvu qu'on la saisit des terres de Nordstrand *. Gorin se répandait en actions de grâces, affirmant qu'Antoinette serait la cause du bonheur et de la paix de l'Oe, et Isdssant entrevoir qu'il était prêt à traiter, même avec pertes car disait-il, « la guerre et la persécution qu'on avoit fait « aux Jansénistes, avoit esté la cause qu'iceux seigneurs «de France avoient. acheté du bien dans* un pays si ({éloigné, où ils croyoient estre obligez à se retirer « pour fuir leurs ennemis ; mais que maintenant qu'ils a avnient la paix avec leur roy, le pape et toute l'Eglise , « ils aimeroient mieux vendre fout ce qu'ils avoient en « Noordstrand , même avec perte, afin de retirer en « France ce qu'ils pouvoïent avoir ^. » Le lendemain de cette conversation, Gorin envoya
I oràies à vos gens de les. aller déchaiiger, et les aporter en votre logis ; t et si quelqu'un leor Touloit faire résistance, qu'ils leur rompissent le col • avee des fourches. A quoy un homme de bien qui estoit lors auprès de I moy Yoos dit : Hotà^ hotà^ Pater! qui respondltes qu'aimiés mieux &ire c ainsi que d'aller procéder en la cour d'Hobtein.» Innoe. reconn.^ p. 178. ) LetL d'Antoinette au doct Amauld,/nii.rM.,p.75; TémMvér.^p.^OS.
3 Cf. Vie continuée^ p. 343, et Innoc, reconn.t p. S9. s Vie eontinuée^ p. 825.
4 Innoc. reconn.^ p. 77, 138, etc. — Cf. Témoign. de vérilé^ p. 99, 104, SI 6, 253, 256, 281 ; Vie continuée^f, 334-
» Jnnoe, rec , p. 78.
âl8 • ris FRÈRES D'ARNADTD D'AmiLLT.
en présent à de Cort le traité d*Amaulâ sur h. Perpétuité de la foi^; quatre jours après, 'U le fit appréhender au corps ^ pour le forcer de faire valoir, au taux de huit pour cent, un capital qui n'en rapportait que cinq '\ « Le bruit ayant été semé, dit Antoinette, que ledit de c( Cort étolt devenu hérétique, et qu'il apporteroit grajad
« dommage à l'Église de Dieu , [ses ennemis] ont
« tous jugé qu'il étoit fort expédient d'exterminer un tel
« honune ^ Mais ils ne sçavoient par quel moyen ils
« viendroient à bout de ce dessein ^.«..« Louis Gorin, c surnommé de nom propre Saint-Amour, qui est ce (( mesme bon^ne qui se fait icy nommer autrefois Bé- « renger, ou autre, selon le lieu où il se retrouve, chan- (( géant ainsi de nom pour demeurer incOmsiu et mieux « faire ses faussetés^'...., le fit emprisonner [au nom de « la compagnie jGrançoise dont il se vantoit d'avoir la c( (procuration] ^ sans aucun sujet, prennant seulement (( un prétexte de ce qu'il lui avoit jftromis qu'il tireroit (( des terres de Noordstrand....* huit pour cent annuel- (( lement.^.., ou qu'il luy restitueroit le pris qu'il les
1 vu continuée, p. 339.
^ /finoc. rteonn , p. 86 ; Fttf eonHwuie^ p. 380.
3 Ibid,^ p. 9 ; 7Vm. de vérité^ p. 804«
4 Antoinette revient plasieun fois sur cette idée que les persécutions contre Christian ayaient surtout pour motifs son apostasie; particulièrement dans la lettre à un prêtre de TOratoire; (Innoc, rteonn.^ p. i8. — Cf. p. 33, 70, 133, 148, 150, etc. ; Vie continuée^ p. 327, etc.}
6 Innoe. reconn.^ p. 147*
6i6irf., p. U6.
"^ Ibid , p. 75. — Les Hollandais, selon Antoinette, étaient du complot : tt Comme les Hollandois [catholiques] cralgnoient d^être découverts [par « les magistrats calvinistes des provinces unies] et de perdre leurs biens tt ecclésiastiques qu'ils ont en Noordstrand, ils ont conclu par ensemble de a se servir des François, comme de la nation plus subtile en malice, è qui « la témérité donne plus de hardiesse qu'à aucune nation. Voilà pourquoj « ce Gorin a entrepris seul pour tousses autres... »f/nnor.r0(^nfi., p. 153.)
CHAT, m, 8ECT. n, AUX. T. 519
«avoit achetées. Sur cette -couverture de prétention, « ledit François le fit mettre effectivement dans la prison « fl' Amsterdam ^..t, dans un lieu où ils sont tous deux « étrangers, et n'ont aucuns biens, droicts ni domiciles^; « [quatorze jours avant l'époque où ce Français devait « lui-même comparaître à la citation de Christian, devant « leur juge commun le duc de Holstein. ^ ] Ils l'emm»- « nèrent premièrement dans une taverne, en la garde des « sergens. Ce de quoy étant avertie, je me transportay « en ce lieu là, où je trouvay de Cort, qui tout riant me « dit : Qu'est-ce qu'on me pourrait faire? Je ne fisja-
a mais mal à personne Je dis : Certes, M. de Cort,
m je ne vois rien à rire en cette affaire; je la trouve bien (c fâcheuse, quoy qu*il ne vous le semble. Et le lendemain, « pensant l'envoyer visiter tout au matin, il n'estoit plus c( au mesme logis ; ces mêmes -sergens ayant eu com- « mission de l'enserrer dans la prison publique, l'avoient « enserré dans une cave où jamais le soleil n'entre, et « où une bête n'y auroit pu demeurer en vie, pour le « mauvais air qui estoit là dedans. Et il y avoit néan- (( moins huict hommes avec lui, qui souvent ont attenté « à la vie de M. de Cort, entre autres une personne dé- « sespérée, qui juroit tous les jours tuer de Cort, afin <( qu'on le fist mourir pour cet homicide, estant las de « vivre dans une telle captivité ; lequel a souvent battu « et maltraité M. de Cort, en venant quelquesfois de nuit «lui mettre le couteau sur la gorge* Et quoyqu'il
^ Témoign, de vérité, p, iS»
2 Jnnoc, reeonn,, p. 9, 32, 75, 188.
s Ibid. et 186. —12-26 mars 1669.— L'ordonnance de eomparntion a»signe le 16 mars, diaprés le vieux style.
4 Témoign» de vérité^ p. 305. Cf. Innoct re£.^p*1^5; Vie MNvtîm p. 827.
320 LES FRÈRES D'ARNADLD D'ANDILLT.
« tomba malade à mort, et que je fisse tous devoirs de « luj procurer une chambre commode à son infirmité, je « ne pus jamais obtenir aucun soulageme)it de sa perce sonne. Ayant même offert à ce François, sa partie, « de luy donner caution suffisante 'de divers bons mar- « chants d'Amsterdam, je ne pus jamais obtenir de luy (( que ledit de Cort sortist sous caution, pour se faire « penser en son infirmité ; ains ledit François me dit, (( après beaucoup de contests et débats que j'eus avec luy (( sur cette sortie, qu'il n'y consentiroit en nulle façon. (( Et ayant pressé ledit François de me dire la raison (( pourquoy il ne vouloit permettre icelle sortie sous a bonne et seure caution, il me dit en riant : Si long- « temps que Jif. de Cort sentira ses douleurs, il pensera « à moy; mais s'il estoit délivré d'icelles, il me mcttroit « en oubli. Ce qui me fit.bien entendre qu'il ne cherchoit a aucun payement dudit de Coït ^... ains seulement de « l'exterminer, afin que Gorin reâtât roy deNoordstrand, « et que les Pères de l'Oratoire demeurassent en la pos- (( session de tous ses biens ^.. . J'appelay ledit Gorin meur- « trier et méchant homme, luy disant qu'il auroit mieux « fait de faire couper la gorge à de Cort tout d'un coup, (( que de le faire ainsi mourir de mille morts sans aucun {c sujet ni raison ^, Car si^ en effet, il eust eu sur ledit de (( Cort quelque juste prétention, il eût dû estre bien aise « d'ayoir, pour icelle, bonne et seure caution, comme je « présentois de donner et de m' obliger moy-même avec « tout ce que je possédois * »
) Témoign, de vérité^ p. 13.
S Innoc* rteon,, p. 148.
S Cr. Témoign. de vérité, p. 80Q.
4 Témoigm de vérité, p. 13.
CHAP. m, SECT. n, ART. Y. 521
« Patin de son côté, dit ailleurs Antoinette, quoy a qu'informé de toutes ses misères, et Tayant visité lui- « même dans sa misérable prison, ne luy a jamais donné a un morceau de pain.... Et il n'eut point d'aide, que la « petite que je luy pouvois donner, pour son aliment, a sans lequel il devoit mourir en peu de temps; vu qu'une « tranche de pain bis, et une pinte de petite bierre, qu'on « donne ordinairement à de semblables prisonniers, ne
«lepouvoit soustenir Et quoy qu'il priât Patin de
R l'assister, en convenant avec ses arètans ; il lui dit de « n'avoir point cet ordre. Et lorsqu'il le prioit de payer « Gorin et autres, il lui dit de n'avoir point d'argçnt ; pen* (i dant qu'il estoit en pleine possession et jouissance de ft tous ses biens en général. ... Et il partit comme semoc- « quant...., sans luy donner un sou, avec joye en son « intérieur qu'il estoit si bien enserré, et ne le pou voit 6 faire sortir de son bien ^ »
En vain Antoinette mit tout en œuvre pour arracher le malheureux Oratorien à ses tortures. Les magistrats d'Amsterdam étaient de la religion réformée ; elle leur prouva que l'on convertissait à leur insu leurs geôles protestantes en cachots d'inquisition janséniste ^. L'Oratoire ne pouvait avoir publié l'un de ses anciens dignitaires ; elle essaya de lui faire compassion sur Christian ', et de lui ouvrir les yeux sur Patin *. C'était le grand Arnauld qui avait choisi Gorin pour procureur; elle écrivit au
1 Innoc* reconn,f p. I7i ; Témoign, de vérUé, p. 120. — Cf. la plus grande partie des leUres contenues dans Tourrage d* Antoinette intitalé les Perfécw iiom du juste; et dans la Lumière née en iénébreSf lettre xixi à xxxt de la troisième parUe, p. 443-167.
^ /finoc. reconn,, p. 4; Vie continuée, p. 828.
> Ibid.t p. i8.
4 JM, p. iOl, 110, 12S, 158.
a22 LES FRÈRES D'ARNAULD D'ANNUY.
grand Arnauld ^ Gorin se vantait de la protection du neveu d' Arnauld, du ifiarquis de Pomponne, ambassadeur en Suède ; elle écrivit à Pomponne K Elle imprima elle-même ces lettres ^ et leur donna un titre qui ne pouvait être indiflërent à la famille de l'illustre docteur : L'Innocence reconnue et la vérité découverte. Ce titre était celui du plaidoyer dans lequel Arnauld avait vengé tous les siens et Port-Royal d'imputations aussi odieuses que celles dont Christian était poursuivi *. Cette ingénieuse flatterie devint un sanglant reproche, car elle n'eut aucun résultat. Le malheureux prisonnier dut pourrir dans l'humidité de sa cave. Au bout de six mois, une méprise le rendit à la liberté ^. L'un de ses créancier donna mainlevée, et le geôlier crut que la main-levée était générale. De Cort s'enfuit en Nordstrand [septembre 1669] ^.
ARTICLE VI
Le Jansénisme accusé ^assassinat.
Le captif n'avait recouvré la liberté que pour perdre la vie. Il séjournait dans son lie, au milieu des Oratoriens
1 Ibid,, p. 75, lettre du 80 mai 1669. ^ Cette lettre a donné lieu à une double méprise dans la Biographie univeneUe et dans la collection des Ménurirci de M, Peiiiot* On y affinne que le llfre d*Antoinette inUtolé : V Innocence reconnue et la vérité découverte^ est dédié au grand Arnauld. Or il est dédié aux échevins d* Amsterdam ; et la lettre adressée au docteur Arnauld y est confondue avec les seixe lettres dont se compose Tou- Trage* A cette erreur M. Petitot en ajoute une seconde, en faisant deax liyres distincts de VInnocence reconnue et de La vérité découverte. (Mém., 3* série, L xxxin, p. 143. )
3 Innoc. reeonn,, p. 95.
S IMd., p. 74.
4 Vinnocence et la vérité défendues, contre le P. Brisacier. Œuvres^ t. xxx^ no Tiii.
s 12 mars 1669 (înnoc. reeonn., p. 6). Fin d'août 1669 (iM., p. 190» ISl). •— Cf. Vie continuée, pé 885 ; Témoign. de vérité^ p. 807.) fi Témoigna de vérité, Pt 808 ; Innoc^ reeonn,, p« 99| 18lt Wt id7, etc«
CHAP. m^ aBCT. n, art. n. 323
qu'il y avait retrouvés, et qu'y tolérait de nouveau sa mansuétude ^ « Environ six semaines après son arrivée u en Holstein, dit le ministre Poiret^, l'un des disciples 0 d'Antoinette et l'éditeur de ses œuvres ', il vint vers luy « en Noordstrant un bonune inconnu, faisant l'amateur ^ de la vérité et des écrits de mademoiselle Bourignon, « qui luy offrit ses services, et ceux d'un de ses amis qui « avoit,.disoit-il, trouvé des machines propres à faire des « moulins, et toutes sortes de travaux qui pourroient luy « être d'un grand usage en Noordstrant. Ce bon pera sonnage, sans se souvenir de se garder des hommes, tt reçut cet inconnu chez soy, le logea, le nourrit, luy « raconta ses avantures ; et sur ce qu'il disoit de s'estre « chargé de mauvaises humeurs dans la prison, il se « laissa persuader à prendre d'une poudre, que l'autre, 0 qui faisoit aussi le médecin, luy assuroit être très prott pre à le soulager. En effet il s'en trouva bien la pre- « mière fois ; ce qui donna occasion à cet homme de luy « dire d'en prendre encore. Mais au lieu de luy en donner
1 Témoigfu de vérité^ p. 16.
3 Le P. Anastase (HUU du Socin,^ part, ii, p. 541} fait deux personnes de Poiret et de l^antear de la Vit continuée de A. Bourignon» Nous pensons que c*e8t une erreur. Poiret a mis une préface apologétique de deux cent sept pages à la Vie intérieure et à la Vie extérieure de mademoiielle Bou^ rî^ofi écrites par elle-même, et il a fait suivre le tout de la Vie continuée, ce qui forme les deux premiers volumes de la collection des œuvres de ceUe illuminée. — Cf. Niceron, Ménu^ iv, p. 1A7 et t. xx, p. 166 ; Barbier, Dict, dei anonym,^ L m, n. 18810. — En parlant de Poiret, Bayle dit ( Nouvet» de ta rép. de$ lett,^ 1685} : • C*est un homme d*une probité reconnue, et c qui de grand cartésien est devenu si dévot, que, pour mieux songer aux < choses du ciel, il a presque rompu tout commerce avec la terre. > — Bayle n*était pas difficile en fait de dévotion ; nous pensons qu*il était plus rigoureux en fait de probité.
' Outre l^édilion en quarante-trois volumes que Poiret a donnée des Œuvres d^A, Bourignon, il a dirigé celle des OEuvreê de madame Gugon^ trente-neuf volumes in-8<».—Baii)ier, Dicf. de$ anongm,^ n« 15540 etl8874# et Niceron» Mém%^ U iV} p. 145f et t« x, p^ 140.
324 LES FRÈBES D'ARNAULD D^AliDILLY.
a de la même» il luy en fit prendre d'une autre façon et 0 de même couleur, qui étoit, selon que j'en puis juger « par le reste que j'en ay vu, comme du foye d'anti- « moine, dont il luy fit prendre quantité en substance. a Et la même nuit, il s'enfuit du logis sans adieu, et se (( mit le matin dans la première barque. M. de Cort s'en « trouva comme frappé de paralisie universelle, sans (( pouvoir parler, ayant néanmoins la vue et l'ouïe libres. (( Il fit entendre par ses signes que cet étranger l'avoit M empoisonné. Il mourut douse jours après, le 12 noce vembre 1669 ^ avec joye et contentement dans son c( âme, les yeux fixés sur Jésus-Christ crucifié. Ses ennec( mis se baignèrent de joye dans le sang innocent de ce « juste, et se préparèrent pour en faire autant à made- « moiselle Bourignon... Pater Patin, qui avoit été invi- 0 sible jusques là, parut comme à point nommé au jour « de sa mort, afin de se saisir de tous ses biens pour « l'Oratoire 2...»
Mais Christian avait laissé un testament que l'on ouvrit 5. Antoinette était sa légataire universelle; seulement il recommandait à l'assistance de celle-ci, en cas de nécessité, outre quelques membres de sa famille et Noels, l'ancien secrétaire de Jansénius, le docteur Arnauld, Port- Royal et l'Oratoire de Malines. — Ses derniers regards avaient rencontré le Christ ; il pardonnait à ses ennemis. Aussi le Christ lui pardonna-t-il à cet instant suprême. (/est rOratoire et Patin même qui l'affirment. *
« Cependant, continue l'historien d'Antoinette, si Dieu
1 Antoinette, qui devait 6trc mieux instruite que Poiret, dit que la mort de Christian eut lieu le 7 novembre 4669 ; (Innoc. reconn., p. 160.)
2 Vie ron/i'n., p. 336.
» Voir ce testament en date du 4 décembre 1 668, Témoign. de vérité, p^308. 4 Swert, Ckronicon^ p. 39.
GHAP. m^ SEGT/ II, ART. VI. 325
« n'eust préservé d'une manière toute particulière ma- « moiselle Bourignon, elle auroit peu survécu le bon
a M. de Cort Ce meurtrier qui avoit empoisonné
« celui-ci en Noordstrant, vint demander après elle en a son logis à Amsterdam, luy faisant dire qu'il venoit de « Noordstrant, et qu'il avoit des lettres de son amy M. de fc Cort à lui rendre en mains propres, avec des particu- « larités à luy dire de bouche, et des choses à luy com- « muniquer touchaïit ses machines et ses inventions.. Il (( luy faisoit l'es mêmes propositions et tenoit les mêmes 0 discours qu'il avoit tenus à M. de Cort. Mais dès qu'un « de ses amis ouvrit la bouche pour en faire le rapport (( à mademoiselle Bourignon, elle se sentit si saisie d'à- 0 version et d'une divine advertance, qu'elle dit soudain a avec émotion qu'elle ne vouloit pas voir cet étrangera là ; qu'on se donnast bien garde ^e le faire entrer dans
« sa chambre et qu'on l'éloignast du logis s'il étoit
tt possible. Plus l'autre insistoit, plus faisoit-elle des « efforts pour témoigner à ses amis qu'il ne falloit pas a écouter cet homme, ni s'en laisser surprendre. En effet, « il n' avoit ni lettres ni adresse de M. de Cort; niais il « espéroit qu'à la faveur de ce beau prétexte, d'un amy u si intime, il seroit reçu avec joye, et qu'il auroit alors « l'occasion à la main pour traitter mademoiselle Bouri- « gnon de la même manière, ou peut-être d'une plus ou- « verte et plus violente que M. de Cort. — Mais ayant vu
« après beaucoup d'instances que tous ses efforts
« étoient inutiles, il ne parut plus, sinon que quelques c( années après on le vit à Hambourg ^.. » Ici nous pourrions dire comme Bayle, qui transcrit
1 Vie coR/tn., p. 938.
S26 LES FRilIUlS D'AlUfAUlD D'AHULLY.
uqe partie de ces allégations : « Je ne suis qu'un co* (( piste ; je ne garantis point lés faits des ouvrages que u je cite ^ » Mais dans notre conscience» après avoir mûrement pesé et confronté les témoignages d'Antoinette et de son historien, nous devons déclarer que leurs dernières accusations nous semblent des fables odieuses enfantées chez l'une par un cerveau malade, répétées par l'autre dans un accès de confiance ^ Non seidement Antoinette se contredit en attribuant la mort de Christian tantôt à son séjour prolongé dans une prison fétide^, tantôt à la médicamentation de ce misérable, qui retomba par suite sous la main de l'illuminée sans qu'elle le fit arrêter * ; mais chez elle les inculpations d'empoisonnemeilt et d'assassinat sont à l'état de monomanie. Et s'il fallait l'en croire, lorsqu'elle se rendait escortée de ses disciples armés vers Sleswig pour y réclamer l'héritage de Christian , Patin en personne, suivi d'un seul homme, serait venu guetter son passage sur Une route déserte, où les barbes de sa coiffe, en voilant sa figure, la préservèrent seules d'un coup de fusil. ^
D^à même, neuf ans auparavant [1662-1671], au moment où pour la première fois de Cort la rencon-
1 Bayle, DieU Atsf., y<* Baurignon» — ^Le P. Anastase, qui semble, comme tous les historiens d* Antoinette, sans en excepter Swert, sMnspirer beaucoup plus de Bayle que de l'étude des sourees migioalet relatives à cette iiluminée, s*écarte ici un peu de son autorité habituelle : c Je ne fais que c copier Tauteur que je cite, dit-il, {Hist, du Socin.^ part ii, p. W) ; je ne c m*en fhis pas garant, tCautani qu'il est contesté par tous ceux ifui ont I part à ce procédé, * Nous ne révoquons pas en doute ces protestations ; mais elles nous ont complètement échappé, sauf celles que contiennent dix lignes de Swert, dont nous examinons le contenu dans V Appendice^ note M.
s Voir dans VAppendicef note M.
' InnoCé reconnu, p. 166 ; Cf. p. 165.
* Vie coniin; p. 478.
^ Vie continuée, p. 363-366.
CaiAP. nii 8ICT. Il, AKT. Vh S27
trait à Malines, Antoinette ^fuyait d'une école qu'elle dirigeait ' à Lille, où ses élèves avoient tenté de Tempoisonner, elle, ses chats, ses poules et trente petits canards qu'elle aimait ^. Avant de partir, elle avait tiré un triple certificat de trois pasteurs témoins de ces méfaits, attestant que les jeunes meurtrières se livraient à la sorcellerie, et se rendaient toutes les semaines au Sabat'. Les trois certificats et les trente petits canards semblent venir à la décharge du Jansénisme, d'autant que toute la vie d'Antoinette est semée de faits semblables. Aussi nous nous serions gardé de rappeler ces calomniés si d'un côté le scepticisme de Bayle n'hésitait à leur imprimer la flétrissure qu'elles méritent, et si de l'autre il ne les laissait rejaillir sur des hommes honorables, qui, pour avoir fait grand scandale des spéculations frauduleuses de leurs ennemis, ne méritent pas qu'une plume désintéressée laisse, par un injuste talion, peser sur leur mémoire le crime de spéculations meurtrières.
i a Elle donna depuis à cet liôpital [ou école] par entrevlft les biens ff qu'elle aToit, consistant en Tingt ou trente maisons et une seigneurie. » (Poirct, dans les Nouvel, de la Bip. de» lettres, 1685, p. W.) « Sa belle- • mère et ses belles-sœurs à LUle firent saisir et confisquer tous ses biens... a disant qu'elle demeuroit dans un pays ennemi.... Ce procédé ne venoil « que d'une pure malignité ; car cette confiscaUon ne se ftiisoit pas à leur « profit, mais seulement à celuy du roy de France. M"« Bourignon ne put « remédier de longtemps à ce mal,... et se trouva obligée de donner tous ses « biens à l'hôpital de Lille, qu'elle avoit régy, afin de les dégager de cette « injuste confiscaUon.» (Vw continuée, p. 420.)
î lb%d.s p. 491.
S jbid,, p. 202.— Ce n'était pas seulement Antoinette Bourignon qui, 4 cette-époque, avait quelque chose à démêler avec le Sabat ; la Suède avait dix mille hommes sous les armes pour repousser les sorciers. (Utt. inéd* des Ftuquiérei, t. m, p. A75.)
328 LES FRÈRBS D'ARNADLD D^AlfDnXY.
ARTICLE VIL Le Jansénisme liquidateur.
Mais si la vérité veut qu'on décharge de crimes les disciples de Jansénius, elle peut leur reprocher quelque avidité* Ce ne fut pas seulement Antoinette ' qu'à force de chicanes ils parvinrent à évincer d'une succession que lui garantissaient un testament et les tribunaux^; mais cette succession, ils se la disputèrent entre eux. En vain les Jansénistes français envoyèrent en Nordstrand deux agents au lieu d'un, Perier et Lestropes, pour remplacer Gorin^. Celui-ci devint intraitable même envers les siens*. Perier^ perçut les revenus de ses commettants sans leur en tenir compte ^. Lestropes, qui avoit été recommandé à Port-Royal par l'évêque hollandais de Neercastel ^ et qui possédait la confiance de l'Oratoire belge, trompa à la fois les Belges, les Hollandais et les Français. « M. de Lestropes, écrivait trop tard le grand Ara nauld, est une personne à qui il ne faut point se fier. (( Je sais qu'il a encore trompé les Pères de l'Oratoire
1 c S*i] y eut des gens animés de lèle contre ses erreurs^ il y en eut aussi • dont le lèle pour ses biens ne fût pas moins entreprenant Ce dernier « zèle fortifloit le premier. Quelques-uns des persécuteurs de M''* Bouri- « gnon crioient contre sa doctrine, afin de Pezclure de la succession de c M. de CorL.. > (Le P. Anastase, HigU du Soein%an,l part, ii, p. 54R.)
2 Swert, Chronieon, p. 41 ; Vie continuée, p. 502 et passim de 359-500, ainsi que toute la deuxième partie du Témoign, de vérité.
^ Laitière, Vie d'Amauld, t. ii, p. 393. * OEuvrtM du doct, Amauldf L xui, p. 4i, n. B Ce Périer était-il de la ramille de Pascal ?
» œuvre» du doct, Amauld, L in, p. 448, lettre dccclviii, du 8 mars i 692. '' Cf. lettre de Neercastel h Amauld du 26 juillet 1680; Œuvre» du doct. Arnautd, U it, p, 172, et Larrière, Vie d^Arnauid^ t n, p. 397.
CHAP. m^ fiECT. n, kn. vn. S29
a d'une manière horrible; et c'est toujours en excron quant leur argent ^ » .
L'illustre docteur Nicole et la plupart de leurs amis regrettaient vivement une spéculation qui n'avait abouti qu'à leur donner pour associés des femmes perdues et des fripons. Cette lie d'ailleurs, qui seize ans plus tôt devait leur ménager un asile contre la persécution, devenait, par un retour étrange, un obstacle qui leur fermait le seul asile dans lequel maintenant ils pussent songer à se réfugier. Ainsi l'unique retraite qui, sans trop les séparer des leurs, pût de nouveau les soustraire à la colère renaissante de Louis XIV était la patrie de Jansénius. Hais le foyer de leurs doctrines était précisément dans l'Oratoire ou près de l'Oratoire, à Malines, à Bruxelles, à Louvain. Or les trois maisons oratoriennes de Malines, de Bruxelles, de Louvain étaient les plus intéressées dans les affaires de Nordstrand^; et à tout moment ces tristes affaires pouvaient jeter la discorde enti*e les futurs exilés et leurs hôtes futurs. Aussi le 20 novembre 1678, c'est à dire six mois avant de se réfugier dans les Pays-Bas catholiques, Arnauld et Nicole vendirent au duc de Holstein leurs possessions en Nordstrand^.
Cette habile précaution rendit leur exil paisible, mais leur patrie hostile. Un violent orage y accueillit Nicole à son retour. Arnauld, dont il s'était séparé, prît seul sa défense ^ : « J'apprends par une lettre de M. Nicole,
^ Œuvres du docU Arnauld^ t. m, p. 570, lettre dccccxxii, du 5 décembre i692.
.S Swert, CArontcofi, p. 10, 102, 103, 110, 119, 1S2, 125, etc.
s IHd.,p, 180 ; Larrière, Vie d^ Arnauld^ U ii, p. 393.
4 OEuvreê du docU Arnauld^ t ii, p. 108, lettre cccl, du 15 octobre 1681* — ci; Vie d€ M. Nicole^ par Goojet, part, n, js 168,— « La mère Angélique
380 LES FRÈBBS D'ARNAOID D'AUDIUiY.
a écrit-il, qu'on s'est horriblement laissé prévenir contre (( lui, par de méchantes raisons sur une affaire où il a « tout à fait raison [celle de Nordstrand]. .... On fait à son « sujet des jugemens téméraires bien étranges. On Ta ac- (( cusé d'opiniâtreté, en ne voulant point se rendre à l'avis « de tous. ... ; ce qui n'est point vrai, puisque j'ai toujours
u été de son sentiment On a supposé qu'il agissoit
(( par un motif d'intérêt ; ce qui n'avoit garde d'être vrai, « puisqu'il a toujours déclaré qu'il ne regardoit ce bien « là que comme le bien des pauvres. Je ne puis m'em- « pêcher de dire qu'il semble qu'en toutes choses, on u prenne à tâche de le décrier; comme on l'a fait encore a en.... le taxant de lâcheté [pour m' avoir quitté et H s'être rapproché de l'archevêque de Paris], ce qui me « parolt la plus grande injustice du monde. N'est-il pas a utile qu'il soit en repos, afin qu'il puisse travailler pour 0 l'Eglise?... N'a-t-il pas rendu d'assez grands services « pour lui en savoir gré, et ne le pas traiter comme un « esclave qui n'auroit pas la liberté de faire ce qui lui
« plairoit? Cela m'a toujours paru si déraisonnable,
« que... je n'ai pu m'empêcher d'en décharger mon cœur u dans l'occasion que m'en a donné cette nouvelle affaire « de Nordstrand. »
Les Belges profitèrent d'ailleurs habilement de ces dissensions. Prévenant cette fois le duc de Holstein dans ses projets d'acquisition, ils* députèrent à Paris [1680] celui d'entre eux qui se montrait le plus dévoué au grand
a de Saint-Jean faisoit en quelque sorle sa cour à M. Pascal, et Tonloil se « senrir de lui pour mettre de la division entre M. Arnauld et M. Nicole. « Car ni elle, ni beaucoup d'autres, ne pouroient souffrir cette liaison, ni « que M, Nicole gouvernât M» Arnaiild. 9 (Racine, Fragm€n$ sur P^ R,, OEuvriS, t. VI, Pf S96.)
GHAP. m^ fiECT. n, ART. VII. S31
Araauld, Martin de Hoodt^ dont le dévouement, plus tard attaqué, eut pour défenseur Patin, qui alla ensuite mourir en France K De Hondt, après de longs efforts, conclut enfin un traité qui fit passer dans les mains de rOratoire la portion de Tlle qui restait aux Fraihçab.
Cette solution toutefois ne termina point les débats. La discorde se mit entre le? Belges. Bruxelles réclama sur Malines les sept mille cinq cent soixante-quinze florins empruntés par Christian, qui, d'après les archives de la maison de Louvain, les aurait remboursés'. Ceux de Louvain, à leur tour, forcèrent l'Oratoire de Malines de convenir qu'il les avait frustrés des droits^ que leur donnait sur Nordstrand la succession d'un des leurs ; or cette succession comprenait à peu près le cinquième ^ de ce que leur Institut possédait dans l'Ile contre laquelle chacun s'était si fortement récrié et où chacun avait fini par réa* liser une fortune^. De si scandaleux débats n'étaient point encore apaisés lorsqu'eut lieu cette saisie des papiers de Quesnel dont nous avons déjà parlé [1703]. ^
^1 parait que jusque là Port-Royal était parvenu à soustraire ou à dissimuler aux yeux de Louis XIV ^ le secret ou le but de ses acquisitions en Nordstrand. Mais dans les papiers qu'Arnauld avsdt légués à Quesnel se trouvaient les contrats mêmes de ces acquisitions, et de plus la preuve de démarches qu'avait faites le Jansénisme
^ Swert, Chronkon, p, i8S et 187.
3 Swert, ibid,^ p. 76.
* Ibid., p. 125.
A /6W., p. 217. Cf. 137.
ft Jbid., p. 10 et 175.
^ IbùLy p. 108, 119, ISS, 1S9-183, 186, etc.
^ Voir plus haut, p. 41*
* Voir la noteNt dans VÀppendice»
en 168& prësd€i3 ennemis âelâFrance4>our prendre ofliciellement place au nombre des puissances européennes. ' Ce double projet d'un établissement territorial et politique avait fait sinon la terreur, du moind Tindignation des dix dernières années de Louis XIV ; et durant ces dix années madame de Maintenon, c'est elle-même qui l'atteste 2, prolongea les soirées solitaires et moroses du monarque alors au déclin de sa fortune par la lecture des papiers saisis chez Quesnel. Ainsi, après les humiliations de chaque jour, le grand roi se retrouvait chaque soir en face de ces deux humiliations sans égales, la veuve Scaron devenue reine, le Jansénisme devenu potentat I Qu'eût-il dit, ce roi déchu, s'il avait su que près de lui, dans ses conseils, l'homme de sa confiance avait eu le fatal secret, s'y était intéressé, et y avait employé jusqu'aux agents diplomatiques de la France? — C'est cependant ce que nous ont déjà fait entrevoir les efforts d'Antoinette Bourignon, en faveur de Christian, près du marquis de Pomponne, et ce que confirmeront quelques-uns des papiers de ce neveu d'Arnauld, papiers que renferme sa correspondance inédite. — Mais avant d'examiner cette partie de notre dépôt, la chronologie nous force à nous occuper du fils aîné d'Arnauld d' Andilly, dont le futur ambassadeur de Suède n'était que le second fils.
* D'après Lcgros [Défense de la vérité, etc., préf., p. xi, J xxiii] la proposition que firent alors les Jansénistes n'éioU qu*un Jeu tTesprit qui n'a" voit rien de iérieux; ce qu'il répète d'après Quesnel, qui traite ia IcUre adressée au comte d'Avaux de pure badinerie^ qui n*a Jamais été faite que pour se divertir. Mais il parait que Louis XIV ne croyait pas le Jansénisme si folâtre, ou qu'il entendait mal la raillerie. L'od peut d'ailleurs s'assurer des motifs qu'il avait pour cela en lisant la pièce même qui semble si badine à Quesnel , dans le factum înUluIé : Causa Quesnelliana, p. 256.
î Lett. de M^' de Maintenon, t xn, p. Î88, lett. du 5 avril 4747.
Note A ; t. I, p. 2; t. II, p. lAO, 297, 298.
LISTB DES ABNAUI.D DR POBT-HOYAL.
S I. — La tai:re d'Arnauld d'AiidUly.
Sœar Caiberine de Sainte-Félicité UarioD, yenve d'ÂDtoine Ar- Danld, le célèbre avocat, fit profession à Port-Royal le & février 1639, et mourat le 28 février 1641. (Ici et alllears, lorsque nous n'alléguons point d'autorités, c'est que les fiiits sont généralemem acceptés.)
S n. — Le frère d^AinaiiId d'AndiUy.
Antoine AAianld, docteur de Sorbonne, entré à Port-Royal une première fois en 1639 (voir la date de la iv* lettre, t i, p. il, et p. 18 de ses Œuvres complètes), on en 16A0 [Hist. de Cabbaye de P. R., par Besoigne, t. i, p. 200), on en 1643 {Mém* de Lancelot^ L I, p. 212 et 219), ou en 16a8 {Mém. de Le Maistre, dans le Recueil ln-12, p. 214-216; Mém. de la M. AngéL, U ii, p. Si, 106, 116, 328, 349, 362, 407); puis en 1656 {Nëcrologe de Cerveau, XVII* siècle, t I, p. 287 ; Cf. Recueil in-12, p. 229) ; et enfin en 1669 (voir CBuwes du docu Am'auld, t u, p. 7, lettre ccxcix, du 18 Juin 1677); mort en exil le 8 août 1694.
S m. — Les Meurs d^Arnauld d'Andilly.
1*. Sœur Gaiherine de Sainl-Jean Amauld, veuTO d'Isaac Le Maistre, conseiller du roi et maître des comptes, se retira à Port- Roy«il de Paris en 1626 ( D. Clémencet, Hist. gén. de P. R., L II, p. 199), fil profession à Port-Royal le 25 Janvier 1644 (D. Clémencet. ibid*, t. i, p. 300; voir aussi t. ii, p. 202, et Besoigne, Hist. de P. R., 1. 1, p. 310); elle mourut le 21 Janvier 1651.
2' Sœur Jacqucline-Marie-Angéliqne Amauld, réformatrice de Port-Royal, y fit profession le 29 octobre 1600, et mourut le 6 août 1661.
Z' Sœar JeanM*€atherine de Sainte-Agnès de Saint-Panl Arnaald, abbesse de Port-Royal, y fit profession en 1612 ( voir Guilbert, Mém. hist. sur P. R., t. i, p. 272 ) ; elle y moonit le 19 février 1671.
&** Sœur Ange -Eugénie de Tlncarnation Arnauld fit profession en 1618 à Port-Royal, et y moHmt le 1" Janvier 1653.
5* Sœar Marie de Sainte-Glaire Arnanld fit profession en 16 1 6 à Port-Royal, et y noanit le 15 Juin 1642.
6'' Sœur Madeleine de Sainte-Christine Arnauld fit profession en 1625 à Fort-Royal» et y mourut le 3 février 16/i9.
t IV. — Les fils d'Amauld d'Audilly.
1* Chariei-Hcnri Âmauld d'Andilly de Lozancy, retiré è Port- Hoyat dm GiaBips, son pas en mars 1662 ( Mém de banceiot, t i, p. 339), ni en Juin (Gullbert, Mém. hisL et chronol. sur P» B., t. ir, p. 57/i), mais le 22 mai 16!i2 (îHsL de C origine des pénitens et solUaîres de P. A. des Champs [composée après le 23 novembre 16^ , voir Mém. de Fontaine, édit. de 1753, t i, p. 130, et probaUement, comme le porte ravertissemeiit, yers 16^5]; Cf. Mém. de Fontaine, t f, p. 122; Suppiém, au Nécrol^ de P. k., p. 16, et Recueil in-12, p. 211); mort le 10 février IIU.
2* Iules Arnanld d'Andilly de Villeneuve, entré à Port-Royal vers 16&1 ; il en sort en 1655 ; il est tué à sa première campagne. {Mém. ttkm. itAndilty, part, u, p. 157; Mém de Fontaine, t ii, p. 81» 87, 92 ; Mém. de Lanceiot, t. i, p. 339, et t. n, p. 256, 8^ $ Mém. de Du Fossé, p. 26, 58, 129; Besoignc, t, iv, p. M7; D. Clémencet, t. i, p. 302. ) — Nous pensons que c'est Jules de Villeneuve et Henri de Luzancy dont il est question dans une lettre de leur père, rapportée par D. Gerberon [Hist. du Jansénisme, t. ]i, p. 183), où se trouve mentionnée la présence de deux des fils de ce solitaire à Port-Royal. — Dom Gerberon croit que celui-d veut parler de ses fils atnés, Tabbé Arnauld et Pomponne, ce qui {jouterait deux membres de cette l^mille à la liste des habitants de Port-Royal. Mais la lettre du père est datée dtt 10 Janvier 165&, et les Mémoires de Tabbé Arnauld (part, m, p. 53) prouvent qu'à celte époque lui-même habitait Angers, et que Pomponne habitait Paris. — Une lettre d'Anne d'Autriche, également citée par D. Gerberon (ibid., p. /i31; Gf. p. U9}, semblerait prouTer que Pomponne avait été élevé a Port-Royal.
UakkB prenien fandcaenca des écoles de Port-Rofai m fareni j4«^ qu'en 1637 (voir Besoigne, t. iv, p, /i03), époque où Pomponne avait dit-oeuf ans. Les Mémoires de i'abhé Araauid (pnrt. i, p. iï) B0BS appreaoent d'ailleurs que son éducaiton et celle de son frère Pomponne avaient d'ai)ord été conCées à Tabbé de Barcos, second aU)é de Saîot-Cyrao. Anne d'Autriche aura confondu le lien avec la personne, à cause des doctrines. — Il paraît senlement que Pomponne a séjourné à Port-Royal pendant tes trotibtes de la Fronde, (Mém. de Cabbé Amauld, part, ii, p. 154. j
f V. — Les filles d'Arnauld d'Andtily.
1** Sœor Catherine de Sainte-Agnès Arnauld d'Andilly, née le 30 décembre 1615, novice en 1650, professe en lG/i3, morte le !3 décembi*e 1643.
2* Sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly, née le 28 novembre 1624, fit profession le 25 janvier 164/1, mourut le 29 jan* vicr 168/i.
S* Sœor Marie-Charlotte de Salnle-Cla'rc Arnauld d'Andilly, née en 1627, fit profession le 28 novembre 1647, mourut le 9 septembre 1678.
4* Marie-Angélique de Sainte-Thérèse Arnauld d'Andilly, née en 1630, fit profession le 21 novembre 1654, mourut le 8 janvier 1700.
5** Sœur Anne-Marie de Sainte-Eugénie Arnauld d'Andilly, née en 1631, professe en 165d, mourut le 7 octobre 1660.
6* Elisabeth Arnauld d'Andilly mourut pensionnaire de Port-Royal de Paris en 1645, à l'âge de treize ans.
Plusieurs auteurs ne comptent qu'un fils et cinq filles de Robert an nombre des membres de Port-Royal. Sans doute ils en excluent Jules et Elisabeth, comme n'y ayant pas pris d'engagements définitifs. Mais Robert écrit lui-même (Mém,, part, i, p. 64) : u Mes six filles « ont été religieuses dans ce monastère. » ( Voir aussi Mém, de Cabbé Arnauld, part, m, p. 111.)
J VL — Les neveux d^Âmauld d'Aodilly.
1* Antoine Le Maistre, avocat, renonce au monde le 22 août 1637 {Recueil 10-12, p. 183), se relire à Port-Royal de Paris le 10 janvier 1638 {Ilîst. abrég. de P. «., par Michel Troncliay, dans^ les Mé7n. de Fantainey édit. de 1753, t. i, p. 34 ; Cf. le RrrucH in-12, p. 1-17; Vie de Wallon de Bcavpuis, p. 58), à Port-
Royal des Champs le 22 mai 1638 (Cf. le Becueil ïnA% p. 187 et 210), et meurt le & novembre 1658.
S"" Isaac Le Maisire de Sacy, prêtre, se retire près de Port-Royal de Paris en 1638 [Mém. de Lancelot, t. i, p. 108) ; qne première fois à Port-Royal des Champs en 16^6 [Mém. de Fontaine, U i, p. 117), dit sa première messe à Port-Royal des Champs le 25 Janvier 1650 (Cf. le Recueil ind2, p. 217), et en devient directeur (Nécrologe de Cerveau, xvii* siècle, t. r, p. 199} ; meurt le k janvier 1686.
3* Simon Le Malstre de Séricourt soit son frère Antoine dans la retraite en 1637, 1638, etc.; mem*t le h octobre 1650. (Cf. le Aer«dnn-12, p. &etl6.)
&* Jban Le Uaistre de Saint-Elme se retire avec son frère Antoine près de Port-Royal de Paris, à Pâques 1638 (Recueil in-12, p. /i), rentre dans le monde, se marie et meurt dans un âge avancé (Besoigne, Hist. de P, R,, t. m, p. 553), vers 1690. (Mém. de la M. AngeL, U i, GénéaLt p« xiv.)
5* Charles Le Maistre de Vallemont se retire près de Port-Royal de Paris, à Pâques 1638, y meurt en 1653. (Ibid.)
S VIL — Les cousines d'Arnauld d*Andilly.
1* Sœur Anne de Saint-Paul Arnauld, fille de David Arnauld, contrôleur général des restes (Mém. d^Arn. (TAndilly, part, i, p. 35), meurt le 12 septembre. 1633. (D. Clémencet, lïisi. génér. de P. R., L 1, p. 183. )
2* Sœur Madeleine des Anges Marion, fille de Simon Marlon, baron de Dru! (frère de Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld), entrée à Port-Royal en 1626 (Mém. de la Af. AngéL, t ii, p. 179) , en 1627 [Hist, de P. R., par Besoigne, t. i, p. 138), y fit profession en 1636, et y mourut le 17 avril 1671.
S* Sœur Catherine de Saint- Alexis Marion, entrée à Port-Royal en 162/i (Mém, de la M. AngéL, t. ii, p. 179), vers 1627 (Cf. Besoigne, t. I, p. 138, et Moreri, Dict, hisL, t vu, p. 258, col. 2) , et morte le 7 décembre 1636, après avoir prononcé les vœux. ( Omise par le Nécrologe de Cerveau, Voir la Table de D. Clémencet, HisU génér. de P. R., L x, p. 390; Nécrologe deP. R., p. 659; Af^. de la M. AngéL, t. ii, p. 179.)
NoteB; t, i, p. 50,70.
LISTE DES ABNAULD DE CHARElfTON.
De rénamération des membres de la famille Aruauld qui ont fait la gloire de Port-Royal, il D*est pas inutile de rapprocher Findicalion des membres de cette même famille qui ont professé le Calvinisme ; car, ainsi que le remarque M. Sainle-Beuve dans son Histoire de Port'Rayal (t. i, p. 63), « ce poml tient peat-étre plos « à cette histoire que les Arnauld eux-mêmes ne le croyaient. — « D^ailleqrs ce coin de tableau de famille (c*est encore If. Sainte* « Beuve qui parle) a toujours été voilé le plus possible par les « Arnauld de Port-Royal, et même par [Jean] Racine dans son his- « toîre de celte célèbre abbaye (p. 73; Cf. l'abbé Racine, llisL « ecclés.yU X, p. 501). Les Jésuites, de leur côté. Tout malignement « relevé ; » et il est bon qu'à cet égard des contemporains impartiaux nous disent la vérité.
1. Robert, dans ses Mémoires (part, i, p. A), aime mieux nous apprendre que son aïeul Antoine, le premier des Arnauld établi à Paris, professa le Calvinisme, que de nous laisser ignorer comment raffection de Caihcriiic de Médicis le sauva de la Salnt-Barthélemy. Seulement il a soin d'ajouter qu'Antoine abjura depuis cette sanglante journée.
2. Lsaac Arnauld, celui des oncles de Robert qui avait fait ]*éduca« tion poliii(iue de ce dernier (ilfc^n. cCAm, d*AndiHy, part, i, p. 31), était Huguenot. « Il a passé à Charenton pour un fort homme de « bien. » (Tallemant, t. ii, p. 306. — Voir plus bas, p. 3^7.)
3. Madame de Feuquière, Glle d'Isaac et protectrice des fils de Robert, était de la même religion, (il/t'm. de Cabbé Arnauld, pan. I, p. 207.)
/i. Le marquis Manassès de Feuquière, gendre d'isaac, était Calviniste et avait abjuré {CRuv. du doct, Arnauld, t. ii, p« 753, lett. Dciv, de février 1687) ; mais il ne put obtenir à son lit de mort que sa femme abjurût comme lui. (Lettres inéd, des Feuquière, publiées par M. Etienne Gallois, t. i, p. 269, lett. du 22 mars 16(i0. ) Celle-ci s'était opposée, autant qu'il était en elle, à la conversion de ses fils. (Ibid., p. 29 à 3&, lett. du 2& avril au 22 juin 1634; p. 89, lett. du 26 avril 1635, etc.; Cf. p. 2/i/i, n. et p. 291, lett du 17 mars 16/il. ) Elle était parvenue à maintenir dans ses principes toutes ses filles. ^OEui?. du doct. Amauid, t. ii, p. 665,
S38 APPENUCE.
lett. DLivi, du 16 avril 1686; Cf. p. 65S, lett. dlx, da 28 mar» 1686.) L*unc de ccUcs-ci, M** d'Orthe, était Calviniste si fervente qa'on n'osait laisser près d'elle ses frères convertis^ « dans la V crainte qu'Us ne se laissassent séduire par tme si grande fa- • mille de Huguenots, » [Lett, inéd. des Fenquière, t i, p. 2910
5. La marquise d'Heucourt, autre fille dlsaac, était de la religion réformée. (Bayle, v° Amauld Antoine, Rem. D.; voir aussi Joly, Remarq, sur Bayle, même mot.)
6. Le marquis d*Heucourt abjura Thérésie avec ses fils^ au nombre de trois. (Œuv, du doct. Amauld, t. ii, p. 695, lett. dlxxix, du iU août 1686; Cf. Ibid., t. m, p. 471, 476. 501, 521. etc.; d'après la leiU'e dcccxcvii, du 8 août 1692, t. m, p. 527, il se trouve que le mai^uls dlleucourt avait trois filles et non trois fils, et qu'au lieu d*étre Catbolique il était Calviniste.)
7. Isaac Arnaulii, le mestre-de-camp, frère de M"* de Fenquière, avait quitté la religion réformée. fTallemant, t. ii , p. 909; Cf. OBuv. du doct, Ainnanld, t. ii, p. 753, leu. DCiv, de février 1687.)
8. Louis Arnauld, frère d'Isaac, onde de Robert, était Huguenot. (Tallemant, t. ii, p. 308.)
9. Pierre Arnauld, frère du précédent, s'était converti. {Ibid,, p. 306.)
10. Jeanne, sœur des précédents, mourut fille et Huguenote. {Ibxd., p. 51Q.)
11. Madame Lbosie, sœur de Jeanne, était protestante, ainsi que son mari et son fils. [Ibid,, p. 308.)
12. Va Maistre, beau-frère de Robert, et père des Le Maistre dont nous avons parlé quelques lignes plus haut (p. 335, $ vi), se fit Huguenot, et c'est à grand'peine qpe le père de Robert lui arracha ses cinq enfants, qu'il voulait conduire à Charènton. (Mém, d^Am. (TAndilly, part, i, p. 26; Mém, de Fontaine, t. i, p. 111 et 112; Mém, de Lancelot, U i, p. 314, où Ton voit que D. Gerberon croyait que L'e Maistre, le pénitent de l'ort-Royal, avait été Calviniste.)
13. La soeur de Robert, la célèbre abbesse de Port-Royal, Angélique, hésita quelque temps pour savoir si elle se retirerait à La Rochelle, où était une partie de sa famille professant la réforme. [Méin, de la M, Angélique, t. il, p. 255; voir aussi Bayle, v* AnL Arnauld, Rem. D., art. Isaac Amauld de La Rochelle,)
14. Atine-Eugénie, sœur de Robert, religieuse à Port-Royal, hésita longtemps entre le Calviubmc et le Catholicisme. [Mém. de la M, AngéL, t. i, p. 90.)
NOTt €. 5M
Qoant au père de Robert, en docteor ArnattM et de te mère Ab^ géliqiie, on a été Jusqu'à produire des teHret de «a fiuriRe {Hafit^ V Ant. Amauld) constatant quil éiail Huifiieaot Mais, ^uoifie membre d*nne famille si évidemment Catrlnlste, il paraît qaH avait échappé à lliérésie, et que Ton est parvenu à étabHr ce fait par l'exhibition de son acte de baptême. (Joly, Bemarq. sur Befj^e, même nom ; €f. OEuv, du doct, Amaulé, t. iii« pi. 6(K 6i, 70» &73, &89, 521, 5S3, 545, 569, 593, eM, elc.i la quatrième Pachm pour les neveux de Jansénius, etc.) -— Trilemant (t. ii. p« SM) donne une autre preuve de rorthodoxie du célèbre avoqd, qui« seloD lui, aurait plaidé en faveur d*une coDiscacioli Mte sur dea âo^enots, confiscation dont il aurait accepté la OHiltié comme salaire. — H parait d'ailleurs que cette famIHe de yogueMta eos* vertis ne s^accommodait pas moins dans la branche des Feaqrfbre que dana celle des Arnauld de conSscationa faites sur leur» aBelena coreligionnaires. (Lett. inéd, des Feuquière, u m, p. M, letl. du 20 septembre i67&.) — Les femmes de la première de ces braneies ne se convertirent cependant qu'à la révocation de l^édN de Nauiea, révocation à laquelle la branche janséniste été AmauM applaudit de tout son pouvoir. H est vrai qu'à ceHe-d appartenaH le céHibfe docteur Amauld, qui voyait dans cet acte un moyen de prepagei ses livres parmi les nouveaux convertis, M de fabre ainsi geîie»à Louis XIV ses doctrines, sans douté indépendamment deadragoi^ nades. [Œuv. du doei, Amauid, t n, p. #58, leil« dli, du S8 mars 1686; p. 665, lett. dlxvi, du 16 avril 1616} p. 571, lett Dxxxviif, du S7 octobre 1685; p. 622, lett. nui, du 1*« février 16M; p. 672, lett. BLxxi, du 11 Juin 1686; p. 690, lett DLXxviff, du 25 Juillet 1686, etc.; t. m, p. &77, lett dgcglxxiii, du 5 mai 1692, etc.)
Note C ; t. I, p. 7, 26, 206, 222 ; t. n, p. 248.
BELATIONa BB BOBBRT àVBG LB DUe B>ULÉA]l8.
Noua avons dit (plua haut, p. 7) que.d*Andllly, accusé par le d'Orléans dans un manifeste de l'avoir trahi soua rinspirailott délit chelieu, n'avait pas réclamé contre cette accusation. H rédann de* pids {Unres, p. 456, 665, A67 et kli), et prétendit que a'ii a'avidt pohit réclamé pkia tel c'était par respeal pour lu duc dTteléaui, {Jbid^ p. MO.) Mais ne lillaitJI paa avant tout qu'il se reapocHt M- ■éflM, dfti sa iarlune an éira cempromiae. Il te falM d'auiaul plua
que si la répstatioo de Robert nous est arrivée avec Fàoréole qoe lai a mise Port-Royal, elle n'était pas toot à fait aossi resplendissante aux yeux de ses contemporains. Outre le manifeste du duc d'Orléans (Àecuet/ de diverses pièces pour servir à t histoire, 1639, in-/i*» p. 326; et les dilTérenlB écrits du président de Gramond (son Histaire, sa Lettre à Philarque, etcO« il existe un opuscule intitulé : Mémoires (tun favori de S. A* R. M. le D. d:' Orléans, où d'Andilly se trouve violemment attaqué. Ces Mémoires sont écrits en eflët par un favori de Gaston, de Bois d*Annemets, que sa position mettait à même d'être parfaitement insuiiit. Aussi dès la première année du dernier siède, nn Oratorten apostat. Le Vassor, s'appuya de cette autorité pour flétrir la mémoire d'Amauld d'Andilly. (Hist. die Louis XIII ^ t. m, p. 39 et M ; t iv, p. Sh.) Bayle, dans son Dictionnaire (v* Amautd (tAndilly) et dans sa correspondance (Œuvres, U iv, p. 8A2]; Bernard, dans ses Nouvelles de la république des lettres (avril 1703, p. &19) ; Desmalseaux, dans ses lettres à Bernard et dans les notes qu'il mit aux lettres de Bayle (Œuvres de Bayle, U iv, p. 8&2-8&6), ouvrirent à la suite de Le Vassor une discussion qui fut loin d'être favorable à l'ancien solitaire de Port-Royal. Enfin un Oratorlen qui n'avait pas été comme Le Vassor Jusqu'au Protestantisme, mais qui s'était arrêté comme plusieurs de ses confrères au Jansénisme, le P. Bougerel, prit en main la défense de l'accusé, et parvint à faire rétracter Desmalseaux. ( Biblioth» raisonnée des ouvrages des savons de CEurope, t v, p. 356.) Un autre Janséniste, l'abbé Goujet, pour achever cette réhabilitation, publia les Mémoires de d'Andilly (hi-i2, Hambourg, 1734). — C'est d'après cette dernière publica* tion surtout, et d'après les autres écrits émanés de Robert lui-même, que s'est formée notre opinion à son égard. Nous avons rejeté, après les avoir pesés, les témoignages de Gramond, d'Annemeis et de Le Vassor comme trop passionnés ; et la critique de Bayle, de Bernard, de Desmaiseaux comme insuffisamment renseignée, d'après l'aveu de Desmaiseaux lui-même. Mais tout en inclinant vers l'opinion que Bougerel a soutenue avec autant de savoir que de mesure, nous croyons devoir signaler quelques lacunes dans le plaidoyer de celui-ci. Ainsi le savant Oratorien aurait dû remarquer, 1* que Le Vassor s'appuie non. seulement sur le témoignage d'Annemets, mais sur celiti de Bullion, surintendant des finances, et sur les répugnances qu'éprouvait pour d'Andilly le cardinal de La Vallette, dont cependant d'Andilly (Mém., part, i, p. 157; part u, p. 10) se vantait d'avoir les bomes griceÉ. — 2* L'habile défenseur qui avait lu.
dit-il {BibL rais., t. vi, p. 10&), tons les écrits et tous les Mémoires da temps poor s^assorer qo^ils ne contenaient ancane accusation contre son client, savait sans doute que ce client loi-même, dans ses Mémoires (mémoires encore manuscrits à cette époque, mais dontBougerei se servait pour son plaidoyer), avoue non seulement que Bollion Tavait traité personnellement comme concussionnaire (part. II , p. 88; voir aussi ses Lettres, p. 288), mais que le président Jeannin Taccnsait d*mdélicatessé dans ses Mémoires, où les pedts-flls du président avaient toutefois consenti à meitre un carton. (Mém, etAm. (tAnd., part i, p. lli-lt/i.) Bullion, La Vallette, Jeannin étaient des autorités assez graves pour être comptées. (Voir cependant plus bas, t. ii, p. 568.) — 5* Bougerel n*aorait-ll pas dQ expliquer ce en quoi le respect obligeait d'Andilly à se taire une première fois devant les accusations du duc d'Orléans, et comment ce même respect ne Tempêcha pas de répondre ensuite à ces mêmes accusations, puisées dans le même manifeste contre lequel il n'avait osé réclamer d*abord ? Cette explication il Teût trouvée sans doute dans les lettres de d'Andilly (p. ^76 et /i86) et aussi dans le rapprochement qui vers 16d/i s'était opéré, comme nous Pavons dit plus haut (p. 12), entre Robert et Gaston. Mais un semblable rapprochement n*aflraiblit-il pas de beaucoup le témoignage que rend Gaston en faveur de Robert dans le démêlé de celui-ci avec le président de Gramond (Lettres d^Am. dAnd., p. ^58, /i66 et ^87], témoignage dont s'appuie surtout le défenseur de Robert pour démontrer Finnocence de son client. (BibL raisonn,, t. vi, p. 99.). — ^t*" l^e P. Bougerel, qui remarque si judicieusement (ibid,, vi. p» 76) l'époque où parurent les accusations d'Annemets, publiées, dit-il, pour la première fois en 1668 (nous croyons que c'est en 1667 ; Cf. le P. Leiong et M. Barbier), dans le but de prouver que Robert n'avait pu y répondre par ses Mémoires composés en 1667. n'aurait-il pas dû s'avouer que c'était le cas ou jamais pour celui-ci de prolonger ses Mémoires d'une année et sa justification d'un chapitre. Gela eût été d'autant plus facile pour Robert qu'alors le duc d'Orléans était mort, qu'Annemcts aussi était mort, et que l'année même où, d'après Bougerel, se produisaient les accusations de ce dernier le Jansénisme venait de remporter avec l'édit de pacification le ieul triomphe qu'il dût obtenir sous le règne de Louis XIV. Ce triomphe avait d'ailleurs rejailli sur la famille Arnauld. Sacy, sorti de la Bastille, et le grand Arnauld lui-même avaient été présentés au roi; et^e fils de Robert, Simon de Pomponne, venait d'eu e chargé d'une amliassade en Hollande, ou s'imprimaient les Mémoires du Favori,
3&Ï APBENUGE.
Itaihce èlonc là le mônem de fanaser peser sur loo mub la flétrlB* silre que lui imposaient ces Mémoires? Robert se tat cependant, loi qai s'était si vivement défendu en 16/i5. (Voir toutefois Mém. etAm. (tAnd., part, ii, p. 50.) Mais en 1665, nous Tavons démontré (pitts haut, p. 1À'S6; Cf., pins bas, note H), il avait un intérêt personnel à le faire; en 1668, il n'y avait plus qu'un intérêt collatéral. Cela ne prouve-t-il pas que le client de Boogerel était plus enclin à défendre ses intérêts que sa répntadon? — 5*" Une dernière obser« vation peu favorable à Robert, et que l'on peut reprocher aa P. Bougerel d'avoir omise, est celle que fait naître un passage des Mémoires de Rickelieu, récemment imprimés par M. Petitot, mais dont le manuscrit avait été confié au savant Oratorien, qui lé» cite à propos d'Ornano même (BibL raison,, t v, p. 363) ; car c'était surtout aux dépens d'Ornano que les ennemis de d'Andilly l'accusaient d'avoir servi d'instrument à Richelieu. — Dans ses Mémoires d'Andiliy se représente comme rendant à Ornano tonte sorte de services auprès du cardinal, et prétend que lors de la seconde arrestation de ce personnage il s'attendait d'autant moins à ce dénouement qu'aucun plus que lui n'était convaincu de son innocence. « Les fréquentes visites de M. le maréchal d'Ornane chei la reimn « régnante, écrit-il fpaj*t. ii, p. liS), augmentèrent de telle sorte les « défiances de M. le cardinal, qu'il demeura persuadé, comme j£ « ^ai sçu depuis j que c'étoit à dessein de former une grande eabate « de la reine, de Monsieur et de quelques grands; ce que je ne « sçaurois croire qui fût véritable, tant j'ai reconnu en M. le mare- A chai d'Ornane fies sentimenspour le service du roi et pour l'état, « dignes du nom qu'il portoit; mais je pense* qufl y avoit en cela « plus de bagatelle et it amusement que de dessein. Ainsi per* M sonne ne fut jamais phis surpris que je le fus lorsque le U mai « [1626]... l'on vint dire [devant moi] qne M. le maréchal d'Ornane « éloit arrêté... » Telle est la version de Robert. — (Cf. Lettres de la M. Angélique y 1. 1, p. 14 et 17, lett. vu et viii, du 5 juin et du 22 août 1624.) — Voici celle de RicheMeu : « Un orage se forme « d'autant plus à craindre qne c'est dans le cœur même de l'état, « qu'il enveloppe la personne qui y est la plus considérable après « celle du roi [le duc d'Orléans]. L'auteur et le conducteur étoit le « maréchal d'Omano... Cette faction étoit si grande que non seule- « ment les princes, les grands du royaume, les officiers de hi maison « du roi, les princesses et les dames de la cour de la reine, et le u parti huguenot, mais les Hollandois, le duc de Savoie, FAngle- « terre et l'Espagne en étoient.... UniverseUement tdut. le monde