‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 29 sur 88 · TB E. M · texte numérisé non relu

TB E. M

lu forUiQe des fitres de Loynes. Ce conseil, déjà Isaac lui-môme et toute la génératioa des Amauld, à laquelle il appartenait, Tavaient pratiqué arec beaucoup de succès. Cette génération était contem* poraioe de ^lly. « Par la faveur de M. de Sully, dit Tallemant « (t. 11. p. 506), Isaac Arnauld, d'avocat, devint intondant des flft naoces. Il étoit Huguenot.*. » Robert {JHétn»^ 1. 1-, p. 31)dit qa^Isaac ne dut sa place qu'au seul choix dUenri IV, — « Arnauld le Pé- • teux (voirTallemant pour Téiymologie) étoti demeuré garçon et « Huguenot. 11 avoit été coqtrOleur des restes par la faveur de M; de « Sully... Il étoit frère dlsaac. » (Tallem., t. ji, p. 308 et 304.) Un troisième Irère, Claude (Mém, (tAm. d'Andilly, part, i, p. 37 et 93), et un quatrième, Tavocat Antoine, qui étaient Catlioliques (?), ne s'en étaient pas.moins acquis les bonnes grâces du Calviniste Sully, a Un a jeune avocat huguenot, nommé déPleix, fit un méchant tour à r la famille Arnauld [parceque Antoine, le quatrième frère, Tavalt « forcé à loi demander pardon d'un factum injurieux]. 11 se mit à « rechercher dans les registres de la Chambre des comptes, et fit H voir qu'on avoit em'egistré des brevets de pension pour services ti readtts [è l'état] par des enfants de la famille [Arnauld] qui étoient « à la bavette, et fut cause qu'on leur raya pour plus de douze ou ft quittse mille livres de pension. Cela s'étoit fait par la fauie de « M. de Sully. • (Tallemant, t. ii, p. 305.) Nous ne savons si quelqnesHins des vingt enfants d'Antoine (Mén^ (CAm. (fAndiUy, part.. I, p, 64, et part, ii, p. 156), au nombre desquels se trouvait Bobert, avaient participé à ces libérab'tés de Sully. Mais Robert suivit ce grand homme en 1602, lors de son ambassade en Angleterre (Mém. d'Arn. d^AndiUy, part, i, p. 92) ; et deux sœurs de Robert, les jeunes filles qui devinrent si célèbres à Port-Royal sous les noms d'Angélique et d'Agnès, furent pourvues en 1599, c'est à dire l'une à l'âge de huit, et l'autre à l'âge de cinq ans, de deux abbajreà que leur donna l'ami de Sully, le roi Henri IV. (Mém. de la M. AngéUque, t i. p. 7; t. ii, p. 253, etc< Cf. Guilbert, Mémi hisi,, t. i, p. 247 et 258.) Sully> dans ses Mémoires ne nous donne à ce sujet aacdo renseignement; mais il nous en laisse en revanche d'assez curieux sur quatre des oncles de Robert, et particulièrement sur celui qui avait donné à ce dernier le consdl auquel se rattadie celte note : « Il ne me restoit pies d'antre parti à prendre « que de me bannir moi-même [des affaires]... Conchine n'employoit « sa faveur qu'à me rendre odieux... J'avois accordé une protec- « tiott particulière aux quatre frères Arnauld. L'alné de tous mourut « Jeune et avant le roi } [Sully, ou plutôt l'abbé de L'Éduse, son

« abrévîatcur, n^èst pas d'accord avec Robert sur Tordre de^uîff mogénitiire des oncles de ce ilernler]. J'aimat assez le second « pour le faire, de mou simple secrétaire, conseiller d*état«t inten* a dant'des finances [c'est I^aac]. Le troisième prit le parti dés «armes et devint mestrc de camp.,, etje fis pi^endre au dernier une « charge de trésorier de France. Tous les autres 4ja)oient été par- « îcugés à proportion ; et je crois qu'on ne nfaccuseta pas d'avoir « péché contre le principe naturel qui ne souffre pas que l'attache- T< ment qu'ont pour nous, ou si l'on veut pour notre place,, ces a sortes de personnes, soit frustré de la récompense que nous « sommes en état de leur procurer. Durel devint trésorier de A France; Murât... Lafond..., etc., toutes ces personnes sentirent « combien ils alloient perdre à ma retraite... Pour les deux Aru naulds, l'aîné surtout [Isaac], mon dessein les toucha médiocre* e ment. Ils auroient même été bien fâchés que j'eusse changé de « sentiment; et ils furent cependant ceux de tons qui m^en firent « les plus fortes instances. Arnauld Tahié joignit en cette occasion « l'ingratitude, l'avarice et la fourberie..., etc. » Et aitleurs : « Je « le traitai d'ingrat [envers Henri IV], de méchant et d'effronté. Je « le menaçai de lui donner un soufflet, et lui défendis de parokre « jamais devant nîoi... » (Mém, de Sully, U uu p. 333, 3:^7 et 280.) tf ... Isaac m'a aimé comme son propre fils et me lenok liea d^an (c second père... En 160/» mon oncle l'intendant [Isaac] désira si « fort de m'avoir auprès de lui que mou père>ne put le lui refuser... « [Robert avait alors quinze ans.] Jamais trois hommes n'ont véca cr dans uue plus étroite amitié que M. de La Boderie [beau-père de 0 Robert], mon père et mon -oncle l'intendant... » (Siém. d^Am* (CAnditly, part, i, p. 31, 92, 102 et 108.)— Ces rapprochements expliquent comment Robert, tout en ne manquant jamais à oe que le monde appelle probité, .se crut, permises certaines démarches que n'excuse pas à nos yeux une ambition même légitime, -« ^ous nous sommes servi en citant Sully du texte de. Tabbé de L'Écluse comme étant le plus connu. Njous n'ignorons pas que cet écrivain était mieux vu du collège de Glermoni que de Port-Royal (Golonia, Dict. des livres Janséniste^, t. lU, p. 180. Voir aussi le Supplém, aux Mérn, de Sully, de Montempuis et Goujet; Grimm, Corresp,, part, i, t. m, 1" août 1762, p. 220) ; et si, contre notre habitude, nous employons un témoignage dont l'impartialité est dîsr culée, c'est que ce témoignage ne fait que reproduire sur la famille Arnauld, et particulièrement sur Isaac, l'opinion de Sully. (Voir les Économies royales, édit. de M. Petitot, 2* série, t. viii, p. ^6^

NOTB F. S&9

ftM, ft25, &6&, etc.) Solly est raénie plus injurieux pour Iiaac que ne Ta été son abrévlatear. Il le traite de • proxénète de toute mauvaise affaire; » et, pour Tétymologie du premier de ces mots, il faut consulter moins un lexique grec que le dictionnaire de Tacadémie.

Note F ; t. i, p. 20.

MÉMOIRES DE D'aNDILLY POUR LA RE1NE*MÈRE ET POUR LE ROI.

S* 1. Ail vis à la Reine [ou] Mémoire pour attirer les bénédictions du

ciel sur la France *•

Pour attirer les bénédictions de Dieu sur la France en s*acquittant d*un devoir que Ton ne Iny sçauroit reffuser qu'en préférant à luy le démon, il faut abolir absolument les duels. Ce qui se peut, pourveu que Ton demeure inflexible dans la saincte résolution que Ton prendra sur ce sujet — 11 faut aussy abolir le luxe, tant pour ce qu'il est entièrement contraire à Tesprit du Christianisme, qu'à cause que c'est la ruyne non seulement du royaume, mais du roy, qui est continuellement accablé des importnnitex da grands et de la noblesse pour leur faire du bien, lorsqu^il permet qu'ils consomment le leur mal à propos en des despenses vaines et superflues. — Ne pourvoir durant la guerre à aucune change de la couronne ny de la cour, s'il n'y a nécessité absolue de la remplir, affin que tous ceux qui en sont dignes les pouvant prétendre, il y ayt une continuelle émulation entr'eux à qui servira le mieux. Au lieu que quand Ton se haste de les donner, ceux qui en sont honorez croyant d'ordinaire que Ton n'a faict pour eux que ce que l'on devoit, pensent à obtenir de nouveaux biensraicts ; et les autres conçoivent tant de desplaisir et de Jalousie qu'ils perdent l'aflèclion de servir. — Faire la mesme chose et pour les mesmes raisons pour les grandes di-

1 On sait qu*à Tépoque où d*Andilly écrivait les Àdviâ à la Beinê^ les Mé. moire» pour un Souverain^ eic, son modèle et son ami , Saint-Gyran, qui savait, quand il le Tallait, prendre part aux allaires publiques, avait déjà publié son Admonitio ad imperatorem, ( Mém, de Laneelot, t. i, p. 400.) Le camp ennemi ne restait pas d*ailleurs en arrière. Outre V Admonitio ad regem d*on Jésuite allemand qui avait provoqué VAdmonitio de Saint- Cyran, il n*y eut pas jusqu^à l*anleur plus que visionnaire des Vinonnai" res, Desmarets de Saiot-Sorlin, qui ne publiât un Advi$ du Saint^Etprit an -Roù

S5Û APMBNOICfL

giiites. T- fle ioaveiiir qœ Tordre du SaUt-Gsprit devant plustost estre la marque d^ua grand mérite qae d'une grande qualité , c'est le profoner enUèremeot que de ]*accorder aux geniilsbommes qui ne s'en sont pas rendus dignes par leurs actions dans la guerre ; et c'est faire tort à ceux qui s'en sont rendus dignes que de leur préférer d'autres personnes (excepté les princes) par la seule considération de leur naissance, ou des charges et des dignités qu'elles possèdent. — Ne donner aucunes des petites charges de la maison du roy, comme maistres d'bostel, gentilshommes servans, gentilshommes ordinaires, gentilshommes de la chambre, et autres, qu'à ceux qui les ont méritées par leurs services dans la guerre, alfin que restablissant l'honneur de ces charges qui sont aujourd'huy sy ravilies par le peu de mérite de la pluspart de ceux qui les possèdent, ellei puissent désormais tenir lieu de quelque honneste récompence. Sar qiioy il est à propos de considérer que les finances estant espuisées, et le peuple réduit aux dernières extrémltez, il n'y a plus moyen de reconpojstre les services de la noblesse que par des charges, ny d'f^ptra moyei) d^ rendre ces charges honorables, et par conséquent déçiréefy qu'eu les donnant à ceux qui s'en seront rendus dignes p^ lem* guérite, — La force d'un estât consistant en partie en la vileyr et eq ii conduite de ceux qui se sont rendus capables des princij^es charges de la guerre, comme l'esprouve sy advautageusement la couropp^ de Suède, qui ne soustîent principalement sa pqiss^ncp et son psclat que par les grands capitaines que le dernier de ses TQY^ avoit formez; les princes ne doivent point avoir de plus grand soin que de récompenser le mérite de ceux qui les servent le plus utilement 4an^ la guerre, allin que chacun se porte à chercher sa fortune dans un devoir sy glorieux. Et l'on ne sçauroit trop considérer que rien n'est sy préjudiciable à Testât, que de donner par faveur les charges et les dignitez ; tout ce qu'il y a de gens de œur et de service se portant dans le plus sensible et le plus excusable de tous Les pescontentemens, lorsqu'ils voyent que les récom* pences qu'ils ont méritées par leurs travaux et par leur sang sont données par une Injustice insupportable à ceux qui ont le plus de part dans la faveur et les intrigues de la cour et du cabinet : ce qui foripe ensuite les factions dans les provinces, où le dépit de se voir sy indignement traictez porte ces hommes généreux, et qui ne sçaaroient souffrir le mcspris, à faire esclatter les sujets de leurs mescontentemens, et à rendre la conduite de la cour odieuse à tout le muméd.'—l^ bon choix des personnes pour remplir les charges, tant de TÉglise que de la guerre et de la justice, n^estant pas seulement

Von des plas grands effects de la prudence d'an souverain, mais aussy ]*on de ses principaux devoirs, et dont il aura davantage à rendre cqippte Si pieu, q^\ n^ )uy a mis entre les moins \^ foriiir^ç de tous ses sujets qu*a(Gn d'en disposer poi;r le plu^ gra|)(j bieq de resta?, leque) M'est l^eureux ou malheureux qq^ sclqn les yertus ou les deÎTauts dp ceux qui ^put appeliez dans lq$ cltqrgcs pour avoir autorité sur les peuple^, il pe faut ripn obmettrç pqqr («tire ces cIiqî^ ayec tant de coQsidéra(ioa et de justice, qpeTou ne puisse apfès y avpir regret : et pour cels| peser sy e:i^acicnient toutes c|<oscs qi)e Ton ne puisse choisir mal, ou par préçipUqtion, ou faute de cqusidéref asspz quels sont |^ fidelliié, I9 capacité et )e dcsjntCTessen^cnt d^ ceux qui proposent les personnes pour remplir les charges. Mais le meilleur moyen de tous pour u'y estre poin( trompé, c'est d'imiier Louis Xll, Tqn des meilleurs et plus sages rojs qui ayent jamais gouyerpé la France, lequel avpit tousjours dans sa boisie dps lué" moires, de tous ceux qpi estpient les plus capables de remplir les principales chaires; et aii^sy n'^voit pas grande peipe, lorsqu'il en vaqtipit, ^ choisir ceux qiji les méritoieift te mieux. Que siy Tqn çliçt q^'il seroit fascheux à q^i souverain de pe pouvoir dans ces rencontres faire quelque faveur à la prière et à la recouunaiidation de ceux qu'il ayme; op peut respondre qu'jl a souvei^t lieu de faire faveur, pulsqn'entre (fiverses persoupes 4e mérite égal pour remplir Uue charge, il peut sans crainte et sans scrupule choisir celle qu| luy sera recommandée par ç^ux qu'il afipcilonne. -r- Estant impossible qu'il y ajt benDcqup d|$ grqpds à la cqur sans qu'il y ayt beaucoup de cat)S|lles, ij est à'propps dfs repvoyer daos les provinces tous ceux qui y pRt df^s charges ; et ne souffrir que les s^utres viennent à la cour qu'en divers temps, et pour y demeurer seulement qi^elques moiii de i'anpée. — We donnez jamais k la prière de qui qup ce soit d'abjoli^op pppr des crimes énormes, taqt à cause que l'on ep seroit responsable devant Dieu, que pqur ce que ces mesçjians tirez du supplice à |a recomm^dation des grands eipployerof^t tousjours leur vie pour eu^, et m^smes contre le service dq roy.— ^e se haster de promettre; et lorsqu'après y avoir bien pensé et pour des raisons très considérables on aura reffusé quelque chose, demeurer ferme dans ce refu^ ; puisqu'autremcut on seroit accablé d'importunitez, lorsque Ton connoistroit qqp pour obtenir les grâces il n'y auroit qu'à s'opiniasurer à les poursuivre. Au lieu qu'en demeurant inflexible, chacun se* tiendra dans le respect sans plus ozer demander, py par soy-m0me, ny par au^uy, ce dont on aura esté refusé.

S II. Mémoire pour un souTeraio.

1. Faire régner Dieu dans son estât en procorant de toat son pouYolr qu'il y soit serry et honoré, et lay-mesme le premier en donner Texemple ; rien n'estant si capable d'exciter l'amoar de la vertu dans Fesprit des sujets que Testime et le respect qu'ils conçoivent de celle de leur souverain. — 2. Le bien de l'Église estant le patrimoine de Jésus-Christ , ne donner les bénéflces, depuis les plus grands jusques aux moindres, qu'à des hommes de sçavoir et de piété; et pour cela demeurer inflexible à toutes sortes d'Importnnitez, lesquelles cesseront bientost lorsqu'on verra qu'elles seront inutiles. La seule chose que le prince peut faire en conscience, et qu'il est Juste qu'il fasse en faveur des personnes de condition, c'est de les préférer aux autres lorsqu'ils les égallent en mérite, et non autrement; ce qui fera qu'on Terra bientost chacun se porter à la vertu. — 3. Ne souffHr aucun commerce des choses saintes. — U. Comme il n'y a point de crime qui déshonore plus Dieu que les duels, parceque l'on y sacrifie aux démons les âmes qu'il a racheptées de son propre sang, se résoudre à ne donner jamais de grâce pour ce sujet; et afin d'empescher les querelles, chastier si sévèrement ceux qui auront mal à propos oflencé les autres, qu'ils demeurent couverts de confusion et de honte. — 5. Punir très sévèrement les blasphémateurs, à l'exemple de Saint Louis. — 6. Pourvoir aux besoins de tous les pauvres qui ne sçauroient gagner leur vie ; rien n'estant plus contraire à l'esprit du Christianisme que de souflHr que des Chrestiens, qui sont les membres de Jésus-Christ, meurent de faim manque de les assister. — 7. Ne vendre jamais aucunes charges. Celles de la cour et de la guerre doivent estre la récompense des services rendus au prince et à Testât, et celles de judicature, des finances et autres ne se doivent accorder qu'à la probité et à la capacité de ceux à qui on les donne ; d'autant que le prince est obligé de procurer de tout son pouvoir le bonheur de ses sujets, et que ce bonheur ne dépend pas seulement de sa conduite particulière, mais aussi de celle de tous les officiers qu'il rend participant de son autorité par les charges qu'il leur confie. Car il ne faut pas s'Imaginer qu'ils les exercent de la mesme sorte lorsqu'ils les acheptent que quand, outre ce qu'elles ne leur coustent rien, ils ont sujet d'espérer qu'en s'en acquitant dignement, ils seront élevez à de plus grandes. Sur quoy est à remarquer, comme en l'article second, qu'en égalité de mérite, le prince peut avec Justice préférer aux auires ceux qui sont de meilleure naissance, ou dont les pro-

cbes l*ont bien servy, on qai lay sont les plus agréaMes. — 8. Pour bien remplir tontes les charges tant ecclésiastiques que séculières, comme aussi les bénéfices, le prince doit, à Timitation de Louis XII, Fun des plus grands roys quiayent gouverné la France, et qui par sa bonne conduite a acquis le nom de Père du peuple, avoir tous- Jours dans sa cassette des mémoires des personnes qui seront les plus dignes de ces charges. — 9. Fort bien payer ce que le prince se trouvera obligé d'entretenir de gens de guerre, afin de les maintenir dans une très exacte discipline, laquelle fait qu'on tire beaucoup plus de service d'un moindre nombre que d'un plus grand mal discipliné. — 10. Bannir le luxe, qui d'un costé est la ruyne de la noblesse, laquelle se trouvant appauvrie par là, retombe ensuite sur les bras du prince; et d'autre costé, se respand comme un venin dans tous les ordres inférieurs. — 11. Retrancher les procez, et princlpallement la chicane, qui est l'une des prindpalles causes de la ruyne du peuple. — 13. L'un des meilleurs moyens d^en venir à bout, est de diminuer le nombre des collèges, et faire qttil y ait seulement autant d^ écoles qttil en sera besoin pour apprendre à lire et à écrire; car les personnes de petite condition qui sçavent un peu de latin dédaignent d^estre soldats, laboureurs et marchands, ce qui est la force des états, et ne deviennent pour la pluspart que des prestres ignorons ou des personnes de chicane, ( Voir plus loin, t. ii, p. 186. n. ) — IS. Entre les ImpôUi que le prince est obligé de lever pour la subsistance de son estât, il doit choisir ceux qui sont le moins à charge au peuple, et que les riches aussi bien que les pauvres sont obligez de payer, et en mettre particulièrement sur tout ce qui regarde le luxe. — ili. Le bon mesnage des finances est si important, qu'il n'y a point de sage prince qui doive dédaigner d'en estre luy-mesme le surintendant, c'est à dire le surintendant de son surintendant, en faisant qu'il n'y ait rien dont on ne luy rende exactement compte, et dont il ne signe les rooles. Il n'est pas croyable de quelle conséquence cela est, parceque tout venant à sa connoissance, on ne pourra rien payer qu'il n'ait ordonné pour de bonnes causes. L'espargne que cet ordre produira sera néanmoins comme invisible; d'autant qu'elle procédera d'infinies despenses qu'elle empeschera qui ne se fassent, et qui ainsi ne paroistront pas. — 15. Le moyen de faire que des dons, quoyque moindres, obligent beaucoup plus ceux qui les reçoivent, c'est que le prince ait dans quelque armoire de son cabinet des bources de diverses sommes qu'il connoistra selon les diverses couleurs dont elles seront, et qu'il donnera luy-mesme de sa propre

main en particulier à ceux qu'il voudra gratifler. Ainsi n*ayant à solliciter personne, et n'estant obligez qu'à luy seul, ils estimeront beaucoup plus cent, deux cens, trois cens pistoles, et autres sommes données de cette sorte, que le double, voire le triple que le prince leur donneroit par les voyes accoustumées, qui sont ordinairement accompagnées de tant de longueurs et de difficultez qu'elles diminuent de beaucoup le prix du bienfait. Outre ce que cela n*estant point sceu, il ne tirera point à conséquence, et ainsi ne luy attirera aucunes importunitez. — 16. Personne n'ignore cette belle parole de l'antiquité, que la peine et la récompense sont le soutien et l'affermissement des estats. liais il n'y a rien de plus rare que de voir des princes mettre en pratique une maxime si importante, quoyque d'un costé rien ne leur soit plus glorieux que l'usage de la puissance que Dieu leur a mise entre les mains pour le chastiment des crimes ; et que de l'autre, rien ne leur doive estre plus doux que de pouvoir imiter sa bonté eniaisant du bien à ceux gui s'en rendent dignes. Mais comme d^une part il y a des fautes que Ton ne sçaurojt punir à l'heure mesme, ou qui méritent seulement que l'on ne fasse point de bien à ceux qui les ont commises; et que d'autre part il y a des services que l'on ne sçauroit récompenser sur-le-champ, parcequ'ils sont dignes d'une plus grande récompense que celle qu'on pourroit alors leur donner; ce seroit un soin digne du souverain, que, pour empescher que le temps n'en diminuast le souvenir, il eust un livre dans lequel d'un costé il escriroit de sa main les services considérables qui luy auroient esté rendus et à Testât, et de l'autre les desservices. Car, outre que cela luy en renouvelleroit de temps en temps la mémoire, il n'est pas croyable combien le désir d'avoir l'honneur d'estre écrit de la propre main de son prince du costé favorable de ce livre qui passera mesme a ses successeurs, et l'appréhension de la honte d'estre escrit du costé contraire, angmenteroit le courage des gens de bien, et retiendroit les meschans dans leur devoir. Les roys d'Assirie en usoient de la sorte, ainsi que l'Escriture sainte nous l'apprend dans l'illastre histoire d'Ester. — 17. De mesme que les évesques sont obliget de visiter leurs diocèses, les princes doivent de temps en temps visiter leurs estats pour recevoir les plaintes des peuples contre ceux qui les oppriment, parcequ'estant en personne sur les lieux, rien ne leur est plus facile que d'en avoir toutes les preuves, et de chastier à l'heure mesme ces petits tirans et ces pestes des provinces, qui ne sont redoutables aux foibles que dans l'abMice du souverain. Mais lorsqu'il s'occupera à cette reveue si utile, il

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doit fiiire tifre dans un tel ordre tous eeiu dont il se fera accompagner, qnMIs ne poinelit estre à charge à personne» et qu'ainsi tous les endroits par où il passera ne retentissent que de bénédictions et de cris de Joye. — 18. Quojrqull soit vray qu'un bon prinee estant le père de son peuple» son principal soin doit estre de le rendre heureux; il est vray aussi que le peuple, lorsqu'il se trouve dans une trop grande abondance» tombe dans la (ainéantise et se laisse mesme aller à toutes sortes de vices» ainsi que J'en pourrois alléguer divers exemples* Le milieu qu'il faut tenir en cela est que d'un cosié le prince donne ordre à ce qu'il n'y ait point de misérables dans son estât» mais que chacun y vive à son aise ; et que de l'autre il 1ère assez sur eux pour les empescher d'esire dans une opulence qui leur soit nuisible. Mais à condition que ce qu'il lèvera ainsi plus que le besoin présent de son estai ne le requerera» soit mis en réserre et gardé religieusement dans le trésor du souverain pour estre employé pour le bien public si l'occasion s'en ollre par tine gîierre, une itimlne» une peste ou autres accidens à quoy tous les estais sont sujets. Get amas d'argent» destiné seulement à une si bonilë fin» asseurera aussi le repos du prince et de ses peuples» t^arceque l'on ne se porte pas aisément à attaquer un pays à qui l'argent donne tant de moiens de seustenir la guerre injuste qu'en luy voudroit faire.^19. Voici un article qui pourra surprendre d'abord, quoyque nul autre ne soit mieux fondé ; c'est, si oo y veut faire réflexion» que le malheur des souTérainft vient de ce qu'ils n'ont point d'amis véritables. H semble qu'ils crbyent indigne de leur grandeur de désirer ainsi que les autres hommes d'avoir des aoûs» sans considérer que Dieu mesme nous convie d'estre les siens* et nous promet d'estre le nostre. Ainsi les princes se trouvent privez non .seulement de la plus grande et la plus innocente douceur de la vie» mais aussi de la plus utile» qui est sans doute llamitiéi car au lieu que les intérests des favoris se trouvent souvent opposes et mesme fort préjuclables à ceux de leurs maistres^ ces véritables amis dont J'entens parler ne peuvent Jamais en ayoir de différa»^ puisqulls ne serorent pas amis si tontes leurs actions n'avoient pour unique fin le service, la grandeur et la gloire de leur souverain. Le prince devra donc s'estimer heureux s'il trouve de tels amis, ou pour mieux dire un tel amy, rien n'estant plus difficile que d>n renconu*er mesme un seul, tant il faut de grandes qualitez pour lustre. Car assez de gens ont de resprit, d'autres du cmur; mais d'avohr, outre les deux ensemble, une noblesse dHime toute extraordbnirei c'est la chose du monde la plus rsre. Get amy sans prix, si Dieu par me faveur

toute particulière le donne à un souverain, ne désirera autre récompense de ses bonnes actions que la satisfaction de les ayoir faites. Il s'oubliera soy-mesme pour ne penser qu*à gagner des serviteurs à son prince, et à luy acquérir Tamour de ses peuples, Testime de ses voisins et Tadmiration de tout le monde. Au lieu de reculer d*auprès de luy les personnes de mérite, il les en approchera par ses bons ofBces.11 sera le solliciteur des récompenses dont ils se seront rendus dignes; celuy des pauvres et des affligez; la consolation des gens de bien ; l'ennemy des meschans, et enfin comme un ange vislUe qui attirera sans cesse mille bénédictions sur le prince. Je sçay que dans le siècle où nous vivons cecy paroistra plnstost estre une belle idée qu'une chose qui se puisse rencontrer. Il ne faut pas toutefois en ^désespérer, puisque j'ai connu de ces grandes âmes et que fen cannais encore; et le prince doit tascher de trouver au moins quelque amy qui approche de cette haute perfection, pour pouvoir sans crainte luy confier ses secrets et se reposer sur luy d'une partie des soins qui accompagnent la souveraineté. Que s'il en rencontroit plus d'un de cette sorte, il auroit encore plus de sujet d'en rendre grâces à Dieu. ( Voir plus bas t. ii, p. 107*109. ) — 20. Que si le prince ne pouvoit rencontrer parmy ses sujets cet homme que ses éitdnentes vertus rendroient digne d'estre son amy, et qu'il sœust qu'il y en eust un dans un autre estât que le sien, il n'y a rien qu'il ne deust faire pour l'engager dans son service et se l'aquérir. [Cet article, ajouté après coup dans la copie, ne l'aurait-il pas été en vue de Mazarin ?] ^ 21. Rien ne sçauroit au moins empescher le prince de connoistre par la réputation publique quels sont ceux de ses sujets de toutes sortes de conditions qui sont dans une plus haute estime de capacité et de vertu; de les envoyer'quérir de temps en temps, de leur demander leurs sentimens sur ce qui regarde leur profession, et de s'enquérir d'eux de tous ceux de la probité desquels ils luy peuvent respondre, afin que les connoissant par luy-mesme, et par eux en connoissant d'autres, il s'instruise du mérite de chacun ; car les gens de bien s'entreconnoissent, et ire sçaoroient estre trop connus du prince. — 22. Le souverain peat user de clémence en plusieurs rencontres. Mais les artifices et les calomnies dont on auroit la hardiesse de se servir pour luy faire commettre quelque injustice, doivent passer dans son esprit pour un crime irrémîscible, afin que l'exemple du sévère chastiment qu'il en fera donne tant de terreur aux meschans, que personne ne soit plus assez hardispourentreprendre rien de semblable.— 23. N'y ayant rien dans ce Mémoire qu'un souverain ne puisse faire aisément, pourveu

qu'il le ?eiiille (Tmie ?olonté pleine et déterminée, il teroit bien malbeoreax de négliger des moyens si faciles de se rendre, a?ec l'assistance de Dieu, très glorieux en ce monde et éternellement heureux en Tantre.

Xaurois pu m'estendre davantage sur divers articles, et respondre sans peine à quelques objections qu'on y pourroit faire ; mais sçachant à qui J*ay Fhonneur de parler, Je n'ay pas creu le devoir faire, parcequ'il comprendra tout beaucoup mieux que moy.

Note G ; 1. 1, p. 19 ' ; et t. ii, p. 63.

DEUX LETTRES DE D'ANDILLY POUK LA REINE-MÈaS.

Au dos : Chpie de lettre eserite par M. tCAndiily, pour faire voir à la Henné, et que Sa Majesté a veue. En tète : Sur le sujet de la bataille perdue par M, le maréchal Turenne en Allemagne '.

Ce 8 décembre 16AS.

Sy TOUS le Jugez à propos. Je vous supplie de dire à la reyne qu'elle ne doibt pas s'estonner sy ensuitte de tant de grands succex il en est arrivé un mauvais en Allemagne, puisque c'est un effect de la conduitte de Dieu sur les empires que de mesler ainsy quelques traverses parmy les prospéritez, afGn d'obliger les souverains d'avoir tousjours recours à Iny, et de s'humilier devant sa grandeur infinie, qui seule est exempte de changement. Je connois trop la piété de Sa Majesté pour douter qu'elle n'en ayt usé de la sorte en cette occasion ; dont J'estime qu'elle pourra mesme tirer de l'avantage en faisant paroistre cette constance invincible, qui est propre à sa nation, par les soins qu'elle doibt continuer de prendre pour réparer cette perte, tesmoignant tousjours de plus en plus de la chaleur pour cela, au lieu de se rallentir par le temps, comme font d'ordinaire les âmes basses [alias foibles] : car c'est sa vigueur et son courage qui doibt animer tout le reste. Les ministres et les armées ne sçauroient agir folblement quand le souverain agit avec force; les affaires qu'il a à cœur deviennent l'object continuel de leurs soins et de

1 A la page 88 se trouve un renvoi à la note G de VAppendiee. Cette indication est fausse. C^est ft la note H quMI faut avoir recours.

' Ce titre est de la main de d'Andilly, mais doit contenir une erreur. Turenne était encore attaché à l'armée d*Italie au moment où a dû être reçu Téchec antérieur au 8 décembre 16A8 dont il est ici question ; et cet échec doit être celui de Dutlingen, essuyé parRautiau, que vint remplacer Turenne, mais dans le courant de décembre seulement. (Ramsay, Hist» de Turenne f t, i, p. 118; Raguenet, Vie de Turenne^ p. 69, etc.)

358 Â)>PËNbtC£.

leurs travaux ; le désir dé luy plaire les [irekse dé ièé ftiirfe réussir ; et il n'y a point de diftîcultez qu'ils ite Surmontent potirlttj rendre des iservices iiu'llâ sçavent luy èstre sy a^éables. G^eSt pourQuoy J'estime que Sa Majesté doibt tesmoigner très souvent, non seulemetit suit ministres, mais à toute la cour, le désir ardent qu'elle a que l'on remédie promptenicnt à ce désordre; affin que cela se respandant partout, chacun s'efforce & t'envy d'y travailler, et que tout le monde voye que Sa jtfajesté n'estant pas tiioins la mère de l'estat que du roy, il n'y a qu'à les bien servir pour espérer d'avoir part à ses bienfaicts et à l'honneur de ses bonnes grdces. Il D*ett pas croyable quels eflects cela peut produire ; pourceque rien n'agit sy puissamment sur les hommes que l'espérance, a cause qu'elle n'a point de bornes, chacun se promettant une grande fortune s'il peut se rendre agréable à celuy de qui elle dépend. Et ainsy la reyne trouvera dans ses parolles beaucoup plus qu'elle ne pourroit faire dans toutes les Gnattces du roy, pour engager tons les hommes de service à faire des choses ëitraordinalii^, affin dfe mettre tes aiMres en estât de donner bientost & toute l'Ëtihope, atec l'assistance de Dieu, une Juste et he»r'cuse pait. — Avouet qu'il (àat que j'aye nue grande connoissani» de Pextrénié bonté de Sa Majesté poar oser ainsy, da milieQ de ma solitude [de Pomponne], me mesler de luy dire messentimens, sans craindre qulellé l'éyt désagréable ; mais je n'ay peu m'en empeser ponrcequ'il est vray que plus Dieu me destache de tontes 1^ prétensions du monde, et pins II m'attache aux iniéréits de cette ghiode princesse, non seulement par la considération de ce que Je luy dois par nia naissance, mais anssy par la faame estime que J'ay de sa vertu, et par le ressentiment que Je conserveray toutfe ma vie de l'affection et de la confiance sy particnltères dont il hiy a pieu de tn'hohorer, et dont J'ose dire que Je ne sais pas entièrement Indigne, sy une inviolable fidellité, Joincte à une parfalcte reconnoissance, lont capables de les mériter en quelque sorte. Et Je pub hardiment vous assenrer qift pertonne n'aura Jaibais, avec sy peu dinîérest^ tant de passion pour^on service. — Au revert : B.

Au dM : A la Iteyne, sur le sujet du duel de M. le due de GuUe.

Ce 16 décembre 16^3.

Vous sçavex combien Je crains d'abuser de l'honneur que l'on me faict : mais l'extrême l)onté a?ec laquelle vous me mandex que la reyne a receu ma lettre me donne la Hberté de vous escrire encore sur une autre occasion, dont Je pense estre obligé en conscience de dire mon sentiment à Sa haJMé, ^nis^è pdilr obéir à wcê coik-

mandemens J*ay ea qnelqoe part à ce qui regarde an sujet de sy grande conséquence. Ce sera avec le moins de paroles que je pourray, affin de ne luy pas faire perdre beaucoup de ce temps, dont tons les momens sont sy précieux. — Les plus grandes aflfaires de Testât n'ayant qu'un object temporel, il me semble que la piété de la reyne les doibt estimer peu considérables, à comparaison de ce qui &*est passé aujourd'huy [alias : ces jours-cy] à la place Royalle, puisque c'est une oflence faicie à Dieu mesme, qui seul peut affermir la couronne sur la teste de Sa Majeslé, et, en la comblant de bénédictions, obliger le rby et le royaume de mettre sa régence au nombre des plus grandes grâces qu'il ayt jamais faictes à la France. — Cette occasion est favorable à Sa Majesté pour Mre connolstre à toute l'Europe, dans un sy grand exemple, qu'ayant promis à Dieu de le vanger des injures qui luy sont faictes par les duels, son courage est inflexible dans une résolution sy saincte. — Elle ne doibt plus espérer que son édict soit observé, sy elle souffre qu'H soit violé en cette rencontre; et elle ne doibt plus craindre qu'il soit violé, qr elle le faict exécuter avec une fermeté digne de la première reyne du monde, et d'une reyne très chrestienne. — Elle doibt réputer à injure les prières que Ton luy fera pour la fleschir, pour ce qu'en effect c'est la prier de commettre un sacrilège en violant le plus solemnel de tous les sermens, puisque le roy, c'est à dire eile-mesme qui le représente aujourd'huy, en jurant par le Dieu vivant qu'il feroit exécuter l'édict, a faict le plus grand de tous les sermens imaginables—Sa Majesté se souviendra s'il luy plaist que sy elle résiste "à* ces importunitez, elle n'en recevra jamais plus pour des occasions semblables ; au lieu que sy elle s'y laisse emporter, elle sera incessamment importunée. Elle se souviendra s'il luy plaist, quand on la pressera avec tant d'instance, que ce ne sont que des hommes qui luy parlent; mais que sy elle se laissoit emporter à leurs prières, elle en rendroit compte un jour devant Dieu, à la veue de tous les honnnes et de tous les anges. — Il s'agit d'arrester par une seule action tout un déluge de sang que l'on verroit bieniost inonder la France, sy Sa Majesté se relascboit dans une contravention sy publique au plus sainct édict qui fut jamais; et je connois trop la vertu de Sa Majesté pour croire qu'elle voulust se rendre responsable de tout ce sang, qui, d'une voix plus forte que celuy d'Abel, s'esleveroit de la terre pour se plaindre à Dieu de ce qu'elle l'auroli laissé respandre. — Nous n'avons garde de voir un sy grand malheur sous un sy juste gouvernement que le sien : et j'espère au contraire que Sa Majesté s'affermissant de plus en plus dans le désir de tesmoigner

à Diea sa fideUité dans une occasion sy signaUée, Tadmiration de sa verta eslevera son aotorité à un sy haot poinct de puissance qu'il n'y aura plus personne assez hardy pour manquer de respect aux loLx, que Ton ne sçauroit mespriser sans la mespriser elle-mesme. — Je supplie très humblement Sa Majesté de pardonner ce que Je prens la hardiesse de luy dire au zelle d'un homme qui, connoissant la grandeur de Dieu, et les outrages qu'il reçoit dans ces combats abo<> minables, se croiroit coupable d'un grand péché, sy par une lascheté criminelle il supprimoit en cela ses sentimens. (Voir plus loin, t. ii» p. 6/i.) — Au revers : B. [Bartillat? ou Brûler?]

Note G bis; 1. 1, p. 23.

PROPAGANDE DE d'ANDILLY.

Le Jansénisme, selon nous, a dû ses développements en France à l'alliance de Saint-Gyran et d'Arnauld d'Andilly. Celui-ci exerçait son prosélytisme à la cour; celui-là dans le clergé et de préférence au sein des corporations religieuses. (Voir plus haut, p. ^2-242 et 290.) Pour savoir quel inappréciable auxiliaire le célèbre abbé eut dans le courtisan, et quelle large part revient à celui-ci dans le succès de la propagande commune, il suffit de réunir quelques passages des écrivain de leur parti, et particulièrement de Lancelot. t Le plus « ancien de tous ceux qui ont été sous la conduite de M. de Saint- « Cyran, et que J'ai eu l'honneur de connottre particulièrement, a » été M. Arnauld d'Andilly. J'ai su dé lui-même que ce fut M. l'abbé « de La Cochère, depuis évéque d'Aire, frère de M. Le Bouthillier « le surintendant, et oncle de M. de Ghavigny, qui lui donna con- « noissance de M. de Saint-Cyran ; ce qui arriva en 1620. » (Mém. de Lancelot, U i, p. 281. Gf; t. i, p. 74, n.; Mëm. (fAm. dCAndilly, part, i, p. U?.) — « J'ai reçu la lettre de M. de Saint-Gyran. « Je vous remercie de tout mon cœur de m'avoir procuré le bon- « heur d'une si sainte amitié. • (heures de la 3f • Angélique, du 7 Janvier 1621, 1. 1, p. 13. Gf. Mém. de la M. Angélique, 1. 1, p. 338, et Mém. de Fontaine, 1. 1, p. 31.) — « Ce fut M. d'Andilly qui attira « M. Lesecq avec le Jeune marquis de Portes à la connoissance.de • M. de Saint-Cyran, et M. Lesecq depuis y attira M. Singlln, dont te « nom et le mérite sont connus. Gelte connoissance de M. Lesecq •' avec M. d'Andilly se fit à l'armée... en 1622.» (Mém. de Lancelot, t. I, p. 28/i.) « M. Lesecq se fit ecclésiastique et fut quelque tems '< administrateur de l'Hôtel Dieu de Paris... M. de Saint-Gyran mé-

« ditoit de faire le bien dans cette maison parFentrendae de ce bon 9 prêtre, mais <fune manière secrète; car si l'on eût sn qu'il s*en « (ûl mêlé, tout étoit ruiné. » (Ibid., p. 286.) — « M. Singlin amena « son frère à M. de Saint-Cyran [poar remplir la charge de prieur « dans son abbaye]... Ce frère y attira depuis un religieux de Saint- « Germain-des-Prés, etc.. •(Ibid., p. 288.) « M. Singlin prit sous sa « conduite... quelques enfants entre lesquels étoient M. Bignon, « M. Vitart et quelques autres. • (Ibid., p. 291.) ^« M. de Saint- « Gyran refusa de nous confesser [les religieuses de Port-Royal], « mais il nous prêcha près de trois ans durant à notre parloir, « M. Tarchevêque ne voulant pas qu'on prêch&t dans notre église : « et ce fut une singulière providence de Dieu sur nous, car il n'eût « pas pu en prêchant publiquement nous donner des instructions « particulières... Ayant continué un an à nous prêcher, il consentit « à nous confesser... » (Mém. de la M. Angélique, t. i, p. ZkU.) « [Ma sœur la mère Agnès] arriva [de Dijon] avec cinq de nos sœurs « le 20 novembre 1635. Je la trouvai si prévenue contre M. de « Saint-Gyran et contre moi... que je la trouvai une autre créature.

« Les autres étoient si passionnées, qu'il ne se peut dire

« avec quel excès elles parloient... Je priai M. de Saint-Gyran de « voir la mère Agnès et Tavertis du changement de son esprit... 11 « la vit deux ou trois fois, et quelques jours après elle m'écrivit que « six jours avoient suffi pour la détromper... il y avoit une de ces « filles, ma sœur Marie-Claire, qui étoit ma propre sœur, et la plus (c passionnée de toutes... Dans six mois elles revinrent toutes... « Ma sœur Marie-Glaire... fut la plus fortement touchée... Elle « porta rhabit et fit les fonctions de sœur converse six mois, v (IbicL, p. 265-370. Sur les relations de la mère Angélique avec Saint-Gyran, voir les Lettres de cette mère, 1. 1, p. 21, 29, 116, 118, 130, 189, 141, IM, l/i7, 150, 155, 156, 158, 161, 163, 168, 171, 174-237, passim, 240, 248, 252, 285, 288, 328, 388, 410, 425, 490, 565, 570, 601 ; t. ii, p. 49, 54, 60, 87, 90, 186, 192, 195, 202, 212, 230, 233, 244, 350, 357, 384, 395, 421; t. in, p. 188, 288, 334, 335, 368. 446, 535, 539. —Sur les relations de Saint-Gyran avec les fils de d'Andilly, voir plus bas t. ii, p. 2, 180, 184. )-— K Nos conférences [ de M"* de Saint-Ange et de « d'Andilly, au début de leur connaissance en 1635 ] étoient les a plus agréables du monde ; l'on y parloit souvent de M. de Saini- « Gyran... Enfin je priai M. d'Andilly de me le faire connoltre... « J'en demeurai si satisfaite que dès ce jour-là je ne pensai plus qu'à « me mettre sous sa conûmie.^ (Mém. de madame de Saint-Ange,

daqs Le G^erç, Vm Mif. iç p. n.» \. i|, R. ^08*) -n i(H. d^ Saçi « étoit vepf) spds 1^ çop^uite de M. de Saiut-Cyr^io... Ipf^u'U était « encore avec M. Le Maitr« [son frère] au petit logi9 de M. d'An- « dily... ce fut vers 163G... » (Mém. dç lancelot^ t. i, p. 297.) — « Ce qai tpuc^ le pliis M. Le tfalire [frère de Saci} ce fut la ma- R nière s)veç laquelle... il \\i M. de Saint-Gyrap assjstçr madame « d'Àndilly, qui ifipurut le ^ apttt iQZ7.* (Mém. de léanceiç,(,U i, p. .SÛ8. Cf. Mém. dç Fontainçj t. i, p. 32. Sur la cpjivcrsion de SéricQUf t, frère de Lp &)aistre pt (|p Sapy, par Saint-Gyrap* ypir les mêmes MérnQires, p. 307 et 82.) — « ]JI. Arnauld le docteur vint « soqs la conduite dé M. ^p Ss^int-Gyraq... ^ 1^ fin 4^ y^méo 1638... « La lettre qu'il lui avoit écrite au lipis de ViqpeQne$ [qù Saint-Cyr^n (> était 4étepu] pour le prier (|e le recevoir §ou3 sa cppduitp... est « du 2li déçeml^rp 1638. La répppse de 1^. de Saint-Cyr^p, qiii est « du 27, commençait par ces mpts : Vow êtes devei^u vi^qUve de « ma vie en devenant servùeur de Dieu. » (Mét^. de ^sanççiot, t. j, p. 3i8. Cf. Mém. de Fontaine, t. i, p. 128.) — Qn sajt qqc la tante de Racine fut pmpnée à Saint -Gyran par Le M^istre et Séricourt, son frère. (Ulém. de Fontaine, 1. 1, p. 100.)— • La prin- « cesse de Guimené se donp^ à Dieu Tété de Tannée }639, Dieu n s'étant servi de M. d'Andilly popr la toucher... C'est là première « des femmes que J'aie yu venir à M. de Saint-Gyran. » (Mêm, de Lancelot, 1. 1, p. 32/i.)— « M. Quillebert, docteur deSorbonne, et « depuis curé de Rouyille en Normandie, vint sons la cpnduîte de « M. de Saint-Cyran en 1641... Cp fut M. Arnauld qui l'attira à la « connoissance de la vérité-*- Après avoir gouverné sa cure quel- « qneflf années, il la quitta ppur se donner à M. de Barqos [ neveu 4e « l'abbé de Saint-Cyran] qui Tamena avec lui \ son abbaye. — Ce fift « sous la conduite de M. Guillebert que se ipH la famillp de If. Pascal « lorsque Dieu toupha M. Pascal le père, qui étoit intendant de « Normandie. » (Ibid., p. 330. Sur le pro$é|ytii|me de Guillebert eu Normandie, voir les Mém. de Du Fossé, liv. i, chap. x, p. 76.) — « If • Du Hamel vint un peu après se mettre soqs la conduite de « M. de Saint-Cyran... et fut aussi un des fruits de la piété de M. Ar- « nauld. » (Mém. de Lancelot, L i, p. 332.) — «M. Guillebert, qui « avoit été régent en philosophie de M« Le Pelletier des Touches, « en dqnna |a conupissi^nce à M. de Saint-Gyrap. » (îbid,,^. 336.) Nous pourrions multiplier ces citations; mais nous pensons avpir suOisamment prouvé qge d'Andil]y> et par lui sa famille, reo^plit largeoient dans l'œuvre janséniste ceue portion lip propagande que l||i avai( réservép ^^Cyran.

Note H ; 1. 1, p. 38 1 et 3i2; t. u, p. §1 e\ 3^7.

ÉPOQUE DK Là, BETBAITE DE pUnPIL|.Y.

Nous n-avoiw pu retroaver la date précise de rentrée de Rol^ert à Port-Royal. Faut-il Tattribuer à notre inhabileté, à la précauiipn instinctive qu'aurait prise Robert de sous-eqtendre ui|é date trop signiricative, à la condescendance qui aurait rendu tout Port-Royal coiçplice de cette faiblesse ^e Robert? Ou bien cette omission, ^\ elle existe, n*est-elle que reflet du hasard ? Le hasard ^ de singuliers caprices. Mais comment admettre que ses caprices aient persévéré dans les Mémoires de Robert, dans les huit volumes in-P et dans la correspon4?Dcc du solitaire, dans les quarante -cinq volumes 10-4* qu'a produits le célèbre docteur son frère, dans les lettres et dans les manuscrits des sœurs, des neveux, deè fils et des filles de d'Andilly, dans le Nécrologe de Port-Royal, ouvrage d'une de cellesci, et dans les nombreuses relatipns dont cette famille a rempli les ap9i|)es d^ Tépoqae. —Voici d'ailleurs en quelques lignes le résultat de recherches assez longues où nous a jeté cette lacune bizarre,

A défai^t d'une date précise relative à la retraite de d'AndilIy près de Port-Royal, on en trouve trois fort vagues, celles de 1644, de 1645 et de 1646, dont deux an moins sont inexactes. — M. de Monmerqné (Mém. de Coulanges, p. 372, n. 1) pense que la retraite de d'AndilIy eut lieu six mois après la n^ort de Saint-Cyran, arrivée le 11 octobre 1643, c'est à dire vers avril 1644. Perrault (Hommes Ulustres, 1. 1, p. 55), Bayie (Die t. tiisL, y* Amauld d'Andilly), Joly (Remarq. crit. sur Bayle, même nom^, Moreri (Dict. hist, même nom)i etc., assignent la même date à la retraite de Robert. — En cela ils se trouvent contredits par un écrivain qui a vécu près de d'Andilly même. Fontaine, dont les Mémoires (t. i, p. 289) placent cette retraite en 1645. — Il est vrai que deux notes mises par les éditeurs de Lancelot aux Mémoires de celui-ci, (t. i, p. 256), et par les éditeurs de la mère Angélique à ses Lettres (^ I, p. 282), taxent Fontaine d'erreur en ce point; mais c*est pour substituer à la date qu'il donne celle de 1646. Le Nécrologe 4e Cerveau (xvii* siècle, t. i, p. 146) et l'abbé Racine (Hist.ecciés.,U XI, p. 478)] se rangent à ce dernier avis. C'est pour concilier ces deux autorités sans doute que M. Sainte-Beuve (Port-

1 A la 9« 88 cette note est indiquée & tort comme devant être la note G.

Royal, t II, p. %i) écrit que la retraite de d*ADdilly est de la fin de 16/IÏ5 ou du commencement de 16&6, à moins qu'en cela il n'ait suivi D. Glémencet, dont il a si heureusement retrouvé lliistoire littéraire manuscrite {ibid., 1. 1, p. 295), et qui dans son Histoire de Port-Royal imprimée (t i, p. 298) avance «qu'en 16&5 ou en « 16Zi6, M. d'Andilly se retira à Port-Royal ». — Un passage de VHistoire de C abbaye de Port-Royal (par Besoigne, t. iv, p. 71) aurait pu cependant éclairer les incertitudes de l'illustre académicien et du savant bénédictin. « En 16^, dit Besoigne, M. d'An- 9 diUy vint passer quelque temps à Port-Royal avec les solitaires. V II s'en retourna pour donner ordre h ses affaires..... Il prit « deux ans pour s'arranger; mais il avança le terme de six mois, « et vint s'établir à Port-Royal en 16/!i6. » ^ Ce passage, à notre avis, contient la vérité sur la retraite de Robert Malheureusement Besoigne ne l'appuie d'aucune autorité ; ce qu'il n'a pas fait, nous Talions entreprendre.

Recueillons d'abord les indices que peuvent fournir les ouvrages des membres de la famille Arnauld qui ont vécu avec d'Andilly. — Le 24 Janvier 1688, le célèbre docteur, qui, pour combattre quelques assertions d'un Jésuite, avait besoin de connaître l'époque précise de la retraite de son frère, écrivait : « Il seroit bon de savoir

« en quelle année M. d'Andilly s'est retiré à Port-Royal »

( Œuv., t. m, p. 65, lett dgxliii. ) Tout étrange que doive paraître l'ignorance où se trouvait à ce sujet le grand Arnauld, elle l'est moins peut-être que la prompUtude avec laquelle celui-ci se trouva renseigné ; puisqu'en février 1688 il avait imprimé et fait paraître le iv* factuni des neveux de Jansénius, où il dit positive* ment que son frère est entré à Port-Royal en iéutu {OBuv., t xxx, p. 560.) De sorte que moins d'un mois avait suffi pour que la lettre du 24 janvier arrivât à Paris, pour qu'on y obtint le renseignement demandé, pour que la réponse parvint en Belgique, et enfin pour qu'Arnauld imprimât son Factum. Une si grande rapidité permet de croire que les correspondants d'Arnauld ne firent pas de recherches bien approfondies, et qu'ils lui transmirent seulement l'opinion qui alors avait prévalu en l'exprimant d'une manière vague, sans <Ûstinguer entre l'époque des premières démarches de d'Andilly vers Port-Royal et celle de sa retraite définitive. —Le Maistre, ce neveu de d'Andilly qui avait vécu près de son oncle dans la demeure même de celui-ci Jusqu'au moment où il avait quitté le monde (fin de 1637, Recueil in-12, p. 3, et 213) , et qui s'était le plus réjoui de l'arrivée de d'Andilly dans le désert {Menu de Fontaine, 1. 1, p. 260, etc. ^

Voir plas haut« p, 563), écrit en iùSk, lorsque d^Andilly y viyait près de lui.'que ce dernier s'y était retiré en i6lib,(R€Cueîl in-12, p. 212.) Mais d*abord il lui adresse une lettre qui prouve que cette retraite n'était pas encore effectuée le 6 août 1665 {ibid.^ p. 200) ; puis une liste chronologique qui se trouve en tête des Mémoires de Fontaine (édit. de 1753, t. 1, p. 129), et qui a été dressée par Le Maistre lui-même, signale le nom de tous les solitaires entrés à Port-Royal depuis le mois de février 16/i5 Jusqu'au 8 mai 1650, et ne liait aucune mentloti de celui de Robert. D*où il faut conclure qu'il y a une ineiuictiMide dans Tun des deux opuscules de Le Maistre. -- La mère Angélique, sœur de d'Andilly et du docteur, a écrit plusieurs fob à tous deux ^n 1664. (Lettres de la M. AngéL, U I, p. %Z-27iu) Rien dans ses lettres n'indique que le premier ait abandonné le monde avant le tpoiç de novembre 16^; et à cette époque elle parle du séjour qu'il fai^ alors à Port-Royal comme d'un essai : « Cet essai, Ini <jUt-eUe (p. 272), vous servira à trouver « le monde encore plus insensé....» £t en effet d'Andilly n'était plus daiis cette retraite le 29 avril iOliS, époque où la mère Angélique écrit à madame de Guémené en parlant de lui : « Je crois que s'il c nequittoit le monde, il n'y vivroit plus guères... » (p. 276.) Mais il était rentré à Port-Royal le 13 novembre de la même année. Jour où sa sœur lui écrit pour le féliciter de m retraite. Rien cependant ne prouve dans les écrits de la mère Angélique que cette fois la résolution de d'Andilly lût définitive.— Rien ne le prouve non plus dans les Mémoines de son fils Tabbé^ Amauld, qui le 17 décembre 16/!i5 quitta Port-Royal, en y laissant, dit-il vaguement, son père dans la solitude. (Mém. de Cabbé Amauld, part, ii, p. 6 et ,147.) •*- Tout incomplets qu'ils sont* ces renseignements ne sont pas inutiles pour dissiper une partie de l'obscurité fortuite ou factice qui enveloppe dans les écrits de Robert même l'époque de sa retraite.

Les premiers de ces écrits où il soit question de cette retraite sont quelques lettres de notre dépôt échangées entfe Robert et ses fi]s« dont la plus ancienne, datée du 23 octobre 16^, a été publiée par M. de.Monmerqué (Uénu de Couia^ges, p. 369>, et dont les autres, datées du 5, du 20, du 25 novembre et du 15 décembre 16Ù3, se trouvent dans notre dépôt.' Toutes ces lettrés désignent Port-Royal comme le lieu vers lequel aspire Robert. — Daus. sa lettre du 8 décembre 1643 (voir plus haut, p. 358), écrite pour être mise sous les yeux de la reine, Robert dit : « Avouea^qu'il faut que j*aye iinc grc% -)<> connoissance de l'extrême « bonté de Sa Majesté pour oser ainsi« du miUeu de ma solilt^de^ I. 24

<> me mesler de luy dire mes âentimens [sur ane bfttaille perdue en « Allemagne]. » Mais d'après ce que nous aTOOs vti, et d'après ce que nous verrons tout à llieure, la solitude dont il est ici question ne saurait être celle de Port-Royal; I\obert doit vouloir parler de Pomponne, où son fils Tabbé Arnauld alla eiTectivement le rejoindre à la fin de 16&3. (Mém. de Cahbê Arnauld, part, i, p. 261.) Ainsi ce curieux passage nous apprend qu'avant d'annoncer publiquement une retraite aussi éclatante que devait l'être la sienne à Port- Royal, il avait essayé d'un moyen terme, en se retirant de la cour et en paraissant se. vouer à la solitude; ce que d'ailleurs il avait dé|à fait de 1626 à 163Â, lorsqu'il était tombé dans une double disgrâce près du duc d'Orléans et du cardinal de Richelieu. (Voir plus haut, p. 12.) — L'époque doucette nouvelle démarche peut d'ailletl^ servir à en déterminer le caractère. Elle a eu Heu entre le mois de Juillet 1663 (Mém. de d^Andilly, part, ii, p. 127) et le mois d'octobre suivant. (Ibid., p. 126.) Elle devrait même s'être accomplie avant septembre, si c'est à à'Andilly que se rapporte une lettre an 19 de ce mois, où le docteur Arnauld écrit : k 11 est Impossible qne « nous ne soyons pais touchés sensiblement de voir qne Dieu com- « mencè à arracher d'entre les bras du monde le reste de notre « femille pour la consacrer ii son servicCi » (Œuvres, 1. 1, p. 3S, lett^ XV.) Mais comme cette lettre doit se rapporter au fils aloé de d'Andilly , qui vers cette époque quittait l'épée pour lé petit coHet (Voir plus bas, t. ii, p. 22, n. i), contentons-nous de savoir que Robert, d'après son propre témoignage, efi^ctua son demdèîiDe semblant de retraite h la campagne trois mois environ après que la reine-mère eut été solennellement investie de la régence (18 mai-in de Juillet 1643) et quelque temps avant que mourût Saint-Cyran (11 octobre 1663). La mort de celui-ci n'eut donc aucune influence sur celte démarche, h laquelle. dès lors on ne peut guère assigner de motif, sinon celui que nous indiquons. — Mais, d'après Bobért, c'est la perte de son ami qui aurait détcrmhié sa démarche définitive, celle qui devait le conduire à Port-Royal, o Peu de jours après la « niort de M. de Cyran, dit-il, je pris la résolution de me retirer.. . • Je voulus pourvoir avant h toutes choses, et crus avoir besoin « pour cela de deux ans. Mais j'avançai ce terme de six mois. > [Mém, de d'Andilly, part, ii, p. 128.) Pour être parfaitement exact, d'Andlily aurait dâ écrire que, voulant pourvoir h ses affaires avant sa retraite, il avait cru n'avoir besoin que d'un an, mais qu'il avait prolongé ce temps de six mois, et même de beaucoup plus, comme nous le verrons tout ) l'heure. En efret le 23 octo-

NOTB H. MT

kr« IMS» doiM Jours aprèr la mort de Saint-Oirran, il fait part à l'un de ses Us du projet qall a de se retirer du inonde, puis il ajoute ; « Dien ai'a fait la grice de ii'[avolr plus à] en diflérer Texé» • cutlon (foe d'eaviron une année dont j^estime a?oir beaoitt pour « ioniier ordre à toutes les afiàiresde ma ianille. » (Mém, de Côu* Jtanges, p. 370.) Ce désaccord entre la correspotidance et les Mémoires de d'Andilly permet de constater dans ce«x-ci une première inexactitude, assez grave» puisqu'elle tend à représeaier Robert comme fort empressé d'entrer à Port-Rtqral et alM*égeant le plus qet'il lui est poesilrie le temps oà il se trouve forcé de rester dans le iMUde. --Mais ce n'est pas tout D^Andilly avait pensé, d'après le récit qu'il accommode dans ses Mémoiru, ne pouvoir se retirer à PortrRoyal que deui ans après la mort de sqn ami, c'est à dire en octobre 16^5 ; puis il avait devancé ce terme de six mois, et serait par conséquent entré dans cette maison vers avril de la même année. Or c'était le IS mai 1645 seulement qu'il acèefait de publier ïïtsLeiirts (voira la soitednPnvt^ge dans l'éditioa Prmcep$f i6I^S, iflh4*) ; et à cette époque il n'avait pu terminer encore rimpresston de celles de Saint^Cyran, pour lesquelles 11^ avait obtenu une approbation datée du 16 mars 1645, quelques jours sans doute avant d'éire auelnt d'une grave' maladie dont parle bi mère Angélique dans sa lettre du 29 avril 1645 (t i, p. 27Q. En rapprochant les présomptions que paraissent autnrîser ces faits de la date précise du IS novembre 1645, qui se trouve en tête de cette autre lettre où la aière Angéfique se réfonit d'une retraite de son frère à Port-Royal, retraite qui n'est peut-être pas même définitive, il est facile de voir que Robert a laissé écouler plus de dix-hult mois et même plus 4e deux ans ^nvte la mort i}e Saiut-Oyran et sa rupture défnitf fe avec k monde. — If ab il nous reste toi^onra à déterminer fépoque exacte de cène rupture ot le moment précis oil^ elle délient dé^ initive. >

D*Andiily, dans ses Ifn^mr^s (part ii.p. 130), dit qu'il alla |>bbliquement prendre congé de fa reine et du cardinal Mazavin, « à « qm il avoit à parler touchant le bruit que felsoit le livre de lu « Fréquente càmnumien, dont Faflhire étolt ehccf^e dans sa cba- « leur. » Il ajoute que le prince de €ondé apprit en même temps sa retraite de la boucbe de l'abbé Auvry, ma!n« de chambre du eurdinat — La pabUcatidn du livre de la Fréquente r cmtmtifitaM eut lien en avril 164S. {Œuo. du doct. Amauld, t xxvif, p. 181.) En mars 1644, son auteur publia une déclaration en faveiv de ce livre {ibuL.U xxviii, n* n), et la persécution dirigée

S68 APPENDICe.

contre lai commença cette année. {Mëm, de la mère Angélique, 1. 1, p. 2^.) Il fut obligé de se cacher. (Lett. de la mère AHgélique, 1. 1, p. 2/i6-266.) « Sar la fin de cette même année, la « peraécation menaçant aussi Port-Royal, on donna ordre à M. Fof-

« fidai de Paris iVj faire une visite juridique , qui se condm le

« 13 décembre 16Â/». » {Mém. de la mère Angélique, 1 1, p. W^*) G*est à Tannée 16(iA, on le toit, que 8*appliquent très probablement ces mots : l'affaire éloit encore dans sa chaleur»^ Or Fonuine, dans ses Mémoires (t. i, p. 245 et 257), nous apprend qu'en iWi^ après le temps des moissons, c'est à dire vers JoUlet ou aoftt, H. Singlin, le directeur de Port-Royal, ût> part à Le Maistre de la résolution qu'avait prise son oncle de venir le rejoindre, résolution que Le Maistre ignorait complètement et sur laquelle M. Singlin lui recommande le plus grand secret, en lui disant qu'on n'en savoit rien dans le monde. Evidemment cette démarche de M. Singlin est antérieure à celle dont il est question dans les Mémoires de (tAndilly près de la reine-mère et du cardinal. Cette dernière est donc postérieure au mois de juillet ou d'août 16&/i« — Hais Le Maistre obtmt de M. Singlin la permission d'écrire en secret à son oncle, qui lui répondit : « Je voudrois bien pouvoir ici avancer mes affoires; « mais cela ne dépend pas de moi. [Nous avons prouvé plus haut, « p. 25, qu'à cette époque toutes les affaires de Robert étaient ré- « glées. ] Je pense que vous croyez bien que je ne perdrai pas de tt tems. » (Mém de Font.^ t i, p. 261.) En supposant que Robert' ne perdit pas de temps, c'est donc vers septembre au plus tôt, ou vers octobre i66/i qu'il dut faire sa première démarche à Porc- Royal. En elTet une des lettres citées de la mère Angélique ( t. f, p. 272 ) nous apprend qu'en novembre i&tJx d'Andilly faisait son essai à Port-Royal. Tout semble doue concourir à fixer au mois d^octobre 16&i!i la démarche publique de Robert pour annoncer à la cour sa retraite dans cette sainte demeure.— Mais alors une année déjà s'était écoulée depuis la mort de Saint-€yran. Le futur solitaire avaii-il laissé écouler tout ce temps sans faire pressentir à la reine la résolution extrême qu'il était sur le point de prendre? Se contentait-il de bouder à Pomponne, on avait-il en recours à quelque démarche secrète et plus décisive ? Une lettre Inédite d'un de ses fils pulné9, adressée à l'aîné le 5 novembre 16(iS, jette sur ce point une lumière précieuse. Le putné témoigne à son atné la plus vive douleur de la détern^ination que vient de prendre leur père de se retirer à Port-Royal, a Mais. en vain, lui dit-il, taschcrcz-vous de « destourner ce coup, sy celle qui C aoçit jusques icy arresténe

« s'y appose plus. » (Voir plasbas, U ii, p, 51.) Pour quiconque est au courant de ce qui concerne la cour et la famille Arnaulclà cette époqne» ces mots désignent évidemment la reine-mère. Ainsi, lors de la démarche publique que fit d*AndiUy près d'elle en octoiHre 16&4» ii y avait déjà un an qu'elle ne s'opposait plus à sa retraite dans la solitude de Port-Royal; car la lettre datée du 5 novembre est écrite de Casai, et répondait à une lettre postérieure au 23 octobre. L'époque exacte de la rupture secrète de d'Andilly avec la cour doit donc se rapporter au mois d'octobre 16/t3; celle de sa rupture ouverte est du mois d'octobre i6/!i/iu II nous reste à déterminer celle de sa rupture définitive. Fontaine, qui nous a été si utile pour retrouver la première, servira également à nous fixer sur la seconde.

« Je ne veux pas oublier de dire, écrit Fontaine {Mém*, 1. 1, ti p. 289), que lorsque M. Mangnelén [prononcez Manguelan; Re- « cueil in-12, p. 196] étoit encore en vie avec nous à Port-Royal, « Bl. d'Andilly enfin se trouva si bien délivré de tous ses engage- « mens, qu'il s'y vint retirer tout à fait en 16^. » Celte dernière date est celle que les éditeurs des Mémoires de Lanceiot et des Lettres de la mère Angétique taxent d'erreur (voir au commencement de cette note) '; cela est d'autant plus remarquable chez ces derniers que leur rectification est placée au bas de cette lettre dans laquelle la mère Angélique félicite, le 13 novembre 16/i5, d'Andilly d'une seconde retraite à Port-Royal, où l'assertion de Fontaine, non moins que la date même de cette lettre, tendraient à faire croire qu'il s'est alors définitivement fixé. — Mais c'est qu'à côté de la date faqsse Fontaine, qui est plus exact sur les iaitsque sur les dates, mentionne un fait duquel jaillit la vérité. Ce fait est la présence de M. Manguelen à Port-Royal lors de la retraite définitive de Robert. Personne dans Port-Royal ne devait mieux connaître l'époque où M. Manguelen y élait entré que Le Maistre, chargé de le recevoir et de le complimenter à la tête de la communauté. (Mém, de Fontaine, U i, p. 2SX) Or Le Maistre, dans cette liste chronologique dont nous avons déjà parlé et qu'en 1753 l'on imprima en tête des Mémoires même de Fontafaie, écrit.ces mots (p. 116) : « En Janvier 16&6, M. Mangnelen... se « retira ici à la prière de M. Singlin et à la mienne... Le 24 du mois de « septembre il y mourut. » (Cf. le Recueil in-i^, p. 197.) De ce passage, rapproché de celui de Fontaine, il résulte évidemment que d'Andilly est entré à Port-Royal entre janvier et septembre 1646, et que par conséquent la lettre de la mère AngéKque datée du 13 novembre 1645 ne se rapporte qu'à un second esiai de retraite tenté

par son frère, nullement à la retraite définitive de celoi-ci. Ces essais d^allleurs s'expliquent tout naturellement par un autre passage du précieux Fontaine: • M. d'Andilly, écrit-il (t. r, p. 389), avoitpris ic par avance le titre de surintendant des Jardins. » Or e^est Vers ttOTembre que les préparatifs de défrichements et de plantations effectués par d'Andilly à Port-Royal {Mém. de l'abbé Arnauld, part, ii, p. ikl) le rappelaient forcément aux fonctions de sa surintendance anticipée ; et c^est évidemment pour cela que les deux essais de retraite dont parle Angélique s'effectuent Tun en novembre 16^, Tautre en novembre 16^5.

Mais ce n'est pas tout d'avoir déterminé Tannée précise de la retraite définitive de d' Andilly ; il faut encore en déterminer le mois. Dans le passage de ses Mémoires que nous avons cité plus haut, où il parle de sa retraite comme la conséquence de la mort de Salnt- Gyran, il paraît dire que c'est à dater de cette mort qu'il fout compter les dix-huit mois durant lesquels il fut encore retenu dans le monde par le soin de ses affaires. Si l'on interprétait ainsi ce passage, il faudrait avouer, d'après tout ce que nous venons d'établir, que le solitaire a cherché sciemment à en imposer au public; soyons asseï charitable pour supposer qu'il n*y a dans sa phrase qirobscurité et amphibologie, et alors nous Plnterpréterons comme s'il faisait dater les dix^buit mois qui séparent sa résolution de sa retraite, non pas du moment même où il prend cette résolution, mais de l'époque seulement où il la rend publique, c'est à dire d'octobre 16^4. Cette interprétation, nous l'avons vu, est précisément celle a laquelle s'est arrêté le judicieux Besoigfne, sans en donner toutefois les motifs. Dès lors, en ajoutant dix-huit mois à cette date, il se trouve que la retraite définitive de Robert a dû s*opérer vers avril 1646. C'était vers avril, en effbt, que Port-Royal devait rédamer la présence du surintendant de ses Jardins défrichés et plantés depuis deux ans ; et c'était le 9^ mars précédent que Maiarin avait été définitivement constitué surintendant de l'éducation de Louis XIV.

Voici en quelques lignes le résumé des divers points mis en lu* mière dans cette trop longue discussion.

D'Andilly se retire delà cour dans sa solitude de Pomponne, après Juillet, avant octobre 1643.

Sdnt-Cyran meurt le 11 octobre 1643.

D'AndlHy écrit à ses fils, le 23 octobre 1643, qu'il veut se retirer à Port-Boyal.

Le 9 novembre 1643, la reine^mère ne s'oppose plus à cette retraité, dolit toutefeiê le projet demeure serrer.

De novembre 1643 àjnillet iSlxU, d'Andilly met ordre aax affaires de sa famille, entretient nne correspondance avec la reine, et publie deux volumes. (Voir plus haut, p. 17-26.)

En oaobre 164A, li annonce publiquement sa retraite à Port- Royal.

En novembre de la même année, 11 fait un premier essai de celte retraite.

En 16i!i5, il publie ses lettres et celles de Saint-Gyran.

En novembre 16/Î5, il fait un second essai de Port-Royal.

La maison du jeune roi est définUivemeM constituée le 9 mars 16&6.

Vers le mois d'avril 16i!i6, Robert se retire définitivement à Port- Royal.

Note I, [et non pas I bis] ; t. i, p. 219. vn cHàPiraB détaché bbs méhoiixs p*uitif amt ^

Jl. BMrîii num49 à M.^AndHlf/ e$ qui ê'ê$toit passé wr son sujet, et sur ceiuf^ de ia nouvelle ttuile [îf Alexandre F//], ckes^ là Beyns-mére.

Gomme la reyne, mère du roy, avolt sollicité plus qu*aucun autre ia nouvelle bulle [datée du 16 octobre 1656] qu'elle croyolt devoir achever rentière ruine du prétendu Jansénisme, elle en ressentit une joye extrême, et ce fut pendant plusieurs jours le plus agréable de ses entretiens. M. Bartet, qui estoit alors en grande considération à la cour, se trouva un soir engagé dans cette conversation où 11 soutint Port-Royal et les disciples de S. Augustin avec une liberté tout à fait grande, et il en fit la relation par cette lettre qu'il écrivit de Paris à M. d'Andilly le 18 de mars [1657].

« Tarrlvay hier du Louvre à une heure après minuit, où la reyne « a tralité du sujet de la bulle du pape qu'on doit présenter h l'as- « semblée, Aprte avoir dit fort exactement tous les chefs qu'elle « contient et que je sçavois déjà, parceque M. de Fréjus m'en en- « tretlnt le jour mesme que vous partistes, S. M. a dit, s'adressant à « moy, qu'elle avolt bien de l'impatience à cette heure de sçavoir ce « que les Jansénistes pourroient dire. Je luy ay répondu que pouf « peu que S. M. en eust envie et qu'il luy plust permettre de parler

\ Bitl. royale. M", F. 5, Gçrmaiii-desrPrès, \r dccccii; UUione du Jansénisme, t. ii, liv. m, cli. xi\.

« poar la vérité, qa*on lai donneroit bientost contentement dans le a désert. Je lay ay dit, devant Dieu, ces mesmes mots là devant vingt

• personnes. S. M. n*a rien répondu sinon ces paroles : Mais quoy « encore, que pourroient-ils dire ? Je luy ay répondu : Madame, ils « dirolent peut-estre qu'il ne s'agit en cela que d*un point de fait

• qui n'a Jamais pu former d'hérésie. Et en prenant les Heures qui tt estoient ouvertes sur le bout de la table, où elle a accoustùmé de « les lire, je luy ay dit que si le pape déterminoit pour un point de « foy que les propositions qu'il trouveroit dans ces Heures fussent « hérétiques, il le faudroit croire parcequ'il le détermineroit par le « secours de son esprit saint; mais que s'il déterminoit qu'il y eust « dans ces Heures-là des choses de fait dont Dieu permet que les « yeux et la raison soient les Juges, qui réellement ne s'y trouvas- « sent point, Je supplierois très humblement le pape Alexandre VII c< de me permettre de n'en rien croire, et ne prétendrois nullement « que mon salut fust attaché à cette détermination là. Elle m'a dît : « Vrayment ny moy non plus. Sur cela un nommé l'Épine, qui est un « dévot, m'a rompu en visière et m'a dit : Monsieur, vous parlez « comme les Jaqsénistes. La reyne a pris la parole subitement et a « dit : Ho ! pour luy il Test par dessus les yeux. Je luy ay répondu : « Madame, je n'ay dit que ce que vous avez approuvé; et pour Jan- « séniste, je le suis, ou ne le suis point du tout. Car je ne trouve « aucune différence entre les Jansénistes bien entendus et les Catho- « liques. J'ay ajouté qu'elle sçavoit bien que J'estois amy de leurs il mœurs et de leurs personnes ; et, qu'en cela. Je sçavob bien que « pour quelqu'un des Jansénistes S. M. l'estoit bien plus que moy. Elle « s'est mise à rire et a dit : Ho ! pour cela Bartei a raison, car j'ayme, «> dit -elle, un de ces Messieurs-là qu'il connoist, bien plus que périt sonne du monde ne l'aime. Gela a esté suivi de beaucoup de dis- « cours généraux qu'il n'est pas si nécessaire de sçavoir que ce que « je viens de vous escrire, et que Je croy vous faire sçavoir bientost « de vive voix. »

Il est étonnant que la reyne-mère estant entrée d'abord dans cette distinction du fait et du droit qui estoit tout le mystère de ce différent, on ait porté si loin une affaire qui pouvoit estre réglée en une heure de temps, si ceux que l'on vouloii perdre ne se fussent* pas trouvez dans l'oppression. Car il n'en eut pas fallu davantage que la réponse que M. d'Andilly fit à M. Bartct le 21 du mesme mois, et qui conlenoit ce qui suit :

V La manière si extrêmement obligeante dont la reyne vous a ré- « pondu sur mon sujet dans l'entretien, que vous me mandez avoir

tt en avec S. M . , me touche si seDsibleiiieni que Je ne sçaorois pas ne « voos point témoigner combien cela augmenteroit encore ma pas- <t sion pour son service si elle estoit capable de croistre. Et quant à « ce qu'il a pieu à sa majesté de vous dire quelle seroit bien aise de « sçavoir ce que Je pense touchant la nouvelle bulle, vous n*aurez « pas peine à vous en informer après la manière si sincère avec « laquelle je vas vous récrire. Il n*estoit point besoin d'une bulle « pour nous obliger à condamner les cinq propositions condamnées, « puisque nous avons cent fois protesté, ainsy que nous le prêtesn tons encore, que nous les condamnons de tout nostre cœur, et a sommes prests à le signer de nostre sang. Car cela estant, qu'est-ce * que cette bulle d'Alexandre VII peut ajouter à la conslllntion « d'Innocent X? Or, c'est là la seule chose dont il s^agit qui peut « regarder la foy et parconséquent former un point d'hérésie. Quant « à ce qui est de sçavoir si les cinq propositions sont ou ne sont pas (t dans Jansénins et si le sens propre et naturel de ces propositions, « qui est le sens auquel il est certain qu'elles ont esté condamnées, « est ou n'est pas le sens de Jansénius; comme c'est une chose pure- « ment de fait, laquelle ne sçaurott Jamais estre une matière d'hérésie, ff on peut ne la pas souscrire sans mériter pour cela en nulle sorte ff d'estre traitté d'héréliqne. Car voicy en termes clairs et sans équi- « voques ce que nous disons. Si ces propositions sont dans Jansé- « nins, on n'a qu'à nous les y monstrcr, et nous les y condamnerons « de bonne foy. Que si elles n'y sont pas, pourquoy veut-on nous « obUger à les y condamner? et le pourrions<nous faire, en cens- « cience ? On répond que le Pape et les évesqnes déclarent qu^elles « sont tirées de Jansénius. Sur quoy j'anrols plusieurs choses à «dire; mais comme elles seroient trop longues et pourroient « ennuyer Sa Majesté, Je me contenteray d'une seule à laquelle je « ne voy nulle réplique. Quand le Pape et les évesques l'auroient « dit mille et mille fois, ce ne seroit toujours qu'une chose de fait. « Or« chacun demeure d'accord que les conciles généraux, où le « pape préside en personne, peuvent se tromper dans les choses de « fait. Et ainsi ce ne peut estre un sujet de traltter d'hérétiques ceux « qui auroient quelque doute sur ce point de fait, lorsqu'ils dec meurent d'accord de tout ce qui est déterminé touchant In foy. « Pourquoy donc exciter aujourd'huy un si grand trouble dans l'É- « glise, et persécuter tant de véritables Catholiques pour une simple « question de fait, que Je ne sçaurois trop répéter n'avoir Jamais « esté et ne pouvoir estre une matière d'hérésie? Itais pour foire « connoktre en peu de mots à Sa Majestét out le nœud de cette af-

« faire, e*eai qall n'y a rien de plus opposé que sot dessein et cdvy « des Jésuites, le dessein de Sa Majesté est d'employer son autorité « contre les personnes qu'on luy fait croire estre hérétiques; en « quoy son intention est très louable. Et le dessein des Jésuites au « contraire est de se ranger de ces personnes en les faisant passer M pour hérétiques» quoyqu'ils sçacbent en leur conscience que cela « n'est pas; en quoy leur intention est détestable. Voii^ au vray A Testât de Taflaire. Je laisse à Sa Majesté de considérer devant Pieu « jusques à quel point c'est abuser de sa bonté, et quel crime c'est H de l'animer comme Ton fait contre de très lélez catholiques et « de très Qdelies serviteurs du roy, sons ce fau prétexte d'hérésie* a £t pour luy faire juger des seutimena des personnes qui n'ont « pas l'honneur d'estre connues d'elle» par les miens qu'elle n'aura» « je m'asseure» nulle peine à croire estire tels devant Dieu que je vas « les déclarer icy devant elle; je proteste que par la miséricorde de « Jésufr-Christ je suis tellement enfant de l'ÉgUse catholique» apos- « tolique et romaine que je suis toqjours prest de donner ma vie « avec joye pour la deffense des vérités de foy qu'elle nous enseigne; « et que reconnoissant le pape comme son chef visi)>lesurla terre» « rien n'est capable de me séparer de l'obéissance qui luy est due. t Ainsi je me soumets de tout mon cœur à sa bulle pour ce qui « regarde la foy en condamnant les cinq propositions condamnées. « Mais quant à déclarer qu'elles sont de Jansénius et condamnées « en son sens» comme ce n'est qu'un point de fait dont je ne suis « pas persuadé» je ne puis le souscrire en conscience; et me contente, « par la déférence que je dois à Sa Sainteté» de révérer ce qu'elle « dit et de l'honorer dans un silence respectueux. Serois-je bien si « malheureux après cela que de pouvoir passer pour hérétique « dans l'esprit de Sa Majesté» moy qui regarde les hérétiques comme

• les ennemis déclarez de Dieu, ainsi que les sujets rebelles comme

• les ennemis déclares du roy» et qui aimerois beaucoup mieux « mourir que de tomber dans l'un de ces crimes? C'est une chose « ordinaire dans l'Église que de poursuivre avec une juste rigueur t ceux qui contestent les points de la foy; mais il n'y a jamais eu « que les Jésuites qui se soient avises de vouloir qu'on persécute « de très bons Catholiques pour un point de fait. 11 y auroit tant « de choses à dire sur cela qu'ayant d^à esté assez long, quoyque « j'aye tasché d'estre fort court» je suis obligé de les supprimer. Dieu

• ne permettra pas, s'il luy plaist» qu'un si grand malheur arrive « sous le règne d'un prince qu'il luy a pieu de donner aux v<k«x et « aux prières de toute la France, et sons l'autoriié d'une princesse

non K. m

• dont la ¥^a el la pUté» tpA ont tant contribué à obtenir do iay

• cette faveor. ne sçaoroient reluire avec plus d*éclat qu^en pro- « légcant riooocence de tant de personnes si injustement calom- « niées* •

On peat regarder cette lettre de il. d*Andilly comme la première Apologie * de ceux dont on vouloit rendre la foy suspecte non par des erreurs effectives qui se remsrquassent en leurs personnes, mais par la malice de leurs ennemis, qui n'avoient pas obtenu la nouvelle bulle par tant de sollicitations et par tant d*intrigues, pour n*en pas tirer tout Teffet qu'ils pouvoient prétendre pour assouvir leurs passions sous un prétexte si spécieux. Ils commencèrent par engager le clergé à donner toute retendue possible à cette affaire, et à entreprendre de nouvelles cboses dont il ne cralgooit nullement d^estre désavoué à Rome.

Note K ; t. i, p. 208 et 255.

LE nOCTEUB AANAVLP CHANOINS ET qRANO CQANTRE DE VERDVN.

L*épisode de la vie du grand Ârnauld qui concerne le canonicat et la dignité qu'il remplit dans le chapitre de Vcrdun-sur-Mcnse est trop peu connu et mérite d'être mis en lumière.— Par une première lettre adressée à M"* de Teuquière, le Jeune Arnauld, qui venait de se mettre sous la direction de Saint-Cyran (Œuvres du doct, Arnauld, 1. 1, p. 13, nOi refuse de la manière la plus formelle le double bénéfice qu'on lui offre dans le chapitre de Verdun. M"* de Feuquière insiste; Arnauld répond (p. \h) : « Ayant pris ma résolution « pour une humeur qui me de voit passer blcntet, vous n^aveî pas voutû a me prendre au mot; et vous avez cru être obligée par Taffecilon « dont vous m*honorez, d'attendre un peu que mon bon sens me « fût revenu pour prendre un meilleur avis... sachant que les plus <* courtes folles sont les meilleures, vous avez Jugé devoir arrêter « en son commencement celle que, selon votre opinion, je touIoîs « faire et dont peut-être je pourrois longtems me repentir.... Je

1 M. Saiote-Beuve, dont Tobtigeante amilié a bien voula nous comiDunîquer cet eitrait d^Hermant, y a joint cette note dont nous nous empressons de profiter : « Cela ne me parait pas exact ; il y a Tait défi cinq ans « que les JftmèDîflles aceordâient cette séparaUen du dnsit et du Kilt » — (Bu etfM, Mr plus haor» p. MO.)

376 APPENIHGE.

« voDS sapplie très humblement de perdre ropinion que je sois « capable de changer d*avis. Vous savez quMl n'y a point de malades « si difficiles à guérir que ceux qui aiment leurs maladies ; et pour « moi la mienne me plaît si fort* que je ne la quitterois pas pour la

• possession d'un royaume... Quant aux personnes dont tous me

• voulez rendre les conseils suspects [sans doute M. Singlin et la « M. Angélique ; Cf. Larriëre, Vie (VAmauld, 1. 1, p. 26], je sois V assuré qu'il ne m'en peut venir de ce cOté-là que de fort bons, et « que je ferai toujours gloire de suivre d'autant plus volontiers* « qu'ils ne sont pas à la mode ; et il est vrai néanmoins qu'en cette u affaire je n'ai eu besoin de déférer à l'avis de qui que ce soit, et a que Dieu et ma conscience m'ont fait prendre seuls la résolution

« que j'ai prise » (Voir Lettres de Saint-Cyran, t. ii, p. 521, où

celui-ci avoue que, datis le principe, il a conseillé ce refus à son pénitent.) Ainsi le jeune docteur, si on l'en croit, prenant à la lettre les doctrines absolues de ses nouveaux amis, avait exécuté leurs pres« cripiions sans même les consulter. Il ne concevait pas encore dans son ardeur de néophyte que les zélateurs de la morale austère eussent, comme ceux de la morale relâchée, des exceptions toutes prêtes lorsqu'il s'agissait de leurs intérêts. — Il avait donc refusé de la manière la plus absolue un canonicat et la grande chanlrerie du chapitre de Verdun.— Mais M"* de Fcuqulère avait bien tort en vérité d'attribuer ce refus à l'influence de Port- Royal; car, malgré ses protestations énergiques et son refus réitéré, Arnauld avait fini par accepter. Mais cet esprit absolu n'avait dû s'y résigner que par les conseils plus mûris et peut-être par l'exemple (Mém. de Lancelot, t. ii, p. 185) de Saint- Gyran, son directeur, comme le prouve la lettre suivante que lui adresse ce dernier (Œuvres du doct, Arnauld, L I, p. 24) : « Je suis entièrement d'avis que vous conserviez en- « core votre chanoinie et votre chanlrerie, ayant l'intention de vous « en défaire en tems et lieu. Cela suffit devant Dieu. Je serai le

• premier, si je vis, qui vous le dirai lorsqu'il sera tems ; et si je « meurs, il faut le faire seulement après la trêve ou la paix, et lors- « qu'en votre personne les autres prétendans seront exclus, que « celui à qui vous résignerez ne sauroit pas si facilement exclure. « Et il importe... que cela vous donne moyen de le trouver tel qu'il « faut, et assorti, ou à peu près, des qualités que nous detnandons

• en lui. Soyez donc en repos jusqu'à ce tcms-là ; et si Foccasion « se présente, éclaircissez vos droits et faites déchoir lea autres des « prétentions qu'ils y ont, en quelque manière légitime qu'il se « pourra... » (Cf. Leit. de Saint-Cyran, U ii, lettre xlviii et xi.»«

p. 520-528.) Cette lettre est poMérienre à septembre 16&1. (œmrts du doct. Amauld, 1 1, p. 31). En Juin 16/^2 le docteur Aroanld voalat se démettre au profit da doctcm* Bourgeois, qui, en 1645 et en 1646, fut député à Rome par les évêques approbateurs du Uvre de la Fréquente communion. (Cf. 16tU> p. 23, lettre a, de septembre 1641 ; Lettres inéd. des Feuquière, t, i, p. 344, lettre du 16 Juillet 1642; Mém. de Lancelot, 1. 1, p. 272; le Kecueil in42, p. 217.) — Boui^ois a laissé d^aillenrs une relation très curieuse sur sa mission. EUe se trouTe à la fin des Très humbles remontrances du P. Quesnel à M. Tarchevéque de MaUnes imprimées en 1695. —Le grand Amauld dut reconnaître alors la sagesse des conseils que lui avait donnés Saint-Cyran. Mais il est à remarquer que la première motrice de Taflaire à laquelle celui-ci avait donnée une direction si habile était cette, marquise de Feuquière, fiUe d'baac Arnanid, ardente Calviniste que son mari n'avait pu convertir an lit de mort. (Voir plus haut,. p. 337, n* 4.) —Pour la suite et les incidents de cette aflaire. Cf. les Lettres inéd* des Feuquière, aux lieux cités dans les notes précédentes ; ainsi que les Lettres de la M, Angléique, u i, p. 167 et 169, lettres xcv et xcvi, du 11 et du 13 octobre 1639.

Note L ; t. I, p. 308.

0BT7VRES D' ANTOINETTE BOtRIGNON.

Antoinette Bourignon composa vingt-deux traités (Bayle, nép. des lett.^ 1685, p. 434), qui sont reliés tantôt en quarante-trois, tantôt en dix-neuf volumes. Cette différence vient de ce qu'en 1676-1684 Poiret, éditeur des Œuvres complètes d'Antoinette, les distribua en quarante-trois volumes, et qu'en 1707, la première édition n'éiant pas écoulée, on y refit de faux titres, en distribuant les vingt-deux traités de Tancienne édition en dix-neuf volumes, afin de faire croire a une réimpression. (Dès 1686 cependant, voir AcL erud. Lt>., p. 9, it paraît que les quarante-trois volumes devaient être reliés en dixneuf tomes.) Cela explique les coniradlctions apparentes qui se trouvent entre la Biographie universelle, y* Bourignon, Voli^ïve, Siècle de Louis XiV, chap, xxxiii, du Jansénisme, etc.— Comme les bibliographes de profession n'ont pas donné la liste complète des ouvrages d'Antoinette Bourignon, on ne Tout donnée que d'une

378 AP#EroiCE.

■inlère fàstif e^ no» croyons detoir IHadiquir û^ftèi étPoinu

1* Traité idmiriMe de ta BoMe ferta, 1676 et 1678 ... 2

3* Là Pierre de Touche, 1679 » . i

8* Le noateau ciel et la noatelle terre, 1679. < • • . . 1 h* La loînlère da monde ; [oiis aa Jour par Oh* de Gort, ea

5* Le tooibeaa de la fausse théologie [afec tue préface de

Gh. de Gori], 1679 1688 h

6* Le renoaTellement de Tcsprlt éfangéNqae, 1679, 1681 , 168S. 8

7* L*af eugleineni des hommes, 1679-168& â

8* L'académie des savants théologiens, 1681 8

9* L^aatechrist découvert, 1681 8

10* La dernière miséricorde deDiea,avec une prelhccdelf.de

Gort, 1681 1

11* Le témoignage de vériié, 1682-168& 3

iV Linnocence reconnue et la vérité découverte, 1669 et 168/i. 1

18* Avertissement contre la aecie des Tremblenrs, 1683. . . 1

ik* La sainte visière, 1682 1

15* L'appel de Dieu et le refus des hommes, avec un traité de la vie solitaire (édition princeps, renfermant les premiers traités écrits sous la forme de lettres, par Ant. Bourignon,

de 1637 à 1640), 1682-1684 2

16* La vie de Damoiselie Antoinette Bourignon, comprenant : 1* Préface apologétique, par Poiret. • .\ 2* La parole de Dieu, ou la vie intérieure |

d'Ant Bourignon, par elle-même • • • l ' * * 3* Sa vie extérieure, par elle-même. • J

ft* Sa vie continuée, par Poiret, 1683 1

17* Les pierres de la nouvelle Jérusalem (édition princeps]^

18* Avis et instructions salutaires (édition princeps)^ 1686. . 2 19* L*étoile du matin et divers fragments trouvés dans les papiers d'Ant. Bourignon (édition priftc^j),168ft. • • . 1 20* Confusion des ouvriers de Bab^l (édition princepà)^ 168&. 1 21* Les persécutions du juste (édition princeps)^ 1684. . • 1

32* La lumière née en ténèbres, 1684 k

A la fin du vingtième traité se trouve, dans Texemplaire n* 9930 des imp. 9 ThëoL^ de la biblioih. de TArsenal, un opuscule de Poiret

qui nous semble avoir échappé aux bibltographes, et dont voici le

HOTB IL ST9

titre : Lettres dell.N. àmn omy pow êiekdrcir ^Mlf «ej éîffcultes qw Cm peut ttvwer dsms quelques éerUs ée M«« Anteinette Bourignonf 1676.

Note M ; t. I, p. 826.

DiFUSB DB L*OBAT0IBB BEU2B*

, Chose BiAgoIière t c'est dam les écrits des accosBteors de roratoire belge qoe immis a? ens été obligé de chercher les élémenls de sa défense contre riiicolpation de complicité dans rassassinai d*«n de ses meaibres, Christian de Gort. — Sweit* iliisiorien et le panégyriste de cette coqNN^on* n'éttdt propre qu'à faire naître dans nntie esprit les donies les plus graves. — On ta en Jnger : Swerl connaissait les CBuvi'es d'Antoioeue et les allégations de Bayle (Chranicom, p. /U)); et contre les odieuses présomptions qnl en résultent Tofei toat ce qu*il tronve à dire : Ab AMûnia Baurifuoru. • [Ch. de Cart.] tempestive defecU^ et pie ac catholice in ftorstrandia vitmn tiui-vit, die S/i oetobris 1669 ; ut patet ex ariginaii epistota.^. Patris Patyn, in artkivis generalibus Oratorii kaetenus custodita, qui una cum Jeanne... Snyers[Presbytero eangregatianis Oratorii\ insuta Norstrandica pastore.,., et cgrotanti qnotidle affait, et OMNientl fideliter adstltlt. Ex qmbus sot superque evaneseit caiumnia... autkoris istius... qui renUttit iectarem : « Ad Chris- « tianum de Cart... qui prima Antonia opéra pralû cemmisU, « prapterea în vincula conjectus et dein veneno enecatus... » Et un pen pins bas (p. Ai) : Inter querulos emptares Oallos, eminebat Lttdovicus Garin^ id est L.deS. Amare... Hic igitur, post varias altercatianes ex venditionibus ilUs... ortas et adhuc ferventes, eumdem consueta juris forma jussit detineri Amstelodamù Et kœc sunt vincula quœ Cortio finguntur injecta ne amplius cum Bourigntmia posset conferre... Et d*abord comment Swert dit-il que de Cort fat arrêté consueta juris forma, lorsqn*!! est avéré qa*il le fut à Amsterdam en pays étranger, qoelqifes jours avant le terme qui lui était assigné, ainsi qu'à sa partie adverse, pour comparaître devant le tribunal légitime du duc de Holstein? (Voir plus haut, p. 319.) — Swert prétend ensuite que de Cort n'a pu être emprisonné pour avoir changé de religion, puisqu'il est mort après avoir renopcé aux erreurs d'Antoinette. Mais i* cela ne prouve pas

S80 APPSNMGE.

qo^on n'ait pa remprisonner pour s'emparer de aon bien. 2* S1I fût mort après avoir renoncé aax doctrines d'Antoinette, il eût révoqué le testament qui donnait à celle-ci une Ile pour 7 établir ses disciples. 3" Enfin la seule autorité dont Swert s'appuie pour réfuter les ennemis de l'Oratoire est une lettre de Patin qui doit paraître singulièrement suspecte à la critique. Cette lettre assigne pour date à la mort de Christian le ftU octobre 1669, et elle semble avoir d'autant plus de poids que Swert dit que Patin vit de Cort chaque jour de sa maladie. Poiret, nous l'avons dit plus haut, avance que celui-ci mourut le 12 novembre, et que Patin ne parut que le lendemain de la mort de l'ancien Oratorien. Mais Poiret, se trompant sur la date de cette mort (voir plus haut, p. 31/!i, n. 1), a pu se tromper sur le dernier fait Son témoignage seul ne pourrait balancer celui de Patin* — 11 en est tout autrement du témoignage d'Antoinette. Dans un avertissement qu'elle met à la léie d*une lettre écrite par elle à Patin même, elle dit que de Cort est mort, et qu'elle est devenue héritière, le 7 novembre 1669 (Innocence reconnue, p. 160) , ce qu'elle affirme le 31 Juillet 1670. Si quelqu'un devait être instruit de la mort de Christian, c'était celle qui réclamait son héritage devant les tribunaux et dans des ouvrages imprimés. Elle n'avait évidemment aucun intérêt à retarder d'un mois son entrée en jouissance, si réellement le testateur était mort le 2ft octobre 1669. — Mais ce n'est pas tout, voici ce qu'elle écrit ( Innocence reconnue, p. 151) : « Ayant entendu « que de Cort étoit sorty de prison, ledit Père [Patyn] ne retourna « point en Noordstrand jusqu'à ce que tedit de Cort fut mort, « et alors il revint tout joyeux, faisant comme Tétonné d'entendre « qu'il étolt mort, commençant à faire le maître plus que jamais... « Et comme le bruit courut sitost par tout le pais d'Holstein que de

• Cort étoit empoisonné, ledit père prit le fait à luy, sans que per- « sonne ne l'attaquast, disant luy-méme: Von dit quefay fait eni- « poisonner M, de Cort; pourquoy veut-on dire cela? Et comme « mon procureur luy répondoit qu'il ne luy avoit jamais parlé de « cela, le père répliquoit : Il est vray, mais le bruit en est par-

• tout,,, ; et étoit conilnuellement parlant ainsi, sans que per- « sonne luy en donnast jamais l'occasion. En quoy il est fort à « suspecter...)» Evidemment Antoinette ne demanderait pas mieux que d'accuser Patin d'empoisonnement , et se garderait bien de proclamer son absence lors de la mort de Christian, si ce père y avait assisté.— D'où il est permis de conclure que la lettre de Patin, citée par Swert, doit être l'ouvrage de quelque faussaire charitable qu'aura emporté son zèle pour la congrégation,<— On peut en con-

dure en outre que Swert quoiqu'il cite les Œuvres d'Anioinette ne les a pas lues; car il serait trop coupable si, après les avoir lues, il ne les avait réfutées qu'en alléguant une lettre dont ces Œuvres même constatent la fausseté. — Voir à Pappul de cette présomption le passage où Swert (Chron., p. Ul) affirme qu'Antoinette se fixa dans Nordstrand, et celui de la Vie continuée (p. 358) où il est dit que jamais elle ne pénétra dans cette lie.

Note N ; 1. 1, p^ 331 ; t* li, p. 17i.

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