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70 LE$ nLS D'ARNADLD D*ANPILLT.
Le frêle papier auquel d'AndiUy confiait ainsi la fortune de son fils fut bientôt convoyé de deux lettres nouvelles qui, tout en félicitant la cour sur le traité des Pyrénées, devaient y protéger et y seconder l'effet produit par la première '. Toutes deux sont datées du 2 juin 1659. L'une est adressée à la reine. « Madame, écrit « d'Andilly à oette' princesse, -quand ht solitude où je « suis venu finir ma vie me f endroit insensible à toutes « les choses de la terre, je ne sçaufois n'estre point « touché d'une aussi grande fâvçur du ciel qu'est ^celle (( de rheureusef paix qui aijeste le cours de tant de ruis- « seaux dé sang et de larmes; et>qui par la réconcilia- (( lion de ces deux puissantes monarchies, dont le calme (( peut rendre la tranquillité aux autres, changera la face « de toute l'Europe, et la restablira dans sa première « félicité. Mais, Madame, lorsgue je considère qu'après « Dieu c'est principalement aux vœux et aux soins de « Vostre Majesté qu'on doit le succez presque inespéré
• Mazarin, qui empêchèrent que M. de Pomponne* eût cette charge... • (Hist du Jansén,, t. ii, p. hié.) — Vofar cependant la lettre de Maiario [da 35 août 1659] dont noya citerons pins bas quelques lignes, et qui, sans 1^ timer les personnalitésjdc G^J)èroD, a pu le mettre sur la voie d*inductiolis quMl aura transformées en assertions. — Ce n^ést pas la seule fois d*aillenn que les historiens de PÔrt-Royal rlTtflls«Bt avec leurs adversaires de facilité à décharger leur dossier, afip de mieux charger oelui. du prochain. Ainsi pour en citer encore un exemple, toujours tiré 8e l'histoire de la famille Arnauld, lorsqu* Antoine, père de Robert, sollicite à Rome des bulles pour sa fille Angélique, à qui il a fait changer de nom et d*âge, parceque sous son premier nom et avec son âge véritable la jeune abbesse de Port-Royal avait déjà essuyé un refus, (Voir plus haut, t ii, p. S, n. i) la demande subreptice éprouve quelque relard. Evidemment si la cour de Rome eût été avertie, elle eût de nouveau refusé les bulles ; ses retards ne viennent dpnc que de sa lenteur ou de ses soupçons. Pas du tout ; ils viennent des machinations des Jésuites. (Guilbert, Hîém, hist. et chron, sur P, /?., t. i, p; 366.) De quelles machinations et de quels Jésuites a voulu parler Guilbert? 1 Cf. D. Gerberon, Hi»t, du Jansén,, t. ii, p. 407.
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« d'un si grand ouvrage, pourrois-je estre attaclié par (( autant de nœuds que Je le suis à tout ce qui regarde le « service et la gloire deVostre Majesté, et ne rendre pdâ à « i)ieu des actions infinies de grâces de ce qu il vous fait u estre non seulement la plus grande reyne du monde et « mère du plus grand dQ tous les roys^ mais la véritable « mère de la France par cet heureux repos que vous avez « tant contribué à luy procurer. Et comme il ne pourroit (( estre qu'imparfait s'il n'estoit durable, il ff^ut avouer, c( Madame, que vous estes merveilleysément obligée àson « éternelle Majesté de ce qu'en mesmë temps qu'il exauce « vos prières en finissant une guerre si sanglante, par une « paix si glorieuse, il y ajoute l'accomplissement de vos a souhaits en raffermissant par une idliance qui noyera c( dans la joye .publique de ces deux peuples le souvenir « de leurs inimitiez passées ^ et^ra le sacré lien qui les (( réunira pour jamais ensemble par une postérité non tt moins illustre que le sont ces deux tiges si augustes « (font elle tirera son origine. Comme je ^lis asseuré. Maie dame, que Yostre Majesté ne <}ésire rien dans le monde ce avec tant d'ardeur, x^ sera aussi désormais l'une des « choses dont je.prieray Dieu le plus ardemment ; mais tt après luy avoir auparavant demandé de couronner tin a joiir Yostre Majesté d'une-couronne aussi éclatante et (( aussi riche par dessus ceHe qu'il vous fait porter icy- (c bas, comme il y a de différence entre les choses péris- <( sables et les étemelles. Que si. Madame, l'on pouvoit Il souhaiter quelque chose de plus grand pour Yostre Man jesté, je ne doute point qu'elle ne me fasse l'honneur tt de croire que je le souhaiterois de la mesme sorte,
î Le mariage de Unis XIV.
(( puisqu'il est impossible d'estre avec un plus profond « respect et une passion plus véritable que je le suis. • • • » Tout en souhaitant à la reine une couronne céleste, d* Andilly ne perd pas de vue le voisinage des couronnes terrestres qu'il ambitionne pour son fils; et il sait quel bras puissant l'en a lui-même écarté. Pour faire fléchir ce bras hostile, i( fléchit hii-mème devant Uazarin un genou humilié. « Monseigneur, écrit-il à l'homme qu'il « doit si \;rueilement maltraiter dans ses Miémoires ^, a entre ies^louanges qui sont deues à Yostre Éminence « pour la plus grande action de nostre siècle, sa-'modestie « ne sçauroit rejette^ avec justice celles qui ne peuvent « estre suspectes de flatterie : et ainsi j'ose e^péref que tt les miennes ne hiy seront pas désagréables, puisque « je n'ay -garde d'avoir appris dans ma retraite cette ma- « nière si peu sincère de parler aux grands à laquelle je « n'ay jamaid pu m'aQcoustumef dans le monde, et au « milieu mesme de* la cour. Mais pourrois-je, Monsei- (( gnëur, estre aussi bon François que je le suis, et ne c pas tesmoigner àVostré Éminence la part que je prens « à l'obligation dont toute la France luy est redevable de « ravoir délivrée des misères d'une très sanglante et très (( longue guerre par une paix si glorieuse qu'elle est (( sans exemple dans nostre histoire ; non seulement à « cause des avantages qui noqs en reviennent, nws parce cequ'on n'a point encore veu une telle autorité et we
1 Mém. de d^ Andilly, part ii, p. 120 ; Toir plus haut, 1 1, p. 16^ — n existe dans les papiers de Robert une parodie satirique du testament de Mazarin, dont la minute est de la main de son secrémire, mais corrigée de la sienne de manière à foire croire qu*il en est Pauteur. l\ y reste également une copie, retouchée par d* Andilly, du pamphlet cause de la disgrâce et de l*exi) de Saint-Efremont (lettre à M. de Créqui), pamphlet que Ton sait dirigé contre la paix dont Robert se déclare ici radmirateor.
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« telle capacité rassemblées en la personne d'un nainistre, « qu'il ait pu, sans le conseil et l'assistance de qui que ce a soit [tout à l'heure le succès était dû^ principalement « aux soins de la reine; telle est la sincérité. que d'An- « dilly a emportée de la cour dans la solitude], desmesler « luy seul par la clarté de son esprit tant d'incroyables fc difficultez, y trouver deç expédiens par la force de son « jugement; surmonter, par une ^dresse adnoirable jointe « à une invincible Termeté, les obstacles qui s'opposoient « à ce grand dessein , ' et ajouter à cela ce secret inpuy « qui a fermé la porte aux traverses «qu'auroit pu rece- « voir une 'si importaiite négociation, si plusieurs per- « sotines y eurent* eu ^art. Uiixe semble. Monseigneur, « que je ne sçaurois mieux faire connoistre à Yostre f( Éminence quel est mon zèle pour son service, que par « les actions de grâces que je rens à Dieu de vous avoir « donné toutes les qualitez nécessaires poitr accomplir « un si grand i)uvrage, et qu'eiî le priant d'assister Vostre « Éminence dans le désir qu'elle a sans 'doute de faire a par ses ^oins et ses conseils, que le rpy rende la France « aussi heureuse qu'il Ji'a jusques icy; par son courage « et par le;3 travaux et la .conduite de Vostre Éminence, f( rendue glorieuse et triomphante. Cela ne vous sera pas (( difficile. Monseigneur, dans ce caln^e *q[Ue V03tre pru- (c dence va faire succéder à tant d'orages. Et qrfy a-t-il « de plus doux après avoir veu avec regi'et souffrir les « peuples dans une guerre que vous n'avez point com- « mencée, que de les soulager et les rendre heureux en « les faisant jouir des fruits d'une paix que vous leur ce avez procurée ; que de restablir avec l'abondance l' orée dre dans tous les* ordres de ce royaume ; et attirer c( ainsi sur Vostre Éminence non seulement tant de
7b LES FILS D'ARNAUID D'ANDILLT.
« louanges, mais tant de bénédictions qu'elles montent « jusques au trosne de la majesté de Dieu, afin qu'après « vous avoir comblé de ces honneurs fragiles et pérîs- « sables qui ne sont pas dignes de borner l'ambition des « chrestiens, il vous en accorde qui dureront éternelle- « ment. Nulle autre récompense, Monseigneur', ne peut « égaller les services que vous continuerez de luy rendre « en travaillant à fairecésser ces funestes divisions qui « entretiennent encore la guerre dane le reste de l'Eu- « rope, et en donntot lieu à tous les peuples de la terre « d-envier aux sujets du roy la félicité dont ils jouiront (( sous une dominati^on aussi juste et aussi glorieuse que f< sera la sienne. Ce sont les vœux que je fais dans ma tt solitude pour Vostre ^Immence, et j'eBpère qu'elle me « fera Fhonneur de'les regarder comme la plus grande « preuve que je puisse luy donner de mon respect et de « la vérité avec laquelle je suis, etc. » .
Mais en dépit des sages précautions qu'il avait accumulées, d'Andilly vit soudain le souffle des. partis entraîner dans un tourbillon ses lettres vers les orages. Le cri d'alarme qu'il en jeta retentit *de 'Sedan àVeretz, où se trouvaient alors, on se le rappelle, deux admirateurs de son Jansénisme aussi- verttteux que désintéressé ; et le 8 juin 16!i& il reçut de Fabert le billet suivant : « J'ay « veu. Monsieur, la copie de la lettre que vous avez « escritte à la reine. Je serois afligé au dernier point sy (( cette affaire ne se faisoit point, et sy elle ne se faisbit « point pour la raison qu'on vous a alléguée '. Je vous « demande des nouvelles, s'il vous plait, dç cella comme « d'une chose en laquelle il me semble que j'ay un bien
1 Cette raihon, iiouj allons le voir, était le Jansénisme.
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« grand intérest. Geluy que j'ay à vostre satisfaction ne « me laissera pas en repos que je ne sache ce que la i( reine vous aura respondu. Je sçay que vous aurez une « bien grande cabalie contre vous; mais Dieu, s'il luy u plait, dissipera cella. Je vous comfesse, qu'après ce « qui vous conserne, qu'il me semble que nulle autre « cwfMdération ne me tousche ; mais icy 11 n'en est pas
0 de mesme, parceque je sens aussy pour monsieur vostre a fils beaucoup d'inqulétudç qui durera jusques à ce que h Dieu l'aura tournée en joye, parle succez qu'il douce nera à son desseing. »
Pour seconder les desseins de Dieu et les diriger au succès, d'Andilly était accouru de Pôrt-Royàl à Paris. « U y a huict ou dix jours, lui écrit le 10 juin 1659 l'abbé If de Rancé, que je suis à Pony ^.. Je sceu le jour que « je partis de Paris que vous y estiès arrivé, et 1q suget
1 de vostre vcAage. Je souhaisté que le succès en ait esté « tel qu'il a deu estre, avec plus de passion que je n'en « ay pour choze du monde r et je vous prie de croire que, u vostre congiàéTSLÛçn à part, je suis fnfiniment sensible (( à touts les intérests de monsieur VDstre fils. »
L'apparition de.d'Andilly à la cour avait eu les meilleurs résultats ; la reine était entièrement conquise aux intérêt? de Pomponne^, et d'Andilly 'n'avait plus que de vagues inquiétudes sur les dispositions de Mazarin, lors-
1 Château dans la Touraine. (Lettre inéd, de Rancé ti d^Andilly, du 4 août 1659.) u apparteDait à une dame amie de d*ABdllly, de Rancé et de son oncle rarcheTéque de Tours (ibid, et lettre du i% juin i650); nous pensoift que cette dame est M"* Le Bouthillier, reuTe de Claude,, surin tendant des Bnances, belle-sœur de rarchevéque de Toiîrs et tante de Pabbé de Rancé. — Voir plus Jiaut, 1 1, p. 158, n. i.
2 Voir plus bas, même $, la lettre de Fabert à d*Ândilljr, datée du 6 août 165$.
76 LES FILS D'A&NAULD D'ANDOLY..
que le 28 juin 1669 Fabert lui écrit : « Le billet que vous « m'avez fait l'honneur de m'escrîre le 21 me donne trop « de joye pour ne vouslapastesmoigner. J'ay, Monsieur, (( une impatience tout à fait grande de veoir achever « l'affaire à laquelle la reine a de sy bons et légitimes (( sentimentz, et j'oze vous dire que je me sens autant son « obligé de cella que sy c'estoit une affaire qui regar- « dast mon fils. Sy vous voiyez mon cœur, vous y vèrrijBz
' « plus que ce que je vous dis. Aprè^la responce de la (( reine, je ne croy pas que vous deviez apréhender perce sonne, estant croyable qu'elle ne l'a pas faitte qu'après i( avoir consultez S. Ev, qui ainsy vous aura .desjàr estez « favorable. De plus il vous avoit renvoyez à la reine. » L'opinion de Fabert.semble si plausftle à d'Andilly lui-même, que celul-cr prépare ses lettres de remerciement pour la.reiixe et pour Mazarin : « Madame, dit-il à c( la reine, puisque les faveurd ne se mesurent pas seuc( lement par elles-mesmes; mais aussi par la qualité des (( personnes dont on les reçoit, et par la manière dont « on les fait, Yostre Majesté ne s'estenhera pas, s'il luy « plaist, de me voir dans l'impuissance d'égaller mes « trèis humbles remercimens au ressentiment que je con- « servpray à jamais de Ifi grâce .qu'elle vient- de m'ac- « corder. Le seul intérest. Madame, qui me reste dans « le monde, estant renfermé en la personne de mon fils, c( c'est sans doute, une fort grande preuve de la bonté « dont Vostre Majesté m'honore, que d'avoir eu a^éable a ma très humble supplication sur son sujet. Mais j'a* « voue. Madame, que c'en est une autre incomparablece ment plus grande, que d'avoir, par la confiance que « Vostre Majesté a bien voulu prendre en sa sincérité, « surmonté une peine née dam l'esprit de Vostre Ma-
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ajestés pour des comidérations qui, encore qu'elles ne il k^ regardent point en son particulier , le regardoient en « quelque sorte à cause de moy. C'eât là, Madame, cette a obligation saps égalle que je ne sçaurois assez rett connoistre quand bien je Taurois payée de ma pro- 0 pre vie , parcequ'il a fallu que Vostre Majesté se (( soit combattue eUe-raesme en ma faveur et en faveur (I de mon fils. Mais afin qu'il n'en- puisse pas rester à « Vostre Majesté le moindre scrupule,/? ItAf proteste de:a vant^ Dieu^ sur mon Honneur et sur mon salut^ que « rien n'est plus véritable qfie les asseurances que mon « fils a {ait donner sur c^laà Vostre Majesté; et j'ose « diresans crainte, qu'elle ne seroit pals moins contente « de moy que de luy, si j'estois encore en estât d'ayoir a l'honneur de la pouvoir éclaircir de vive voix de tout ff ce qm peut à gnon égard luy donner peine. Je ne veux a pas, Madame, par respect, entrer plus avant dans ce tt discours de peur d'importuner Vostre Majesté. Mais « j'espère qu'elle n'aura pas désagréal)l^ que je l'asseure « qu'avec la grâce de Dieu, mon fils se conduira dételle tt sorte dansk charge qulelle luy ^ait l'honneur de troutt ver bon qu'il remplisse, qu'elle ne remarquera nulle tt différence entre luy et moy dans l'inviolable fidélité et u l'ardente passion qtl'il floit^ avoir peur vostre service, tt Ce qui est, Madaiaie, le plus que je sçaurois promettre tt pour luy, puisqu'il Qst impossible d'estre plus véritatt blement que je suis-, etc. »
Deux choses surtout demeurent constatées par cette lettre ; la première,' que le Jansénisme était redevenu un obstacle pour le fils sous la direction du père ; la seconde, que le père et le fils niaient à l'envi le Jansénisme pour détourner l'obstacle.— Il n'fîn coûte pas plus à leur gra-
18 LEi FUS D'àRHACLI) D'ANDILLT.
titude pour se mettre à la discrétion de Mazarin : « Mon- « seigneur, écrit d* Andilly à cette Éminence dont il rêve « l'assentiment pour ses projets, comme après la grâce « que Dieu m'a faite de venir finir mes jours dans cette « heureuse et sainte retraite, il ne me reste plus aucun « intérest dans le monde que ceux de mon fils, je ne a sçaurois trop tesnioigner à Vostre Éminence, par mes « très humbles remercimens, combien je ressens F exce trême obligation dont nous luy sommes* tous deux re- « devables. Vous l'avez tiré, Monseigneur, de l'inutilité « qui luy faisoit tant de peine S et où j'en âvois tant de « le voir, pour luy donner moyen de servir dans une « charge où j'espère, avec l'assistance de Dieu, qu'il ne c( fera rien d'indigne de l'opinion si favorable qu'il a pieu « à V.HE. donner de luy à Leurs Majestez, ny de la rec( connoissance qu'il dqit avoir des efiets de la bonté dont « V. E. l'honore. J'ose tnesme me promettre, Monsei- « gneur, que sans me flatter par l'affection qui me le fait « encore plustôst considérer comme mon sCmy que comme « mon fils, plus il aura l'honneur d'estré connu de V. E. , « et plus eHe en sera satisfaite. €eque je n'aùrois garde « de dire, à moins que de .le connolstre moy-mesme au- « tant que je fais/ Mais je|5uis sans crainte respondre à « V. E. de sa. gratitude, de sa fidellité et de sa passion « pour son devoir : de mesme que je croy que V. E. me (( fait la justice d'estre persuadée de ma reçonnoissance « envers elle, de mon zèle pour le service de Leurs Ma- (c jestez, et de mon extrême désir dé luy pouvoir tesmoi- « gner par mes actions que l'on ne sçauroit estre plus « véritablement que je suis... »
* Voir V Appendice, note'dHj.
CHAP. IV, SECT. n, ART. I, S DI- '9
Après avoir parcouru ces lettres dans la copie qui nous en reste, on serait tout surpris, si on en tournait la dernière feuille, de lire au revers cette note autographe de Robert: Lettres touchanl 921, qui n'ont de rien servi. 921, c'est le chiffre par lequel, d'après la méthode janséniste ', d' Andilly désigne ordinairement son cher et bien aimé Simon. Gonunent ces lettres, dressées^pour Simon, n'avaient-elles de rien* servi? C'est que, du rêve, d' Andilly était/etombé brusquement à la réalité. Le coup qu'il avait prévu, mais qu'jl pensait avair détourné,, et dont un machiavélisme ennemi lui avait dissii^ulé l'approche, l'éveillait en sursaut au moment, où il croyait saisir sa chimère. C'était le Jansénisme qui, après l'avtùr frappé une première fois d'incapacité, l'en frappait une seconde, et bien plus cruellement, dans la personne de son fils.
Ce coup surprit RobeJrt comme s'il eut été inattendu, et l'exaspéra comme s'il eût été immérité. Il sentait que c'en était fait, sinon de 1' avenir.de son fils, du moins de ses plus prochaines espérances; et cependant, quoiqu'il les vit disparaître, il voulut les ressaisir par un effort désespéré où sa souplesse cette fois se concentra sous son énergie. 11 écrivit de nouveau à la reine et à Mazarin [23 juin 1669] ; mais quelle différence de langage! C'est tout au plus SI le ressentiment s'y contient d'aborâ entré les parenthèses et les réserves qui l'empêchent de dégé^ nérer en révolte^. « Madame, dans une douleur aussi sur-
i Voir pitti haut, 1 1» p. SI, n. i t et te Recueil ifi-i2, p. 800, n. Ce chiffre de 921, représentant le nom de Pomponne, nous donne la clerd'un passage de la lettre du 13 novembre 1661 (ilisU^des Persécut,, p. 5d] où a M. Angélique de Sainl-Jcan se plaint de la tiédeur 'de son ft^re pour la cause de Porl-Poyal.
2 Gerberon, Hiat, du Janeén,, t. ii, p. 421.
80 LES nVR D'ARNACLD D'ANDULY.
« prenante qu'est la mienne. • . j'espère que Votre Majesté « ne me refusera pas au moins la liberté de me plaindre a de mon malheur..... A ce que je voi. Madame, quoi- (c que Votre Majesté fasse la*faveur à mon fils de le juger a digne par lui-même/ il est indigne par cette seule « considération qu'il est mon fils. Ainsi, Madame, je me « trouve saps y penser le plus criminel de votre royaume, « puisque mon crime est jsi extraordinaire que contre 0 toutes les lois du royaume, et contre celles de Dieu (( même, le châtiment en doit passer jusqu'à* mon fils, « encore qu'il n'y ait-aucune part. Mais, Madame, Dieu « vous ayant obligée en vous mettant la couronne sur la « tète, de rendre, la justice à ceux qu'il a soumis à votre « pouvoir, Votre Majesté ne sauroit trouver mauvais a qu'un des plus fidelles sujets qu'elle aura jamais vous
« la demande. Je vous la demande donc »
Cette première fougue de plaintes une fois satisfaite, Robert songe à plaider sa cause et celle de son fils. Les Jansénistes ont accusé leurs adversaires de renier leurs doctrines Iprsqu'il y avait péril à les soutenir. Robert avait déjà nié son Jansénisme dans l'effusion de sa gratitude ; U le nia une seconde fois, comme il venait de nier .celui de son fils, dans l'accablement de ses revers. « Ce « crime. Madame, dont on m'accuse, est que je suis Jan- « séniste. Sur quoi, puisque la nécessité me contraint de « dire à Votre Majesté, ce que mon extrême retenue m'a « empêché JusqUes ici de lui dire en des termes si précis ; 0 je lui dirai, sans crainte que ce prétendu Jansénisme « est une telle chimère que je puis, en ta présence de « Dieu, protester à Votre Majesté, sur mon salut^ qui « m'est plus cher que mille vies, que je ne sai du tout « ce ^ue c'est, w .
GHAP. IV, 8ECT. U, ART. l, $ TSL 81
Cette protestation, Robert se contente, ditr-il dans sa lettre à Mazarin ', d'en envoyer copie à son Éminence« pour ne pas se répéter inutilement ; et cependant il la renouvelle bientôt en ces termes : a Que si le refus qu'on « oppose à mon fils est étrange, j'ose dire. Monseigneur, « qu'il ne l'est pas nfoins de voir qu'il n'ût autre fondec mept que ce prétendu Jansénisme dont mon fils n'a Cl garde d'être coupable; puisqu'on ne l'en accuse qu'à « cause de moy, et que non ^ulement j'en suis innocent, a mais (px^ je ne sçaurois ne l'être pas; car comment 0 poiirrois-je m'intéresser dans ime opinion que je dé- « clare detant Dieu n'être qu'une pure chimère ^»
Ce qui était moins chimérique sans doute aux yeux de Robert, c! était la lettre que vingt-un jours auparavant [2-23 juin 16é0], il avait écrire à Mazarin pour le proclamer te premier ministre qui eût réuni à la fois autant d'autorité et autant de. capacité Ici n n'y- avait plus moyen de nier; se rétracter eût été ridicule. Le cas était embarrassant. Soudain l'homme irrité s'efface, et l'habile courtisan reparsCtt: a Voudriez-vous que je fusse le seul a qui se trouvât comblé de douleur au milieu des Iré- 0 jouissances publiques que produit cette paix si gloa rieuse que vous veijez de procurer à la France ? et de « me contraindre d* avoir regret dam'estre donné l'hon- « neur ^ vous en- écrire de la sorte que fay fait puis 0 qu'encore qûMl n'y ait rien *dans ma lettre qui ne soit a une effusion de mon cœur, je n'aurois pu sans lâcheté
^ Gerberon, HuU du Janêin», ii, p. 425.
3 D*apiis cette troUiême dénégaUoii de d^Andilly, son fiU Antoine n*aurait pu lui donner les mêmes éloge» qu'il donne (BÎém., part, in, p. 171) au marédial de La Ferté, dont la conduite inflexible n^avoit^ disait-il, Jomaû fait chanter U eoq dô S, Pierre,
(( donner des louanges à votre Éminence, quayqu'elles lui « soient justement dues^ dans le temps même que j'au- U rois sujet de me plaindre à toute la terre^ de l'injuste « traitement que je recevroie » Mazarin laissa Robert se plaindre à toute la terre, et se rendit à Bayonne, comme si rien ne l'eût menacé, pour de là parfaire la conclusion du traité des.Pyrénées,
D'Andilly, en apprenant à Fabert, par un billet du 27 juin, ce résultat de ses démarches, laissait entrevoir sans douté que dans son opinion le maréchal aurait pu leur donner une meilleure issue, en usant de sob kifluence sur l'esprit de Mazarin ; car il reçoit dé Sedan cette réponse, datée du 6 juillet '1659 : « J'avôis leu avant hier « avec une satisfaction extrême les deux lettrés que vous « avez escriptes à la reine et à S. Em. sur la paix ^ lorsa que je tombay sur le billet que vous m'avez fait Thon- M( neuf de m'escrire le 27- du passez. Je vous comfesse, « Monsieur, qu'il me touschaiiruellement le cœur. Je « m'atendoîs à aprendre tout le contraire de ce que j'y « lus, et av'ois une telle impatience d'avoir de vos let- « très, penssarit y veoîr la conclusion favorable de l'af- « faire de fnonsieur vbstre fils, que je n.e suis jpas encor « reiÈîs de la surprisé que j'eus. Non seulement, mon- « sieur, j'eUsse parlez à S. Ém., sy f eusse estez à Paris « et que vous l'eussiez désirez, mais je prendroîs de bon « cœur la poste, et irois la suivant à Bayonne pour avoir « l'honneur dé lay dire ce que vous désireriez qu'il sceut (c par ma bouche, sy je croyois que cella pust tant soit « peu servir à l'affaire. J'aurois tant de joye de pouvoir « vous estre util , que je ne prendrois pas seulement
i D'AndUly feisair, de la plupart de ses -lettres, des circulaires dont fl •dressait les eopies à ses vaàs* S^ correspondance le pronre ft tout instant
CHAP. IV, 6EGT. U, MIT, I, g 01. 8S
tt Yostre consentement pour le voyage ; mais j'espère, (( aydant Dieu, que vos deux secondes lettres à la reine « et à S. Ém. auront fait ce que je sçay que je ne sau- « rois faire. Après les raisons que vous y, aportez et la a manière de les exprimer que vous y*avez gardée, je ne (i croy pas qu'elles n'emporte ce que vous désirez. Je « ne juge pas de cette affaire conune engagez dans vos « intérests, mais comme une personne libre, pei|ant les tt raisons qui me semble sy grandes de vostre part que u je ne puis ne pas croire que vous n'ayez un entier con- (( tentement de la chose dont je prie. Pieu d'avoir- des (( nouvelles bientost. » ... - «
Rancé, qui n'était rien moins que le favori de Mazaria, n'avait aucune raison pour se tromper sur. le compte du ministre, ni pour se faire illusion sur 'les chances qui restaient à d'Andiily s « J'attends toujours avec inquié- « tude, écrit-il à celui-ci le 12 juillet 1659, des nouvelles « de l'affaire de Fa personne dont vous me parlés dans li vostre lettre ; et quoique l'abbé F. S qui a passé par ici, « nous ait assuré que touttesiesdii&eultés estoiènt levées, « je n'ai pu me l'imagiper, conessant un peu le terrain de « ce pais là et la manière d'agir de ceux qui n'auront pas « manqué de lui faire naistre des traverses. Je souhaitte « passionnément que la choze réussisse; je* m'en suis ft d^jà expliqué dans une de mes lettres. Mais conatan- (( ment touttes les grandeurs et les estaWissemens du « monde n'en valent pas le détachement et le mespris ;
1 Qn ne démèleiias bien dans roriginal^ eetle Initiale est nn T on un F. Dans ce dernier ^as, il pourrait élre question de i'abbé de Fenquières, le parent et Tami dos Ariîaulîl. — Cf. Mém. de Vabbi Arnaud part, i, p. 494f et part m, p. i77; M. Et. Gands, LeU. inéd. des Peuquiéreê, passim, et t. m, infroiC p. XXTI.
8& I£8 FILS D'ABNACLD D'ANDIUT.
(( on est heureux quand on s'en aperçoit de bonne heure, « mais à mon sens le .plus extresme. de touts les maux « est d'en estre persuadé et de vivre comme ceux qui ne 0 le sont pasw Je ne dis pa» cela sans faire de grandes « réflexions sur la vie extrordina\re que vous faites et «sur ma conduite présente, et je ne puis veoir sans « confusion que vous- me m'ettiés au nombre de ceux qui « n'ont plus de sensibilité pour ce que vous et mcy^ « dites-vous, croiQns tout à fait mesprisable. À pêne (( di-je fait les premiers pas. » — Nous ne savons si- ces derniers mots cachent une légère ironie ; mais ceux qui les précèdent renfermaient une vérité cruelle dont une partie déjà s'était révélée à d'Andilly.
Dès le dernier juin 1659, la reine, répondant aux plaintes que celui-ci avait articulées six jours auparavant [23 juin], lui avait écrit : ^ « Monsieur d'Andilly, quelque (( tendresse que vous ayez pour votpe fils, j'ay de la peine « à croire que vous -ayez ressenti autant de déplaisir que « vous en avez voulu faire paroltrcde n'avoir pu obtenir t( l'agréement Auprès de mon fils le duc d'Anjou. J'avois (( cru que vous auriez préyeu les obstacles qui pouvoient « traverser Votre dessein, et suspeudre les effets de ma « bonne volonté pour une .autre occasion qui soit de a moînàre conséquence pour môy et pour mon fils. Mais « quelques impressions que fissent sur moy les seryices (( que vous et votre fils avez rendus, je ne puis me ré- « soudre à me relâcher en faveur de qui que ce soit du « soin et de l'exactitude avec laquelle je souhaite qu'il « soit entretenu dans la pureté de la religion et dans^ la « vraye foy et soumission chrétienne à l'Église. C'est
1 D. Gerberon, HUU du JanUn,^ U n, p. 450.
CQAP. IV^ SECT. II ART. I. S m. 85
« cette raison, je vous l'avoue, qui m'oblige d'éloigner « de lui les personnes qui peuvent par leur communica* « tion lui inspirer des*sentimens contraires ; et je ne puis « ne pas soubçonner votre fils, sachant dans quelles « maximes il a été élevé, quel a été le lieu de son éducaa tion, et la déférence et la soumission, gu'il a p9ur tous (c VUS sentimens et pQur toutes vos' volontés..*,: Je sçais a bien, comme vous me le dites, que l'on ne vous impute « de crime que celui du Jansjénisme ; mais je ne croiray tt jamais comm^ vous que ce prétendu Jansénisme soit f( une chimère, ni que vous me parliez avec votre sincé- H rite ordinaire quand vous me dites que vous ne sçavez (( ce que c'est. 11 faudroit, pour en être persuadée, ^ue « j'eusse moirïs de part aux affaires du monde, et (][ue je « fusse- moins informée du lieu dç votre séjour. Mais soit a qu'il m' arrive de consulter l'opinion publique, ou de « regarder seulement la datte de^votre lettre, il m'est a impossible de plus douter que vous -ne soyez pleine- « ment instruit de cette matière ; sçachant que vous êtes « au milieu- de tou.t ce qu'il y a de Jansénistes et de faute teurs de cette hérésie en France, et comme à la source c( de cette pernicieuse erreur, d'où Viennent tous les V écrits qu'on a fait pour la fortifier et pour la défen- <c dre.... Que si, pour achever de vous éclaircir sur tout (( ce que vous me demandez, vous voulez que je vous die « ce que c'est qu'un Janséniste, et que je vous le défi- « nisse, je vous diray de même qu'à un évêque qui me a fist une pareille question, que j'appelle Janséniste celui « qui ne reçoit pas avec une humilité toute chrétienne (c et une soumission entière la décision du Saint-Siège . « sur cette matière, qui a été suivie de l'acceptation et « du consentement universel de toute l'Eglise. »