SIMON DE BKIOTTES, PREMIER MARQUIS DE POMPONNE
Simon de Briottes, le second des fils de Robert, la plus grande notabilité politique de sa famille, est, de tous les Arnauld qui se sont illustrés, celui dont la biographie laisse le plus à désirer. Avant M. de Monmerqué, elle n'existait pas ' ; après lui, il reste à en compléter les parties secondaires. C'est à notre dépôt que ce savant magistrat a emprunté ses meilleurs documents : c'est là qu'à sa suite nous glanerons les nôtres.
ARTICLE !•'
Pomponne, du vivant de son père.
$ I. Papiers de Pomponne.
Simon aurait dérogé dans sa famille s'il n'eût pas écrit des Mémoires. D'Andilly en avait laissé pour édifier ses descendants sur ses vertus ^ ; Antoine pour nous édifier sur ses plaisirs ^; l'évêque d'Angers, pour ne pas
1 Lettres de madame de Sévigné, U i, p. 78 de la notice, n* xiv; et Biogr, univers, — ^Voir cependant d*Auvigny, Vies des hommes iUust,, t. vi, p. 273. — Et Mademoiselle Poulain de Nogent, Nouv, hist, aMg, de P, R,, t. u, p. 211.
3 « Je n*ai pu résister aux instances si pressantes que me fait mon fils de « Pomponne d'écrire quelque chose [de mes Mémoires] qui puisse servir c à mes enfans pour les exciter à ta vertu par des exemples domestiques. » [Mém. d^Ârn. d'Àndilly^ part, i, p. 2.)
' « Comme je n*ai point eu d^autre but que celui de me divertir dans « une espèce de solitude où je passe la meilleure partie de ma vie, j'aurois (I gagné au-delà de mes souhaits, si mes Mémoires pouvoient en divertir « d^antres. « {Mém. de V abbé Arnauld, ^H. i, avertiss., p. vi.)
&2 LES FOLS D'AMAULD D'AUDILLT.
laisser ignorer son habileté diplomatique'; la première Angélique, pour préluder à la canonisation que le Jansénisme espérait lui faire décerner après sa mort ' ; l'autre Angélique, pour constater son martyre'. Toute cette famille enfin, que Tallemant des Réau^^ accusait d*ayoir du vent ^, et dans l^uelle Péréfixe recon-
% Voir Wm. d*Am, d'ÀtutiU^, parU i, p. 70.
3 a Durant la dernière moitié de la yie d* Angélique, on la traitait déjà « comme nne sainte, de qui il fliudrait faire le procès an Jour pour la cano- « niseri on lui fcisait en un mot fon dossier de sainte de son viTanl.* (M* Sainte-Beuve, Port-Ropal^ U x, p. 99 ; CL Mém. de la ML Antique, U u, p. 179-246.) « Il fallut user d'un petit stratagème pour la décider à « écrire la relation qu*on a d'elle.» (M. Sainte-BeuTe, ibUL^ p. 94, n. — CH Racine, deuxième lettre à Nicole^ Œuvrtêf t. ti, p. 95.)
3 Relation de la captivité de la Jf. Angélique de Saint'Jean^ n. 5^ dans le recueil des Acf., (c(^, relat* — ^11 est juste toutefois de remarquer qu^ Angélique se montrait fort discrète à Tendroit de ce premier martyre qui aurait pu être suivi d'un second. (Voir Œuvres du docte Amautd^ U i, p. 641.) — Et puis c'était une fille d'un grand sens : « Nous avions toutes soahaité, n écrit-elle au grand Amauld vers 1665, que l'on nous gardât le secret « [ sur les relations que chacune de nous a faites de sa captivité]. Mille raiff sons le rendent nécessaire. Il y en a de tout humaines qui ne laissent « pas d'être considérables, comme le mépris que font la plupart des per- « sonnes qui ne nous affectionnent pas, de la facilité|qu'on a entre nous de « produire tout ce que Ton fUt, et à se donner des louanges.... » [Aeta, lett,^ relatif U i, n. 6, p. S.)
4 Mém,f t. II, p. 808. Outre ses prédispositions satiriques, Tallemant avait quelques motifs personnels d'être peu bienveillant pour la ftunille Arnauld. U avait eu à soutenir un procès (Œuvre» de Patru^ t. n, p. 1) contre un abbé Antoine Amauld que M. de Monmerqué croit être le célèbre docteur. (Notice sur Tallemant, Mém,, t. vi, p. xxvui. ) La partie de Tallemant ne serait-elle pas plutôt le fils aîné d' Amauld d'Andilly? Dans le procès, Antoine Amauld est qualifié prieur commendataîre du Plessis-aux-Moines. Le Plessis-aui-Moines était situé dans l'Anjou, province où résidait le fils d'AraauId d'Andilly, près de son oncle, évéque d'Angers ; le grand Amauld bl&mait trop vivement l'abus des commendes pour accepter celle du Plessis. Voir d'ailleurs la lettre de celui-ci à son neveu, qu'il blûme de la pluralité de ses bénéfices. {Œuvres, t m, p. 423, 584, 593^ etc., et p. 698, où il pur)e d'un riche prieuré ^c ce dernier ; et plus haut, U n, p* 86.)
GHAP. IT5 SSCI, U, AâT. l, $h AS
naissûtlapureté des anges alliée àrorgoeil des démons^ s'était drapée sous la cape et dans la toge, avec la mitre et sous la bure; c'était bien le moins qu'elle laissât flot* ter vers l'avenir un pan de son manteau de velours. — ^Et cette fois il y avait justice. — ^Après trois ambassades fruc* tueuses, après huit années d'un ministère qui avait préparé et consommé la paix de Nimègue, beaucoup d'àmour-propre eût été légitime ; Pomponne ne montra que de la modestie. Dans le volume qu'il consacre à ses premières négociations en Suède [1066-1668], auquel il faut en rattacher deux, de pièces justificatives; dans celui qui, avec deux appendices de pièces semblables, est relatif à ses négociations en Hollande [1669-1671] ; sous les deux liasses où il a réuni la correspondance relative à sa seconde ambassade dans la péninsule Scandinave [1671]; enfin durant le cours des trois volumes où il a rassemblé les pièces relatives au traité de Nimègue [1676-1679], l'homme s'efface presque toujours derrière l'homme d'état. L'amour-propre y tient moins de place que les affaires.
Aussi ces Mémoires sont-ils les seuls de la famille qui n'aient pas trouvé d'éditeurs ^ Ils gisent méconnus sur les tablettes de nos manuscrits. Cependant notre catalogue, ainsi que nous l'avons dit ^, les signale au public, et M. Haenel ^, en l'imprimant, ne l'a point trop surchargé de fautes à leur endroit. Mais par une espèce de
1 Irailh, Querelles Hitéraires, t m, p. 805 ; D. Gertieron, HUU du Jansén,, t. ni, p. 1S8 ; Racine, ffif«f. de P, H., p. 811 et 851 ; Hist des PerséeuU, p. 294* 809, etc.
' Voir cependant ce que nous disons dans VÀppendicef note Q.
s Voir pins liant, 1 1, p. 1-8.
4 Catalofi libt mss. edUi a G, Haenel, col. 298-880.
&4 tEÂ pas D'ARNADID D'ANDILLY.
fatalité, il suffit que ces Mémoires soient inscrits à ce catalogue pour que nous n'ayons pas à nous en entretenir; car notre but, on se le rappelle, est de mettre principalement en relief les parties de notre dépôt qui sont en dehors du classement fait par nos devanciers. Or en ce qui concerne la famille Amauld, le journal de Robert, sa correspondance privée, les papiers personnels de Pomponne se trouvent seuls dans ce cas ; et c'est à l'occasion seulement, et surtout avec le secours de ces documents, que nous entrons dans quelques détails complémentaires sur la biographie intime de cette famille. — Les renseignements que nous y puisons se complètent non seulement par ceux que M. de Monmerqué a extraits des Mémoires de Robert et d'Antoine, mais par une indication que son savoir a trop modestement reléguée dans une note '. Cette indication, empruntée à la célèbre guirlande de Julie, pour être accessoire, n'en est pas moins curieuse; et comme elle ne nous semble pas suffisamment développée, nous croyons pouvoir y revenir.
S 2, Briottes à rhûlcl Rambouillet.
La guirlande de Julie, on le sait, est l'hommage galant, artistique et littéraire du duc de Montausier à cette illustre héritière de l'hôtel Rambouillet, Julie d'Angennes, qu'il supplia pendant douze ans^ de s'associer au nom le plus
1 Biogr. iiniv., t. xxxv, p. 320.
2 n Monsieur de Sales [ depuis duc de Montausier ] étoit amoureux de ff M"* de Rambouillet, qui est morte duchesse de Montausier et gouvernante « des cnfans de France, n fut longtemps sans oser prétendre à sa possession : (I il ne robtiiit que lorsque par la mort du marquis de Montausieri son frère, n il fut dcveuu béritier de son nom et de ses biens... et qu'il eut abandonné • la fausse religion dans laquelle il avoit été nourii. h ( A/em. de Vabbé Ar^ nauld, part, m, p. 157.)
CRAP. lY^ 8ECT. U^ à&T. h $ VU &5
pur dont puisse s'enorgueillir le ssâëde de Louis XIY. Chaque fleur de cette guirlande, peinte par Nicolas Robert, avait enfanté une foule de madrigaux transcrits par la plume irréprochable de Jarry, et composés par les habitués de Thôtel '• Au nombre de ceux-ci, parmi les plus assidus se trouvait d'Andilly, alors aussi passionné pour le monde ^ qu'il le fut depuis pour la solitude, et dont la vie, pour nous servir d'un langage qui aurait eu du succès dans son cercle, gravitant toujours sur l'axe du bel esprit, devait toucher par l'un de ses pôles à l'hôtel Rambouillet, et par l'autre à Port-Royal. La ferveur de son zèle littéraire entraînait à cette époque ses deux fils aînés aux dissipations du siècle, comme la ferveur d'un autre zèle devait bientôt lui faire suivre Luzancy, leur puîné, vers la retraite des champs. '
La guirlande de Julie date de 16il. Elle contient un madrigal de Robert, deux d'Antoine, trois de Briottes; et, chose étrange ! l'ambition du premier, les tristesses du second, les hautes destinées du dernier semblent symbolisées dans le choix des fleurs que chacun d'eux a voulu célébrer.
C'était alors que Robert rêvait l'éducation du Dauphin. La fleur qu'il chante est le lis ; voici comment il en parle :
De la reyne de Tair je sois la fleur divine; Ma blancheur de son lait tire son origine.
« Voir la notice de Gaîgnières, Cat, des livres de M. deLaVaUiére, suppL, p. 57, belles lettres, n* 3247; Notiees hist. et eritiq. de deux numuêcHiê uniquee, etc., par Tabbé Rive; la Guirlande, etc., édiU de i78Ai Tabbé Goujct, Bibliot, françoiêe^ U XTi, p. 79, etc.
S «L'hôtel de RembouiUet foumissoU à mon père les plus purs et les plus « grands plaisirs... Ce n'étoit tous les joars que jeux d*esprity.et parties « galantes. > {Mém»jU Vabbè Àrnauldt part, i, p. 13-)
s Mém, de d'Andilly, part, ii, p. iS8 et 158; Hém* de Fontaine, U i» p. ses, lettre de d'Andilly & Le Mabtre, etc.
46 &B9 FOâ D^ARUACiD D'iNDIIXY.
Et je vçiix de ma gloire enrichir ta beaaté ; En vain toutes les fleurs, dans leur pompe suprême, Se vantent de f orner d'un royal diadème ; Leur plus superbe éclat n*a point de majesté.
Nul autre que le lys sans audace n*aspire A te rendre un honneur qui soit digne de toy ; Elles parent ton front, et Je f oflre un emphre, Poisqu-eB te couronnant je t*égale à mon roy ^ I
Assurément la belle Julie eût pu l'envoyer à Pollux le Simonide de ce madrigal; et peut-être le perspicace Montausier eût-il dû soupçonner qu'il avait dans le même homme deux rivaux, l'un qui lui disputait en ga* lanterie, l'autre tout disposé à lui disputer l'éducation des Dauphins.
Les dispositions intérieures d'Antoine ne se révèlent pas moins et às^s les sujets qu'il choisit et par la manière dont il les traite. C'est le thym et le souci que célèbre cet esprit tourné à l'idylle^ et déjà flottant vers la tristesse. Voici quelques-uns des vers, je veux dire des lignes, qu'il consacre à la première de ces fleurs :
Sans beaaté, sans grandeuTt sans édat et sans grâce. Je nays, par un arrêt de mon injuste sort,
Incapable d'un bel eflbrt
Pour acquérir Tillnstre place Où mon ambition m*ose faire aspirer '••••
De semblables vers eussent sans doute excusé la ma-
^ La Guirlande, p. S7*
S « On peut ne pas traiter toujours des royaumes et des empires, dit-il « pour s^eiCQser d'ayoir écrit ses Mémoireê (avertiss., p. ix) ; et même... de» « bergers trouvent agréablement leur place panni de grands seigneurs et n des princes. «
9 Jbid,, p. 22 et 52.
lédictioD patôrnelle aux yeux du Uisantfarope ^ liais une oreille compatissante y distingue seuleipent le sanglot qu'étouffe leur pesante allégorie, et cet écho détourné où le fils semble reproduire avec amertume l'opinion du père & son égard.
Simon, ce beau-fils que Robert destine au inonde, choisit pour sa fleur le muguet, auquel il fait dire :
J'abandonne les bois dont les feuillages sombres Conseryent ma fraîcheur sous leurs épaisses ombres... '
n chante ensuite le perceneige, lui qui doit fondre les glaces de Louis XIV pour sa famille '. Enfin le futur ministre du monarque dont l'emblème était le soleil prête ce langage à la grenade :
D\m pinceau lumineux Tastre de la lumière
Anime mes vives couleurs; Et régnant sur FOlympe en sa vaste carrière,
Il me fait régner sur les fleurs... ^
Si dans les trois premiers madrigaux nous voyons une préméditation, dans ces trois derniers, à coup sûr, l'hôtel
^ n en étoit sans donte des vers d* Antoine comme de sa prose : « Mon « style, écrit-tt lui-même, est sans étude et sans art, ne m'étant Jamais « appliqué muo réffieM, » (Mém,^ avertlss., p. x.) Il est vrat qu'à cinq pages de là {ibid*^ p. Vf) Antoine établit une discnsiion grammaticale sur remploi qu*n a fldt du pronom sien, sUnne. — Quoi qu*U en soit, ses vers ne sont pas encore les plus mauvais de ceux qn^a produits sa famille, puisqu*U paraît que e^est à Sacy, et non pas à Lanoelot, qull ftut attribuer les rimes du Jardin des Racines grecques. (Mém. de Laneelot, vie, 1. 1, p, xvm.) Enfin eomme disciple de S. Augustin, Sacy lui-même ne devait pas se croire le pire ;de tous les poètes, puisqu^U rappelait, comme nous Tavons vu (plus haut, p. 6, n. i), que ce pèra de TégUse encourageait à la versification un poète qui mettait sept pieds à ses hexamètres.
s. La Guirlande, p. 60.
^ IHd; p.- 66 : «Sous un voile d*argent, la terre ensevelie, etc.
4 md., p. 61.
Rambouaiet, s'il eût pénétré Tavenir, aursdt vu de la prédestination. C'était le siècle où Louis XIII devait son surnom à son étoile ', où l'histoire était obligée de compter avec l'horoscope ^, où pour la famille Amauld même ^, et jusqu'au sein de Port-Royal, la réalité s'augurait par^ fois d'après des pronostics.
Pour nous ces rapprochements singuliers ne sont plus que des curiosités sur lesquelles nous nous serions gardé d'appeler l'attention si d'un côté elles ne résumaient, par hasard sans doute, mais avec justesse, ce que nous avons dit et ce qui nous reste à dire sur d'Andilly et sur ceux de ses fils auxquels il avait ouvert l'hôtel Rambouillet*, et si, d'un autre côté, le précieux manuscrit de la Guirlande à Julie n'appartenait, du moins par le souvenir S à notre bibliothèque, dont il a fait partie, ot
1 Louifl-le-Jaste.
3 Voir : «L'horoscope du roi, par lectuel la Tille de Lyon pnHend qa*ayaiit « eurhonneur de la conaeption du roi Louis XIII, elle est sa Traie patrie» par a Goujon frère, avocat.» L'auteur établit que le signe du Capricorne ayant présidé à la conception du roi, et celui de la Balance à sa nativité, il ne peut manquer d'être heureux et juste, etc. — Delphini [Ludov. XIV] horoscopus auctore, F. Vavasseur. Recueil de pièces sur la naissance de Louis XIV, etc.
' Voir tout ce que Tabbé Amauld rapporte dans ses Mémoires (part i, p. idO et 193, et part n, p. 169) de Thabileté d'Isaac Amauld en chiromancie, en divination, par pirouettes, etc. Voir ausri VÀppendiee^ note 0.
à Un quatrième personnage de la famille Amauld, Isaac, dont nous parlons dans la note précédente, fréquentait également ThAtel Rambouillet. (Voir Tallemant, Historiettes, L ii, p. 298.) C'est à lui que la guirlande doit l'éloge de la tulipe. [Guirlande^ p. 88.)
B La bibliothèque du duc de La Valliëre se composait de deux parties dont Nyon et Debure ont fait le catalogue en neuf volumes. M. de Pautmy acheta en bloc toute la partie cataloguée dans les six rolumes de Nyon. Mais sa fortune mit des bornes à sa noble prodigalité. Il ne put acheter le fonds auquel se rapportaient les trois Tolumesde Debure. Les enchères le firent monter à 464f 677 liv. 8 sous. La Guirlandedeaie fut adjugée à Peyne, libraire de Londres, au prix de 14,510 liv.— Voir la notice de Debure,
GHAP. Vf, SECT. n, AET. Ij S ni. &9
OÙ le remplape encore une copie assez riche de variantes inédites ^ On pardonnera cette digression, qui tient trop aux regrets et aux jouissances du bibliophile, pour n'a^ oir point entraîné le biographe à son insu. Nous revenons aux richesses actuelles et plus réelles de notre dépôt.
S in* Briottes MttS la direelioo de d^Andilly.
Quelques mois après l'hommage de la Guirlande, Briottes, âgé de vingt-quatre ans [16i2], était intendant du corps d'armée qui occupait Gazai ^. Deux ans après [i7 janvier 1644], le roi le créait conseiller d'état ^. Il débutait ainsi par les fonctions les plus relevées qu'eût remplies son père; et, pour mieux l'y soutenir, celui-ci se dépouillait d'une partie de ses pensions en faveur de ce fils bien aimé *, qui lui écrit le 3 mars 1644 ; « Quand je « n'aurois point d'autres marques de l'afTection que vous c( avez pour moy, les peines continuelles que vous vous « donnez pour mon establissement m'en seroient une « preuve assez certaine. Je vous avoue que vostre bonté 0 me donne de la confusion, et que je suis honteux de « voir que vous travaillez avec plus de chaleur pour ma (c fortune que vous n'avez jamais fait pour la vostre
(( propre Dieu seul peut me rendre digne de ceste
(( louable ambition que vous avez pour moy.,... Vous
Catalogue de La VaUiére^ t. n, n* SS47, celles de Tabbé Rive, en tête de Tédition de 1784; SuftpL dtDebure au catalogue de La Valiiére, prix des livrée, p. S5 et 4î.
1 BeUee4eîtree Fr,, 145, iI^^., p. 1085, etc.
> Voir VÀftpendicet note 0.
> Note de Pomponne dans nos papiers.
4 Mim, de d^AndUly^ part, ii, p. 128, Voir VÀpptndicet note 0 M«.
50 tÊÊ njR D'ABNAbLD tfàmiIXT.
ff pouvez assez juger de la joîe que me àonneût les pen- (( sîons que vous avez fait mettre soubz mon Hoin. ; . n
La correspondance d'où ce passage est extrait se poursuit entre le père et le fils pendant trente-deux ans [1642-1674], c'est à dire jusqu'à ce que la mort y mette un terme. Elle légitimerait d'ailleurs les prédilections de Robert si, chez ce dernier, il n'y avait eu que différence, et non pas absence, de tendresse pour d'autres de ses fils. Tout y concourt en effet à faire concevoir de Briottes la meilleure opinion. Justesse d'esprit, élégance de style, élévation de sentiments s'y unissent à ces déférences pleines d'affection et de respect qui fondaient jadis dans les familles l'orgueil des pères sur ce qui fadsait la joie des enfants ^ Il est impossible de participer, sans en être ému, à ces épancbements où le cœur trouve toujours, sans les chercher, le mot et la pensée qui vont droit au cœur; où l'amour filial a ces mille prévenances, ces petits soins, ces recherches et jusqu'à ces désespoirs que ne connaît plus de nos jours, même un autre amour.
Ainsi le jeune intendant reçoit d'Antoine ime lettre dans laquelle son aîné lui apprend qu'il renonce au siècle, et que leur père est sur le point d'y renoncer. « Mon très « cher frère, » répond [5 novembre 1643] Briottes heureux d'une démarche qui doit rendre au fils disgracié sa place dans l'affection paternelle, mais tout éperdu à l'idée de perdre dans le monde son principal appui ; « Mon très « cher frère, j'ay receu avec une extresme joie vostre (( lettre du 21 d'octobre , et leu avec une satisfaction « estrange vos nouveaux sentimens ^. Ceux de mon përa
^ Robert lai-même aTait eu la plas vive tendresse poar son père e( pgor son beau-père. (Mém. d'Am, (PAndiUji^ part, i, p, 27 et 1024040 3 Voir plus hatitf U tX| p.7
CHAI». 1^5 8ECT. V, AKT. l, $ m. Si
tt que TOUS me mandez m'accablent tout à fait, et sy ce a coup-là arrive, je vous avoue que je ne me sens pas « assez fort pour y résister. Comme il ne porte plus à « cest heure que sur moy seul, je prévois aussy qu'il d m'escrasera ; et je vous avoue qu'après cela je ne croîs « pas qu'il y ait au monde un plus malheureux homme « que moy. Lorsque je trouvoîs quelque ombre de bon- « heur au dehors, un malheur domestique me vient cber- « cher, et renverse en un moment le peu d'espérances que « je commençois k fonder. Je tombe avec le seul appuy « que j'avoîs, et perds en mesme temps toutte sorte de « pensées de me relever. Ne créiez pas que la douleur « qui me fait dire touttes ces choses, me fasse condamner * des résolutions que je révéreray tousjours, comme je « dois, quelles qu'elles puissent estre. J'accuse ma mau- « vaise fortune sans en désapprouver la cause, et choifc siray tousjours plustost d' estre le plus abandonné du « monde, comme je prévois que je le vas estre, que d'à- « chepter mon repos au prix de celuy qui m'est et me tt sera tousjours plus cher que le mien propre. En vain « tascherez-vous de destoumer ce coup, sy celle qui Va-tt voitjusques icy arresté ne s'y oppose plus; vous n'y « avez plus d'intérest, et le mien seul n'en vaut pas la « peine. Adieu, mon cher frère, je ne sçay ce que je vous « eseris. Aymez-moy. »
Dans cette lettre, à travers la douleur poignante qu'elle révèle, on aura remarqué cette parenthèse qui est un trait de lumière jeté sur l'histoire de Robert : sy celle qui Favott Jusqu'ici arresté ne s'y oppose plus. Ces mots ne sauradent se rapporter qu'à la reine ^ Le 21 octobre 16A3
1 Voir tt If dans VÀppendke, note H.
52 ISS nis d'arnauld d'anduxy.
il y a cinq mois à peine que la reine est régente ; elle ne s'oppose plus à la retraite du précepteur que cinq mois auparavant elle désirait pour son fils. Cette retraite, elle en avait donc la confidence ; c'était bien d'elle que dépendait à ce sujet la décision de Robert ; et pour celui-ci la mort de Saint-Cyran [11 octobre] ne fut qu'un prétexte ou un àrpropos. — Miùs laissons le père pour revenir au fils.
La retraite de d' Andilly n'avait pas été aussi prompte que Briottes l'avait craint en octobre 16A3. Plus d'une année après, le 3 novembre i6AA, son père lui transmet deux lettres de la cour qui lui octroient un congé. Il est tout à son impatience ; mais après le congé du roi il lui faut celui de son père, qui par un malentendu semble ajourner son retour. «Sans doutte queMuzac^ aura man- « que en escrivant soubz vous (l'idée ne lui vient même « pas que l'erreur provienne de son père) , puisque je vois « que vous me mandez que je me prépare pour arriver u à la fin de janvier. Je crois que vostre dessein aura esté ({ de mettre à la fin de décembre. Je vous demende en « grâce de me mander précisément lequel c'est des deux, i( puisque quelque autre pensée que j'eusse, je veux ab- « solument me régler au temps que vous m'ordonnerez. « M. de Couvonge^ veut à tolitte force que je parte dans « quinze jours ou trois semaines, parcequ'il importe pour (( nos affaires que j'arrive dans le mois de décembre à « Paris, et que le plustost seroit le meilleur. Mais je tar- « deray autant que je pourray pour avoir de vos nou- « velles, ne sçachaut sy vous le trouverez à propos. C'est
1 Voir plas haut, 1 1, p. S3, n. S. .
s Cf. Uiirtt de <F Andilly, p. d74i 414» 440, 498, 509, 529, et le P. Barre, Vie de Faberl^ U i, p* 448t
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, S DI. 5
« pourquoy j'ose vous supplier de me faire sçavoir le plusa tost que vous pourrez ce que vous voulez que je fasse. »
Puis, dans la joie enfantine que lui cause l'idée du retour, l'imagination transporte soudain le fils exilé près du foyer paternel. Il recommence les .causeries jadis interminables, lorsque Robert rapportait le soir à la famille réunie les plus beaux fruits de ses espaliers, racontai les prouesses de sa greffe et les victoires de son écussbn. — Le vieillard craignait sans doute que ses vergers n'eussent baissé dans l'estime de son fib,. après un séjour en Italie ; mais le fils le rassure. Pourrait-îl y avoir au monde de plus beaux vergers que ceux de son père ? « Le Montce ferrât est trop peu de chose pour la gloire de Pom- « ponne. Il faut d'autres fruits que les siens pour le « disputer à ceux que vpus avez eus cette année ; et sy a ses figues et ses melons ne le sauvent, le plus fertille « païs de l'Italie ne sera que stérile auprez de Bellevëue. « La nature toute simple 'qui semble avoir voulu s'y « jouer n'y est pas sy belle qu'elle est. dans vos plans, « où de son mariage avec l'art vous luy avez fait pro- « duire des choses dont elle estoit incapable toutte seule. « Enfin je pense que ceste fois vous aurez convaincu a nostre incrédulité de jadis, et que vous aurez eu moins (( d'aurmoires que de fruit. »
L'ingénieux badinage qui révèle avec tant d'atticisme la coquetterie des déférences filiales, jusque dans les points les plus secondaires de la vie intérieure, fait pressentir avec quelle confiance absolue le jeune conseiller d'état doit abandonner sa vie publique à la direction paternelle. Ce que Robert n'avait pu réaliser pour luimême, il le rêvait pour son fils ; mais il le rêvait au profit de ses doctrines. L'éducation qui avait donné à celui-ci II. 5
5ft LES FILS D'ARNAULD D'ANDILLY.
toutes les prédilections de sa famille, n'avait pu le laisser indifférent à la fortune du Jansénisme ^ ni aux dispositions de Port-Royal envers la cour de Rome. Voici ce qu'il écrivait de Cazal le 8 juin 16&&, c'est à dire au moment où venait de parakre ce célèbre ouvrage où le grand Arnauld, son oncle, à propos d'un premier scrupule de la princesse de Guémené, et sans doute pour l'encourager à en avoir 2, traitait de la fréquente communion 5.
« Je n'ay eu nulle peine à éviter l'escueil dont vous « me mandez que j'ay esté menacé : et je n'ay pas plus « de gloire à m'estre sauvé de ce nauffirage qu'en auroit « un vaisseau qui ne seroit jamais sorty du port. J'ay « vaincu sans peine des ennemis que je n'ay pas veus, et « il ne m'a point fallu de courage pour m'eslever au « dessus des 'bassesses que vous croyez que l'affaire de « mon 0[ncle] l[e] D[octeur] auroit peu me faire naîstre.* « Je n'en ay envisagé pas une, et ne crois pas que lafoU
i Pcndaot la détention de Saint-Cyran à la Bastille, Robert menait Simon visiter le prisonnier. (Amauid d*Andiliy, Mém* sur Saint^Cyran, Vies édif. de P. i?., t. x, p. 34 ; voir plus haut, L ii, p. 2, n« 5t)
2 Racine, HisU tecUs^y t. xii, p. iO ; Mém, de Laneelot, t. i,fi. S99, 828, 830, n. — Cf. TaUemantf t. ii, p. 816, etc.
s (ouvres du àoeU Arnauld^ t. xitii, n<* xn. — On sait que M** de Gnémené dut sa conversion à d'Andllly. ( Leit. dé la M, Angélique^ t. r, p. 155 et 218. — Cf. plus haut, 1. 1, p. 4ii n. 1.) « Voilà comme vous [autres, « Jansénistes]... avez toujours traité tout le monde. Qu^une femme ttkX dans « le désordre, qu'un homme fftt dans la débauche, sMls se disoient de vos ff amis, vous espériez toujours de leur salut ; s'ils vous éloien^ peu favorac blés, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appréhendics toujours le j|i- « gement de Dieu pour eux. La science élolt irailéc comme la vertu : ce « n'éloit pas assez, «pour être savant, d'avoir étudié toute sa vie, d'avoir lu « tons les auteurs. l\ falloit avoir lu Jansénius, et n*jr avoir point lu les proff positions, m (Racine, Lettre à Nicole, Œuvres, t. vi, p. 23.)
4 Sur le mouvement que Robert, à propos du livre de la Fréquents communion, se donna en 1643, 1644 et'1645 ; Voir V Appendice du vol. xxtiii des OÊSuvres du doct, Arnauld,
CHAP. IV, apCT. H, ABT. î, S IIL 55
« blesse et la fortune puissent aller jusques au point de « faire craindre ce que l'honneur et la conscience conu seillent '. Je me trouve un peu offensé que vous ayez « peu ex\ avoir la moindre appréhension pour moy, puisce au il faut <jue vous ne vous soiez pas soi^venu que je « ne suis pas tout à fait indigne d'estre. Monsieur mon « père, votre très humble et très obéissant f^ls et service viteur. S, Amauld. »
• Deux ans après [30 septembre 1646], Briottes écrivait de Rome, toujours à son père : «Que vous dirès-je de cette « célèbre ville? Il estvray que ses ruines respirent encores ce quelque chose de la grandeur des premiers hommes du « monde. . . Mais autant que j'ay de vénération pour ce que ce je ne vois pas, autant en ais-je peu pour ce que je vois ; « etTestime que j'ay pour les premiers Romains necontîc( nue pas jusques à leurs neveu^!^. La grimace, la céréce monie et la fénéantise font icy la meilleure partielle la ce vie : et le mal est que Je premier siège de l'Église, des « lieux saints par tant de martirs, et tant de marques de « la ferveur et de la pureté des premiers Crestiens^ ny 0 font ny plus de doctes, ny plus de gens de biens. Enfin « j'ay beaucoup plus cherché dans Rome, l'antique, que (( la nouvelle 2. . . »
Dans ces deux lettres, il est impossible de ne pas reconnaître les mêmes influences que dans les précédentes, mais agissant cette fois en matière beaucoup plus grave. Briottes défendrait la théologie de sa famille, comme il en a défendu l'horticulture ; et ses secrètes sympathies le rendent aussi sévère pour les mœurs de Rome qu'envers
1 Voir plas bas, même ekap., même hcU, art. ii| S A. ' 3 Cf. la lettre du 4 juin 1667. [Mém. de Coulanges, p. 426.)
55 LES FHâ D'AHNAULD D*AKDILLT.
les fruits du Montferrat. — Robert du moins avait été indulgent pour la poésie ultramontaine'.
Ainsi le père, en se retirant de la lice, y voyait descendre son fils pour y combattre le même combat. Il aurait dû sufiire à l'inflexible vieillard de le lui faire recommencer au profit des mêmes idées; mais il voulut encore, tant il avait de confiance en soi I qu'il le recommençât avec des armes auxquelles il s'était blessé lui-même, et d'après la même tactique qui lui avait si mal réussi. Et Simon, tanf il avait de confiance en son père I manœuvra selon cette stratégie.
Depuis la retraite deRobert àPort-Royal,'de nouvelles fortunes politiques avaient surgi dans la Fronde. Les plus voisines du pouvoir étaient celles du prince de Condé, qui croyait sa place marquée au timon de l'état, et celle du cardinal de Retz ^, qui prétendait l'arracher à Mazarin. — Le serviteur le plus dévoué du prince était un membre de la famille Amauld', cousin germain de Robert * et protecteur de ses fils ^ — L'un des partisans les plus déclarés du turbulent cardinal était son allié, le chevalier de Sévigné, plus tard solitaire à Port-Royal [1669] ^, alors capitaine du régiment de Corinthe, à la tête duquel les troupes du roi lui donnèrent cette leçon
^ Voir plas haut, 1. 1, p. 29.
3 Reti n'était encore que coadjuteur ; c^est par anticipation que nous lui donnons le titre de cardinal.
A Mém. de Vabbi Amauld, part, ii, p. 166-480.
4 cr n étoit cousin-germain de mon père, mais encore beaucoup plus uni a à lui par Tamitié q\ie par le sang... » (Mém, de l'abbé Ârnauld^ part, f, p. 10.)
B Mém, de Vabbé Amauld, part i, p. SO, et toute la première partie pauim ; voir aussi M. Sainte-Beuve, Port-Royal, L ii, p. 296, sur les relations de Port-Royal avec le Coadjuteur durant la Fronde.
< ÎMires de la M. Angélique^ t. m, p. i^72, lettre cmcix, du 5 janvier 1660.
CHAP. IV, SEGT. n, ART.. J, $ UI. 57
qu'on appela la première aux Corinthiens ^ Port-Royal lui -même favorisait le Goadjuteur^, qui s'était jadis lié avec le grand Arnauld sur les bancs de l'école ^ ; dont la tante. Madame Maignelai, était l'amie, dont la cousine germaine, Madame du Fargis, était alors l'un des membres, et devait être plus tard l'appui de cette sainte demeure ^, d'où l'on vit sortir le duc de Luynes pour siéger
1 Mém, de la duchesse de Nemours, p. 52 ; Mém^ deJoly, 1. 1, p. 67, etc.
3 I^rt-Royal s*eftt récrié contre cette aasertion, et ne 9'en est que fort mal défendu, même avec la phime habile du docteur Arnauld UÈuvres, t. xxxT, p. i53.j, et de Tabbé îlacine, {Hist, eecUs,, t x, p. 539.) -^ Vobr Mém, de Joly, 1 1, p. 45 li 490, et t. ix, p. 88, etc. « Port-Royal, à ce moa ment., avec un archevêque et surtout un Coadjuteur amL.. se trouvait « en asseï bon' état » ( M. Sainte-Beuve, Porf-Aoyaf, t; u, p. 3^8. ) — Voir cependant ce que dit M. Satnte»BenTe {ibid, p. 309); il Âiut en approcher le passage des mémoires de la duchesse de Nemours,' que noua citons note 1 de la page suivante; Toir aussi Besoigne. (HisU de P, R,,
I. I, p. 839, et pllis haut, 1. 1, p. 40^ n. 1.) Rnfin la M. Angélique ellemême n*écrit-elle pas : « Nous avons beaucoup perdu à MB' notre archec vêque [le cardinal de Retz] qui nou} a toujours protégées... et nous « espérions bien la même protection de M. N. [le Coadjuteur son neveu] ; « mais vous savez tout ce qui se passe. yi(LeUres, 1. 11, p. 470 ;'3 avril 1654.) Le Coadjuteur était alors à Vincennes.— Cf. Mém, de Lancelot, 1 1, p. 369 ; Racine, Hist, de P, R^^p» 168 ; Goojet, Vie de Nieotc^ part 11, p. 107. — a Ces pieux solitaires sont les amis innocents, mais fidèles, de Tambi- « tieux Coadjuteur de Paris. Port-Poyal a recueilli plus d^un noble débris « de la Fronde ; et ceUe indépendance, à la fois violente et frivole, qui c avjiit agité Tétat sans savoir le réformer, est venue chercher un asile dans « la religion. » (M. Villemain, Mélanges, p. 353, de Pascal.)
* Larri^e, Vie d^ Arnauld, 1. 1, p. 14*
4 Sur M"^ de Maignelai, Cf. Lettres de la M, Angélique, 1. 1, p. 366, 398 ; t. n, p. 334 et 475 ; Mém. de d*Andilly, part 11, p. 3; Mém. de Lancelot,
I I, p. 881 ; t. II, p. 113 ; Mém. de la M. Angélique, 1. 1, p. 58, 303, 332, 403. ^- Marie de Sainte-Madelaine d^Angeune» du Fargis avait été élevée depuis Tàge desept ans [1623] par la mère Angélique. {NécroL de P. A., p. 216. — Œuvres du doct, Arnauld, t. xxv, p. 163, etc.) Elle avait fait profession en 1640. (Guilbert, Mém. chronol,, t. m, p. 135 ; Cf. NécroL de P. R , V** Retz et Gondi ; Recueil. in-ii, p. 519 ; Racine, Hist. de P. R., p. 339, etc.) Voir cependant ce que dit Racine lui-même. {Frag, sur PlR.gOEuv,, t. vi, p. 398.)
envoyait du désert et que cette reine faisait servir sur sa table, sous le nom àt fruits bénis ^. C'était par Bartillat que la reine de son côté faisait passer à Port-Royal les avis qui intéressaient le solitaire ^.
De l'ancienne cour, restait encore le duc d'Orléans, frère de Louis XIII. Simon touchait toujours ]a pension de mille écus que jadis ce prince avait allouée à son père'. Celui-ci ne demanda rieù de plus à l'ancien ami d'Ornano,/edevenu le sien depuis la naissance du dauphin *. Que lui demander en effet? Gaston vivait dansja disgrâce et dans la retraite. Il n'avait pas de (ils, et il avait deux neveux. L'un de ceux-ci régnait; l'autre, Philippe duc d'Anjou, devait un jour remplacer son oncle comme duc d'Orléans. Il Pavait Jéjà remplacé comme héritier présomptif; et même la couronne avait failli tout récemment lai échoir par deux fois, à la suite dç deux maladies de Louis XIV [1655 et 1658], dont la seconde surtout avait paru désespérée ^. — Ce fut près du duc d'Anjou que Robert marqua la place de Simon.
Le duc d'Anjou, né le '21 septembre 16A0, avait atteint dix-huit ans; son éducation n'était plus à faire. ^; mais sa jeunesse était à dirîgei:. La charge qui près de lui devait en faciliter les moyens se trouvait être celle de
1 Mém, de Lancebtf U i, p. 127.
2 • La reine-mère me>fit écrire par M. de Bartillat ce qui avoit été ré- « solu [contre Port-Royal]. > (Mém* de d'Àndilliff part ii, p. 140. — Cf. Recueil t;i-i2, p. 230.)
8 Mém, de-d^AndiUy, part, ii, pt 118.
4 Voir plus haut, t i, p. 6, 10, 13.
B Mém» de Mademoitettef t. i?, Y»iO'\
* Elle avait été faite par Lamolhe Le Vayer, ce coocurront deux fois heureux de d*Aiidilty. (Voir plus haut,, p. *3, n. 1.)
GHAP. lY, SBGT. H^ ART. I^ $ m. 61
chancelier ^ — Ce fut sur cette charge que Robert jeta son dévolu [1658].
Au moment où l'ambition de celui-ci se dédommageait de n'avoir pu former'un roi, par l'espérance de ménager à son fils la direction de l'héritier le plus proche de la couronne, les dernières agitations de la Fronde récemment calmées avaient laissé la cour triomphante. L'avenir appartenait bien au roi ou à son frère ; le présent à la reine et à Ma2arin. La volonté de ces quatre personnages, celle* des deux derniers surtout, devait disposer souverainement des nouvelles espérances de Robert. La reine, un instant surprise par les ennemis du solitaire ^, mais toujours environnée par ses amis, était évidemment son principal appui. Mazarin devait lui être reconquis ; mais rien encore ne l'avait prouvé, et du ministre pouvait venir le principal obstacle. Les deux jeunes princes n'avaient pas connu d' Andilly ; ils étaient indifférents à ses intérêts. Les faire pencher en sa faveur eût été, il l'espérait du moins, y faire pencher la balance ; et de ce côté il semblait avoir les espérances les mieux fondée^. Une mère dispose plus facilement du cœur de ses fils qu'un ministre ne dispose de leur esprit*.
Tout en courtisant les volontés du ministre, ce fut donc surtout aux -affections de la mère que s'adressa Robert. Sa correspondance autrefois si magistrale' se remplit des plus tendres sollicitudes. « Je n'entreprens « pas de vous dire, avait-il écrit à l'incomparable Barce tillat le 14 octobre 1655, après la première maladie du « roi, jusques à quel point j'ay esté touché de la maladie
1 Mém» de Coulangetf p. 374; D. Gerberon, Hist, du Jan»,, L ii, p.42i-A43. > Mém. de (TÂTidiUy, part ii, p. 120, et plus haut^ 1. 1, p« 16. * Voir plus haut, t« i, p. 18.
62 LES i^ILS d'aknauld d'andilly.
« du roy, et quelle est ma jdye d'apprendre que grâces « à Dieu il se porte beaucoup mieux, et qu'il n'y a plus « rien à craindre ; car en vérité cela ne âe peut : parce- « qu'outre ma passion pour sa personne sacrée et pour «les intérests de Testât, ce que vous sçavez que je « dois aux extrêmes bontez de la reyne^ et qui va si fort (( au-delà de toutes paroles, a ^ait une telle impression « en mon esprit,- dans k veue des peines incroyables « où je suis asseuré que Sa Majesté a esté, que si vous « connoissiez moins que vous ne le faites le fond de t( mon cœur„ vous n'en pourriez comprendre qu'une « partie. Nous ne sçaurions , Monsieur , . assez Temer- (( cier Dieu de ce qu'il a exaucé les pirières de Sa Ma- « jesté et donné une marque de sa protection pour la (( France, en reùdant la santé.à celuy qui n'en est pas « seulement le roy, mais aussi le père ; [Louis XIV avait « alors dix-sept ans]. Que si j'osois vous supplier de « prendre cette liberté pour moy Auprès de la reyne, « vou^ m^obligeriez.extrêmement de tesnioigner à Sa Ma- « jesté mes sèntimens en celte rencontre. Et j'ose espérer « qu'elle voudra bien adjouster à tant de faveurs dont « je luy suis dèsjà redevable, celle de ne s'en tenir point « importunée. » Bartillat se conforma aux intentions de son ami, car celui-ci a écrit au revers de cette lettre, dont la copie reste dans nos papiers :A M. de Bartillat ^ touchant la maladie du roy. Il fit veoir ce billet à la reym. Mais bientôt le roi est frappé de nouveau par cette maladie désespérée de laquelle put le tirer seulement le savoir ou l'audace d'un empirique ^ La sollicitude' de
< Du Sausoi d'AbberilIc, qui, à ce qu'il parait, administra au roi du vin émétique dont la préparation était alors peu connue. (Le P. Barrc^ Vie ée Fabertj U il, p. 166.)
CAkV. ÎV, SËGT. h, ART. I^ S QI* 63
d'Andilly est trop pleine d'émotions pour emprunter cette fois un intermédiaire. C'est à la reine qu'il en adresse directement l'expression : « Madame, lui écrit -il « le là juillet 1658, quoyque ce soit possible estre trop « hardy que d'oser prendre la liberté de m'addresser à tt Vostre Majesté mesme p^ur luy teshioîgner mdn ex- « trême joye de Ce qu'il a pieu à Dieu de luy conserver a l'un des.melUeurs fils, ef à la Frs&ice l'un des meilleurs « roys, <îUi fut jamais, j'espère de la bonté de Vostre Ma- « jesté que si elle trouve.que c est une faute, elle la par- « donnera au zèle d'un des plus fidelles sujets, et des « plus passionnez serviteurs que Vos Majestez auront « jamais. Car comme je puis dire avec vérité. Madame, « que personne n'a plus ressenty qiie moy la douleur a également juste et violente. dé Vostre Majesté dan^ la u plus .grande de toutes les appréhensioi^s imaginables, « ma joye du sujet d€ sa^oye présente ne seroit pas telle « qu'elle est, si j'estois capable de la retenir en »* osant « en parler à Vostre Majesté. Je pe doute point. Madame, « que Dieu vous- donnanf comme une -seconde fois un si « grand prince, il ne vous accorde' cette grâce non seu- « lement pour vostre consolation, mais pour en tirer sa « propre gloire. Et^quand, au plus fort de mes craintes, « je tremblois dans la veue de la perte que Vostre Majesté « et Testât estoîent sûr le point de pouvoir faire-, j'avoue 0 que j'avois peine à croire que Dieu voulust si tost ter- « rainer la vie de celuy qui ayant par son assistance, « avec un zèle et une fermeté sans exemple, sauvé la vie « de tant de gentilshommes [par les édits contre les « duels] ^ luy avoit en mesme temps conservé les âmes
* Voir t ly dans VÀppendice^ note G.
6& LES FILS D'ARNA€LD D*AIfDILLY.
(( qu'ils auroient sacrifiées au démon dans ces combats (( abominables. Je ne sçaurois, après cela, ne point es- « pérer, Madame, qu'il exaucera mes vœux en continuant « à combler Vos Majestez de ses plus saintes bénédic- (( tions... »
Ces bénédictions, la reii)e et son fils les devront en partie à d'Andilly, car on se rappelle le zèle infatigable que celui-ci a. déployé contre -les duels ' ;• zèle qui, pour le dire en passant, avait été couronné- dans sa famille des plus heureux résultats : car, en un an [1642-1643] ^, des réflexfons inspirées par deux duels manques^ avaientconverti deux de ses fils, faisant de l'un .un abbé, et de l'autre un solitaire de Port-ftoyal. Tant de respect chez ses enfants pour le&édits du roi méritait bien à l'un d*eux une place chez le duc d'Anjou. Le roi d'ailleurs et le duc d'Anjou avaient eu le temps, d'êtrç suffisamment renseignés par leur mère suf l'intérêt que portait d'Andilly à la santé des. princes ; et .le 17 octobre 1658 celui-ci adressait à Louis XIV convalescetit, et à son jeune frère brillant de saiTté, les lettres suivantes :
« Au roi. — Sire, si j'avois l'honneur d'estre aussi « particulièrement connu de Vqstre Majesté que je l'estois
1 Voir plus haut, L i, p. 19. '
3 Antoine s*était converti vers la fln d*août ou yen le. commencement de septembre 1643. (Voir plus haut, t. ii p. 32, m i.) Luzanci avait reims son enseigne ft Richeiléù en 1642 (Cf. Mém, de Lancelot, 1. 1, p. 387, et D. CIè> roeocet, Hist, de P, R., t viii, p. 35]; et en mars 1642 {Mim. de Lancelot^ U I, p. 339, n.), ou plutôt le 22 mai 1642 {Origine de» solitaires^ p« 6;, Luzanci était entré à Port-Boyal. Cependant le duel, cause de la conversion de ce dernier, Tavait menacé en 1640. ( Cf. D. Clémencet, ibid,^ p. 33, et Lettres de isi M, Angélique , U i, p. 104, Ictlre cxvii, de novembre 16it0.}
s Mém. de Vabbé Arnauld, part, i, p. 260 ; D« Çiémencet^ Hist, deP,iL, t. viiiy p. 33.
CHAP. IV, SECT. n, AKT. I, § m. 65
« du roy vostre père, j'oseroîs espérer de vostre bonté « qu'elle m'accorderoit avec joye la grâce qu* je luy tt demande très humblement, qui est, Sire, de me perce mettre de récompenser une charge pour mon fils ; puisce que Sa Majesté tesmoignoit tant de satisfaction de mes tt servîces,-qu' après l^mort de M. des Sceaux, secrétaire « d' estât, elle me fit l'honneur de me- faire oflnr sa « charge en dominant cent mil $cus de récompence à ses « héritier^ ^* Mais, Sire, quoyqu'en perdant ce grand tt prince j'aye perdu mon maistre^ comme il est encore « vivant en la personne de Vo§tre Majesté, qiri- n'est pas « moins qu'il estoit mon roy etiçon maistre : et que de « mesme que je l'ay servj; mon fils.asecvy Vostrç Ma- « jesté avec la fidélité et la.passioi? qui luy sont hérédi- « taires, et dont, sans parler de plusieurs autres de mes « proches qui ont perdu la vie pour soir service et pour tt le vostre, celuy de mes oncles qui estoit maistre de « camp du régiment de Champagne et gouverneur du « Fort-Louis 2, en a rendu des preuves si signalées que « Vostre Majesté n'ignore pas sans doute (Ju'il a esté « l'ime des causes qui ont autant contribué à ce grand « ouvrage de la prise de La Rochelle : comment pour- « rois-je craindre. Sire, que J)ieu ayant favorisé Vostre « Majesté d'une boiité toute extraordinaire, elle ne vou- « lust pas me permettre d'employer mon bien pour tt. donner moyen à mon fils de luy continuer ses services « en récompensant une charge, puisque j'oseroîs mesme « espérer que, s'il en vaquoit quelqu'une, elle la luy
^ et Mim. de ttAndiUyt part. 1, p. 161 ; Mém, de Cabbé Amauld, part, lu, p. 128.
2 Mém, de d^Andilly, part, i, p. 4P. — Cf. Tallemant, HhtorieUeif 1. 11, p. dOd, et plus bas, ehap, y, secU m, arU i.
66 LES F|LS D*ARNAUID D'ANDILLy.
0 donneroit sans récompence. [D'Andilly, on le voit, n'a « rien perdu de ses prédilections pour les p|^arges gf a- « tuites ^ ; mais comme cette prédilection a été n^a^heu- « reuse, elle n'est plus exclusive.] Ainsi je me pfonaets, « Sire, de la bonté de Yostre Majesté que, lors(ju' après « avoir renoncé au moufle, j'emplqye le reste de m^ vie (( dans la retraite à demander à. Dieu qu'il continue à « combler Vostre Majesté de ses p]u3 sainte^ bénédip- « tions, elle n'aura pas désagréable que nion fils fmpiçye « la sienne à la servir. Et permettez-WQj^, s'il vous plsusti « Sire, de prendra la liberté de dire à Vostre Mqjesté « qu'elle ne seroitpas s^lemejit comme elle est, le plus « grand roy qui soit sous le ciel, mais qu'elle seroit le (( pluâ puissant de tous les monar^iue^, si tous ses sujets « avoient autant d'ardeur pour son service qu'en aura f( jusqu'à la mort, avec: le plus profond, respect que l'on (( vit jamais, Sire, de Vostre Majesté, le très humble, « très obéissant, et très fidelle sujet et serviteur,
(( Monseigneur, si j'avois-Thoihieur d'estre aussi parie ticulièrement connu de vous, que je l'estois du roy ft vostre père, j'oserois me promeltre que vous pe reçe- (( vriez pas seulemept mon fils, dans f honneur de vosire u service avec vostre bonté accoustumée; mais avec quel- (( que satisfaction d'y voir entrer un hoinme, qui ne sçau- (( roit m' avoir pour père, sans estre attaché à son devoir tt d'une manière peu commune. Il faudroit, Mensei- « gneur, qu'il changeast de nom pour ne vous pas servir a non seulement avec une inviolable fidélité, mais avec
1 Mém, de iTAndiUy, part i, p« i63 ; et plus haut, 1 1, p. 11.
CHAP. lY^ SECT. n, ART. I^ S III* $7
a un zèle digne d'un aussi grand prince que vous estes ; « et je le désavoueroîs pour mon fils s'il se conduisoît « d'une autre sorte. Que si mes prières méritoient d'estre (( exaucées, j'aurois, Monseigneur, sujet de croire qu'entt core que je ne sois plus du monde, je uq vous serois pas (k entièrement inutile, puisqu'il ne se passe point de jour « que je n'en fasse pour vous dans ma retraite, et que « plus vostre condition est élevée, plus vous avez besoin <c que Dieu vous favorise de ses grâces, au milieu dé tant « de périls dans lesquels vostre vie se passe, -estant sans* « cesse environné comme vous Testes de tous les hon- (( neurs, de toute la pompe et de tous les plaisirs du « siècle, j'espère; Monseigneur, que vous me pardonne- « rez cette liberté, puisqu' estant aussi judicieuk que vous a Testes, vous n'avez garde de trouver estrange que « chacun parle son langage, et que celuy du dézert ne « doit pas estre celuy de la: cour. J'ose mesme me pro- « mettre de vostre bonté que cette sincérité vous per- (( suadera beaucoup mieux que tout autre chose ne le « pourroit faire, quel est le profond respect et l'ardente (( passion pour vostre service avec lesquels je me tiens si tt honoré d'estré, etc. »
Ces deux lettres sont les ballons d'essai de ce nouveau voyage que d'Andillyveut tenter peur son fils dans les régions orageuses de la cour. Toutes deux rappellent cette retraite quia scellé dans ime déception du courtisan les liens qui attachent désormais le solitaire à Port- Royal. Mais avec quelle adresse il en parle I Du principal obstacle qui s'est opposé à sa fortune il fait un. appui à la fortune de son fils. Tandis que celui-ci servira de son mieux la cour près du prince, son père le secondera dans la solitude près de Dieu. Les orages de Port-Royal, dissi-
68 LES FILS D'AKNAtJLD D'ANDIUY.
pés par un retour de faveur, se résoudront en prières. — Robert d'ailleurs se garde de révéler formellement ce qu'il désire. Dans sa première lettre, il indique d'une manière vague une charge qui permette à son fils de servir te roi. Dans la Seconde, il demande au duc d'Anjou pour son fils l'honneur d'entrer au service de ce prince. 11 fallait voir cîbmment seraient accueillies ces modestes ouvertures avant de déceler des prétentions plus élevées. Sept mois s'écoulent durant lesquels d'Andilly a dû s'assurer que les dispositions de la cour ^ne semblent point de prime-abord défavorables à ses projets ; car le 29 mai 1659 il se décide, au milieu d'un calme appa-
rent, à lancer toutes ses espérances, mais lestées des plus sage§ précautions, dans la lettre suivante : « Ma- « dame, -écrit-il à la reine, le désir de voir mon fils en « estât de continuer à cendre Ses très humbles services « à vos majestez, me^ faisant entrer avec joye dans le « dessein qu'il a de récompenser une^charge, j'ay trop « receu de màiiques de la'bienveillance dont V. M. m'ho- « nore, et mon fils a le bonheur d'estre assez particuliè- « rement connu d'elle, pour craindre qu'elle ne l'ait pas « agréable. J'ê^père ay contraire. Madame, que V. M., <{ considérant en luy la fideîlité qui luy est héréditaire, « elle prendra plaisir, à luy voir remplir une charge où « j'ay sujet de croire qu'il sera assez heureux pour reste pondre, par ses actions, à la grâce .qu'il aura receue « de V. H. Ce sera, Madame, l'accomplissement de mon « dernier souhait dans le monde, où rien désormais n'est « capable de me toucher, que de pouvoir, par mon fils, « m'acquiter en quelque sorte des obligations dont je « suis redevable à V. M^ [Comment refuser pres.de sa « tombe un vieillard si peu peu offensif et si reconnais-
OLàP. IV^ SECT. n^ AtT. I^ S II'* 6^
« sant?] J'ay prié M. Bartillat [inappréciable amil] de « luy dire [à Y. M.], en luy présentant cette lettre, quelle « est la charge dont mon fils a la pensée de traiter, et « j*ose me promettre, Madame, de l'extrême bonté de (( V. M. que, n'ayant l'honneur d'estre connu du roy que « par les tesnraignages si ïavorables-qu'il a pieu à Y. M. tt de luy rendre de-moy en plusieurs rencontres [les lettt très de d'Andilly étaient parvenues à leur adresse], elle « UQ me refusera pas la grâce dé luy parler de cette, aftt fdre; dans laquelle je ne doute point que son Éminence « ne daigne bien tant obliger mon fils, que d'asseurerYos « Majeetez qu'elles esté satisfaite de sa» conduite, dans « lés divers e(pploy's où il a eu l'honneur de les servir o sous ses ordres [il faudrait jeuer de malheur pour que « le jeune intepdant de l'armée Mazarihe fût oublié du (( ministre] ; et qu'il seroît difficile qu'elles jettassent les « yeux sur une personne qui s'acqiiit^t plus fidellement (c de la charge pour laquelle je demande très humblement «l'agréement de 'Vos Majestez. Je le leur demande, « Madame, avec d'autant plus de «hardiesse, que je ne « puis appréhender que mon fds manque jamais à aucun « de ses devoirs, puisqu'il faudroit qu'il cessast d'estre II' mon fils pour n'eslre pas avec autant de passion et un ù aussi profond respect que je le suis, etc. f »
t Cette lettre, les précédentes et celles qui ?ODt suirre prouvent avec la
dernière évidence que c'est bien Robert lui-même qui révèle à la cour les
prétentions de son fils. — ^Voicl cependant comme les partis écrivent rhistoire.
D*Gerberdn, à qui avait éCé communiquée, comme nous 1e tercons bientôt
[p. 79» n. 2], la correspondance de Robert, nous apprend que : ■ La pré-
c ventien où étoit Ta cour, et principalement la rejne-mère, contre Port-
t Royal ne parut jamais davantage qu*à Poccasioo de M. de Pomponne qui
« traitoit de la chatge de chancelier de Monsieur, fVère ^u roi. Les Jé-
fl suites... rayant su, en donnèrent aviià ta reyne-mére tt au cardinal