‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 39 sur 88 · IL · texte numérisé non relu

IL

S6 I£8 FILS D'ARlfàVLD D'ARDILLT.

Une autre lettre acheva de ^réaliser les pronostics de Rancé. Mazarin, en franchissant la Garonne, avait voulu mettre à jour son arriéré ministériel, et il avait trouvé le temps d'adresser au fils de d'Andilly ces lignes tracées à Cadillac, et datées du 16 juillet 1669 : « Monsieur, u vous vous feriez tort et à moy aussf , sy aprez vous « avoir teâmoigné autant d'estime et d'affection que j'ay « fait, vous croyez que je vous eusse abandonné dans la (( poursuitle d'une affaire que vous, aviez à cœur. I) est tt inutile que je m*estende sur les raisons qui vous ont « empesché d'obtenir l'agréeiiient que vous souhaittiez, 0 puisque vous les sçavez aussy.bien que moy ; et je vous a avbue que j'y ^y trouvé tant de fondement que je n'ay a peu les combattre, outré qito je l'aurois entrepris inu- « tilement. Mais vous ne devez pas croire que cette exi( clusion s'estende à tous les auto^ establissemens aux- « quelz vous pourriez songer, et je vous assure que quand « il se présentera occasion de vous en procurer quelqu'un « plus considérable encores que celuy-là, pourveu qu'il « ne s'y rencontre pas des circonstances qui obligent à « avoir autant dé circonspections, je l'embrasseray avec « chaleur, -et vous . feray cognoistre à quel point je fi suis, etc. ^ » - ' •

Des deux réponses faites aux plaintes de d'AndiUy, la moins décourageante était évidemment celle du ministre, qu'il croyait son ennemL La plusrude atteinte portée à ses espérances venait de la reine, qu'il savait circonvenue par ses amis. Il en conçut une dernière espérance. Eloigné de la reine, Mazarin semblait moins* hostile.

1 Celle Icllre a été publiée par M. de Monmerqué daus les Métn, de Coulang€8,p» 872.

CBAP. IT5 flECX n, ART. î, S ^I. ST

Eloignée de Hazaria, la reine pouvait n'être pas indexi^ ble. Deux résistances cèdent plus facileraont isolées que coalisées. Ces résistances, Robert en avait d'aiDeurs par* faitement reconnu Je mobile. Cbes la reine. Tune prove« naif de la région alarmée < ; ches le ministre, l'autre avait sa somxe dans un^ méfiance iqquiète K D'Andilly s'était réservé le soin de calmer les scrupules de la reine. 11 confia au maréchal Fabert celui d'assoupir les craintes de Mazarin. Avant même d'avoir reçu la lettre officielle que ce dernier adressait de Cadillao à son fils, dès le 6 juillet 16d9, Robert écrivait à. la reine : c< Madame, il « faudroit que rien au monde ne fût capable de me tou^ s cher, si ma douleur n'étoit ^ussi. grande que je l'ai té-* s moignée it Votre Msjesté. Mie ne pourroit. Madame, être e médiocre, quand je n'en aurois point d'autre sqjet que « l'obstacle que Vctpe Majesté a trouvé dans son esprit à tt la très humble supplimtion que je lui ai faite. Mais de tt voir que Votre Majesté èemble cbmnteneer à douter da « ma sincérité, et que,- pour comble d'aQIiciion,* elle ma « déclare nettement d'avoir la pureté de ma fqi suspecte, a c'est ce que j'avoue. Madame, n'avoir pas la force de f suppoiler ; et il n'en falloit pas tant pour me rendre la « vie ennuieuse, si Votre- Majesté n'a la bonté de se « laisser persuader à la justice de mes raisçns. Toute

« Voir les Lettres de la M. Angélique, t. i, p. S4O. 251, 336, 356, 359, SSI, 807; 4. If, p.<5if, 5lS9, Si6 } t. m, p. SOS, 403. — CC D. Gerberon, HùU du Janêén., t. ii, p. 377 1 Hi»i, dêê Per$é€ui.t p» 953.

2 Voir plus haat, 1. 1, p» i6, d. 1. Mazarin était si indifiérenl sur le Jansénisme, qu*H lui promettaU sa protection si Port^oyai le secondait pour faire épouser à son neveu la fille du duc de Liancourt, iiui épousa le prince de Marsillac (Lettres 4e la M* AngéUçue, U Jfl, p; 514- «^Cf* 1. 1, p. 361 ; U u, p. 479^ 437, 507, 589, 616; Mém^ d€ Lancelot, 1 1, pb 369 f Rsdne, HUt,deP.IL,p,.i2i.)

i( ma consolation, Madame, est que Votre Majesté sut (c bien voulu s'abbalsser jusgues à daigner m'écrire ses « sentimens et me commander de lui faire savoir les a miens. J'ai sujet d' espérer qu'elle voudra bien aussi u reprendre pour moi cette ancienne confiance en la (( sincérité-de mes paroles dont elle m'avoit toujours ho- (( noré, et dont j'aimerois mieux momîr que de me ren- « dre jamais indigne par la moindre dissimulation, ni « par le moindre déguisement. Je vas, Madame, vous « parler en la présence de Dieu^ comme si je parlois à « lui-même; et je supplie très humblement Yotfe Majesté « de se dégager, s'il lui plaltj de toutes sortes de préven- « tiens, afin de porter un jugement équitable et tel que u je le dois attendre de Votre Majesté, qui par sa qualité (( de reyne, et derèyne très chrétienne, le représente (( sur la terre '. » .

A la suite de cet exorde solennel se trouvent sept pages de théologie, qui*heureûsement sont imprimées, ce qui nous dispense de lés transcrire, ^ousen laissons r ennui awi; lecteurs deDom Gerberon et la gloire à d' Andilly^ qui, on se le rappelle ^,. était complètement dans le rôle qu'il remplissait en ce moment même, à la tête du Jansénisme, en exposant et en défendant les doctrinès du parti. Depuis, il est vrsd, son frère le força d'abdiquer comme théologien ' * mais alors le parti tout entier s'était groupé derrière sa plume pour endocfriner la reine. Celle-ci. l'avait bien mérité :• au lieu de repousser seulement comme reine et comme mère le Jansénisme du sein de la cour et de sa famille, elle l'avait

1 D. Gerberon, HUt. duJanUn.^ L ii, p. 434 et 44i.

2 Voir plus haut, t.. i, p. 43-219.

5 Voir plus haut, t. i, p. 257-275*.

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poursuivi jusque sur le terrain des discussions théologiques, dontPort-Royal ne pouvait évidemment se dispenser de lui faire les honneurs.. D'Andilly usait donc de son droit en répondant par un duel courtois, mais souverainement ennuyeux^ aux provocations de la reine ; comme nous usons du nôtre, en sous-entendant ses réponses, pour transcrire la lettre que Fabert adressait à Mazarin :

« Monseigneur, je ne croy pas blesser le respect que (( je dois avoir toute ma vie pour Yostre Eminence, (( en < prenant la liberté de luy écrire sur une affaire « d'autruy. M. d*Andilly e^ mon amy depuis J& voyage <c de l'armée du roy nommé la retraite de Mayence ^ il Feu M>' le cardinal de Yallette, dont la mémoire me (( doit estre si chère, me le donna pour tel, et moy à luy. (f Sa mort nous lia encore plus étroitement par nostre « affliction commune et par la considération qu'il nous (( avoit laissée l'un à l'autre. Les lettres soutiennent cette tt amitié iT y a vingt-quatre aâs ^. Les dernières, Mon- « seigneur^ que j'ay receues d'un si ancien amy m'ont « surprix. Je ne le croyais plus en estât d'avoir d'affaires u au monde j [Fabert à son tour «lettrait-il, comme-Rancé, « quelque peu d'ironie dans sa correspondance?] et il « m'escrit av^ec une douleur si grande qu'il y en a une n dans laquelle il croit avoir Y: E.- contraijre, que^ je il croy, Monseigneur, que vous me blasmeriez si, dans tt Tangoisse où 'û me tesmoigne estre, Je luy refusois la « consolation qu'on doit à un amy, de prendre part à i( son affliction, et d'agir tout autant que l'on peut pour «l'en sortir. J'avois creu. Monseigneur, Y. E. satis-

1 Mém» de d^ÂndHly, part, ii, p. 114» et plus haut, 1. 1, p. 44< 3 Cf.ie8 lettits tic Fabert rapportée» plus haut, 1. 1, p. 45.

90 LES PItS D'ARHAULD D'AKDILLY.

« faite des services rendus par AL d'Andilly fils, et K qu'elle auroit plaisir, trouvant occasion de l'employer « en choses considérables^ de luy donner des marques u de son estime pour luy, et de sa confiance. Jesçay que « le père et le fils ont creu certainement cela ; et je sçay u ce qu'on ne peut ignorer, ^'itvom est, MonseigMwr, (( de là éktmière, importance mM% bien (tue[à] ta Frmnces K [et Au-JanséniBttie] d'avoir pour chancelier de Monsieur a un homme asseurfr. Exclure le fils de pouvoir avoir « celte charge par l'argent qu'il préteml en donner, est n le désespéhsr d'avoir Jamais aucuns emplois, et le ren^ « dre inutile au monde. Mais, Monseigneur, Charge te « pauvre père de l'eKolusion du fils, le faire en devenir « la cause» et changer en luy la joye que les pères ont, « contribuant à l'élévation de leurs enfans, en la détresse m de leur estre un obstade^ est im. état» si déplorable « que je nem'estonne pomt que M. d'AndiUy, hors du (( monde, ait esté blessé ' jusques dftos le cœur par ce « coup qui' va à My persululer que V. E. eët très mal safi iisfaii de luy. Sur quoy j*oserois vous dire, Monsei- « gneur, que s'il ne m'ayoit paru pour V. fi. tel que a ceux qui s'inti^ressent au bien du royaume doivent « estre ^ que je serois bien miNBS intéres^pour luy que K je ne suis. Je laisse le Jansénisme, dont de ma vie je <i b'ay ouy parler im fils ; et atufuet, ayant esté asgem^ ce d'une manière qui ne me permet pas d'en douter, qu'ii « n'a Jamais pris et ne veut jamais prendre aucune part, « il seroit bien matheureucc si eella seul estoit cause de ta <( rnyne de sa fortune. Je finiray en s^ippliant encore très

1 Fabcrt ignorait, m^sMatâiin n*avait f9i% oublié, \n sndennfs relations de d'Andilly avec sec emiMifo. — Voir fins iMral, t i, p. 16, n. 1. '

GHAP. IV, 6EGT. U, 4ET. |, $ I}J. 01

a humblement V. E.» avant de coadamoer ma liberté de u luy écrire sur les choses d'un tiers, de considérer que i( Taocieime amitié de I^. d'Andilly et de moy fait que « ses intérests me sont comme les miens» et que je ne a seray pas moins obligé à Y. £., que luy, des grâces ir qu'elle luy accordera. C'est ce que je luy proteste, et « qu'homme du qionde ne^ra jamais avecplus de iidétt lité que moy, etc.. »-

Cette lettre, ce n'était pas à Haz^in que Fab^t l'avait directement adressée, . maïs, à d'Andilly, qui la lui avait demandée et auquel il écrit en. même temps le 27 juiUef 1659 : a Je ressus avant hier avec vos deux « billetz du 17, et un du 20, les copies des lettres escripu tes par vous à la reine, et par Sa Majesté à vous ; }es- « qu^es copies je vous renvoyé avec celles que vous A m'envoyastes il y a;quelque temps, lesquelles je n'aie vois gardées que par uiî scrupiile, je ne sçay comment u venu, de vous les renvoyer. U y a. Monsieur, tant à a aprendre en tout ce que -vous faites, qu'on ne peut fc sans profict lire ce qui vient de vous. Après ce que vous « escriviez à la reine, je ne puisn'estre pas convaincu « que, contre ce qu'on luy a. dict, > Jansénisme ne soit « une chimère ; et je serez dans, une impatience grande « jusques à ce que je sache ce que Sa Majesté vous aura « respradu à vostre dernière lettre, quoyqu'il semble « qu'on ne puisse doubter qu'elle n'en demeure tout à « fait satisfaitte. — Je vous envoyé une lettre pour S. £• « que vous luy ferez tenir quand vous le jugerez à pro- « pos, et que vous aurez quelqu'un auprès d'elle pour If faire la solicitatiim que vous estes résolu de faire faire, « dans le- temps auquel il la recevra. L'on l'eust baillée « chez luy, à Paris, ou chez M. Colbert, pour luy faire

« rendre, sy je n'eusse creu qu'il vous seroît plus agréable « de pouvoir luy faire mettre en main, lorsque quelqu'un « sera prest de luy parler sur le subjet pour lequel elle c( a estez escripte. Je n'aurois pas, Monsieur, attendu que « vous me l'eussiez demandée, sy j'eusse creu qu'elle « eust pu vous estre utille. Je n'ay pas opinion d'estré « plus contidérez de S. E. que vous, et ce qui ne se fera « pas pouf vous, ne doibt pas estrê fait à ma prière. Dieu « veuille qu'en nous joignans tous deux à ceux que vous « employerez encor, vous obteniez ce que vous désirez et « que je souhaitte aussy ardamant que s'il y alloit de ma « vie. Sy ma lettre pour* S. E. n'iest seloûvostre grez, « je vous suplie. Monsieur, rf'en faire une vous-mesme^ « laquelle je transcrirez et signerez ensuitte; et faîttes-Ia li parlant de vostre cœur, car vous pouvez estre certain « que le mien pour cecy est* tel que le vostre, et qu'il « aura pareille joye ou douleur suivant que l'affaire ira « ou bien ou mal. J'espère néantmoins- que Dieu nous « fera la grâce qu'elle réussira. »,

D'Andilly usa de la permission que lui donnait Fabert à la fin de sa secondé lettre, et modifia le passage que nous avons souligné %à la fin de la première. Dans ce passage, au lieu «de la négation si formelle qui s'y trouve du Jansénisme de Pomponne, Fabert avait affirmé que d' Andillyvenait d'innocenter le Jansénisme aux yeux de la reine, et qu'il se portait fort de l'innocenter près de Mazarin : a Je laisse, avait écrit le maréchal, je laisse le « Jansénisme dont de ma vie je n'ay ouy parler au fils, « et dont le père m'escrit la reyne estre éclaircie, et « estre prest den éclair cir Vostre Eminence aussi, et « finiray la suppliant trfs humblement encore avant de (( condamner ma liberté, etc. » En annonçant uu premier

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triomphe de d' AndiUy, en témoignant de sa part la présomption d'en obtenir un second, Fabert commettait une triple maladresse. D*Andilly, en efifet, était trop courtisan pour n'avoi)* pas compris que Mazarin voulait le voir, non pas triomphant, mais humilié ; il était trop habile pour donner à l'Italien l'éveil de ses démarches auprès de l$k reine, et trop instruit des susceptibilités du premier ministre pour lui laisser croire qu'on cherchait à lui imposer les royales convictions qu'eussent déterminées ces démarches. Après avoir corrigé la lettre de Fabert, son protégé là lui renvoya donc pour en faire disparaître l'interpolation dan^ une copie non raturée, se répandant d'ailleurs en excuses .et en actions de grâce. Le 6 août 1669, Fabert lui renvoya sa mise au^net accompagnée du billet suivant: « Vous m'escrivez d'une sy n estrange manière sur la lettre.que j'ay faitte pour S. £« « que ceila, Monsieur, me fait craindre que vous soyez bien « moins persuadez que vous ne le debvez estre des sen- « timents que mon cœur a pour vous. Pleust à Dieu avoir fc quelque occasion de vous servir sy importante que par c( elle je pusse vous descouvrir à net toute ^on âme. « Vous verriez qu'avçc joye je donnerois mon sang ; et « vous me faites des remerciements, comme de choses « importantes, pour un peu d'ancre prise dans mon cor- « net. Au nom de Dieu, Monsieur, banissons pour jamais c( les compliments ; et croyez-moy de ceux qui sont dans c( un regret extrême, ne pouvant estre utilz à leurs amis, « et qui sont dans une joye indicible lorsqu'ils trouvent « moyen de pouvoir les servir. Je n'en ay point qui passe « devant vous ; Dieu sçait cy je dis vray, et sy je ne co- « gnois pas bien qu'il ne faut pas le prendre faucement 0 à tesmoing. — Je croyois que vous aviez mandez à S. E.

K resclaiFcis^ejneQt que vous aviez dotmes à la reyne» et « cella m'avoit fait faire la fautte que voua trouverez « corrigée à la lettre que vous aurez pour S. £. avec ce « billet. — Un homme qui a parlé à la reyue, m*a dîct, « sans que je luy.aye parlé de vostre affaire, qu'elle luy ft( avoit paru fort esloingnée de mettre M. d' Andilly ptèn « de Monsieur ; et comme il m* a paru me faire un récit u véritable, je ne croy pas que T obstacle vienne entièreu m^t de Se ^, Je sçay que vous direz à cella qu'eUe y « avoit donnez les mains; [ceci explique les lettres de u remerciement.] J'oubliois de vous dire que Sa Majesté tt dit beaucoup de bien de M. vostre filz, » — Mauvais si* gne, — et qui avait dû contribuer à dissiper Toptimiame de Fabert

Aussi d'Andifly dum'êtrapas étonn&4e voir dans le billet suivant persévérei: le pessimisme de Rancé : n Je « ne suis pomt surpris, lui écrivait celui-ci le à août 1659| « de ce que vous m'avez lait l'honneur de me mander « sur le sûget de M. V[ostre] F[ilz]. J'avois tousjours veu <( la choze comme je la vois, et que les difficulté ne se « surmonteroient pas aizément ; .ceux qui les faisoient «c naistrç ne se lassant jamais de traverser les cbozes les u plus justes, par des passions et des intérêts qui ne le ce sont pas. Je. ne m'explique pas davantage sur le dé* « plaisir -que j'en ay ^ Uest tel que je suis obligé de u l'avoir par la profession que je fais d'estre.tout à vous. « Je ne puis vous rien dire qui exprime mieux ce que je a dpibs et ce que je sens. »

Ce billet ne préparait que trop d' Andilly à celui que

1 Manet alta mente repostutn, Rancé ne peut oublier qu^il a cela de commun avec d^Andilîy, que Maiarm est Fauteur de sa Tocation pour la solitude <vnlr pins baut, U i, p. i07| et phn tes, p» i(H^)

lui écrivit Fabert le 10 septembre 1669 : « Je m'&sseure « que voue serez persuadez par ropiuioa que vous avee « des seoUmeots que j'ay pour ce qui vous regarde, que a sa estei avec un extrémç desplaisir que je leus. avant « hier la lettre cy joibtte que S. E. ma escritte. Je n'avds « pas présumé pouvoir rien changer à la résolution prise 41 desjà à la cour, laquelle l'on veto avoit fait savoir ; je u ne suis pas sy vain que je puisse avoir la peacéè qu'on « donne à ma conddération ce que Ton n'accordera pas à « la vostrCâ Mais avec tout cella, il y a je ne eçay quoy aux « bûfnmes, qui,^ur les a^arances convaincantes, ne laisse u pas de leur faire attendre avec inquiétudes FacbéVe^ « ment des choses dont ils n'espèrent quasy pas le succez. u Je n'en ay pas estez de mesme en celle-cy. Je me flat- « tois que, ponr d'autres concidérations que la mienne, « peutrostre cbangeroit-on à la courra résolution prisé 41 sur vostre affaire K J'ay, Monsieur, un extrême des^ VL plaisir que je sois obligé moy-mesme de vous signifier « que cella n'est pas arrivé, et que n'ayant de iha vie eu « moyen d'essayer de vous rendre quelque service, je a Taye .entr^Nris sy inutillement en un rencontre sy con- & cidéraUe ponr vous. Je prie Dieu de tout mon cœur m que la douleiu' que j'en soufre soit, par sa bonté, une « dkninutipa de la vostre ; ce me seroit ime grande conu solatioa de soufiiir pour vostre soulagement. »

Au billet de Fabert était joihte la lettre .que lui écrivait Mazarin : « Monsieur, je vous ay desjà mandé plusieurs « fois que non seulement je ne trouveroîs jamais mauvais (( que vous me parlassiez des intérestz de vos amis; mais

< Celte fois la perspicacilé de Fabert aTait'été en déftut, malgré cette oonnaissanoe de ra?enir «tue»' dans ro|ihiion du peuple, lut donnait quelque peu de sorcellerie (voir plus bas, ehap. ly, sect, iv, art, ii, S ^f notei).

M LES FOS D'ARNADLD D'AMUILT.

c( que icette qualité leur serviroit tousjours d'une puisce saute recommandation auprès de moy» pai'ceque je (( sçay que vous ne la donnez qu'à des personnes de mé- « rite. Après cela, je vous diray ingénuement sur le su- « jet du sieur d' Andilly ûls, que c'est une personne pour « qui j'ay de l'estime et de l'affection, et qu'il a griai 0 tort de croire que je luy aye esté contraire dans l'ace gréemçnt qu'il sollicitoit pour la charge de chancelier « de Monsieur, parceque j'ay tasché-de l'y servir. Maid j'y a ay rencontré une grande opposition dans l'esprit de la (( reyne, à qui diverses pe^onnes de piété, qui ont l'hon- « neur d'avoir quelqu'accez auprès d'elle, avoient re- (( présenté fortement ' que quand ledit sieur, d' Andilly c( ri'auroit aucune tinture des sentimens de M. Araauld, «•ce qui estoit problématique ; il n'estoit ny.de la bience séancef, ny de la délicatesse de la conscience de Sa Mar c< jesté, de souffrir qu'on establistdans une charge si con- « sidérable, auprès d'un prince c^omme Monsieur, le fils a. d'un homme de la réputation dudit sieur Arnauld, que « tout le monde tenait pour le chef d'une nouvelle secte; « et je vous avoue que j'ay trouvé cette considération si (( juste, que je n'ay pu me résoudre à la combatte avec « opiniastreté, outre que je sçay que je l'aurois fait inu- « tillement. Cependant .elle ne donne pas au dit sieur <( d' Andilly l'exclusion pour toute sorte d'employs, et (( pourveu cpi'il en désire d'autre nature, comme ceux

t Ces paroles ont pa donner lieu aux accusations dont Gerberon s*esC rendu Técho (voir plus haut, t. xr, p. 69, n. !}• Mais l'habile Mazarin était peu scrupuleux lorsquMl Â*agîssait. de faire peser sur d'autres la responsabilité de ses actes ; et le fait qu'il avance ici est formellenient démenti par une lettre de la reine ellegnémet lettre que Gêi4)eron reproduit en entier (Hist. du jauién,, t. n, p^ 430), et dont nous allons citer bientdt qnelqoes passages.

CHAP. lY, 8EGT. U, ABT. I^ $ HI. 97

c( qu'il a desja eus, je suis asseuré que Leurs Majestésy « consentiront, et je m'employeray très volontiers auprès « d'elles pour les luy procurer ; car pour celuy-cy il est « absolument impossible qu'il y réussisse. Et si M. Ar- (( nauld a de la douleur de servir en cela d'obstacle à la a fortune et à la satisfaction de son fils, il ne s'en doit tt prendre qu'à luy-mesme, d'avoir affecté d'esire à la ce teste de ceux qui ont voulu introduire et soutenir une « opinion condamnée par le pape ', dont la constitution ic a esté receue non seulement psu* le roy et l'assemblée a générale du clergé dé France, mais de toute T Église, tt Je suis bien fascbé de ne pouvoir faire en cela ce que « vous souhaitteriez, mais je m'asseure que vous ne ni'en « croirez pas moins, Monsieur, vostre très affectionné « et très véritable serviteur. — ^ Le Gard. Mazarin. — A tt Saint-Jean-de-Luz, le 25 août 1659 ^. »

^us le miel de cette lettre, suinte l'amertume. Dans la réponse que d' Andilly adresse à Fabert, le 20 septembre 1660, la dignité déguise mal le dépit: «Comme rien « ne pouvoit jamais m'estre pluai sensible qu'une si esa trange injustice. Dieu a permis sanà doute que vous « m'ayez fait Tbonneur d'agir en cette rencontre d'une « manière si ^traordinairement obligeante ; puisque la « plus grande consolation que je pouvois espérer, est de

^ Il ft*8git sanè doute iciddlnnoccnt X, doat la bulle contre lesdnq pitH positions extraites de Jansénius fut donnée le 81 iliai 1653, fut reçue par la facullé de théologie le 1*' août de cette année, en 1654 par les évéques anemblés au Louvre sar la proposition de Maiarin ; et enfin corroborée par leFormuUtire dressé dans rassemblée généraledu clergé en 1655. (Cf. Ger- ?eau, NéeroL, t ni, table chronol., p. xx; D. Gerberon, HUt. du Jansén,; tontes lei'Histairtê du Formulaire [voir plus haut,, L i, p. 1S9, n. 8), les Mêtoirtê de P« A. ; \e Journal de Saint-Amour, etc., phssim.)

> Cette ietire a élé publiée par M* de Sf onmerqué 'dans les Mém* et Coulange», p. 878.

M (2S FliS WàMàXiW D'AMDIUT.

« recevoir cette preuve de Tamitié de rhemine du « inonde pour qui j'ay le plus de respect et d'estime fc tout oBBemble. dans le mesme temps que j'en reçois 0 une de li^ mç^uvaise volonté d'un autre de qui je devois u attendre un traitement tout contraire à eeluy que vous « voyez que je souffre. Mais comment egt41 possible « qu'ayant aut^t d'esprit qu'il en a (car c'est ce qu'on « ne luy peut ester) , il ait bien vquIu alléguer une aussi « mescbante raison ^ qu'est celle de me prendre pour a cbef, dans une chose de telle naturet qu'il est absolu^ a ment impossible que j'en aye seulement l'ombre ei « r apparence. Il valoit beaucoup mieux dire franche* « ment qu'il ne vouloit pas la chose. Mais je me le tiens « assez pour dit, sans qu'il le dise ; et si la personne que tt cette affaire regarde autant que moy, estoit si heureuse a que d'estre dans mes sentimens, [ tout le monde ne u trouve pae dans une disgrâce la vocation de la eoKtt tude] 't nous* serions tous deux si éloignez d'avoir « besoin de sa faveur; que nous nous eslimerions mille tt fois plus Jieureux qu'elle ne sçauroit jamais le rendre. K Cependant» pour adoucir un peu mon desplaishr, je «-me Hatte de la créance que la personne à qui l'on « donne une si cruelle exclusion, ne l^auroit pas eue H si elle avoit moins de probité et de vertu ; et que Dieu, « qui est juste, luy tiendra compte de l'injustice qu'on « luy fait, le pense que vous jugerez que là meilleure

1 NoB pM «uni- Bécbaole que ve«t iMeo te dire d*lBdîllj daM cette leUie. — Voir aeg Wmoîrfff^iMirt. n, p. 135 1 plus haut, 1 1, p. S7t, n. f f et plus Ims, eJtap, i\, sut, ir, art, u, { 2,

3 Pomponne avait ccpeadant, pour leconder celle voealion, ottbc an disgrâces et le détappoiBteaieot de foa père, les prièies de sa iMUe te Wèn Angélique. (iMircti dt ta EL ÀugéÙqw, L i, p» .506, teUre cccni, du 14 octobre 1650.)

GBAF. lY, flBGT. n« AIT. I» S m* 99

« responce que vous puissiez rendre, est de ne respondre «point du tout; puisqu'aussi bien, de la sorte que « Ton vous écrit, cest une affaire étouffée et ruynée (( sans ressource. Cependant je vous conjure de me faire « rhonneur de croire que quand elle auroit réussy par il vostre ei^ule entremise, je ne ressentirois pas davantage « que je fais Textrème obligation que je vous ay d'avoir u eu la bonté et la générosité de vous y employer, d'une « manière doat nul autre que vous n'estoit capable. « J'espère que Dieu vous en récompencera, puisque a ¥0U8 avez agy en cela pour la justice. Et si Iqs prières fli que je luy faié pour vous, méritoiént d'estre exaucées, « vous connoistriez, par des effets, quelle est ma recon* a noissance et ma gratitude. »

D'Ândilly le disait avec autant de dépit que de vérité, la candidatiu« de son fils à la direction des princes était une ai&dre ruinée sans ressource. L'infortuné Simon venait de fair^ une ][^remière chute sur l'écuml môme où s'était échouée la fortune de son père. Mais de quel vertige avait donc été frappé l'œil de celui-ci, pour n'avoir pas reconnu l'obstacle? «t de quelles illusions s' était-il rendu le jouet? — De celles que lui suggéraient sa vanité et ses désirs? — où decelles qu' avait fait nattre dans son esprit quelque abominable perfidie -italienne, qui, sans respect pour un ennemi vaincu, Tavait tiré de la solitude où il cicatrisait ses blessures, pour les rouvrir plus cruelles, et les envenimer aux yeux de la cour en y versant le ridicule ? — Un passage du pamphlétaire qui déchira l'abbé de Rancé, et qui n'en fut pas moins comblé des bienfaits de la famille Amauld, permet d'asseoir une présomption où l'on ne peut espérer d'établir une certitude. Ce qu'il rsq^porte des disgrâces mondaines du

100 CBS ntS D'ARNADLD D'ANDIUY.

réformateur de la Trappe, si au nom de Rancé on substitue celui de d'Andilly, s'applique exactement aux disgrâces de Robert. — Il pouvait y avoir confusion dans les souvenirs du satirique.

<( Rien n'a esté si contraire à la fortune de l'abbé de c( la Trappe, dit I^a Roque, qu'une lettre circulaire qu'il « composa sous le nom du cardinal de Retz... , dans la- « quelle il attaquoit non seulement le cardinal Mazarin, n mais le roy mesme dont il blâmoit'la conduite. C'est à « t^t ouvrage qu'il est redevable de sa conversion, du (( moins d'une partie^.. Le cardinal Mazarin, qui savoit tt que l'abbé aspiroit à estre coadjuteur de Tours afin de « succéder à H. de Kancey, son oncle, qui en estoit arec cbevesque, prit occasion de cette lettre de se venger « des médisances que l'autheur avoit écrites et dites (( contre son ministère et coqtre sa personne. — Un jour a donc que l'abbé vint le voir, car entre gens de cour la « haine n'empêche point les visites, le cardinal, après « avoir parlé de chosiss indifférentes, fit tomber insensi- « blement }a conversation sur l'archevêché de Tours ; c( e% insinua avec certain air, de sincérité qu'il affectoit « admirablement bien quand il vouloit, que M. de Tours «( estant vieux avoit besoin d'un coadjuteur, et qu'il seroit n à souhaiter qu'il en eût un de safamille. L'abbé, charmé «-de ce discours, dont il ne prévoioit pas la suite, en « témoigba çur^e-cbamp une reconnoissanee toute exce traordinaire à l'Éminence, et luy promit im attache- (( ment inviolable à son service. Un Italien courtisan « n'avoit garde de se laisser gagner par ces sortes de a grimaces. Ainsi M. de Mazarin ne parut donner dans le u panneau qu'autant qu'il le falloit pour réiduire l'abbé « aux termes où il le voulbit. Je suis persuadé, luy ré-

CHAP. IV^ SEGT. n^ ART. I, $ ^^ ^^^

(( pondit*il, de tout èe que vous me dites. Mon parti « étant celuy du roy, je vouscroy trop raisonnable pour tt en «prendre un autre. Msds comme Sa Ms^esté a 'esté a prévenue sur votre sujet, et qu'elle vous soubçonne « mesme d'être l'autheur d'une lettre qiû court et qui a marque un esprit de rébellion, vous devez travailler à (( efacet* ces impressions de son esprit. Cette satyre, (( dont vos ennemis vous font Tautheur, vous fournit une « belle occasion de désabuser le roy; car vous n'avez qu'à « me donner un désaveu signé de votre main, par lequel a vous témoigniez que vous n'avez Janiaii^ fait et ne ferez <( jamais rien en favetir du. cardinal de Rets contre le « service du roy, et je vous réponds ensuite de sabien- « veillance. L'abbé avoit trop d'esprit pour ne recon- (( noltre pas que c'éstoit moins pour le remettre cb grâce « que pour triompher de' (ùy; que le cardinal le vouloit « engager à èe déàire.pat écrite C'est poùrquoy il le re^ ft fusar absolument, disant qu'il suffisoit à un hoikime (( comme luy« de désavouer de bouche une c^iosé, pour « détromper ceux qui l'auroient crue sur' dé fausses apte parences. — ^Je suis fâché, de ce -refus, hiy répartit le «cardinal; il* perd votre fortune, car vous croyez bien tt que Sa Majesté fie donnera pas tin^ archevêché à une ^t pèrsonne.de ^qili ïa lîdéHté lùy estéuspecte, et qui ne «Veut pas luy donner- dç preutes-de son oÊéissatfce, — « L'abbé jugea sa fortune peràife après cette conversa- « tioti, et ce fut alors qu'il reconnut eombien la sagesse « et la prudence sont utiles,.dàns le monde, et surtout à « la cour; mais c'étoits'en aviser trbp tard... Voilà une

* « des premières adversitezde notre saint. . . »

Malheure'usenleht pour d'AndiUy,4a siënpe n'était pas la piremière, et plus malheureusement pour Simon ces

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