CHAP. IV^ SEGT. U. ART. II| § IL
a contribuer à me remettre sous les yeux de mon prince « et dans l'action pour son service. J'ay cinquante ans; « je ne voudrois pas mourif sans (5^t honneur ; mais je (c soumets tous mes désirs aux yolontés du roy et à vos^ 0 tre extrême prudence. J*ay cru devoir, Monseigneur, « vous informer de Testât des affaires d'un homme que « vous aviez receu pour vostre crjéature, par vostre gé- « nérosité, par vostre souvenir de la tendresse et de l'esa tinte pour vous de feu M. de Lionne^ mon oncle \^sic « cousin-germain ? ] et de l'attachement inviolable de « ceux dont je tiens le jour pour vostre personne, et ff aussi pour celuy que vous m'avez toujours vu pour « tout ce qui pouvoit vous regarder. Je n'ay plus, Mon- « seigneur, aprèa cette déclaration de toutes choses, (( qu'à attendre très patiemment ce que vous détermineflc rez de mon sort; «et soit qu'il vous plaise de proffiter
tt des bons momens. pour 'me rétablir, et me donner a l'honneur et la joye de vostre veue, soit que vous ne
a le trouviez pas à propos, je seray tousjours ce que j'ay « esté depuvs que j'ay servi s(îus vous, etc.. A Valence.
« [P. S.] Le roy adepuis peu accordé une grâce à mon « beau-frère en le faisant premier président à Metz, et « M. le duc de Beauvilliers, à qui j'ay l'honneur d'ap- (( partenir, n'est pas sans inclination et sans bonté pour a moy ; ce que j'oze vous dire, pour vous dire tout.»
V extrême prudence de Pomponne, à laquelle l'abbé de Cruas avait soumis ses désirs, était, nous l'avons dit, une qualité que l'homme d'état devait à ses disgrâces, mais qu'il portait un peu loin peut-être lorsqu'il s'agissait des disgrâces d' autrui; car dix-huit mois après avoir reru la supplique de l'exilé, il en reçut le billet suivant : «Rien « n'égale mes vœux pour vostre prospérité et pour vostre
138 LES HLS b'AftNAtLD D'AtmOLT.
« santé,.. Rien aussi n égale vos Vertus... Rien n'égale « non plus la durée de mes malheurs, sans que j'en sache a la cause et sans que j'en voye la fin... Cruas, 21 dé- « cembre 1697. »
Cette lettre alla rejoindre la précédente dans les dossiers de Pomponne; et l'année suivante, à la même époque [5 janvier 1699], 'un nouveau billet vint encore glisser dans un compliment un appel à Vextrfme prudence du ministi*e puissant : a Je me flatte que vous me fairez la a justice d'estre persuadé de mes sentimens, et que le « malheur qui m'écarte des lleux'où vous estes, ne m'éc( cartera pas de la protection que vous avez tousjours a daigné me continuer.» — L'extrême prudence de Pomponne n'eut pas^le tenjps de se démentir. Il mourut huit mois après avoir reçu, étiqueté et classé dans ses liasses ce dernier billet [26 septembre 1699]. '
Le courtisan, rentré en faveur, avait-îl donc méconnu le serviteur dévoué qui avait pris .part à sa disgrâce? L'homme puissant avait-il oublié la famille à laquelle il devait le pouvoir? La reconnaissance s'était-elle glaéée au cœur du vieillard ? Nous ne le croyons pas, et la présence des lettres de f abbé Servîen dans sa correspondance est une preuve du contraire. On ne prend pas tant de soins pour conserver un remords. — Comment donc expliquer ce long oubli? — Un peu sans doute par des difiîcultés qui nous soUt inconnues; un peu aussi par le jugement sévère, trop sévère mèlne, que Louis XIV avait exprimé sfur Pomponne après l'avoir disgracié , mais qu'il sembla rétracter en le rappelant aux affaires. « J'ai
1 L^abbé Servien moonit en Danphiné le 14 août 1723. {Journ\ de Fefi/itn, octobre 17S3. p. 302.— Cf. août 1710, p. 140 1 septembre 1715, p. 108 ; janvier 1717, p. 74.)
CHAPb IT| SIGT. n, ART. U^ § Ht. iB9
ce sottfii^, écrivait If grand roi,- j'ai souibrt plâsietira « années de aon inapplication, de sa faiblesse, de son « opiniâtreté ^ » — L'inapidication qw Pomponne n'^ vait pas craint d'apporter piaurfois aux affaires de l'état, il avait pu l'apporter aux ailaires de l'ahbé Servien.
S lU* Pompoime e| la ftonUle Du Fosié.
Çetta inapplication toutefois, Pomponne ne l'apporta point à d'autres affaires, où sa reconnaissance personnelle était moins intéressée que ses affections de faipille. — Une alliance dont nous avons déjà parlé ^ et sûr laquelle nous aurons à revenir ^unissait les Arnauld aux Feuquières*. — €ne autre alliance avait été contractée entre une famille normande et les Le Maisti;e ^ qui tenaient de si près aux Arnauld [1677]^ — Celle-ci s'était accomplie
1 Œuvres de Louis XIV, t. n, p. 458.— Cf. Mém. de Du Fossé, p. ^00.
' Voir plus haut, t x, p. 50 et 254t et t. n. p. 6, n. 8.
* Voir plus bas, shap. ?i, seet. ni, art. u.
4 n faut à ce sujet lire les quatre ?olnmes ^esXAiires miditss des Feuquiéres et les Introductions dont les a /ait précéder M. Etienne Gallois. Voici un échantiltoM de la eorrespondance du marquis Ispac de Feuquièretf avec le marquis de Pomponne : « Je prends garde que vous avez bien des afo faires pour ma race, depuis Tambassadour jusques à TécoUcr, et tout ce A qui est entre eux deux. Je crois que, pour hi fatigue, si vous n'y preniez u un peu de plaisir^ elle égalcroit* bien, celle d*une da vos provinces; et & R propos encore, combien n*avez-vous pas d*affaires pour mes fràres el n sœurs ? J'ai peur que cela ne vous dégoûte du vostre chaîna. » (Lettre du 5 septembre i674« t. ui, p. d7.)
^ On sa rappelle que la mère deSacy, de Le Maislre^ de 8ainl*Elmat etc., était la sœur d^Anavld d'Andllly. Voir plus haut, 1. 1, p. 16%.
s Le Clerc, Vies édif., t.* iv, p» S64i-— L'éditeur àesMém. de Du Fossé (vie prélim., p. xxviii) donne pour date à ce mariage Tannée 4671* Mais Du Fossé lui-même (p. 345) dit que le premier né de son père naquit au bout de deux ans de mariage, ^uis il ajouté: « Dans la même année 4679 « arrivaf etc.» (p. 34S); ce qui se rapporte parfaitement avec la date indiquée par Le Clerc. — (Cf. M/m. de la A/, /ingétique, 1. 1, généal. p» xviif.)
lAO lES riLS d'abnauld d'andilly.
par l'entremise de Port-Royal ^ car Port-Royal ne s'intéressait pas seulement aux mariages des princes ; et de même qu'il avait apporté son veto dans celui du' duc d'Orléans , son assentiment à celui du roi de Pologne ^ ; de thème il avait selon ses convenances rompu l'union projetée du plus célèbre des Le Maistre.^ et conclu celle d'une nièce de ce dernier, Mademoiselle de Séricourt, fille de Le Maistre de Saint-Elme ^, ancien solitaire rentré dans le monde ^ avec Augustin-Thomas Du Bdsroger, frère de Thomas Du Fossé, solitaire persévérant. .
Thomas Du Fossé avait été rçmis pap son père dés l'âge de neuf ans [lôA3] entre les mains de Saint- Cyran, qui Favait fait élever à Port-Royal ^; et depuis ce moment ses destinées s'^étaient étroitement unies à celles de la famille Arnauld. ^fant, son compagnon d'étude fut le jeune Villeneuve ^ le dernier des fils' de Robert. — Au sortir des bancs, Robert lui-même le prit pour en faire son élève en jardinage ^j et Le Maistre, cet illustre neveu de Robert, l'employa de son côté à revoir les traductions de celui-ci^, qui, à ce qu'il parait, ne s'entendait pas si bien au. grec qu'à la taille des arbres '^—
1 Minu de Du Foui, p. 841» et vieprélim., p* xxTin.
s Voir plus haut, 1. 1, p. 12.
s Mém, de la M. Angélique^ t r, p. 472. — Cf. M; Sainte-Beuve, Porl" Royale t I, p. 888. , * '
^ Mém. de la M,.Angéliqtu^ généàl., p. xtii.*
B Voir YÂpfjpetidice^ note A ; Mém» de Fontaine, 1. 1, p. 120.
* Mim, de Du Fo$êé^ p. 28. Son père le plaça* à Port-Royal par Vtvs de Satnt-Cyran « à cause de Fa corruption des collèges, s (Voir^plus haalf t. I, p. 88, n. 8.)
^ Mém. de Du Foê9é, p. 26, 99, 129.
» Ibid., p. 74.
' Jbid,, p. 158. — Cf. vie préUni., p. xsxvi.
10 M. Sainte-Beuve, Port-Ray ul, U ti, p. 27 J ; Bibliotk. unUfcnelU tt hiitn de Le Clerc [Jacques BeruardJ, U xxiv, p. 82, n, d« -
CHAP. Pf, SECT. II5 ART. n, $ Bï. i4i
Le jeane Thomas, sauf quelques instants donnés à une autre amitié, celle du savant Tillemont^ servit de secrétaire à Le Maistre jusqu'à la mort de ce dernier^. — Il avait appris Thébreu avec Tillëmont^^ Sacy, frère de Le Mâistre, traduisait alors la Biblei Thomas devint le collaborateur et ensuite le continuateur de Sacy *. Celui-ci s'occupait encore d'hagiographie, et pour certaines partie» de son travail la connaissance de l'espagnol et de l'italien était nécessaire; Du Fossé apprit l'italien ^ et l'espagnole Fidèle à Le Maistre jusqu'au tombeau, il suivit Sacy jusqu'à la Bastille ^ — En vain Pomponne lui avait offert de l'attacher à ses ambassades ^. Thomas n'était dévoué qu!aux membres de cette famille dont la persécution était le partage, nullement à ceux dont il eût pu partager la fortune. ->-Càractère vraiment admirable, vraiment chrétien, qui s'est humblement effacé derrière tant d'existences bruyantes, préférant l'obscurité au grand jour, l'abnégation aux disputes, le dévouement à la gloire, et dont IsC vie s'est épandue avec un parfum évangélique aux pieds de ces illustres persécutés.
Et cependant (la triste humanité ne glisscrt-elle pas ses faiblesses au sein de toute vertu?) les faveurs qu*il
1 Mém, de Du Fossé, p. iSO, 171.
s JHd., p. 155-468, 6tTie*préUiii., p. xxii.
» Jbîd.,p.iÙ.
4 Jbid, , vie préUm. , p. xxui, xxx et kxxt f Mém, de Fontaine^ t. 11, p. 175, n. ; et la leUre du 10 novembre 1698, Vies idif. de Le Clore, t. iV, p. 339.
s Mém, de Du Fossé, p. 166.— Cf. Vie de Watton de Beaupuis, p. 122.
fi Jkid:^ p. 165 .et vie préiim., p. xxxni.r-Le grand Arnauld fut obligé d*appTendre4*e8pag:nol. quand il n*ent. phis près de lui quelqu^un quile iftL (Œuvres, t. m, p. 213.)
7 Mém, de Du Fbssé, p. 263-291 ; Mém, de Fontaine, U ir, p. 314-334.
> Mém, de Du Fossé, p. 280. — C'est cependant à cet homme désintéressé que les Jansénistes ont reproché de spéculer 'stfr ses ouTrages. (H€eueUin'i2, p. 549.)
1^2 US pas p'àANACLD 1>*ANWXY.
avait repQussées pour lui-même, Du Fossé tes recherchait pour les siens. De tjuatre frères, il ne lui restait qu'un frère; de quatre sœurs, quune sœur^ Le frère était celui qui avait épousé mademoiselle de Séricourt [1677] ; la sœur avait épousé un M. de Prétot [lôAâ] \ Le soUtaii*e dont la vie devait «se terminer comme elle avait commencé, par le dévouement, avait consenti à unir sa fortune à celle de son frère et de la nièce des grands hommes qu'il avait tant aimés. Fixé pendant les vingt dernières années de sa vie [W77-1Ô98] ^ où s'étaient concentrés ses souvenir; et ses affections', U n'oubliait pas cependant cette sœur dont il vivait éloigné. Celle-ci avait un. fils, officier de marine, à l'avancement duquel le solitaire intéressait la jeune^ femme qui formait le lien de sa propre famille avec le puissant Pomponne^ Une première fois déjà il avait obtenu, seconde par elle, le grade de lieutenant de. vaisseau pour son neveu, de Prétot ^ Les infirmités qui daps sa vieillesse étaient venues l'assaillir lui faisaient prévoir une fin prochaine; et, .avant de mourir, il eût voulu laisser à ce neveu le brçvet de capitaine.
U écrit à Pomponne pour lui témoignegr ce désir, et sa lettre est accompagnée d'un commentaire de madame du Bosroger, où se trouvent sur les derniers jours du modeste collaborateur deTillemont^ de Le Mafstr.e, de Sacy, des détails qui ne sont - indiqués dans aucun dés Mémaires de Port-Royal, et qui complètent ceux de Du Fusse
\ Aiém, de Du Fos»é, vie pHlim., p. xti, et p. 9Ç. 167, 30l|f 473« 2 Ibid,f vie prélim., p. xm^t xxviu.
9 JM,, p. xxTixx-xxnr*
4 « M. de Pomponne» dont ma beUe-sœur étoit nièce à la modo de Bre- « tagne. i^Çlbid,, \\ M9.} ft Celte promotion était de 1093. (Arcli. delà marine, éUt de 1703, M".)
CHAP. IV, ^ECT. n. AKT. H, S ï»!* ^^^
lui-même ; car l'humble solitaire a laissé des Mémoires. U en a même écrit de deux sortes, les uns, comme d'habitude, poUr autrui, sous le nom de Pontis ^ ; les autres sous son nom, afin de parler plus à son aise de ceux auxquels il s'était dévoué. — Nous transcrivons le commentaire de sa bejlè-sœur z
« Voilà, Monsieur, une lettre que M. t)u Fossé a fait « effort pour se donner l'iionneur de vous escrîre, et « pour laquelle j'espère que vous voudrés bien avoir «d'autant plus d'esgard que cest, je crains bien, la n dernière, recommendation qu'il vous poura faire de sa (( main. Et si vous voyés Testât où il est, vous sériés a mesme estonné comment il peut tenir la plume ; car il CI ne peut plus faire aucun usage de sa main, et la paraci Hsie gagne .tellement tous les membres de son corps, cf qu'il ne peut casy plus tnarcher. il ne sauroit plus a monter en caresse ; on le porte en chaise à la messe, (( et je crains bien mesme que cette consolation ne luy (( dure guère. C'est la chos^ du monde la plus pitoiable « que son estât, car il ne se peut pas foire la moindre tt chose i^luy-mesme, et ne peut pas dire un seul mot (( pour le demander, et n'a qifasy pas la fofce dé faire « un signe, la paralisie gagnant extresmement lamain « gauche aussy. J'espère, Monsieur, que cet estât où est « vostre ensien amy, vous portera à avoir plus d'égard à (( la prière qu'il v.eus fait pour M. dePrétot, à qui j'ay en « mon particulier bien de l'obligation pour tous les soins (( qu'il a pris de riion fils *,à qui il a servy de père.
1 Mem. de Du Fob^, p. 160 ; Utireà de la M. Anfféli^nc, U ii, p. 339.
2 Ce fils de M"* Du Bosroger était fllleul du grand Arnauld. (OEuvreê du docU Arnauld, t m, p. 431, lettre du 27 février 1692. — Cf. 3/cm. de Du Fosséf p. 345-
ikU LES FILS D'ARNAULD D'ANDILLY.
« Nous craigaons, et avec quelque fondement, que la (( promostion de la marine ne se fasse à Fontainebleau (( comme elle se fit il y a quelques années, poiu: éviter « la fouUe des officiers qui viennent rhyvers à Paris. « Comme personne n'en peut mieux estre informé que « vous, Monsieur, nous prenons la liberté de vous' su- (( plier très humblement de ne pas souffrir qu'elle se « fasse sans que vous nous fesiez la grâce de nous don- « ner des preuves de rhonneiu* de vostre protection, que (( les amis de M. Du Fossé sçavent qu'il vous a demandé « instament pour son neveu ; et comme tous ses meaux « ne le rende que plus respectable. Ton espère, Monsei- « gneur, que vous y aurés mesme égard, et que vous (( vous ferés un plaisir de le consoler dans un estât où il « ne lesse pas d' estre sensible à ce qui regarde ses amis, (( qu il sert en touttes occasions^ estant tousjours prest à « faire charité ; car, msjgré tous les medux de son corps, « son esprit est tousjours le mesme. Il a mesme fait plu- « sieurs accommodemeps. depuis qu'il ne peut plus parce 1er, et madapie la conteisse de Granmopt ^ aussy « bien que touttes lés personnes qui Je voyent,^ont suret prises de la justesse avec laquelle il résout en deux (( ligne, sur son ardoise, Jes chose» les plus difficille ; « et elleavoit regret, il y a quelque temps, de .voir effa- « cer ce qu'il y mèttoit, disant que se seroit des sente tenses dignes d' estre gardés. Il y (^ mesme sur sou « visage une sertaine joye qui surprend et console tout « ceux qui le voyent ; et son temps est aussy réglé que (( jamais, n'ayant pas un quard'heur de vide dans sa « journée, qui est ioutte employée en prières-, lecture et
1 Cf. Mém, de Du Foêsé, p. 488.
CHAP. lY^ SECT. n, ART. H, S III* ^^^
K travail. Comme il a peine à escrire, il s'occupe à re- « voir le texte de la Bible, et y faire les petittes notes (c comme dans le Pintatheuque, parcequ'il y a beaucoup « plus h lire qu*à èscrire. Ce sera la dernière espreuve a pour luy , quand il ne poura plus tenir la plusme ; car (I Toccupation luy fait oublier une partie de ses meaux « qui sont excessive ; car il ne fait aucun repas qu'il ne tt soit comme à l'agonie pour pouvoir avaller. Outre tt cela il a une salivation la plus incommode du monde, <f et qui fait qu'une serviette estpersée en moins d'une a heure; se qui -luy fait une peine et une mortification « qui ne se peut exprimer, et que l' hivers rendra encore (c bien^ plus fâcheux. Je croy, Monsieur, que vous vous (( ferés un plaisir de donner quelque consolation à une 0 personne que tous ses meaux n'y rendrons pas insen- « sible, et qui sera ravi de recevoir ses marques de vostre « bonté pour luy, dont n^bus ne lesserons pas de par taie ger, M. Du Bôsroger et moy, la très humble recon- «noissance. Il vous présente,* Monsieur, les assurance « de son profond respect, aussy que celle qui est vostre a très humble et très obéissante servante. Le Maistre du « Bôsroger. » ' *
Cette lettre est du 27 octobre 1698. Six jours après, c'est à dire le h novembre, anniversaire de la mort de Le Maistre, son premier ami. Du Fossé mourut'. Voici la lettré qu'il avait écrite six jours avant sa mort : « Vous « serez sans doute surpris, Menseigneur, de voir de mon « écriture dans l'état où vous sçavez que je suis réduit: ou (( peut-estre que vdu* aurez peine à reconnoistre le caf( ractère d'une main autrefois si ferme, et maintenant si
» Mém. de Du Fasé, vie prélim., p. nxin, et tous le^Néeroloffeu
i/i6 IBR ntS B'ARNALXD D'A8(DII4:.Y,
({ tremblante. Mais avant qu'elle m&mânque entièrement, « je fais un effort pour me donner l'honneur de vous écrire « ce billet, et vous dire, Monseigneur, que l'obligation « très sensible que nous vous avons, d'avoir, procuré il (( y a plusieurs années une lieutenance de vaisseau à mon a neveu de Prétot, en le recammendant à M. da Pontu chartrain, préférablement môme à M. de Feuquières^ (( à cause de ses services, m'engage à. vous suplier très a humblement de vouloir bien employer encore vostre « crédit pour luy procurer un brevet de capitaine à (( cette promotion, comme vous jen âvee procuré un à a M. de Feuquiëres il y a déjà quelque temps. Je suis « persuadé que vous le pouvez, Monseigneur, si vous <( le voulez; et je ne puis croire que vous manquiez de u bonne volonté pour une personne que vous honorez « depuis si longtemps de vostre bienveillance, et pour qui ((VOUS vous souvenez sansdotite qiie feu M. d'Andilly a avoit une bonté singulière. Vous 3çaVez, Monseigneur, (( que celuy que je prends la liberté de vous recomman- (( der a beaucoup de service ^ ; qu'il a toujours été atta- (( chë à son deyoir, et qu'it fut l'année passée du voyage ((de Carthagëne^, où it agit avec tout l'honneur d'un (( officier qui songe uniquement à s*acquitterde sa charge, n et d'où il né raporta qu'une inc0mnK)dité considérable, <( dont il n'est pas encore tout à fait guéri. Mais tout cela
^ Le personnage dont parle ici Du Fossé n^était pas le seul de sa famille donc Pomponne eût procuré TaTan^ement dans la marine. (Voir Leff. ined. des Feu^iéreê, t. ir, p. 62, 185, 234, 350, 363, 881, 389; t ni, p. 114, 153, 159, 173, 411, 445 ; I. iv, p. 240, 2^7, 30^, 415, etc.)
2 Le jeune de Prélot était enseigne depuis' 1689 seulement (Archi?. de la marine, état M" de 1702.)
s On sait qu^une escadre sous les ordres de M. de Pointis débarqua devant Garthagène, en a?ril 1697,-et ne rentra dans le port de Brest qa*après 4voir ruiné U TiUe américaliM.
CHAK fV, 9ECT. n> AlIT. H^ $ tll. |&7
« a besoin encore d'un patron aussi puissant que vous (( estes, Monseigneur; j'ose donc voua demander pour « luy tout vostre crédit, et la grâce de me croire, en « quelque état où je me trouve, avec un profond reste pect, etc...:.»
Cette supplique, où le solitaire moribond rappelle avec tant de présence d'esprit le» droits de son neveu, antérieurs à ceux de' Feuquières et cependant méconnus, avait, nous ne voulons pas ep douter, d'autres fondements que la nécessité de réparer un jpasse-droit de famille. Du Fossé d'ailleurs méritait assez, surtout aux. yeux de l'héritier des Arnauld, pour que son dernier vœu fût pris en considération. Pomponne fit de soa mieux pour le réaliser'. — Feuquières lui-même, outre sa parenté et son nom, avait sans doute aussi, par ses services, légitimé et secondé la bienveillance de son protecteur, -r- Mais l'abbé Servien n'.avait-il pa^ également des titres, son nom et quelques droits à la gratitude de Pomponne? Il n'était pas, il est vrai, dé sa parenté, — Le seco.nd des reproches que Louis XIV adressé à «ce ministre est la faiblesse. Cette faiblesse, Pomponne l' aurait-il eue surtout pour sa famille 7 -
4 n neje réalisa toulefois qu'en partie. Eo 1698 le roi désigna leliedtetenant de Prêtât pour servir au département du Havre de grftce. (Archîv. de la marine. Ordres du roi, 1698-1699» p. 86.) En 1699 dePrélotlut attaché au département du Port-Louis^ toujours en qualité de lieutenant (iM,, p. 12^, V*); mais ces vissions allaient sans doute amener son avanc^ent lorsque la mort de Pomponne [ 26 septembre 1699 ] vint nfeUre un terme à ses espérances. .En 1702 il figure toujours sur les états comme lieutenant de vaisseau. Enfin, malgré les actives recherches de M. Jal, qui a bien voulu seconder les. nôtres, nous n'avons pu retrpuver son nom sur aucun état deffuis 1705 ; d'où il faut conclure que, vers cette époque, il est mort ou a renoncé au servie^. • '
i&S LES FDLS D'ARMAULD D'ANDIUT.
S IV* Le marquis de Pomponne et le grand Amauld.
Mais quelque penchant qu'éprouvât à obliger les siens rhabile diplomate, dont l'âge mûr s'était soustrait à l'influence d'un përe> ou nous nous trompons fort, ou, pour mieux satisfaire un tel penchant, il l'eût subordonné aux précautions de cette extrême prudence qui, sans avoir rien de l'oubli, pouvait en revêtir rapj)arence, et même, comme pour l'abbé Servien, aboutir à des résultats semblables.. — Personne à coup sûr, dans la famille de Pomponne, n'eût à ses yeux légitimé ses complaisances mieux que le grand Arnâuld. — Une version assez répandue met en effet au nombre des griefs de Louis XIV, lorsqu'une première fois il retira le portefeuille des afiîsdres étrangères au négociateur de Nimègue, le-projet qu'avait formé celui-ci d'élever son oncle au cardinalat ^ Le principal auteur de cette version, Loménie deBrienne, qui avait été lui-mèmê ministre des affaires étrangères, Oratorien et Janséniste avant de devenir fou, était, .sa folie dissipée, en assez haute estime auprès du grand Amauld^. Mais l'opinion 'qu'il exprime, vraisemblable
1 « Le cardinal d'Estrées donna avis à Sa Majesté que M. Amauld serait a infaUlibledient cardinal, sMI vouloit Têtre, et si elle ne rempécbciit pas. « Cela' fat la. principale cause de la disgrâce de son tieveu... Je sois per- « snadé, quant à moi, que le Jansénisme, et la peur qu*eurent les Jésuites « tle voir M. Amauld cardinal, ont contribué plus que tour autre chose k la « perte de M. de Pomponne. » ( Mém. inédl de Louis de Brienne^ t. n, p.f7!.) . /
2 a 4 juillet i692.... Vous savez que le confrère de Brienne eut quelque « égarement d^esprit ,d*où ses parens prirent occasion de le foire enfermer; « et on prétend que, qtîoi qu*U tdi tout à Dsit revenu en son bon sens, ils « le retcnoient toujours dans une très rade captivité. •• Dieu Ta tiré de « cette oppression..*, l\ faut avouer que pendant le tems de la persécution, « il avoit rendu de grands services à la vérité. « {OEnvreê^ t. m, p. 516.)
CM AP. ly, SBCT. n, AKT. n, s IV. 149
tout au plus si elle attribuait au docteur TambitioD d'une dignité qui eût servi à la défense et à la propagation de ses idées, devient inadmissible, à notre avis, du moment où elle rend Pomponne comj)lice de cette ambition.
Le 21 septembre 1676 était monté sur le siège de S. Pierre un pontife austère dans ses mœurs, inflexible devant le pouvoir, ami des réformes, prévenu contre les Jésuites, et tel enfin que pouvait le souhaiter Port-Royal. La querelle de la Régale commençait à s'échauffer. — Un an à peine écoulé, Inuocent XI était en rupture avec Louis XIV, Amauld donnait au^ pape son
Au nombre de ces senrioes Arnaold meltait sans doute celui dont parle Inilh dans ses QuerelUê Hitirmrtt (t m, p. 810). «Lors de là paix de « Oément IX, Amauld dut être présenté k Loob XTV. Il alla trooTer av- « paravant le confrère Brienne de TOratoire... et loi confia son Ignorance « eitréme des usages de la conr, le priant de le mettre en état d^ paroitre a décemment Brienne, se mettant sur nn fautenil : Prenez, lui dit-il, gwe « Je Boi» le roi, et que vous ayez â te haranguer, Amauld trouve Texp^- « dient très bon. Il ôte son chapeau, et fait un discours. Fort bien, reprit <t Brienne ; voità tout ce ifue voui avez d dire. Le compliment impromptu « est mis par écrit, et oe fut cdui-là même qu* Amauld lit au roi.»'- Arnauld d^Andilly a pris le confrère de Brjenne pour collaborateur dans la publication d*un recueil de poésies.* (Voir Tabbé Goujet, Bibtioth, franc., L xti, p. 802.)— On sait que le confrère de Brienne avait laissé des Mémoireê^ et ^ue M. Barrière en a publié qui portent son nom. Mais nous craignons que ch^ M. Barrière Thomme d^esprit n^ait fait tort & Téiliteur, et que celui*ci n*ait adfl&is trop facilement les modifications ou les suppressions que conseillait celui-là ; car divers fragments de ces Mémoiree avaient été publiés durant le dernier siècle, dont aucun ne se retrouve dans l*édjtion qu*a donnée M. Barrière. Ceux de ces fragments qui sont parvenus k notfe connaissance sont imprimés à la suite du premier volume des Mémoiree de Joly^éùXi, de 1738, *p* 235; dans Racine, Hiat, eeclét,^ t. ui, p. 857; dans Golonia, Bibliotk, des livres Jantén,, L m, 'p. 58; enfin un dernier fragment a éfé récemment publié par M. Sainte-Beuve, Port'Royal, L i, p. 507. — Ce qa*il y a de singulier, c*est que M. Barrière assure que Brienne ( Ifi^m., t. ii, p. 241, n. 2 ) n*a point laissé sur Nicole une appréciation qui cependant se trouve imprimée à la suite des Mém, de Joly ( t. I, p. 289.)'— Sur Brienne, toir Mém. de Lanceiot, t, ii, p. 867. II. 11
150 USS Fli:.S D'AHNAULD D'ANDIUT.
adhésion, et Pomponne essayait en vain de concilier au roi le silence de son oncle. « Il faut, s'écrie l'oncle en « parlant du neveu, il faut que l'air de la cour soit bien « contagieux pour inspirer un tel dessein à M. de Pom* a ponne... Je ne puis l'imputer qu'à un excès d'affection « pour une maison sainte [Port-Royal] dont il appréhende « la ruine, qui lui fait croire que pourvu qu'on ne mente u point, il n'y a rien qu'on ne puisse dire pour appaiser « un roi injustement irrité ^ »
Quant à l'inflexible et courageux docteur qui n'appréhendait rien, ce n'est plus bientôt à son neveu qu'il s'adresse, c'est au monarque lui-même^; et ce n'est point sa cause seulement, c'est aussi celle de tous les ai&liés à la maison sainte qu'il veut plaider près de Louis XIV. Mais sa lettre doit passer par l'intermédiaire de Pomponne, qui l'intercepte : « J'ai reçu ce matin [8 mal « 1679] , dit le ministre au docteur, la lettre que vous m'a- « vez adressée. Mais vous jugerez, je m'assure assez, que
« je ne la dois pas rendre Vous écrivez au pluriel, et
a comme parlant pour d'autres personnes que pojar vous» « C'est justement ce qu'on ne veut pas. Ces manières a de corps et de communautés sont c^ qu'on veut le « moins '. » Cinq semaines après avoir reçu ce billet [le samedi 17 juin 1679] ^ Arqauld quitt^ût sa patrie. Pendant
^ OËuv» du docU Amauldf t ii, p. 81 , lettre ccczix, da 29 décembre 1678. -r-Amaiild ne prit cependant une part directe aux disputes sur la Régale que le 9^août 1680, dans sa Lettre d'un chanoine à un évéque, t xzxTiXi n*ZTn.
3 Ihid.fX., II, p.-AO, lettre cccxy.
S Ibid., p. 4A ; Toir aussi, p. 8 et 21, deux lettres d'Amauld, quePcoH ponue n^a pas jugé à propos de communiquer au roi.
4 Ibid., p. 45t i^ote marginale; Guelfe, Rttation 4e la retraite, p^ 7; Larrière, Vie d'Àmauld, U ii, p. 112, etc.
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quelque tonps il avait caressé l' idée de se retirer k Rome ' . Mais c'eût été rendre Louis XI Y implacable ;'et il se réfugia enfin dans les Pays-Bas, où, d'après la version qu'ap« puie le témoignage de Brienne, il espérait, de concert avec Pomponne^, se faire investir plus facilement qu'en France, plus facilement qu'à Rome surtout, de la pour* pre romaine. Mais le ministre qui n'osait remettre -un placet à Louis XIV parcequ'on y parlait au pluriel aurait-il osé faire un cardinal hors des états et contre les intérêts du grand roi?
Pour Amauld, c'était différent. S'il n'avait plus rien à espérer de la France, U pouvait tout prétendre du côté de Rome. Ses écrits contre les Calvinistes lui avaient ramené les esprits aliénés par ses premières disputes tbéologiques'. Dès le commencement du nouveau pontificat, il avait obtenu d' Innocent XI ^ des lettres si flatteuses que ses enneniis en suspectaient V authenticité ^ L'attitude qu'il venait de prendre dans la querelle de la Régale
t «n eut d*«lxird la peas^ d'aller 4 IVoina.. mais U cn^gnU que le «oi « M leUnt oOèpsédu cbqlx 4ê c^W retratte. » (tarrière, V <% V» li>0
3 Ceux qu( voudraîent 9<Hileiûr a?€e Brienne que Po^ipopne ^U λjb^ il confidenee d« docteur» el le oomplice de les pr^ieU anibiUeux« pounrai^t peut-être s*appuyer d'une lettre de Tabbé Senrien, que nous avons doonte plus bant, t. il, p. 133 ; et, k dire Trni, cette leUre noua semble mériter considération. Mais elle est taop Tague pour aiUoriser une assertion.
* a On sait que Ton est présentement bien revenu à aome des préven- « tiens qu'on a pu ']r avoir contre moi il y a trente ans. Mes livres y sont a estimés et bien reçus par les pins babiks cardinaux... 9 ((Muwn^ U ni, p. 767, lettre i«aa, du k avril i«94; voir aussi iirid., p. 193, 196, 101, Sia, Ùkt 9S8, etc. } t. IT, p. 49.)
4 Lettre du 9 janvier 1677, iM*t 1. 1, p. 11%.
& Ibid., t. u, p. 5, lettre ccxcvîu, du 14 juin 1677 } t Ui P« i7» let« tre cecii, de septenobre 1677. — « Ils ont dit d'abord que le bruit de cette « lettre étoit une fausseté, et qn*il n*y avoit point d^ap^arence que le pape « m*eùt Ibit écrire d'une manière si avantageuse. Us ont longtemps amusé « le monde, par le doute où ils Tont mis si ce n'étoit peint une imposture
152 LES FILS D'AKNAULD D'ANDILLT.
méritait une récompense; les persécutions que faisait supposer sa retraite demandaient un dédommagement. ^ Les amitiés chaleureuses qu'il avait trouvées dans la patrie de Jansénius étaient toutes puissantes à la cour de Rome \ que les officiers du roi taxûent en plein parlement de Jansénisme ^. Enfin il s'était ménagé par lui-même d'intimes et puissantes sympathies dans le sacré collège: « Ses liaisons avec... Rome, dit Irailh, étonneront « sans doute, mais e^es ne sont pas moins véritables. « Il entretint toute sa vie des correspondances avec les « cardinaux du sacré collège. Il avoit des instructions (( très sûres concernant les papiers les plus importais « envoyés à la congrégation de la Propagande. Personne « ne connoissoit mieux que lui la bibliothèque du Vatican.
n des JanséDÎstes... Depab que la lettre se fàt répandue, ils se sont BTîsés « de dire que j*en avois reUrë les ?éritables copies, pour en laisser courir de N fausses..., etc. »
^ « On pourroit considérer au lieu où tous êtes [à Rome] que ce sont n mes Considérations sur les affaires de VÉglisè qui ont acharné contre « moi les ennemis de TÊglise et de toute vérité, et qui font dire à celui qui « en est le chef, c^est à dire à M. rarcheTéque[de Paris], qu*il a cinquante et mille livres à employer pour me faire prendre, et quMl faul que lui ou « moi périsse. » [Œuvres, t n, p. 164f lettre cccLXxxTn, du 20 octobre 1683.)
^ « En 1681 M. Âmauld étoit en Hollande avec M. Tabbé de Pont- « château. On y étoit fort occupé des bonnes dispositions d'Innocent XI et n de ses ministres de confiance .MM. Favoriti, Casoni, etc., intimement • liés avec M. de Neercassel, qui gouvemoit les Catholiques des ProTînces « Unies [et qui était devenu Tami le plus intime du docteur exilé; voir « dans les Œuvres d^Amauld^ 1 1 et n, leur correspondance]. On saitî»n soit avec zèle toutes les occasions que la divine Providence poovoit fournir « de faire servir ces heureuses ouvertures au plus grand bien de l'Église. « M. de Pontchftteau n'avoit point eu d'autre but dans les deux voyages « qu'il avoit faits à Rome en 1677 et en 1679.» (Œuvres du doct, Amauld, t. XXIV, p. 588, pré/, hist.)
^ Œuvres du doct, Amauld^ t» m, p« 78, lettre ncxLvn, du 16 té* vrier 1088.