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t02 LES FILS D'ARNAULD D'ANDILLT.
adversités répétées ne changèrent rien à la direction qpie son père imprimait à sa fortune. L'obstiné vieillard se mit à louvoyer en face de recueil, toujours en attendant l'occasion de le franchir. Seulement la dénégation qu'il avait faite de ses doctrines fut suivie dhme habile dérivation qu'il fit opérer à son fils au travers des courants politiques. •
La santé du cardinal s'était affaiblie, et l'héritier que lui désignait alors l'opinion pablique avait pris pour emblème le Célèbre écuceuil et la fameuse devise : « Où ne monterai-jepas? Quomon ascendam?n — La devise promettait. -e- D'ailleurs Fouquet, à qui la nécessité avait longtemps donné l'apparence de la faveur près de Mar zarin, dont il facilitait les'cijilàpidations ^ Fouquet étsài dans le principe une créature de la- reiùe-roëre ^ ; et lors du mariage de Louis XW il venait de rompre avec le cai*dinal K La fam^le Amauld, qu\ avait eu déjà de puissants motifs pour 'S* attacher, à Fouquet, se dévoua dëf^iitiveinenii la fortune de. cëiui-ci apuès cette rupture, ^qui. coïncidait avec l'échec de Simon.
Fouquet He fut pas ingrat. Secondé par le désintéces;sement d'Antoine ^,.11 put, dansunxiche mariage, offrir une première compensation aux mécomptes de partisans si dévoués. Mais, hélas I au 'déclin de la vie comme au début de la cairiëre de Mazarin ^ la perspicacité àfi Robert devait se trouver en défaut. Près du cardinal mourant, il n'awtit pas. su démêler le véritable héritier du
* D*Aavîgny, Vies des hQtmhes ithatreil t. t, p. 2^8. 2 IbifL, p. 361 ; Madame de MoiieviHè, t ti, ^. 71» etc. ^ D'AuTÎgny, ibid.^ p. 402, corjton à la feuille R Tif. 4 Voir plus bàpt, t. ti\ p. 9.
^ Voir plus haut, t. i, p.. 16.
CHAP. IV^ SEGT« Ut ART. 1, S U(- 103
pouvoir. L*œil toujours porté vers les cimes, il n'avait vu que la fortune agile escaladant les sommets, non la fortune jsouple qui rampait encore ; F écureuil F avait distrait de la^couleuvre. -^Celle-ci cependant se glissa jusqu'au faite. — Les bonds hardis sont sujets aux chutes ; Fouquet tomba. — La fortune des Arnauld en demeura metit;trie'; Pomponne fut exilé ^. — Le succès de Colbert venait surtout de l'h^ileté qu'il avait déployée en servant d'intermédiaire entre la cour et Mazarin exilé ^. La disgrâce cte, Pomponne vint de l'opiniâtreté de son père à le faire servir d'émissaire entre Port-Royal et le surintendant. ^ . Un. exil de trois ans, dans leqùçl Simon litteignlt sa quarante-septièpie année [1662-1 66&] , lui ménagea assez dç loisir pour bien méditer cette* phrase de la lettre que jadiâ la reipe avait écrite à son père : « Je ne puis « ne pas soubçonner .votre fils, . sachant Ja déférence et (( la soumissi/)n qu'il a pour tous Vos sentimens et pour (( toutes vos voloixtez. » -r- A dater de ce moment, un cban-
gement not,M>l6 se fait, tem^rquer dans la conduite de
cet excellent fils ; changement plus superfidiel toutefois que .profond, et dans lequel lerespéct se bOrne à mettrç en équilibre l'intérêt et le devoir. Sans varier d'.opinion ni sur les hoipmeâ ni sur le$ choses; Pomponne inclina son esprit judicieux vers ia réservé, son cœur ardent vers l'a* modération, son Jansénisme vers la prudence. — Il ne conserva d'entier que sa vertu. — Un instant même,
* c Mon foèreeut 9a part à la «disgrâce de *M. Fouquet ; il fut relégué à c Verdun, t [ilém dt Vahbé 'Arnauld, past. iir, p. 73.)
*> • Ce fut pour mon frère un coup de tonnerre qui renTersoit toutes ses « espérances. > (Ibid,, p. 70:)
• D^Attfigny; Kiès dés hommes HUustres, t. T, p. 259. ^ Petitdl, Èiùkoirêê, 2* sérïe, t. ixtiii, p. Idô.
iOk LES FILS D'ARNAULD d'ANDILLT.
il faut bien l'avouer, celle-ci sembla fléchir devant le péril, ou du moins se dissimula derrière la circonspection. De quatre amitiés que Fouquet avait compromises dans sa disgrâce, celle de Pomponne se montra la plus réservée. La Fontaine oublia sa fortune, que les traitants lui disputaient', pour faire gémir sa plus noble poésie. L'éloquence de Pelisson oublia qu'elle était calviniste pour éclater ^ travers les murs de la Bastille.' Madame de Sévigné oublia sa réputation qu'on attaq^iait^ poitr accourir à notre Arsenal, où siégeaient les juges^ et rendit par un de ses regards ^ le courage à l'accusé. —Pomponne parut oublier son protecteur. — Pas une ligne dans l'histoire n'atteste sa reconnaissance. Le poèfe, le sectaire, une femme ont élevé la voix ; le Jansénisme s'est tu.
Nous nous frompons, il éleva la voi^ par la bouche du grand' Aniauld. Ce fut pour renier le ministre disgracié : « Quelle raison aurois-je, » écrit le célèbre docteur, qu'on accusait de faire pour l'ami de sa faînille quelques-unâ de ces éloquents factums que composait Pelissoiï derrière les guichets«de la Bastille; « Quelle raison •«•aurois-jè dé m'intéresser dans la cause à'un homme a que je sais avoir plus contribué que personne à em- « pêcher que 'le. parlement ne me rendit justice dans « 1 affaire de* la ceûsure'*? que je sais avoir jiratiqué des « voix contre moi, paf des gratifications qu*il a faites à <( cette condition, et xpii a ét6, cause par là' de ce qui me
1 Opuscule inédit de La Fonuiee^ Mém. de Coutangesj p. 45i.
2 Mém, de Bussy-Ralmtin, L b, p. 5S.
3 Lettrée, de madame de SévigrU, L i, p, 77.
4 La censure deSprbonne sur. la seconde lettre à M. Je duc deLi^fltourù (Mém, de Fontaine;^, n, p-îX—ÇCLarrièrê, Vied'Arntnild, (. 1, p.*»» et plus haut, 1. 1, p. 68, n, 3«} v
GHAP. IV^ SECT. U, ART. Ij g m. 105
« doit le plus affliger, qui est que tant de savans doc- « teurs sont, à mon occasion, exclus de la Sorbonne, où « ils pouvoient servir très utilement l'Église et l'État ^ » Ainsi, chez ce frère de d'Andilly, les obligations de famille s'effaçaient devant les intérêts de secte; — Chez Pomponne, la crainte, sans étouffer la reconnaissance, semblsdt mettre celle-ci à la gêne. « Je vous écrirai mer- (( credi » ; lui disait madame de Sévigné dans ime de ces admii'ables lettres où chaque soir elle consignait tout émue les bruits de la journée âur son cher prisonnier. « Au reste si vous continuez à me tant plaindre de la « peine que je prends à vous écrire, et à me prier de ne « poiht continuer, je croirai que c'est vous qui vous en- « nuyez de lire mes lettres, et que vous vous trouvez « fatigué d'y faire réponse. Mais sur cela je vous promets '« encore de faire mes lettrés phis courtes, si je puis ; et je « voiiis quitte de la peine de me rtpondre, quoique j'aime « encore vos lettres. Après ces déclarations, je ne pense « pas que vous espériez d'empêcher le- cours de mes ga- « zettes ?. » El lorsqu'enfm Fouquet a la vie sauve ". «11 « me semble par vos beaux remerciements que* vous me a ddtmipzmon congé;* mais je ùe le prends, pas encore. Je « prétends vous écrire qnandil me plah-a. .... Nortrfe cher « ami est par* les chgmins [sur la route de Pignerol] ; il « a, couru un brtiit qij'il étoit bien maîade. Tout le monde « disoit': Quoi! déjà ^ » .
1 CEuvreê du doct. Arnauld, 1. 1, p. 300, Ifttre cui, de 166S. La famille Fouquet répara d*ailleurâ bien amplement, aux yeut même d'Amauld, les torts que ce docteur attribuait au sarintendanl. Le frère de celui-ci, évoque d*Agde) et son nis le P. Fouquet, Oratorîeu, furent de fermes appuis pour le Jansénume. (Cf. Cerveau, NécroL, t. j, p. 2^0, t. iv, p. 6 ; /Vouv. eccUs, du 25 juilleL 1783 et du 6 octobre r734, etc.)
3 Lettreà de madame de Sévigné^ L i, p, IL
S Jbid., p. 106.
L'ancien protégé de Fouquet pressentait-il donc que son sang s'allierait un jour avec celui de Colbert? Non •sans doute ; mais il entrait dans la voie tnesurée qui devait amener ce résultat. — Son rappel en fut la première récompense. — Accueilli par la reine à son retour, et présenté à cette princesse par l'incomparable Bartillat ^ celui-ci niait devant elle que son protégé fût Janséniste (il Tétait lui-même) \ u Vous croyez bien, écrit Pomft'ponne à son père, que J'ai assez de politique, et que « j'àvoîs assea d'envie de ne me pas attirer une di^ute, « pour ne pas le déssCvouer ^. » — Six mois aprè& cette entrevue, I^omponne était ambassadeur ^.
I IV. D^Aodilly modécé par pomponne.
Un changement si prompt dans la fortune du courtisan révélait çelur qui s'était opéré, dans la conduite du fils. L'œil d'uopère d'ailleurs n'avait pu s'y tromper; et c! est ici qne Robert termine ses Af^oim, commes'il sentait que sa propFC carrière,, prolongée de "vingt an9 soua un -nom emprunté, yieat de se dore par ladéterminaticHi de Pomponne. L^s Hgnes qui en forment les dernières pages semblent triées sousf catte impression, qui s'y réjvèlefavcc uçe légère amertume. j( Je ne doute point f( que si mon fils rencontroit pour sa fortune des oçt^a- « sions aussi favorables que celles que j'ai eue^, il ne s'en
1 Voir plus haut, t i» p. iô^ et t. ii, p. 59» 69, etc.
3 Mém, de Coulanges^ p.. 388. -m C'étoit un $i grand bonheur,' et si ■ inespéré, de se voir rappelé dans les affaires^ qu*on :auroit accepté poor « cela des choses bien plu» difficiles.... Le roi fitcbnnoitre à mônfrèi^ (lo'^' « avoit oublié tous ses soupçons. 9 (Mém. del*abbéArnauld,j^ti.iiifP''^'\
s « Il y avoii six moisqu'il étoit à Pomponne,... quand M. de Lionne lui « écrivit de venir à Paris, où il lui di^ i.\,Jeiouè salue, M, VambatsafUur « de Suéde,., » (/6i</.^ part, m, p. 73.)
CHAP. IV, gEGT. n, AKT. I, g IV. 107
« servit plus avantageusement que je n'ai fait. Mais il a faut que chacun combatte dans ses armes. Personne (( n'a plus que lui de cette ambition qui ne néglige rien (( pour s'élever sans bassesse, par tous les moyens légitt times, ni ne s'accommode pliis de toutes sortes dhu^
« meurs Je n'ai jamais eu au contraire aucune am-
c( bition, parceque j'iBn ayols trop; ne pouvant ^souffrir n c^tte dépendance qui resserre dans des l^ornes si T) étroites les effets de l'incUnation que Dieu m'a donnée u pour des chose's grandes, glorieuses à TÉtat, et qui
{( peuvent procurer la félicité des peuples .' >)
Ce n'est pas notre faute si Robert, en parlant des autres, se laissé toujours aller à parler de lui-même ; mais cette fois il en parle si curieusement qu0 nous ne pouvons tronquer notre citation, (c En cela, continue-t-il, Je n'ai «jamais eqvisagé mesjntérè't^ particuliers, comme je t'ai « assez fait voir,. lorsque m' étant vu aitsdi^bien dans reste prit de Mopàieiïr, qu'on le peut être,- dans un tems aua quel on n'auroU pu s' imaginer qu'Une serçit point ar-u rivé [au trône], 11 ne m'est jamais venu la moindre (( pensée d'en tirer autre avantage que la satisfaction..'. « de contribuer... à le rendre l'iiqdps plus grands princes <( qui ait jamais gouverné cette monarchie. [Robert ne «pouvait se persuader qu'il n'eût pas fait l'éducation ce d'un prince.] Ainsi Je n'étois propre que pour un roi (c qui atiroit régné pir lui-même..'.;. ' » à condition qu'il l'eût élevé. L'ayeu est précieux,. Auprès avoh' façonné le frère de Louis XIII, Robert aurait consenti à en être le Richelieu ; car // ne pouvoil souffrir cette dé-
t Mifm d'Àrnx d^ÂnéHiy, part, ii, p. I54« > ma;, p. ibi, ^
108 US8 FILS d'aenaold d'andilly.
pendance gui resserroit dans des bornes étroites son in^ ctination pour les choses glorieuses de l'État ^ On com^
1 Roberl avoae fraochement dans ses Uémoirê$ (part, n, p. iS7) « que nulle «r autre fortune ne peut rendre un homme véritablement heureux selon le « moôde, que celle des souverains... » ; et dans une lettre inédite qu^U écrit le 96 juin 1664 à M"* de Sablé : t Vous me pi^rdonnerez, lui dit4U la ff pensée qui m*a toujours empescbé de pouvoir comprendre qu'il y ait une «r autre condition fort souhaitable selon le monde sinon celle d*estre roy... » {Bibliot, RayaU,\ùyeiXe de M".* Sablé.) — ^!Ve pouvant prétendre à en avoir la fortunci^ il se foit dire par Anne d^Autriche quHl en a la cœur : « Que pom^ « rois-je faire de mieux [me dit la reine-mère], que de mettre le roy entse « les mains d'un homme à qui Dieu a donné le cœur d*un roi ? » {Mémoires^ parL II, p. Ïi9#)-— Aussi toutes les fois que les affaires Vj appelaient, Rof^ s*efforç9it-il dignemeotf sdon son expression,*» detn^ttcerc yierjonamprjiicî- « pu (ibid.f part i, p. 128); n'y ayant point, dit-il, en ces sortes de choses a de pins grand défaut que de manquer li faire parier le roy en roy. »— Il B> effiirçait donc de son*mieux, mi|is il parait que sauvent il n'Aboutissait à le faire parler qu'en Janséniste ; c'est du moins l'opinion qu'en aurait eue Louis XIV, s'il laut s'enhipporter aux Menu deBriehne, (t. u, p.JK)0.] — Mais peut-être ce langage êntrait-ri daifS les nécessités du rOle d'un roi, td que réussent compris 4es Jansénistes; car sans*cela on ne comprendrait pas trop ce que dit Sain^-Cyran d'un de ses neveux, ArguibeK qu'il avait fait élever sous fes yeux de Jan8éniu&(^Le//rej de Janêénius, p. 3, 6, Kl, 19| Si, 28, 36). à JamaiSf disait, de ce neveu le célèbre abbé» je n*ai connu Une « personne plus ca|iable de goûvemçr un empire. » (Aiém% de Laneeht, t. ^ p. 364.) — Ce génie supérieur est un de ceu^ qui, selon les ennemis de Saint-Oyrafn, avait M élevé par Jansénfus avec l'argent du collège de Hollande. (Lettrée de Jansénhu, p. 8, 14* 22, etc. Cf. M«Ssjnte-Beuve, Port" Rayait U i, p. 803* } — Quant au cousin d'Aiiguibel, Barcos, autre neveu de Saint-Cyrao, élevé de roêmeiirès de Jansénius, on sali que loin de pouvoir gouverner un empire, H ne .put même gouverner Port-Royal* (voir *plos haut, 1. 1, p. C54» n. 2). Aussi son onde, qui l'avait d'abord traité en empereur (Mém» de Lanceint, U Ht p* 317), se contentait ensuite de diie avec une parfaîte^modettie ^ « Mon neveu de Barcos est aussi savant que moi s • ou bien : « Mon neveu mériteroit'un évèché. » {Ibid,, t, i, p. 369.)-rSaint- Cyran s'était d'ailleurs partagé ses neveux avec d'Andilly. Il avait éonservé près de soi celui qui était capable de gouverner- un empire, et avait donné à son ami le courtisan, cdui qui méritait d'être évéque. (Ibid.^ p. 804 et 868 ; voir plus haut, t. u, p. 2.)^Dans l'octroi de cette dernière faveur, il parait que d'Andilly avait eu le cardinal de Richdieu poui& concurrent. (Jbid.).Ce(ïi étér toutefois le cas ou janlais, pour Saint*CyraQ, de faire apprendre à ses neveux comment on gouvernait les empires, quitte
CHAP. IV, 8EGT. U, AK. h S ^* 109
prend dès lors que son jugement dérive un peu à l'épigramme lorsqu'il parle d'un fils pour qui il avait rêvé les mêmes destinées, mais qui s'accommode de toutes sortes d humeurs^ et borne son ambition à devenir le collègue de Golbert.
Et cependant, le jour où lui échut cette fortune, le cœur du vieillard se fondit en joie. On 1q vit reparaître à la cour, tomber aux pieds de Louis Xiy et embrasser les genoux du monarque. Il faudrait lire dans nos papiers, si M. de Monmerqué ne l'avait publié ^ le récit que l'heureux solitaire fait dé sa visite au grand roi, qui, après avoir comblé le fils* de faveurs, comble le père d'attentions, achevant les joies du portefeuille par les délices d'une /corbeille de fruits envoyés de sa table,
à )m leur faire gouTerner plus tard au profit de ses idées. — 1\ est Trai qu*en '«ela Tabbé avait pa croire ses eoseigaeraents' ausit efficaces, et plus sûrs^^. que çeupc du cardinal. Simple derc et prisonnier, il avait, sous les yeux mêmes de celui qui le tenait o^tif^ constitué au sein deTÉglise gallicane une réppblique qui devait lui survivre ; tandis- que son rival, ministre tout puissant et ci|^inal, n^avait pa,danscette même Église, se constituer une monar* ehie qu*il eût gouvernée avec le titre de patriarche. (Cf. Hersent, Optaiuê Galluit de cavendo ickiimaté; Dupiq, Hi$U éicUi, du dix^upiiéthe iiéele, 1. 1, p. tihi*Mémm de Lancslot, L i, p. 76,457, 186; etc.) — ^11 faut avouer cependant que ce rivai^ ce rebelle de Richelieu daut l'ambre, comme rappelle M. Sainte-Beuve (Port-Royal^ l i, p.- 301), ne parvint lui-même à réaliser qu^une i»artie des prqfiRts qu'if arinonçait à d'Andilly dans cette lettre conhdenlielle : « Je n'ai pas moins un esprit de çrincijfauté que « les plos'g^ands potentats du monde... Dieu ayant propos^ un royatirae « en 'prix à tous les hommes, j!y prétends une .part Cela iroit bien loin s*il « n*étoit après dix heures de la nuit, tijAje n^avoi$ peur de parler en vain « en .voulant inspirer par mes paroles un desir.de royauté dans Tasprit d*un % ami que je ne puis bien aimer à ma mode, $*il n'a une ambition égale d • la mienne0 iiï(Ibid») — ^Lcd^but doucette note'prouve queSaint-Gyran n'atait point parlé en vain^ et gu*il avait pu^ enioute sécurité de conscience, iùner »on ami d sa mode. .
1 Menu de Coulangee, p. 4i36t — CC Mém. de Vabbé Amauld, part, m, |M24«
11 A US pas B'AMAULD D^A!IDILLT.
et présentés à Robert par La Quintinie. La Quintinie s'inclinant devant Robert! La Pomone ' de Chantilly, de Vaux, de Rambouillet, de Versailles et de Sceaux rendant hommage au Vertumne de Pomponne ! Quel instant pour celui-ci I quel orgueil pour ses greffes! et quel roi que Louis XIV ! ^
Le Janséniste faillit en oublier Port-Royal. C'était le 2 septembre 16j84 qu'une lettre du roi Ten avait éloigné ' ; depuis lors, cette sœur du grand Condé, la dur chesse de Longueville*, qui transmettait maintenant aux moralistes austères les sympathies qu'elle.accordsut ju* dis au célèbre auteur desMaximeé ^ avait obtenu pour le Jansénisme cet édit de -pacification dont nous avons déjà parlé [2S octobre 1667]. Les solitudes de Pori-Royal s'étaient repeuplées^. — Robert n'avait point quitté Pomponne ^^ A cette époque même [i^68], son fils achevait de remplir avec bonheur sa'prQmière ambasTsade K OneûC dit que* ce succès avait converti le vieillard à la nJbdéra-
f « Pomona in a§fo Verfaliemif Quintinio regwmm hortorum culiw^ « ptœfecio. » (Poème de SanteùU, tn tête de rédllion de i7i6, dé Vin*truétion pour Uê Jardin»,) *. *
> Quel homme autti que ce La Quiotinie, qui en tête de sop Jn»trucim sur In Jardiné fpréf. p^ 6) met ces pafol^ : a Noua aroos beaucoup d'oUi- « galion, non seulement à d*anciens auleun,... mais encore à ^uelffUc^ « 'modernes... et surtout à quelque personne de qualité éminenle [M. Ara nauld* d*Andilly ], qui sous le nom el sur les Mémoires du bmeui curé a d'Ënon?ille, ont si poliment écrit de la culture 'des arbres, fruitiers. Ce • sont euXf dam la vérité, quinouâ &nt dont^é (ei premiértê vmm dt$ prjn- « eipatuB ornemens de jnoê jardiné,,. »
S Mém, de iPAndiity, part, n, p. 469 {.folr plus haut, t. i, p. 219.
4 Mém, de Fontaine, L ii, p. 376-886.
^ Tout le monde connaît les relations de If "« de Longuerllle et du dtc de La Roeheroucanid. ' - *
û NécroL de P. R., préf., pi 46, etc.
7 O. Clémencet, Hi$t, de P, Jt, L nu p. i56.
8 Voir VApp^ndicef note O bis.
CHAP. ÏV, 6EGT. H, ART. I, ^ IV. lit
tion, ou qu'au déclin de sa carrière, écarté de sa route, la sollicitude lui faisait suivre pas à pas celui auquel si longtemps il avait servi de guide.
Et puis, ne pouvant devenir l'instituteur des princes, il Yétdxt devenu de ses petits*enfants ^ Durant les absences du diplomate, c'était lui qui les surveillait, qui les dirigeait et qui frappait leurs tendres esprits de son empreinte. Par un charmant retour, le sieû rajeunissait h la leur. Les tendresses de son ftme redevenaient pures d'ambition ; ses tristesses aspiraient au ciel. — Rien n'y élève mieux les pensées que l'enfance, si ce n'est le malheur. — Une fois déjà lorsqu'undouble désastre avait frappé le jeune ménage de son fils, qui, dans l'exil, perdait le premier fruit d'une récente union, H écrivait ces tbuchantes paroles : ^ « Que vous puis-je dire,' touchant tt nostre pauvre petite, que ce que vous me dites tous f( deux, puisque tous nos( sentimens* sont les mesmes? « Mais en vérité, ma très chère fille, car c'est plustost à il vous qu'à mbn fils que- je dois m'^dresser en. cette « rencontre, quelque grande et quelque juste que soit . « vostre douleur. . . . , une faveur de Dieu que vous ne (c sçauriez trop'reconnoistrô, c'est qu'il ait voulu se ser- « vîr de vous pour augmentçr le nombre des anges.., ^ »
Avec quelle sollicitude le. vieillard ne veilîait-il pas sur les anges que Dieu lui avait laissés, et comme il abritait doucement sous leurs .ailes ses derniers jours ! Les letti*es de «on Xils sont pleines de réponses à ses joies. Tantôt c'est un 'dialogue entre l'aîné et M. Fra-
1 Xe Clere, Vie édif. de P../!., U i, p. 360.
2'Le 38 octobre i662.
» Cf. U Clfcrc, Vies édif. de. P. R„% iv, p. 366.
112 LES HLS D'AKNAOLD D'ANDUXT.
mery ^ [80 juillet 1667], « dialogue qui marque quelce que chose » ; tantôt c'est un jugement de M. de Sacy, (( trop avantageux pour que Tamitié ne l'ait im peu es- « bîouy » [16 juin 1668]. Le fils est obligé de tempérer les admirations de l'aïeul, comme il en a tempéré les ambitions. — Mais l'aïeul s'en dédommage en admirant son fils.
Il reste dans nos papiers un singulier témoignage de l'extase naïve et profonde où le vieillard tombait devant les productions de ce fils bien aimé. Ce sont plusieurs cahiers du genre de ceux qu'on appelle au collège cahiers d'expressions. Us sont écrits de la main de Robert, qui leur a donné pour titra : Belles manières de pariatirées des relations de M. de Pomponne. — M. Sainte- Beuve avait rencontré juste quand il accusait Robert d'avoir la passion des pjirases^ — Les* manières de parler que celui-ci trouvait si belles; il les destinait sans doute
1 [M. Wallon de B'eaupùis, directeur des. petites écoles' de Port-Royal en 4647] c avoit avec lui M. Lancelot..«t M. de Frameri qui fut dinsla « suite prfncipal du collège desGrassîns... » (Vie de Wallon de Beàupuis, p. 64, 89. ;— Cf. Le. Clerc, Vie» édif, de P. R,, U it, p. 124 ; Œutre» du doet, Amauld, U m, p. 176, SOQ, 69b.) ' '• .
2 « Celte passion académique desphrases^ qu'il partage avec MM. de Balzac « et de Taugelas. » (Port-Royal, 1 1, p, 300.) Et cependant Robert refusa deux fois, h ce quMl parait, l*honneur d'entrer à TAcadémie française ! (M. Sainte- Beuve, Port-Royal, t. n, p«*267). Mais en revanche sa famille s'efforça de faire créer toute une académie, celle que Ton nommé maintenant de» sâenees morale» et politiques, et qui alcfrs s*e fût appelée de»*»ciei(ce» ihéologique», (Petitot, Mim,^ 9* série, t xxxin, p. 218.— Sans doute que la famUieÂrnanld avait nni par méditer et pargoûter ce passage d'une lettre fleRacine'à Nicole : «Ohl que le Provincial [Pascal] étoit bien plus tagé que vous! Voyez • comme il flatte l'Académie, dans le temps même qu'il persécute la Sor- « bonne, i (Œuvres^ t. vi, p. 16.— Cf. plus haut, t.*i, p. 5, n. 1, et p. 96, n. 2.) Dès cette époque ^'ailleorsrAcadémie français^ aurait eu, dans la création projetée, un sujet d'émulation et l'espoir de recruter d'utiles auxiliaires. (Voir Œuvre» du docU ÀAutuld, U iv, p. 125, lettre Mxav.)
CHAP. Vf, SECT. n, ART. I, $ IT. liS
à former le goût de ses élèves. En cela il se montrait conséquent; c'était le vrai moyen de leur donner le style de sa maison ^ Pomponne, qui a conservé ces cahiers, sans doute par respect pour les admirations de son përe^ y met sa modestie à l'abri de cette note autographe qu'il ajoute ^u titre : Bien (C intéressant K Une semblable condescendance du diplomate pour les goûts de son père était d'ailleurs du nombre de celles qui ne pouvaient compromettre sa fortune.
Il en était de même des goûts du vieil horticulteur pour les jardins de Pomponne. — Après les petits enfants, les jardins occupent une grande place dans la correspondance privée du diplomate, les jardins et les constructions ; car l'architecte du roi s'était chargé de restaurer le château de rambacSsadeur,'et M. de Monmerqué a déjà publié la lettre où Pomponne se félicite de voir le rival de La Quintinie entrer en collaboration avec Mansard^. C'était ne pas déroger.
Au milieu.de cejs douces occupations cependant,* « le « fantôme du Jansénisme, à qui, selon les lexpressions « de Robert lui-même, rien n'est impénétrable, qui'côurt (( toutes leÏB provinces, qui passe et repasse si souvent u les Alpes ^, » ne manqua pas d'apparaître plus d'une fois/jusque dans lés vergers de Pomponne. Le vieillard et spn fils lui firent un accueil toujours discret, et parfois public lorsqu'ils le purent sans danger. — Ainsi avant
1 Voir plus kant, L t. p. 19, n. 4.
2 Son amour-propre d'ailleurs avait dû être agréablement surpris ù la vue de ces^camen si sa modestie n'était pas feinte dans la lettre quMl écrivit à son père, en lui envoyant la première des relations dont Ib offraient Pcxtrait. (Mfm. de Coulangeê^ p. 417.) '
s Mém, de CoUlangeêf p. 406. '.
4 Mém» d^Anu d^Àndilly, part. lî, p. 134*
lift LIS FILS D'ARNAULD D ANDILLY.
la pacification de 1668, leurs sympathies ne s'étaient guère épanchées que dans leur correspondance. La pacification consomméet Pomponne, revenu de sa première ambassade, présenta son cousin, le modeste et pacifique Sacy, à Louis XIV ^ ; mais laissa son protecteur, le ministre Lionne, présenter seul au monarque sou oncle, le bruyant et belliqueux docteur^. —Le diplomate garda près de lui ses fils, mais plaça ses filles entre les mains de leurs tantes à Port-Royal \ — Enfin, arrivé au ministère, il laissa même quelque influence aux membreâ les plus exaltés de sa famille dans le choix dés pmonnes qui devaient Tenvironner; car à la suite d'une dépêche que lui adresse un certain Gaudon onze jours après sa nomination [18 septembre 1671], on trouve ce posticriptum : u Le P. Durandeau, grand -anfiy de Monsei- « gneur d'Angers, luy a escrit s.ur M.Parayre, qu il ne
i Mém, de Fontaine, U n, p. 389 ; Mém, de Vabbé Àrnauld, part m, p. 99 et 110. — On sait qqe pendant plus de deux ans [13 mpi 1666-81. octobre 1666] Sacy •▼pit gémi dans la Bastille. Le 6 août 1667, Petcelleni Fon* taine, son compagnon d'infortune, éeriTait à Tuo de ses amis : c II j a do fl plaisir è se considérer entre les mains de Dieu, et à ne voir sfucun mojrni .tt humain pour se tirer de l'état où l'on est La bonne madame de Pooit poane, qui est Tanique qni pouvoit publlqaemelit agir et prêter sdn oon fl 9UX poursuites que f^isoient les autres [amis de M. de Sacj], s'est dèfl'cfarée nettement qu'elle ne peut pas se mêler de notre affaii-e : elle a le$ « pendons de M« son mari à soflJdter. H bat pourxela Quelque mena- « gement, et elle agit sans doute fort sageibebt ; nous serions 4r^ fâchés « qu'die souffrit quelque mal pour le bien qu'elle nous procure,. et nous fl pouvons nous passer plus aisément des adoueissemens qu'elle prétendroit f de la cour pour nous,' que M. de Pofnpooiie ne peut ae passer de li pea- « sioD en Saède« Dieu aura .soin des pauvres, s'il lai plall, et des paiiTr» « quibui non est adjuior. s (Le Gert, Vies édif., t ir, p.* M4;--Gf. Gosçeti Vie de Nicole, part n, p. 9, où il y a. uqe eirear.)
2 Larrière, Vie du docU Arnauld, t i, p» 86ÎÎ.
S Lc/fres fii^<<. du 7 et du'14 mars 1669. * "
CHAP. IV, fiECT. U, ART. I, S I^- liS
u devoit permettre que Vostre Excellence prist un esa pion des Jésuites'. »
L'n premier succès semblùt avoir amorti l'ardeur du
■ L'occusalion de JésuiiUme eoinniençail i dCTenir d'une grande rcs- Hiurce pour \r» coQcurrenta qui *oDlilent Ccarter leun rinai ; c'élitl en eïïet une arme laan comioode peur tuer un ennemi. On peut en juger par la lettre dont noui artms cité le pail-icriptum. Gaudon, qui l'écrit - et que nouscrayansMreccSiliaiaGaudon, l'an draprindpiuxdifdple* de Saint* Cyran, l'nn det premlen nililalres de^PoiMIoTai (IMm. ée Laiitehl,^ >, p. 15, 35, etc.). Et depuis abbé de' Pleinpied, conseiller du roi, et mort en JBB! (Callia cAritliana, U u, col. 487], indique oŒcleuseltienl i Poqipnnne la nanitré dont II doh «part* In bnreaut da affaires Hranfim, oA lui-même remplit des Toiictinns dont il parie en ces termes : • Il y a
> te roolle que je faisols céans et qne je voiu offre de fbire encore chès
■ TOUS, sans tous esire i charge m aucune hçoe. Il cnnslsle II eipédier
■ dans Tos trois mt^ (vinr plus haut, t. ii, p- 1!, n. 3) toutes les grSces
■ que le roj fbict, entre letqueljei sont les bénéfices ; et pour cela, anssi
• bien que pour un grand nombre d'affaires ecclésiastiques qui se rappoi^
> lebt A tous, t cause de Borne qui est de rostre déparlement, Il est très
■ bon qne tous ajés un homme de la prolHston ; et je m'j offK encore
• une fois, à la meame conditioQ de ne tous estre point à cfaaft;e, comme Je m ne restais plus il; a quelques annéesl cette maison [de H. de Lionne],
• que de mon logement, que MP'de Lionne aToll iUM qu« Je retlnwe
• IUUKJ08IS; ce que je lïis présentement d'autant plus vôloatien qne Je
• suis libre. ■ Ledit abbé s'était isme tu, et dëstralt te eouserrer, fe la tAe d'une feuille des bénéfices, « de toutes les relations atee Rome mr lesquelles un laiqtfe aTait besoin des cooseOs d'au homme 'de m rofci, mis dans ce minisiîre oecblte, me influence occulte ailssl conlraHalt la rienae ; c'était celle du P. An nàt, Jésuite et conlïasenrdeLonlsXlV: > VOas serés
> prié, coDlfnue l'habile Candonv slV. B.' ne l'a esté desjà, de continuer A
• H. Pactianetï M. Wrajre leurs cbm mi nions. IlftiïtpremièraBenI*ims
■ pcrsunder que vous n'arés pas besoin d'un ii grand norabrede cofamb...
■ Je pemê en second lieu que tons ne cbuMerts pw M. Rouneia et
• 3t. Toutmont qui sont t tous depuis s) lonicMps.!. pour pmidre des
■ •eslrangers... i [d'autant? que ceuik:/ peÙTent s'en tenir, s'îJs mt de la
■ modération, ï leur fortune, ajant chacun Un bon carrosse.. i c« que J'aj
• creu que *ous deriés sfaTidr-ftour rendre àrliacun justice... De pins
■ TOUS ferrés mesme entre Tosenbn;i,oaTOS parens,cent qui sont en aagii « et en estaL., M. Parayré est le plut capable, B a du stjle et sçait asMt
■ bien les Tomies. Il aToit traraillé plusieurs années sous H. de BHeane.
■ U. de Lionu ne touIiiU point le prendre... t cause qu'il estait blasmé
■ d'aToir un mescîianl esprit) dapabte de jnettre de la dlrislon et du dé-
116 LES FII.S D'AKNAULD D'ANDIIXT.
vieillard. Le triomphe la ralluma. Il rêva pour ses petitsfils le bonheur d'une éducation semblable à celle de leurs sœurs, et pour lui-même une tombe dans le lieu où il avait déposé le cœur de Saint-Cyran '. Après le triomphe, il lui fallait l'apothéose. Son retouï* à Port-Royal l'eût replacé parmi les saints, avec ses anges. Ses petits-fils, que le pouvoir n'eût osé lui arracher, eussent formé à Vaumurier les pierres d'attente d'une nouvelle école pour remplacer celle des Granges, qui, depui3 seize ans [1656-1672] 2, avait été arrachée de la sainte solitude \ Un plan si habilement conçu n'était peut-être pas tout à fait improvisé. Ce soupçon nous est venu en lisant une
t sordre partout, à dessein de sWanoeraux dépens d^autrujr; en qnoy il < peut y. avoir quelque chose de ,Tray^«. f/Li\s le P. Anriat, dont il estoit ft parent, estant continuellement nécessaire à Ms^ de Lionne, à cause [de la c feuille] des bénéfices ausqpels il prétendait,, et pour lesquels il y avoit ff tousjour^ quelque cjiose à faire, enfin M; de Lionne Te reœut. Il y a eu t grande jalonsiev (opsjours entre luy et M. Pachau... En voilà beaut coup; monseigneur, pour anjoord'huy. J*auray rhônnour de tous escrire « chaque ordinaire, jusques à 'ce que tous soyé^icy; et chaque fois je tous « dohneray peut-eslre denouTelles cbnnoissanqes, tqutes saâSbTOuloir noire « à personne (je suîsamy de cei deux Messieurs, et ^..Pachau ip^a^esté A particulièrement oflicieux, oomln&â^ (but le monde); mais pour tous ■ informer de la vérité, sans laquelle vous ne pouvés ijue vous tibmper, et 1 8Tec laquelle tous ne tous tromperés jatnais. Je prie nostre Seigneur de t n'arresler jamais' le cours de ses saintes bénédidions, etc.. s C*est à la suite de cette pieuse intercession que vient l^' Poat^cripium dirige non j)ar(iaudon (Diei^«}e présesve de vouloir, nui^ê à personne!), mais par le P. Durandaau contre ce Parayre, cet espiopdest/jr^tftfej.— (Ne pas furendre le demier'motdu /'o«N5<^ipfifm. pour la signature de la leUre.) — ^. Cette lettre est du 18 septembre i67i.- La première représeiilation-du Tartufe est du 5 août 1667 ; et sr Afolière n*eir a trouvé le modèle ni à Port-Royal ni ches les Jésuites (vdr plus Jiaut,. t. i, p. 182-2d2;, ne serait-on pas tenté de croire qu*il a été le chercher dans lés bureaux^ tant soit peu jansénistes des affaires étrangères ? ' '
1 Mém. de Lancelot, u i, p. 256,
2 Mém,deDuFoisé, p. 169, c xx ; Besoîgpe, HisU^deP, IL, u;iy,p. 515. * Voir plus bas, même ckap,, geet, n/art, u '
CHAP. IV^ SECT. n, ART. Ij S !▼• 1^7
lettre charmante de madame de Pomponna à son mari, ]orsqu*en revenant de Hollande elle lui rend compte de l'état où elle a trouvé ses cbers enfants et leur instituteur : « Paris, ce 27 aoust 1671. Me voylà revenue de « Pomponne... et je suis sy plaine de la joye que j'^i tt eu de voir nos anfans, que je doute sy je te pouré f( bien expliquer comme ils sont. J'ay esté sy surprisse « de leâ voir sy jolis et sy embellis, que je ne les ay pas c< reconus. Pomponne est fort creu ; mais Toinon ^ Test a en un point que vous ne le sauriez croire. Nous eusmes ((tout le plaisir d'abord; car Lolotte^ madame de « Mpnchi^ et moy, nous nous mismes tout d'un rang, « et mon père, et mon frère de Lusancy, leurs demandé a rent à tous deux où estoit leur chère mère? Il y avoit c( deux jours que Toinon estoit fort en peioe qui luy ditt roit qui j'estois^ et comment il me conoisteroit. Pour « Pomponne, il disoit qu'il me conoisteroit bien. Après tt avoir bien demandé à Toinon sy il ne me conoissoit tt point, et,. luy, avoir dit plusieurs fois que noa ; Pomu ponne ne se pust plus tenir, et vint se jeter à mon cou, « en me disant : Cest voué qui estes ma chère mère I « Toinon en fit autant, et tu crois bien, mdû-cher amour, tt avec (Quelle tandresse je les embrassai tous deux ; je tt t'assure que jamais l'on n'a eu tant de plaisir que
1 Anloine-Josèph, plus tard chevalter de Malte. —Voir plus bas, ekap. t,
$ect. m.
» M"« Charîollc Ladvocat, plus Urd M"« de Vins, sœur de M"" de Pomponne. (Lettres de madame de Sévigné, t iv, p. 67, 88, 9^, etc.)
Sans doute Marie Mole, mariée comme H"* de Pomponne en 1660. Elle avait épousa Georges deMôncby, marquis d'Hocquincourt ; elle mourut en jaD^er llB94i (le P. Anulme^ L ti, p. 574)f et fut mère de Geneviève de Moncby^ qui épousa en janvier 1695 Antoine de Pas, marquis de Feuquières. (Ibid., t Mh P# 5W; Mém. de Feuqûiéret, 1. 1, vie, p. cxixii.)
« j'en ay eu dans ce moment. Tout ce que je te puis « dire, c'est que. l'on ne peut pas trouver deux plus jolis (( anfans. Toinon paroist eflectivement un anfant qui c( promet beaucoup : il est sage naturellement, et n'a- « prand rien ancore, hors des vers, pour luy former la {( mémoire. Pour l'aisné, M. de Sacy que j'ai mesné à « Pomponne, me paroist très contant de ses estudes, et (( m'a dit qu'il vous en escriroit. — C'est assez vous (( parler des anfans. Il faut revenir à ton père. Je l'ay « trouvé en très bonne santé; mais le visage beaucoup c( plus vieilly et tiré. Il est plus palle. Il est aussy beauce coup plus sourd' ; il ne marche pas tout à fait tant, « quoyque ce soit avec autant de force. J'ay trouvé* que « deux ans et demy font beaucoup sur-un homme de son (( âge. Il m'a fort entretenu de toute chose, surtout de (( la résolution qu'il avoit prise de demeurer avec nous. « Ce n'a pas esté sans peine, car l'on a fait tout ce qu'on « a peu pour l'en destoumer; et nous avons toutes les (( obligations du monde à ma p. mère et à Clément^ ;
* .Cf* Mém.'de C-abbé Àrnauld, parL m, pt 170.^
) Nous pensQos qu'il est ici qaeftion de M"* Hippolyte Clément; et d'une personne de sa famille. 'Cette dame, jadis tourière de Port-Roy al^^ei- Cbamps (Guilbert, Mém. chron,, U jii^p. 180; NétroL de P, R,, p. 17], s'était retirée à Pomponne en septembre 1664 avec d'Andiily, qui écrivait à M"" de Sablé le 24 du même mois : « Je travaille autant que je pUis à fl establir mqn petit ménagt ; et c'est une chose incroyable que ce que < M"* HypoHte Tait pour cela. Je sefbis perdu sans elle... L'une des plus c grandes peines de mon exil, est qu'il m-'ostë l'espérance d'avoir, tant qu'il « durera, la jdye et la consolation de vous voir, i (Bibliotk, du roi, layette de M-« de Sablé.) —Le 23 janvier 1668, d'Andilly écrivait à sa fille Angélique de Saint-Jean : t Je vous écris ceci sans lunettes, encore que je tt touche à quatre-vingt ans, 'et tout le reste va à4)it>portio». Mais. y prenant f l'intérêt que vous y prennes, vous devez, après Dieu, en sçavdir {^é à f M"* Hypolite, qui me décharge de telle sorte^ tous soins que je n'ai f à penser qn'ù mon salut, et à employer mon tems le mieux que je pais» •
GHAP. Vr, 8BCT. U, ART. I^ g IV. 119
« car la première, quelque presse qu'on luy ay faîte « pour parler à mon père, elle a toujours dit que nous (f et nos anfans luy estions aussy chers et mesme plus « que une comunauté, qui pôuvoit trouver bien d'au- « très consolations que nous ; et que d'oster mon père t( de nos bras, c'estoit nous faire trop de tort de toute « manière ; que tout ce qu'elle pouvoit faire, c'estoit n d'estre neutre, sans rien dire, et se disposer à suivre «mon père en quelque lieu [où il prendroit résolution (I de demeurer. M. de Sacy, mon frère, et toutes les re* a ligieuses sont bandés contre elle; [Si l'auteur des Pro* « vinciales avait été Jésuite, ou que les Jésuites eussent « eu quelque homme de génie pour leur écrire tles Proie rSnciatesJ^'\ W dissent qu'elle en est cause. Mon père « à offert à mon frère [qui habitait Pomponné avec lui] c( de le laysser aller sy il vouUoit ; mais qu'il' ne se pouce voit pas résoudre à voù* despérir une terre qui estait u en sy bon estât par tous les soins que l'on y a pris, et (( que puisqu'il^ a^ris tant de peine, il veut aller jusqu'au « bout; que daùs-le temps' que vous faites tout ce que « vous pouvez pour vos anfans, il est biea juste de vous
(Le Clerc, Vies édif.^ 1. 1, p. ddO. — Cf. U iv, p. il7 et 196.) c J'ai dit «quelquefois ici* [à Pomponne] en voyant les assistarites que M"* Bipc polyte rend aux pannes, que si J*àtois une stevr, je fa tteo^rois i6ille fois c pkis heureuse et plus hpneréQ de faire ce que ftdt ici Jl"* Hyppolile, que « si elle avoil la qualité de duchesse, i (Lettre de Sacy, du ^4 janvier 1688, Le Clerc, Vies idif,, t. iv, p. 516.)
1 tt L*enjoaeiiieDt de M. Pascal a plus servi à votre porti que tout le sèc rieox de M, Arnauld. t (Racfaie, heure à Nicole, OEuvreê, L ti, p. 2&) Port-ftoyal le savait "aussi 'bien que Radae, et voilà pourquoi, lorsque oélol-ci attaqua Nicole et ses amis, par dew lettres qui, à notre avis, yalenl bien les PnmneiaUi^ tout le parti s^interposa pour apaiser cette voix teDgeressef{6ti<.^ p.-8S) q«i, arec quelques pan^ de plus, eOt détruit tout TottTrage de Montalle.
120 LCS PUS D'AKNACLD, D'AN DULY.
« segonder, et de faire icy ce que vous ne pouvez faire de a sy loing. J'ay fort parlé à mon frère, et il ne me paroist u pas contant. Je peus dire mesme qu'il m'a receu avec « bien du froit J'en ay parlé à madame Hipolite ; elle (c dit qu'il ne faut pas s' an estonner, et qu'il ne laisc( sera pas de fsdre tout de mesme pour nos afaires. Je « ne croy pas qu'il veuille quiter mon père ; mais il va tt très souvent-à Port-Royd, et il y demeure quinze «jours, trois semaines, un mois de auitte.... Vous le a trouverez fort changé, car il se tourmente en un point c( que cela ne se conçoit pas. — Pour Clément, c'est un (( trésor... <• »
Le vieillard avait-il résisté à cette conjuration d'une moitié de sa fâtmille contre F autre 7 Ses petits-enfants et ses arbres l'avaient-ils emporté, ou bien des conventions secrètes avaient-elles ralenti les poursuites de Port- Royal? Nous ne saurions le dire. Mais s'il avait pris des engagements, le solitaire choisit avec une rare habileté l'instant dé les réaliser. — Dans .une tentative pour laquelle il avait été impossible d'agir sans le consulter, on avait placé les deux plus âgés de ses petits-fils au collège ; mais l'essai avait mal réussi, et dès le mois de mars 1673 ces enfants éti^ient rappelés' au sein de la famille ^ Peu après, leur piëre, au comble de la faveur, avait suivi le roi ait siège de Haêstricht?. ïout à coup, le 25 mû 1673, le vieillard disparaît deTomponne '. Il y laisse ses élèves
1 Leii. inéd. tUi Feuquiéreê, t ii, p. iiO. Jb y aTaieot rejoiiit leurs deux plus jeunes frères restés près de d*Andill7«t de leur mère (iSid).
s DeQuincy, HisUmUiUde Louiè XJV, L i, p. 849; UtLitUd. dei Fi»* quiêrt$^ t. if, p. 178. — Pomponne ne rentra chei lui que TCrs Noél 1673. (ibid., p. 243.)
^ GuilberC, Mim. ki$U et ckroih 9ur P, A, 1. 1, p* 578 $ LgtU inéd, éts Fcvquicrei, t Ji, p. S80.
GHAP. IV5 SEGT. Uf ART. I, S ^V. 121
sans maître, leur mère sans conseil ^ Il espère sans doute par ce coup d'état ressaisir tout son ascendant. — Dioclétien n'est pas le seul jardinier qui ait regretté l'empire! — Son fils allait probablement le supplier d'abord de revenir, puis sur son refus consentir à lui envoyer ses petits-enfants, ses chers élèves.
Mais le fils, inflexible dans sa circonspection, lui écrit ces lignes désespérantes : a Du camp de Mastrict, ce 13
u juin 1673 Je prens part à la satisfaction que vous
a trouvez au lieu où vous estes , et de celle que vous a tesmoignez de mes filles. Elles gagnent à la perte de
u leurs frères » Le pauvre vieillard est navré, et
cependant il continue à feindre un grand contentement. Il n'ose se plaindre de son fils, et se plaint à mots couverts de sa bru. Puis tout à coup son cœur éclate : il demande, ce qu'on ne lui offre pas, ses chers petitsenfants. <( Je prens grandç part, lui répond son fils, du « camp de Mastrict, le 18 juin 1073 [cinq jours seule- (( mrat après la lettre précédente?], je prens part à -la « satisfaction que vous me marqués de vostre nouvel a establissement, et vois avec plaisir la justice que vous (( rendes à ma femme sur vostre sujet. Elle m'a tesmoi- (( gné sur vostre -départ les mesmes sentimens qti'elle « vous a fait paroistre. — Vous croyez bien que souhait- « tant au point que. je fais à mes enfans une éducation (( aussy avantageuse que celle que j'avois espéré qu'ilz « trouveroient- auprez de vous, je verrois avec bien du (c plaisir qu'ilz pussent retrouver 4e bien qu'ilz ont perdu. <( C'est sur quoy il m'est difficile de tous dire mes sen-
1 II parait infime que Robert avait profilé d'un voyage que M"' de Pompotine^avait Tait à Paris, pour' quitter leur résidence commune. (LeiU inéd, de* Fcuquiérei, t. ii, p. 456, lettre du 18 mai 1673.)
122 USS FILS D'ARNAULD P'AIOHLLT.
tt timens, et ce que je penae é$ la proposition fif oUi^ « géante que vous m'en faittes. Les voilà présentemeot « establis à Pomponne, et ilz y passeront Testé, au moins u la plus grande partie, avec leur mère. Cependant je (( vous suis infiniment obligé de la pensée que vous aviez a eu pour eux, et vous en rends trei humbles gr&ces. «Vous croyez bien que je ne leur souhaitterois rien « d'avantage qu'une demeure semblable à celle de Fan- « mûrier, et, qu'à choses esgalles, je la préférerois à « toutte autre. Je veux espérer qu'ayant autant de désir « que i'ay de les bien eslever. Dieu bénira ma pensée, « et y pourvoira. »
Cette lettre, dans notre recueil, est la dernière de celles que Simon adresse à son père. Un to après, Robert était mort; mort à quatre-vingtM:iùq ans, sans avoir vu réaliser son dernier vœu, — Hâtons-ûoùs de le dire cependant. Pomponne, par un de ces- tempéraments qui ramenaient l'équilibré entre son affection filiale et sa prudence paternelle, avait adouci les suprêmes instants du vieillard. — Ne pouvant lui confier à Port;Royal l'éducation de ses fils, il les lui avait envoyés pour y passer leurs vaeances ^ ; attention pleine de délicatesse envers l'aïeul dont l'hospitalité devenait une récompense, pleine d'habileté à l'égard des jeunes étudiants pour qui le séjour de Port-Royal devenait une ftte. -r- Les calculs du courtisan valaient bien ceux du solitaire. — Mais la mort les déjoua, et transforma la fête en deùU { 27 septembre 1674]. En même temps, il est vrai, elle transfortna le deuil en liberté. Depuis lors Pomponne ne conduisit
f Bcsolgiie, Hist, de P, R., t. n, p. 409. H paraît quMls aTaient mérilé ceUe récompense par des saooès de collège. (Vi>ir là leUre dtt s'septem- ))re i674i Lett. inéd, de$ Feuquiérei, t. iir, p. 86.)
CHAP. IV j SECT. U, AaT. U, $ h H^
les siens à Port-Royal que lorsqu'ils n'eurent plus rien à craindre du pouvoir, après leur trépas ^ Sans doute il espérait ainsi faire glisser inaperçues, quoique vivaces, ses propres sympathies sous le linceul.
ARTICLE IL P4mponne après la mort de son pèf*e*
% I. Disgrâce et faveur.
Pomponne avait pu, jusqu'à un certain point, dissimuler ses propensions. Mais il était une chose qu'il ne pouvait ni ne voulais sans doute dissimuler : c'était son nom ; de sorte,* dit madame de Sévigné, que sa signature lui était un crime \ — Sa signature toutefois ét^it tolérée depuis huit ans, pendit lesquels elle avait figuré au bas des actes les plus importants et les plus glorieux de la monarchie ; et rien ne semblait n^enacer sa fortune. — (^ disgrâce l'atteignit cependant ; et, chose étrange! elle sembla lui venir par la seule des passions de son père
1 ^n 167^ il y avait déposé l«s restes d'une de ses filles, Catheriue An* gélique, morte le 12 aTril de ceUe année. (Guilbcrt, Mém. chron, de P, A., !• Ti, p. 292.) Eu 4684, il était dans la disgrùce lorsque Sacy mourut à Pomponne. Il parait i|u*ll toulut s^oppoier à ce que les restes du défunt fussent transférés à Port-Royal. (Le Clerc, Vies édif. de P, fl., t, iv, p. 47.) Rien ne > prouve, sinon une assertion de Bcsoigne {Hist, de P, R., t. ii, p. 593), qu*il s*y soit trouvé aux obsèques de sa sœur Angélique de Saint- Jean, et à celles de Luzancy, son frère, morts la même année. Mais lorsqu'il fut rappelé au pouvoir, et- ceci est à sa louange, moins pusillanime, il y M c^ébrer un «errice pour son fils le cbevalier de Pomponne, mort en novembre 1698, et assista en 1695 an âèrrice qui y Ibt célébré pour le docteur Amauld. (Besoigne, ibid, et pr.*594; voir aussi Guelfe, Retraite d^Amautd, p. 1.) « ' * .
2 Lettres de madame de Sévigné^ 1. tj, p. 22, 25, 35, 59, 62.
124 LES F1I.8 D'AKNAULD D'ANDILLY.
contre laquelle il ne s'était pas mis en garde, à laquelle même il avait cru pouvoir s'abandonner sans danger; par l'amour de ses jardins et de la bampagne. — Le secrétaire d'état préférait trop souvent Pomponne à Versailles '. — Le 2 septembre 1679, il avait scellé à Fontainebleau le dernier acte d'accession au traité de Nimègue, celui de la Suède et du Danem'arck ^; puis il avait profité de la paix générale pour se donner quelques jours de repos à Pomponne. Il y reçut un courrier qui lui annonçait l'accueil fait, par la cour de Bavière, aux ouvertures de Louis XIV pour le mariage du grand dauphin. C'était le jeudi 16 novembre 1679. Un dernier rayon de soleil, quelques plantations peut-être fîtent que le ministre employa deux jours à déchiffrer ses dépèches. Le 18 novembre, lorsqu'il se présenta pour les remettre, ce ftit Golbert qui les reçut bt qui lui transmit en échange l'or^ dre d'envoyer sa démission '. Louvois avait le plus contribué à ce dénouement. Golbeit en profita. Croissy, frère de celui^i, reçut le porteTeuilIe deâ' affaires étrangères.
Louvois ne* pardonna jamais à Pomponne de d'avoir pu le dépouiller. La mort seule mit un terme aux rancunes de cette ambition déçue. L'exil' eh avait mis un autre aux goûts trop vifs de Pomponne pour la campagne. Louvois Daort, Louis XIV rappela Texîlé dans le con-' seil, mais en lui témoignant le regret de ne pouvgir lui
1 Cf. Uit inéd, dêê Feuquiére$, t. m, p. 9àhf et t ir, p. 196, SiO«-
2 Aet, et Èiém. de» négociât, 'de la vaix de Pfimégttê, U IT, p. 558; IMsdier, HisU de la paix' de tjimè^e, p. 824t etc.
S Voir Mém, de GourvUle, t ii, p. «27 ; Teetam* polititft. de Cotbért, p. 375 ; Ijeiire» de madame de Sévigné, t. vi, p. 25, 35, 59, 02 ; 3Um» inéd, de Louiê d^ Briennêg i$ it» p. 268.
CHAP. Vf, 8EGT. U, ART. U, $ U 125
restituer son portefeuille, et la crainte de l'en voir mécontenta En sortanUde Taudience du roi. Pomponne se rendit' chez Groissy, T heureux détenteur de ce portefeuille, et lui demanda son amitié. Robert, s'il eût vécu, aurait pu s'écrier, comme autrefois dans ses Mémoires^ que son fils saccommodoit mieux que personne à toutes sortes d'humeurs; niais il s'en serait consolé sans doute par le succès que recueillit une conduite si sage. Non seulement Pomponne obtint de Groissy l'amitié qu'il demandait, mais lui, dont le mariage avait été l'œuvre de Fouquet, il 'maria sa fille à l'héritier des Golbert, au marquis de.Torcy ^, fils de Croissy même, dans l'héritage duquel se trouvsût compris le poitefeuille des affaires étrangères.
Ainsi la modération de Pomponne ressaisissait ce précieux p(Ni;efeuille à travers une amitié et uii mariage ; et, chose bizarre ! comme si la fortifne' eût voulu conduire jusqu'au bout un caprideux parallèle entre la conduite politique du père et celle du fils, celuiH^i eût à diriger la carrière de son gendre au débuts comme jadis Robert avait dirigé la sienne. Le roi voulût que le jeune ministre des affaires étrangères ne travaillât que sous le contrôle de Pomponne; et non seulement l'hetiréux négociateur qoijadis était descendu dansla disgrâce sur les trophées de Nimègue mourut cette fois au pouvoir sur ceux de Riswick; m^s son gendre s'y maintint jusqu'à la Régence. — L'.héritier de tant de grandeur retrempée à tant de sa-
1 Mém, de SatnUSimon, t; iv, p. 167.
2 Le mariage eut lieu, par ordre da rd, le 13 août 1696, quinze jours api^ la mort de TÔrcy, qui était*décèdé le 28 juillet précédeut. La charge de secrétaire d*état des aflàires arangères fut exercée en commun par Pomponne et par son gendre (Mcm. de Saint^SimoUj t. ii, p. 180.)
120 LES FIÙ D'AINAVLO D'AVDaLY.
gesse, ne fut écarté que lorsqu'il devenait inutile; après le règne de Louis XIV.
Une existence aussi accidentée que 4e fut celle de Pomponne, où la fortune se releva sans cesse de chutes en escarpements, ouvre dans sa correspondance des aspects variés, mais non pas inattendus ; car il vivait dans un monde où l'étiquette réglait tout par -avance. A cba^ que revers, on prévoit le compliment de condoléance. A chaque succès, on est certain de la congratulation. Les tètes s'inclinent et se relèvent, selon les circonstances, et d'après un mouvement convenu. C'est en mesure que l'on monte vers la faveur; c'est en cadence que l'on bat en retraite après l'échec. Les plus illustres marquent le pas. Le prince de Gondé, les cardinaux de Bouillon, de Forbin-Janson, d' Arqoien, de Bonzi (ce dernier savait été le plus âpre compétiteur, ef se trouve le i^us ardent complimenteur de Pomponne) ' ; une fbule d'archevêques et d'évèques;ies abbés de Polignac*et de\Gondi; les. maréchaux de Bouflers, de Villeroy, de Joyeuse, d'Estrées, dé Gréquy ; Villars, Tessé, Tallard» d'Humières, Ghamilly, Puisieux ; les ducs de Gharost, de Luxembouiig, de Lavardin, de Gramont, d'Aumont, de CoisUn, de Groy ; le comte de Béthune [Pologne] ^ etc.^ etc. , c'est à dire l'élite de la noblesse française^ et parmi les poten*tats étrangers, le duc de Lorrailjte, l'électeur de Bavière, le duc de Holstein-Gottorp, le prince de Furstemberg, l'électeur de Trèves« Tekeli, Je grand-^d^c de Toscane, le duc de Savoie, le prince de Monaco, le prince Lanti de La Rovère, l'ambassadeur de Venise, etc., figurent
i Cù Mim. de Vabké.AmaM,Jp9s\, m, p. iM. 3 i6iU, p. 199.
GHA9. lY^ aBGT. U, ART. O^ S U* ^^t
dans' cette partie de notre correspondance, où tout est banal, ezcepké la .signature.
Parmi ces grands noms se glissent aussi parfois des noms plitt obscurs ; et pour ceux-ci, soit ignorance du protocole des cours, soit empressement bourgeois, soit crainte de multiplier l'importunité» la circulaire complimenteuse n'est pas seulement^ comme pour ceux-là, une préface aux pétitions futures ; souvent elle contient la pétition même. Souvent aussi le compliment fait défaut; car les sujets.de compliment peuvent ne pas se succéder sans interruption, — même dans une existence ministérielle. La pétition. seule a ce privilège : elle est de tous les temps. Or, à travers les louanges, et les suppliques qui se produisent sous jeur escorte, se retrouvent plusieurs faits relatifs à la famille Arnauld. — Il en est trois surtout qui nous paraissent mériter quelque attention.
S n. Pomponne et la famille Senrien.
D'intimes relations Vêtaient établies entre la familk Arnauld et celle d'Abel Servien, l'babile négodateur du traité de Westphalie. Abel, qui avait acquis de Tamie galante, janséniste et friande de d' Andilly ^ la terre de Sablé en Anjou, était étroitement Hé avec Tabbé de Saint- Nicolas, depuis évêque d'Angers ^. D'An.tJilly,. qui avait connu Servien investi de la faveur de Richelieu, et qui noème à ce titre en ayail reçu quelques services ', saisit adroitement F instant où une disgrâce momentanée confi-
* Voir p'us haul, 1. 1, p., 178. •
3 • M. Senrien... faisoit une étroite profession d'amitié avec mon fr^re « Tabbié de Sainl-NicoUs. • (Menu i(^Arn. tTÂndilly, part, ii, p. t23.)
* Itidy p. 63.
nait à' Sablé l'ancien favori, pour lui offirir une amitié égale à celle de Tabbé son frère. Cette amitié;, Robert y avait apporté d'abord l'emportement qui, d'après l'expression de son fils Antoine, faisait ressembler toutes ses affections à de l'amour ^ Servien, rappelé aux affaires^, n'eut point pour celles de Robert le dévouement emporté que celui-ci manifestait pour sa personne ' ; et leur liai-
i Mém. de Vabbi Amauld, part, i, p. 64*-^ Le 15 mai I643t Robert écrit à Senrien (Lettre; p. 400) : • Je ne pois plus m*empécher de vous dé- « cou?rir une pensée dont je me sens pressé il y a longtemps, et qui D*est « connue que de Dieu seul. C*est, Monsieur, qu'estant détrompé au point c que je le suis de toutes les fausses aparences de bonheur..., et Tinjostice « de la fortune tous ayant foit voir par expérience combien elle est en- « ncmie de la vertu, je dois espérer que vous n'aurez pas désagréable de « m*honorer d'une amitié qui soit à Tespreure à^ tous les aoctdens do « monde... Cette proposition, vçus ne sçs^urieiJI'approuTcri à |D«in8 deme « donner yostre cœur en 'recevant le mien. • Et ailleurs (p. 179] : < Je « trouve [dans r&ifection dont vous obligez fipon fKTre^ son bonheur si « grand, que je cesserois d'estre sincère, si Je n'âvouois que je commence « d'en avoir de la jalousie, s Ailleurs encore (p. 383] : « Je vous- laisse à
• juger combien je tiens mon frère heureux, dans la créance que j'ay
• qu'il n'y a personne qui ait plus de part que luy en vos bonnes grftces, « dont je vou&avoue que jusquericy j'avois eu, -bien que possible Injuste- « ment, quelque jalouMe... s
2 Robert (Méfn., part, n, p. 1S3) prétend 'que ce fut à «es- instances que fServien dut son rappel; mais celui-ci était l'homme >du cardinal Maiarin, dont le choix, nous l'avons vu (t. i, p. 36), ne coïncidait pas toujours arec les VŒUX de Robert. '
s « En rentrant dans les emplob et dans la faveur, je le trouvât., si « différent de lui-même..., que* je renonçai de bon cœur d ce que je devoit A attendre de »a reconnaissance, » (Mém, d'Âm, d* Andilttf ^pàri. ii, p. 124 ] Le secret du refroidissement de Servien ne setrôuverait-il pas dans àeux lettres, dont l'une précède, dont l'autre suit ^lle par laquelle Robert- loi offre et lui demande son cœur.. Dans la première Robert écrit (p. 405) : « Vous voyez aussi clair que moy-mesme dans mes sénUmens suf le sujet Il de M. l'abbé de Saint-Cyran... Il se tient si honoré de la fiiveur que tous If luy avez faite» [en témoignant tant de joyé de sa liberté], que je ne puis « assez vous dire jnsques & quel point il la ressent T et je ne sçaurob mieaz, « ce me semble, vous faire voir combien j'y participe, qu'en vous soubalitant ce la connoissance et l'amitié d'un homme si détaché 4e tous les intérests
CHAP. IV^ 8ECX» n, ART. H, $ H. 129
son se refiroidit. Mais cela ne rompit point l'amitiô sur laquelle Robert avait greffé la sienne ; Servien et Tabbé de Saint*Nîcolas, devenu évèque» continuèrent à vivre dans une telle union qu'il eq coûta au roi la ville d'Angers, surprise tandis que le nouvel évêque était accouru près de son ami pour le* consoler d'une perte de famille ^ — Servien mourut au pouvoir*.
11 avait essayé d'y. faire participer son fils Augustin Servien, .abbé de Saint-Jouin-lès-Mame ', et deux de ses neveux, Hugues de Lionne, et Hugues Humbert Servien, abbé de Gruas et de LéonceP; — Augustin Servien fut un de ces abbés spirituels, inappliqués, scandaleux, qui firent les délices des ruelles, la désolation de leur famUle et la honte de l'Église. Il mourut comme il avait vécu, hors de propos, dans la maison d'un danseur, au moment où s'ouvrait la Régence ^.
Hugues de Lionne fut sans contredit l'un des ministrès les plus habiles de Louis XIV. C'était lui que Mazarin à son lit de mort avait désigné comme le plus capable de le remplacer aux affaires étrjingères ^. 11 fut en même temps pour la famille Arnauld un constant et
m de la terre... »Rt dan» la seconde lettre (p. 430) : «Noslre a^iilié ne seroit tt quéTombre de ce qu'elle doit estre, si eUc ne se terminoit toute à Dieu. « Cette lettre, datée 8u 8 octobre [trois jours'avant la mort de Saint-Cyran], est la quatrième et la dernière que Robert ait écrite à Servien en 1643. G*est la dernière aussi qu^il ait imprimée, bien que son recueil s'étendit jusçQ^au ii^mars*i645;
^ Mim. de Vahbé Arnauld, part, m, p.- 43, 17» M*
2 M oreri, V Servien (Abel) ; Mim. de ilr*^ ooUect. Petitot, V série, tLTUi, p. 69. . ■ , • •
S GalL ^hrtêt,, t. n, col. t277.
^ Moreri, ?* Servien (Bnnemond)* '
B Menu de Saint-Simon, L xjx, p. 102 { t. XX, p. 132 ; t XXTI, p. 238.
< D^Aufigny, Vies des hommes iUÛsU, U v, p. 469; Mém. de Choity^ p. iiS ; IlUm. de M^ de MoiteviUe^ i, n, p. 18, etc.
1S6 VES VUS D'AJINAC{I> D'AmtfUT^
généreux ami^ C'est à lui que Tabbé de Saint-Nicolas dut la mission diplomatique qui le conduisit à Tépiscopat ; Pomponne son retour d'exil, sa première ambassade et jusqu'à son ministère. « Sur la fin de F automne « 16A6, écrit Fabbé Antoine, mon oncte, l'abbé de Saintce Nicolas, reçut une lettre de H. de Lyonne, son ami très « particulier, qui lui roandoit de \€\blvc à P»ris, et que « M. le cardinal Mazarin Tavoit choiù ppur aller à
« Rome ^ j> — « II fa^lloit être autant soni q^e M. de
« Lionne, dit encore i'abbé, et aussi généreux que lui c< pour oser proposer au roi, pour un des plus importans « emplois qui fussent alors [l'ambassade de Suède], un « misérable exilé [Pomponne] qui souffiroit encore actuel* (( lement les effets de sa colère. Mais il sumipnta les ccain- « tes qu'un autre auroit pu avoir dans cette rencontre, ne (( considérant que l'intérêt de son ami, et cdui du roi qu'il « crut que mon frère pourroit servir utilement '. » — Une seconde >fois. Pomponne retournant' en Suède, Lionne, qui par ordre du roi devait lui donner ses instructions, le chargea dé les dresser lui-même. « C'est ici; dit An- « toine, un des plus beaux endroits de la rie de M. de (( Lionne. Des gens recoiinoiss.ans ne sçauroient assez le « publiai* pour en conserver la mémoire. If porta au roi « ces- instructions satis y rien changer. Sa Majesté les u goûta, et dit à M. de Lionne que cette fois il s'étoit suret passé lui-même:.. Pour une âme moins bien &ite que « la sienne, ce discours auroit pu le piquer de dépit ou « de jalousie.. .^Sans hésiter uil moment : Il ne faut point,
1 • M. de Lionne qui en tontes occasions s^eSt montré de nos atnis. > (Métn. de Vabbé Amnuld^ part m, p. 78.) 3 Jbid., t>arL ii, p* 9. . ' * IHd.f part m, p. 75.
CHÀP..iy, SECT. U5, ART. U, $ H. l&i
« sire, lai dit-il, imposer à V. M. C'est M. de Pomponne « qui a fait ces instructions. ; • — J'en suis bien aise, dit c( le roi, c'est un homme dont on pourra se servir dans (c l'occasion. — Nous avons cru, et avec beaucoup d'apa pai:enceque ce fût là le premier fondement de la fortune « de mon frère ; il en' sera éternellement redevable à ce « généreux ami^ » — A ce dévouement pour la famille Amauld Lionne unissait une vive sympathie pour le Jansénisme.- G' est lui principalement qui avait secondé Madame de Longueville lors de la pacification de 1668, (ren se cachant surtout, dit l'abbé Amauld, de M. de « de PéréfixCf archevêque de Paris, et du P. Annat, Jé- « soité, confesseur de. Louis XiV ^. » On voit de quel culte les Arnauld devaient environner le souvenir de Lionne.
Un souvenir non moins chep se rattachait pour cette fan^lle à la branche des Servien dont sortait l'abbé de. Cruas. Madame de Saint-Àoge,J'amie dévouée que d'Andilly avait associée à ses ambitions dans le monde, à sa retraite dans la solitude, à l'éducation de ses filles dans leur commun veuvage, avait laissé un seul fils, dans le siècle ; et ce fils s'y était uni àJa s.œur de i' abbé Hugues Servien *; Au moment t)ù la mort de Lionnexompléta-la fortime qu'il avait ébauchée pour Pomponne, dont le roi fit son successeur [i67l], Hugues Servien se trouvait à Rome chargé dé négociations qui se rattachaient proba];)lèm^nt à la pacification., de 1668. Le négociateur y était investi du titre de camérier du pape.
< Mém. d€ l'abbé immiM,.p8rlb m^ p. 110.
s Menu de VabU Âmemld, part, ir, pt 'ik^. —Voir plus haat| 1 1, p^ 18, 197, «tl? ; et plus bQs,*<;Aàp» ^, tetf. ii, «f f • u '
1S2 LES fILS D'ABI«AI»J> D'ANDALY.
— En 1679, lofsque Pomponne était 3ur le point d'être disgracié, l'abbé de Cruas se trouvait toujours à Rome, négociant, à ce que nous pansons ^ au sujet de cette querelle de la Régale, où 4e Jansénisme, habitué à une double opposition.envers la papauté et envers la royauté, se trouva fort empêché ayant à .choisir entre deux oppositions contradictoires^ faites. Tune par Rome à la fiscalité de Louis XIV, l'autre par Louis XIV à la suprématie romaine. — Or, après huit ans écoulés, le négociateur était toujours camérier du pape ; et cependant, dit Horéri, il avait rendu de grands -services. Ces services, comme nous allons le voir, étaient mêipe sur le point de le faire nommer auditeur de rote, ce qui devait le conduire au cardinalat ^
Ce fut alors qu'éclata la disgrâce de Pomponne. Voici la lettre qu'à cette occasioiilui écrivitl'abbé de Cruas : *« Je « ^e préparois. Monseigneur, à.répondre à Vostre der- « nière lettre du 17 novembre^ où vous me parliez sur .0 l'^dvis que Je voUi?àvois -donné sur un de vos parensS (( quand par Une lettre qui me vint par une voye plus
* t On se rappelle que ]a Ifnèrelle de ]a «Régale s^enYenima vers 1678.
' 2 Oa sait que le Janaéuisme sortit «de 'octie situation embarraisaBle en succombant tour à tour, et sous le même pontificat [celui d'Innocent XI» i676-f689], aux Heux lentatiODS qui le sollicitaient & la fois; fiiisan^^' Topposition contre le roi dans raflSûre de l^Hi^aU [1678]^ contre Ro»' dans la célèbre Déclaration [1682] qui Ait la suite de cette qnereUe,;et dans Taffaire des FranchiMés [1687J, qui la lâ-mina. — Vdir dVilleurs le résoniè des raisons qui dictèrenl aiTJanséniaine celte Conduite, Œuvrei ^AmoMiét t. m, p. 891, 408,. 7^4f ^t pasiim^ dans la correspondance da oilèbre docteur, s Mém, (TAm, d'Àndilly, part, i, p..tf8i
4 Nous ne vojrona guère que le jdocteur ÀnmSà à qui pttisse se rapporter ce passage. Ce docteur, comme nous TaTOlis dit plus haut (t. ^^ p. S8}, venait alors de quitter la France, et nous Terrons plos bas, in^ chap., même uct., i 4* qn'U arait d*ab6rd fongé k le retirer k RoiMb
CHAP. IV^ SBCT. n, ART. 05 S II* ^^^
Cl prompte, je fus ffappé comme d'un coup de foudre a de la nouTelle qu'on me manda. J'ay perdu mes on- « clés qui estoient comme tous, Monseigneur, dans le mia nistère; j'ay perdu mon père, j'ay perdu de tendres « amis et des personnes qui m'estolent extrêmement « chères; mais je n'ay de ma vie senti tant de surprise « et de douleur. Je say que c'est à vous, Monseigneur, « à me^consoler ; et que la force de vostre ame est telle « que vous n'avez besoin que d'une partie devons mesine. a Mais vos serviteurs ont besoin de vous, et moy surtout « qiri suis l'homme du monde qui vous est le plus rede- « vable et qui vous a le plus aymé et respecté dans la « fortune , non pour vostre fortune, mais pour vous « mesme. Monmalheur est que vous le coùnoistrez msdn- « tenant, et je serois bien heureux d'avoir évité ceste « expérience. Cependant, quelque douloureuse qu'elle « soit, il la faut subir et s'accoftimoder aux ordres de la « Providence ; si j'estois sur cela capable de consolation, « je remarquerois comme tout le monde que vous en 0 sortez après avoir fait de très glorieuses ambassades et « très utiles à Testât, après avoir soutenu le ministère c( avec une intégrité parfaite, une fidélité sana relâche, « une modération et un désintéressement peu commun ; « après avoir soutenu la fatigue pendant la plua grande ce guerre de la monarchie, après estre intervenu dans la c( conclusion si glorieuse de la paix [de Nimègue], avoir tt eu un applaudissement général mesme dans la disgrâce ce qui est une suite de la douceur de vostre humeur et « de la solidité dé vostre vertu, et enfin avoir tiré dans « ce fatal moment des marques de l'estime et de la gé- (( nérosîté de Sa Majesté. Mais, Monseigneur, que ces « coosolations, qui sont grandes pour vostre réputation, II. 10
i^k (.ES PUS D*ARNAULD D'ANDIUV.
(( seroient frivoles si je ne consiàérois que mon intérest ! <( Je pers un prot^teur, ua père ; enfin je n>'y puis pen- « sersans une douleur inexprimable. C'est, Monseigneur, a Testât où je suis, qui ne me permettra pas si test de « vous faire mes très humbles remercimens de ce que « vous dites au roy sur le rectorat de Saint-Louis dans la « dernière audience que vous prîtes avant le grand malu heur qui m'est arrivé. J*ose m' adresser à vous, Mona seigneur, pour présenter cette lettre k madame- de « Pomponne à qui je suis malheureux de n'avoir écrit 0 que dans cette occasion ; mais il est temps qu'elle « sache comme vous, Monseigneur, que ny vous ny elle, « de toute vostre maison n'avez pej'sonne dans le monde (( qui soit plus attaché à vos. intérêts et qui ait pour u vous un respect meslé d'iTnaplua sincère tendresse et u d'une plus profonde soumission. J'ose vous* conjurer a de me permettre de vous en assurer souvent, et de « vouloir me dispenser vos ordres et vos conseils que a je respecterai tousjoUrs autant que ceux de mon pro- « pre père.» -^
Cette lettre si noble, si dévouée, si touchante dut se traduire dans la conduite de l'abbé de Cruas par des actes compromettants pour sa- fortune, car lui-môme fut disgracié ; et l'ancien protégé de sa famille, Pomponne, étant revenu aux af&ires en juillet 1601 ^ il lui écrivit le 10 août 1696 ; « Monseigneur, je ne puis aprendre « ce qui vous arrive à l'occasion de la mort de M. de « Croissi ^, sans me donner l'honneur de vous témoigner u la part extrême que je prens à celle que vous aurez'aux
^ Voir V Appendice, note G biM,
' Croissi laissait la place de secrétaire d'état à sbn fils* le marquis de Torcjr ; nous avons dit que oeiqi-cii d*aprèf la TOloDté de Louis XIV, dat
GHAP. lYj WfiT. Bj ART. H, S U. iS5
« affaires eatrangëres. Vous connoissez , Monseigneur , 0 mon très sincère et très respectueux attachement à a vostre personne ; vous savez ce que je vous dois, et (( que ma chute ne vint que du changement de ministère, f< Vous savez que j'ay servi le roy avec quelque succès, u à r imitation de mes parens, et que je l'ay fait avec si c( peu d'intérest que je n'ay mesme receu aucune ordon- « jaance pour plusieurs voyages en qualité d'envoyé ex- « traordinaire que j'ay tous faits à mes dépens. Vous « n^gnorez pas que j'arrestois ^ Rome le parti contraire; 0 et l'empêchant d'agir contre les intérests du roy, je le « disposois à se rendre favorable, et pénétrois cependant 0 ses allures qu'on ne peu voit découvrir d'ailleurs. Vous « savez i Monseigneur, la disposition où Ton fust de c( m' accorder Tauditoriat de rote, et que mon affaire « ne manqua que par ftttalité ; et enfin vous savez que (( dans ma chute, la seule intrigue, et quelque inimitié « particulière, ont fait agir le. reste sans que j'aye jamais u manqué de zèle, de fidélité, d'attention et mesme de « succès pour le service de S. M. .Cependant on m'a fait « perdre mefi charges, plus de douta mille livres de « rentes, et, pluâ qua toutes choses, les bonnes grâces de «mon maistre, de mon bienfaiteur, de mon roy, qui ff depuis m'a fait%,.., assurer que toutes ces impressions a sont entièrement effacées ; mais il ne m'a pas rendu sa (c royale présence, ny ne m'a pas remis dans lesocoan sions de son service. Quand J-'eua l'honneur de vous « voir à Paris, j'estots chargé de commissions qui aua roient assuré rajustement entier de tous les différens « à de moindres cenditicms que* celles dont on est con*-
prendre en toot lei avis de Mn beao^père, le mftrqnh de Pomponne. Voir plus haut, U II, p, 125.
« venu sous ce pontificat*, et qui auroient contribué à « éviter les occasions d'une guerre* qui n'est pas encore « finie, et qui, sans Tétoilé du roy, auroient exposé le « royaume à quelque danger. Peut-estre que parmy ceux « qui ont eu l'honneur de servir sous feu M. de Lionne, a et sous vous. Monseigneur, peu d'autres ont surpassé « l'attention que j'ay témoignée, ont découvert plus de « terrain et ont plus travaillé; et dans l'ajustement des u princes d'Italie, où en qualité d'envoyé extraordinaire, « avec plein pouvoir, je^ réussis -au gré du roy et des (( parties dont j'ay preuve^de la main de S. M. ; et dans (( les affaires de Rome, dont vous estiez. Monseigneur, (( assez content. C'est dans ces affaires que j'ay consumé « ma jeunesse, ma santiè et plus de quatre-vint mille (( livres que mes parens m'avoiént laissées. Il est vray « que j'eus, ou par mes soins à'Rome, ou par les bontés (( du roy, des abbayes, des charges, et d'autres bénéfi-
« ces ; mais il est aussr vray qu^il y a près de dix ans (( que je languis dans l'oysivëté» et que je la souffre avec H une parfaite résignation aux sentimens du rôy mon u maistre. Gomme ma relégation en Bretagne a esté (( depuis changée (quoyque spatieuse, puisque j'avois « toute une province pour mon exil) , en une liberté en- « tiëre d'aller partout, mesme«dans les pays estrangers « et à Rome, j'ay quelque espérance que Vostre Excel- <( lence. Monseigneur, pourra, par la continuation de « cette bonté bienfaisante dont j'ay éprouvé tant d'effets,
1 n s'agit ici sans doute de raccommodement de 1693 entre la cour de France et Innocent XII, accommodement qui mit fin à celte série de griefs qu^avait ouTerte la querelle de la Régate [édit du iO fétrier 167(J et continuée celle de la Déclaration du clergé et le retrait des Franehitei»
2 Cette guerre avait éclaté en 1688, par suitie de- la ligue d'Aog»bouri [1687].