‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 42 sur 88 · CHAP. IV, SECT. U, ART. D, S IV · texte numérisé non relu

CHAP. IV, SECT. U, ART. D, S IV

({ Il citoit les pièces originales, Tendroit où on les avoit (( placées, et défioit les Jésuites d'en contester Tauthen- « ticité. Ils ne purent pas faire mettre à l'index sa « Morale pratique [pamphlet en huit volumes contre la « Société de Jésus] tandis que le livre du père Le Telce lier sur les Chrétiens de la Chine y fut mis. Son crédit a à Rome étoitau point qu'il en plaisantoit lui-même : (( On me croit en France, disoit-il, le plus grand ennemi (( des papes, et l'on ignore comme j'ai toujours été avec « eux. ï »

Ces faits, sur lesquels on prenait soin d'édifier le public, avaient rendu probable l'avènement d'Arnauld au cardinalat. De toiis côtés on en complimentait sa famille^ ; luimême en parle dans ses lettres ^ et, quoiqu'il traite ce qu'on en dit de bruit ridicule, il y revient avec une complaisance dont on pourrait conclure qu'il n'eût pas été fâché de donner à ce bruit une autre épithète. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse ^, deux années d'exil n'avaient encore réalisé poujr lui que des déceptions. Pomponne était tombé du pouvoir quatre mois après la fuite de

i Querelles UttéYaire», t. m, p. 311.

3 Larrière, Vie (CArnauld, U u, p. 132.

' Lettre mxd, du 1 i février 1094^* t. m, p. 738 ; lettre muu, du 17 juin 1694» t. iT, p. 51.— Cf. Racinç, HUt, de P. R., p. 175.

4 Le P. Qaesnel, qui avait été compagnon de Texil d*Amauld durant les dix dernières années de la vie du docteur, était loin de regarder comme une hypothèse rintentit>n qu'aurait eue Innocent XI d'élever celui-ci au cardinalaL (Vmr Justification de At, Arnauld, 1. 1, p. 109. — Cf. Larrière, Vie d^Àmauldf U n, p. 489.) Ce'iaèmeQnesnelÇVied^Àmauld, p. 206 j affirme que ce docteur n'avait à Rome ni agents ni aucune intelligçnce, et que cependant il parvint & y faire condamner la jnorale des Jésuites; condamnation qui d'après Irailh serait due surtout à ces mêmes relations niées par Quesnel. -« Quant aux -agents du docteur, Qucsnel ne pouvait ignorer la présence à Rome de M. Du Vaucel, cet iufattj^able correspondant de son compagnon d'exil.

i5& LES FOS D'ARNAULD D*AI«DILLT.

son oncle ; et si T exilé félicitait le courtisan de sa disgrâce, c'était par cette triste considération que la famille Arnauld n'était plus exposée à voir l'un de ses membres délaisser l'innocence sans appui en face de l'injustice '. Nicole, sur qui le fugitif comptait pour partager sa retraite, l'avait abandonné dans une terre étrangère^. Innocent XI, à qui il avait écrit une longue lettre qui tenait à la fois du manifeste, de la pétition^ du réquisitoire et de la ^iercuriale^ s'était contenté de. lui faire répondre que la situation des affaires ne permettait pas de recourir immédiatement aux remèdes proposés. * Cette réponse dilatoire était d'sdlleurs accompagnée d'éloges et de bénédictions.

La querelle de la Régale provoquait alors en France la célèbre déclaration du clergé. Arnauld, qui avait secondé les vues de Rome sur la Régale, seconda celle du roi en applaudissant au projet de la déclaration ?. A cette

1 Œiuvretf t. ii, p. OlyJeUre cccxxv, de novembre 1679;

^ On sait avec quelle amertume les Janséniste» Jugèrent cette démarche de Nicole (voir plus haut, 1. 1, p. 830), avec quelle doooeur oeini-ci se défendit (Goujet, Vie de Nicole, part, n, p. 180 ; Œuvre» d' Arnauld^ t. ii, p. 66, etc.); enfin, avec quelle générosité Arnauld lui vint en aide {Œuvres, t II, p. 5^, lettre Gccxix, du 9 août 1679 ; p. 60, lettre cctxxxv, du 2 septembre 1679: t. XLii, suppl. p. 17, lettre xii, du 29 juin 1679). « Je • ne sais où M. Thomas a trouvé que M. «Nicole ne vonloil pas être avec « moi, parccqu'on ra^attribue tout ce qui se fait Je suis assuré qu^il n^est « point capable de celte basse jalousie. » Ceci est digne de Nicole et d*Arnauld; mnls ce qui suit est de trop, ce nous semble : « Après tout, puisqu^tl « veut bien travailler ft une chose très importante [le Traité de Toraison], t il faut profiter de sa bonne volonté, et ne rompre point avec une personne t à qui on a pour le pas^ de très grande» obligations, et qui est encore I très capobTe«de servir t l*avenir. i {Ibid,^ t. n, p. 61, et Gôujet, Vie âe Nicole, part, ir, p. 112.)

3 Œuvres, t. Il, p. 80, lettre cccxxxvi, vers 16B0.

4 !bid., t. 11, p. 88, lettre du 9 avril 1680. a Condiiio lemporum « non pitiitur reincdia qvœ propotntntur, atatim aggredi* »

^ Ibid., t. 11, p. 169, lettre ccglwxvxii, du 12 novembre 1682.

CHAP. IV^ 8EGT. n^ AAT. n, $ lY. 155

époque aussi la conspiration des' poudres suscitait en Angleterre une violente persécution contre les Jésuites. Arnauld prit vivement la défense des Jésuites ^ dans le même ouvrage où il donnait son adhésion aux tentatives du clergé français^. Ce fut, dit-on, la première de ces démarches qui fit échouer à Aome son cardinalat ' — Toutes deux auraient dû lui rouvrir les portes de la France. Les Jésuites y étaient puissants, et la déclara* tion triomphante. — Son livre y fut arrêté ; ceux qui l'y introduisaient, jetés à la* Bastille ^. Arnauld exaspéré voulut se plaindre publiquement au roi. Ses amis s'y opposèrent ^. Il ^voulut du moins lui écrire. On ne con-

1 • Qaaad ce seroit un Jésuite qui aurait tùiVÀpoloffie pour U$ Catho* « liqueSf je ne sais s'il aurait travaillé avec autant de soin que je Tai fait à « ramasser toutes les raisons qui m'ont paru devoir faire juger.... qu'ils sont «r entièrement innocents de tout ce que le docteur Oates leur a imputé.... Rien M ne m'obligeoit d'entreprendre celte apologie.» (Mémoire au roi» t. xxiv des Œuvres du docU Arnauld^ p. 621.) — Rien sans doute n'obligeait Arnauld à cette démarelie; et cependant le crhne que les Anglicans attribuaient ant Jésuites, et don) Arnauld déCendait ceui-ci, était précisément celui que Port-Royal aurait voulu faire exécuter par la inaiu de Fabert. (Voir plus haut, 1 1, p. 78-86.) Seulement les Jésuites ne l'avaient jamais conçu, et il n'avait manqué à Port-Royal qu'un bras pour l'accomplir.

s Œuvres du doct, Amautd, t iiv, p. S88, etc. — Cf. Racine, HisU de P. it, p. 175.— « On ne sçauroitfeire un ouvrage plus favorable aux rois... « Le pape y est traité avec les égards qu'il mérite, et je ne sçanrois assez louer « qu'on y fhsse, autant qu'on a pu, l'apologie des Jésuites... Le roi d'Ann gleterreetle duc d'Yorc sont très bien traitez, et il n'y a pas jusqu'à l'em- (1 t>éreur qui ne doive sçavolr gré à l'autenr de la manière dont il parie de a la Hongrie.» (Lettre de Nicole» dans sa Vie par Goujet, part, n, p. 268.)

s « M. Gasoni dit un jour que le pape Innocent XI aaroit été disposé à a foire M. Arnauld cardinal* si ce docteur ne s'étoit point expliqué dans sa ■ première Apologie pour Us Catholiques^ en faveur des iv articles du « cleiigé de France. » (Œuvres du doct. Artumld, U ir, p. 51.)

4 Œuvres, U ii, p. 160» lettre ccclxxxiv» du 19 octobre 1683.

B Voir les remontrances dont les fragments ont été recueillis, t^ù^, t. xxiv, p. 618; let|re cccuux, du i*' mai 1682 ; lettre gcclxxvi, du 18 juin 1682 ; lettre cccxciv» de décembre 1682i lettre cccxcv, du 1*' janvier 1683 ; tel

156 LES flLS D'AMAUU) D'ANIXILLY.

seilla point à Pomponne de remettre la lettre M et le ministre ^gracié, loin de venir en aide au docteur proscrit, n'osa même aller toucher pour celui-ci des rentes qui lui appartensdent sur l'Hôtel-de-Ville^.

Bien plus, l'homme qui jadis écrivait, en protestant contre la pensée d'abandonner son oncle alors en butte à de premières persécutions : o Je ne crois pas que la faitt blesse et la fortune puissent aller jusqu'icu point de « faire craindre ce que l'honneur et la conscience conseil- « lent^; » ce même homme laissait dans le dénuement cet oncle octogénaire sur une terre d'exil *. Des étrangers

tre cccxGix, du 29 janvier 1689 ; lettre cccci, du 13 février 1683 ; lettre ccccit, du 11 mars 1683; lettre ccccxxTn» du 24 juin 1683| et surtout lettre ccccxxxvin, du 26 août 1683, cccclu, du 21 novembre 1683, U n, p. 1^ 1A8, 180, 18i, 191, 199, 202, 277, 338, 367, etc. ; L ixiv, p. 590. préL hist., art. ni. •— L*opposition des amis d*Amauld portoit d'ailleurs sur la forme, et non sur le fond. 11 reste à ce sujet un Mémoire fort curieux que Ton croit de Pomponne, t. xxv, p. 354* — Voir aussi, .t. xui, suppl., p. 26, lettre du 17 octobre 1682 ; p. 32-, leltre du 21 mars 1663*

t Œuvres^ U ii, p. 299, lettre ccccxxxut, du 19 juillet 1683 ; L iv, suppl., p. 144, lettre ix, du 15 .novembre 1082. Voir aussi, t. ii, p* 126, lel« tre ccGLxr, du 6 février 1682.— -Pomponne se refusa même à parler au roi. (Lanière, Vie d^Amauld, U u, p. 208.}

3 • On a fait tort [ à M. de Pomponne 1 de n'avoir pas voulu le prier de faire Il recevoir mes rentes sur Thôtel de ville et l'bôpital général, et qu'il faille « avoir eu recours pour cela ft M. Des Roches, comme si je n'avois pas on ■ seul parent qui me voulût rendre cet office. 11 m'est indiOerent par qui « je les reçoive ; mais je ne crois pas qu'il soit honorable à mes parens de « témoigner tant de peur sur mon sujet. » (Œuvres, t ii, p. 141, l6t« tre cccLXXi, du 6 mai 1682.)

' Voir plus haut, t ii, p. 55.

^ t 11 me semble que c'est une preuve que sa piété n'est guère éclairée, « de ce qu'il a eu si peu de soin de l'un de ses proches, lorsque l'on savoit c qu'il avoit besoin d'assistance, et qu'i) a (hllu en effet qu'il en reçftt des f étrangers. Des personnes de qualité ajant demandé s'il ne l'assîstoit pas, « comme on n'a pu menlir, ils en ont été fort étonnés^ C'est plus pour lui • que pour moi que j'en parle ; car certainement cela ne lui fiiitpas d'hont neur. » (Œuvres, t. m, p. 362, lettre dcccxu, du 1*' août 1691; voir

CHAP. IV, 8ECT. n, ART. U, $ IV. 157

seuls en prenaient soin ; et parmi ces étrangers se trouva, contraste singulier I la veuve du ministre Lionne^ faisant l'aumône pour ceux dont son* mari avait fait la fortune et qui abandonnaient dans le besoin sa famille et la leur, Tabbé Servien et le grand Amauld. — Cette tache dans la vie de Pomponne a failli nous en obscurcir toutes les pages, et transformer à nos yeux sa louable ambition en étroit égoîsme, et son extrême prudence en excessive lâcheté. — Un examen plus général nous a rendu plus juste ^. Mais la pénible impression que nous avons éprouvée, il n'est pas étonnant qu'un oncle Hait profondément ressentie. Pendant plusieurs années [1682-1688] le nom de Pomponne disparut de la corre3pondance du docteur.

On l'y retrouve à propos d'une accusation de déisme que les Jésuites intentaient à la mémoire d' Amauld d'Andilly^. Il s'agissait de la participation qu'aurait prise celui-ci à un complot impie tramé dans cette as-

aimsi, p. 844*) • J*ai de la confusion de receToir des étrangers ce qui

• m^aide-à subsister, pendant que mes proches, qui sont fort riches, ne se

• mettent pas seulement en peine de savoir si j*en ai besoin, t (làid., U ui, p. 520, lettre dccczciu, du 16 juillet 1692.)

> OEuPTêif U II, p. 665, lettre dcccclxvi, du SI juillet 1693.

2 U ne serait pas équitable d*ailleurs de s'en rapporter uniquement aux plaintes du docteur, dont Tesprit violent et Thumeur intraitable inspiraient à Pomponne une jiiste méfiance.fQEtfvrej du doct. Amauld, t xxiv,p. 593.) Ne peut-on pas supposer que celui-ci était au mombre des inconnus qui venaient en aide à son oncle? Sa charité n*eùt été que plus chrétienne, en devenant plus prudente. Le fils de Pomponne se cacha sous le nom de son précepteur pour satisfaire à un désir charitable de son grand-onde. (ïbid*, U in, p. 750 et 761, lettres mxix et kxxv, du 3 et du 23 mars 169A.) Arnauld lui-même parie de deux de ses parents qui lui envoyaient des secours avec mystère; cette fois, il est vrai, le nom de ces parents lui est révélé. Hais d*autres fois il a pu ne Tétre pas. Ceci n*est qu'une supposition, je Tavone ; mais Phistoire est un jury devant lequel- les beaux antécédents doivent ihire admettre les cntM>pstances atténuantes.

^ OEuvr€9, U III, p. 60, lettre dcxli, du 92 janvier 1688.

158 I£S FILS D'ABNAULD D'Âin>ni.Y*

s^nblée de Bourgfbntaine à laquelle croyait l'ëvèque de Marseille, le charitable Bekunce ^ q[u'un arrêt du parlement dédara depuis une imposture \ ce qui n'empêche pas M. Sainte-Beuve d'incliner à en admettre la réalité ^ Le docteur ne demandait à son neveu, au fils de d' Andilly, qu'une procuration afin de poursuivre luimême les calomniateurs devant les tribunaux du Brabant. « On ne court aucun risque, écrivait-il le 22 jana vier 1688, et Ton ne voit pas comment des personnes d de qualité [qu'importe la qualité? ] pourraient souf- « frir en conscience que l'on fit passer publiquement « leur père pour un impie et un déiste. * » — Dix jours après cette lettre [ 3 février ] Amauld avait reçu de Pomponne un refus péremptoire. « Je ne me souple t( guères, répondait-il, qu'on ne m'ait pas envoyé la « procuration. Je m'en passerai bien. [ Alors pourquoi a la demander, sinon pour entraîner son neveu dans « ses. querelles?] Et quand tout le monde m'abandon- « neroit, je n'en défendrois pas' avec moins de vigueur « l'honneur de la famille ^. » — Amauld, en cela, ne remplissait qu'un devoir; car c'était lui qui avait attiré cette avanie sur sa famille en excit$int les neveux de Janséniusà tenter contre les Jésuites un procès pour lequel il écrivit quatre factums^. Cette démonstration du docteur fut d'ailleurs le seul résultat qu'obtinrent de leur démar-

1 OEuvres du doei, Amauld, t xxn, préf* hist.» p. lt*

2 Jbid,, t. xn, préf. hht, p. lxi.

s PorURoffalj t i, p. 308.

* QEutfrcê du doct, Amauld^ t. in, p. 60.

K Jbid., t iif, p. 70, lettre dcxlvi.

< t Quatre faetumi pour les petits nereax de Jaiuénini, contenaDl la ré- • fotation du roman de rassçinblée de Bourgrontaiiie et cotres calomnies, • [publiés de 168» à 1688]. (Œuvreig L xzx, n. xi.)

GHA». tV| 6ECT. H, ART. H, S IV. 159

che les proches de Janséniûs, et qu'eussent atteint sans doute les parents de d' Ahdilly en se laissant envelopper dans le même ptocès où leur fougueux représentant voulait accoupler son nom à celui du chef de ses doctrines. Amauld k*entra pour trois ans [1688-1691] dans le silence à l'égard de Pomponne ; et lorsque au bout de ce temps il le vit revebiir au pouvoir : « Je n'en espère rien, « écrivait-il ^ jpas même pour l'affaire qui me tient le Il plus à cœur, qui est la résidence du pauvre imulaire.hi — Peu de temps après il envoyait*à une amie commune, Madame de Fontpertuis, une autre lettre' que devait lire son neveu, dont on lui avait vanté les bonnes dispositions. Cette lettre montre le docteur un peu plus confiant, ou du moins sa méfiance n'y perce que par des allusions; mais dans une lettre secrète qui accompagnait la lettre ostensible : « Pour vous parler à cœur ouvert, dit-il, de « la disposition de votre ami dont vous êtes si édifiée, «je crois tout ce que vous m'en dites... Mais je crains « bien qu'il ne soit pas trop éclairé sur beaucoup de ses

1 CEuv» du doet, Àrnautd, t m, p. 958, lettre Dccai, du 80 Juillet 1691 •

3 Vinsulaire était le P. Du Breuit, Oratoiieo, qui en 1672 eût été nommé général de son ordre s*il n^eût été janséniste ( voir Mém^ de Du Foitê, p. 467), qui en fut exclu depuis parcequ^il l'était; qui en 1683 Ibt Jeté à la Bastille pour avoir introduit en France l* Apologie des Catholique», où Amauld plaidait la cause des Jésuites d'Angleterre (OEuvree, t. ii, p. 161); qui fut transféré six fois de prison à l*dge de quatre-vingts ans, et relégué, 90U8 le ministère de Pomponne, au fort de Brescou, où, dit Arnauld, Tair est si malsain qa*on en change la garnison tous lès trois mois (ibid,, t. m, p. S95, 429, Â65 et 509}. Le P. Du Breuil mourut, toujours prisonnier, le 4 septembre 1699, douze jours avant Pomponne, qui depuis huit anséult ministre. l\ est vrai que quand il s'agissait de le transférer d'une prison dans une autre, Tun des oncles de Pomponne loi envoyait son carrosse. (Ibid.; voir aussi la relation sur la mort du P. Du Breuil, suppl. an NéeroL de P. R,, p. M4.)

3 Œuvre», t. m, p, 860, letlre ncccxi, du 1*' août 1691.

160 LES ntS D'ARNADID D'AHDIUT.

« devoirs, et principaleiiient sur l'obligation de ne point « abandonner par timidité ou par complidsance le parti « de la vérité et Tinnocence opprimée. ' »

Cependant l'exil pesait de plus en plus au vieillard fugitif. Il avait perdu en Hollande son meilleur appui, Févêque d'Utrecht, M. Neercassel [ 6 juin 1686] 2, et ses ennemis avaient fait choisir pour l'évèché de Malines [1689] M. de Precipiano, c'est à dire, écrivait-il, « un « très misérable sujet que les Jésuites pousseront à cbi- « caner ceux qu'ils lui feront passer pour Jansénistes ^.d Quelque temps après, le gouverneur des Pays-Bas espagnols, le marquis de Castanaga, qui l'avait pris secrètement sous sa protection, la lui retirait tout à coup [1690] ^. Innocent XI était mort [1689] sans avoir réalisé l'attente du Jansénisme ^; et le conclave avait élu Alexandre YIII ^, qui, selon le violent docteur, « étoit

1 OEuv, du doct, Amauldf t. m, lettre dcccxii, p« 861, cl lettre dcccxiii, du 3 août 1691, p. 864 : « Je ne me promets rien de ee côté-là ; et bien des 0 gens qui se promeltent merveilles, se trooTant trompés, perdront bientôt a la trop bonne opinion quMls avoient du nouveau ministre. »

2 Ibid,, t. II, p. 671, lettre dlx», du il juin 1686.

•^ ibid., t III, p. 285, lettre dccxxvhi, du iS août 1689.

4 Ibid., U m, p. 283, lettre dcclxui, du 8 avril 1690.

s Ibid,t L III, p. 239, lettre dccxxxii, du 1*' septembre 1689.

6 Ibid., t m, p. 733, lettre mx, du 26 janvier 1694* — Amauld, qui d*abord avait refusé dVntrer en communication avec Alexandre VIII {itid^, t. m, p. 365 et 867, lettres dccxlix et dgcu, du 30 décembre 1689 et du 25 janvier 1690', avait cependant fini par lui écrire. (/6û(., t. m, p. 269, lettre dcclui, du 26 janvier 1690, lendemain du jour où il avait déclaré qu*il ne lui écrirait pas. } Voici ce qui Vj avait décidé : « Votre lettre dn A 7 janvier nous a fait changer tous nos projets ; car sur ce que vous dites « que la lettre au père de Saint-Martin [le pape] lui sera rendue par un « bomme fort sage, en sorte que si cette affaire ne réussissoit pas aussi bien n que nous le souhaiterions, elle pourroit demeurer secrette, nous nous « sommes résolus d*écrirc. • ( Ibid., t. lu, p. 268, lettre nccui, du 26 jan- >icr 1690.) ♦

GHAP. Vr, SEGT. U, ART. n^ $ IV. 161

(t Topprobre du Saint-Siège' et l'exécration de tous les i( gens de bien ^. » — Aussi l'exilé, qui ne supposait plus à son neveu une générosité spontanée, fait un appel détourné à r amour-propre de celui-ci. Il écrit à Madame de Fontpertuis que tout le monde s'attend à voir se rouvrir devant l'oncle du ministre les portes de la France, et que le bruit en a couru jusqu'à Rome '. Puis il la charge de s'informer près du ministre même s'il y aurait du danger pour l'un de ses compagnons d'exil à repasser les frontières *; puis il s'enquiert si lui, le docteur Arnauld, ne pourrait aussi rentrer dans Paris incognito ; ^ et enfin, lorsque la glace est rompue, les demandes se succèdent. C'est d'abord en faveur du pauvre insulaire^ ^

1 • Cet homme ne manque point de hardieue. U possède asseï bien le fl caractère Ae Port-Royal. U traite le pape llunilièrement. H parle aux « docteurs a?ec autorité. » (Racine, deuxième lettre à Nicole, 0£uvret, L Ti, p. 89.)

> A ces expressions on reconnaît Tâpre Janséniste qui a composé une Diâsertation selon la méthode de* géomètre» [Œuvre», t. xxvii, p. 50-7 J. Cf. t. m, p. 72, lettre dcxltii, du 16 février 1688) pour démontrer qu'on peut dire des injures à ses adrersaires. L*auteur des Provinciale», qni avait usé de la chose, n*avait du moins essayé d'appliquer la méthode qu'à la démonstration de cette sainte doctrine qui prêche Toubli des injures. (Voir Tabbé Goujet, Bibliotk, franc,, L i, p. 167 et t. m, p. 325.)

3 « Cela s'est répandu dans tout. Rome... Je Tois bien que cela n'est ft qu'une chimère. Mais... comment l'a-t-on pu mander aux cardinaux? a Œuvre», t. m, p. 878, lettre dcccxxii, du 15 septembre 4691.) Le cai- « dinal Carpegna... témoigna être surpris de ce que M. de Pomponne étant « si fort en faveur à la cour, le docteur fût encore obligé de se tenir caché. « Cet exemple fait voir ce que pensent bien des gens. » [Ibid,, p. 52A» lettre Dcccxcv, du 29 juillet 1 692.

4 lbid,,X m, p. 387, lettre Dcccxxiu, du 24 septembre 1691; p. 379, lettre dcgcxxvi, du 30 septembre 1691 ; p. 483, lettre dccclxxvii, du 12 mai 1692.

s IHd,, lettre ncccxxm, etc.

> /hU, t. m, p. 428, lettre dcgcxux, dn 19 février 1692.

1«S IBS nus D*ABSAIIUI D'AKDOLT,

et ceci fait 1* éloge du solliciteur ^ \ puis c'est en feveur de toute la congrégi^tion de l'Oratoire, dont Yinwiaire a fait partie ^; puis de l'abbaye de Port-Royal h enfin du Jansénisme entier ^. Il faut démontrer au roi qu'on ne lui a créé que des fantômes ^, que le projet de Bourgfontaine est une imposture ^, les Jésuites des imposteurs \ son confesseur un fourbe ^, et l'archevôque de Paria, cette vieille Madame des Arquina ^, comme on

1 On est heureux d*aToir à tr^nscrir^ des lifuei conMDe cdles-ct» éctiVa au moment où tout semblait se dîsppser pour le rappel de Texilé : a M. far « ehetéque de Paris dit qu'il* n'avoit tenu qu'à moi de retourner à Paris, t et d*y èUe en tonte sftHlÂ; i^ais WÇ je ne T^yoIs point YQuhi, à moii» a qu*on ne donnât la liberté au P. Pu Breuil, à qui on ne ravoit 6lée que « parcequ*il m*avoit rendu service... Ne devrois-je pas être encore dans la (c même disposition ?...» Nous espérons bien que cette dernière inteirogatioB n'exprime ni une hésitation, ni un doute, quoique immédiatement après les éditeurs déclarent quHl y a une demi-page déchfa^ dans Toriginal. U demi-page aura étéenlevée probablement parcequ'elle contenait queUpie imputation trop Yidente contre Pompoqoe ; car la phrase qui soit cetle lacune commence ainsi : a Cela ne donne pas sujet de croire qu'on a'emplojera c avec chaleur pour Taffaire dont je vous parle dans l'autre lettre a [oi il s'agit de son retour, à condition qn'il ne pendra compte dé sa ccpiduite qu'à Louis XlYl. O^Kv., t ui, p. 459, lettre ncocuin» du S5 mars 1692.) H est vrai qu'ordinairement les éditeur^ ^e se sont pas montrés si scrupuleoi envers la mémoire de Pomponne. (Voir plot haut* p. 156* n* 4.) Mais la lettre nGccLXXxn, du i*' juillet 1992 (L m, p. 51i)» noqs lait regarder notre hypothèse comme étant la plus probable.

3 Jbid., t ux, p. A08, latre Dcccxixvu, du 5 décembre 1691, s lSi<L, p. 465.

4 Ibid., p. 461, lettre dccglxv, du 8 avril 1692. s lifid., etc.

« Ibid., t m, p. 472 et 538, lettre dccclxx, du 22 avril 1692, et lettre DcccGi, du 25 août 1692. — Cf. p. 489, 52l, 545, 569, 592, 634, ctc

■» La fourberie de Douai. Ibid,, t m, p. 861, 374, 379, 403, 438, lettre DGccxii, du 1*' août 1691; lettre Dcccxvin, du 29 août 1691; lettre Dcccxxiii, du 4 septembre 1691, lettre dccgxxxiii, du !•' novembre 1691; lettre dccclv, du 29 février 1692.

8 Ibid,, p. 523, lettre dccczcv, du 29 juillet 1692, et p. 487, lettre dcccluIi du 24 mars 1692.

9 « Comment a-Kon p« pfeadra fondeMent sortes bettes parole» de cette

CHAP. If, SBGT. n, AIT. H^ S ^^ ^M

rappelait dans Targot janséniste, une langue calomniatrice ^ ATappui de tout cela, l'infatigable vieillard envoie mémoires sur mémoires K Les termes, de son s^veu, y sont un peu forts; ses amis, il en est sûr, voudraient les supprimer^. Pour lui, il veut qu'on les remette même à Madame de Maintenon ^, à laquelle il applique cette citation empruntée SEsther, la tragédie de prédilection du nouveau Mardochée :

Elle a parlé ; le ciel a lait le reste. *

Cette pétulance octogénaire eût ef&ayé, on le conçoit.

a TieiUe M^^Des Arqohu, qui a toujoon trosipé totuceux q|ii ont eu affaire a à.eUe.,, C*est assurémeot une habile femme et bien fine; il seroit àsoabaî- « ter Qa*ellefùt meilleure. Nos cousines [les religieuses de Port-Royal] 8*en « trouTeroient mieux.» {Œuvre», 1 1|, p. 97, lettre cccxlii, du 2 arril 1081.)

% lhi<U» t. m, p. 510, lettre D€Cgi.zxux, du 1*' juillet 1099} p. 511, lettre dccczgiy, du 25 juillet 1692 ; p, 710,* lettre DccccxcTni, du 20 décembre 1698. Il consent toutefois à Toiler dans la vie de Tarcherèque, oceuita dedôcoriê {Uid., t ii, p. 27S, lettre ccccxxm, du 24 juin i68a) ; mais on en parle fort crûment dans un Mémoire (|ui &it partie de s^ Œuvres, t. xx?, p. 359, et qui semble sorti de sa plume.

2 IH(L, t. m, p. 481, lettre dgcclxxti, de mai 1692 (et non 1088.^— Cf. Lfirrîère, Fte (CAmauld, U u, p. 405 et 406.

s Ibid. — Ce n'était pas la première feis d*aiUears que riigurieux docteur se trouvait, pour les emportements de sa plume, en butte au blâme de ses amis. Nicole lui écrivait le 5 mai 1684 : «Vous ne concevrez jamais asseï ^ les efiCets que font les duretés des écrits sur l^eapriC du monde, et prin- « cipalement des amis. On ne se' soucie point du tout des sottises, des ca- « lomnieSf'des aigreurs des autres: on y a même quelque complaisance, « parceque Ton sait que éeia leur attire l'indignation publique [ceci est fort Il juste; est-ce chrétien?] Mais quelque chose de dur et. d'aigre dans les « personnes que Ton aime, met les gens au désespoir, et cause des afflictions m plus sensibles que je ne tous le saurois exprimer. Vous deves donc foire état « qqe tout ce qu*<m vous en mande n*est rieo en comparaison de ce qu*on « en ressent : faites yotre compte sur cela. » (Œuvres du doct. Arnauld, t. II, p. 412.) 9

4 « Cette fierté [des Jansénistes] n*en voulpit qu*au pape, aux archerèc qnes et aux Jésuites. » (Racine, Leitrtê d Nicole, GEuv., t. vi, p. 15.)

5 OEuvres du doct, Àmauld^ t m, p. 482. — Où sait qu^Âmauld préférait Esther & Athalie [ibi4>, p« 848, kttce mgc, du 10 avril imU*

16& US nL9 D'ARNAl]LD D*ANDUXT.

tout autre qu'un diplomate. A plus forte ndson dut-elle épouvanter Pomponne, dont la dernière disgrâce avait été précédée de la menace faite par Louis XIV, en plein conseil, de jeter à la Bastille celui de ses ministres qui lui remettrait un écrit du docteur janséniste ^ — Ce dernier ne se rebuta point. Le roi assiégeait Namur, et Pomponne l'accompagnait. La propriété d'un des hôtes dont Arnauld avait éprouvé la générosité sur cette terre d'exil se trouvait menacée. La reconnaissance fait illusion au fugitif. Il tranche du protecteur, et veut obtenir du roi une sauvegarde en faveur de son hôte K II ne voit rien de mieux pour cela que de s'adresser à son neveu; rien de plus sûr que d'envoyer son secrétaire près de ce neveu même. Le secrétaire était connu, et parmi ses connaissances toutes n'étaient pas diplon^ates* a Etant (( arrivé au camp, écrit Amauld, M. Guelphe [ c'était le « secrétaire ] ne trouva point M. de Pomponne dans sa « tente ; mais un ancien domestique l'ayant reconnu, il tt en eut tant de joie qu'il se jeta à son col, et lui dea manda en pleurant de mes nouvelles» M. de Pomponne « étant revenu de chez le roi, M. Guelphe le salua et « lui présenta la lettre que je lui avois écrite. Il la lut, et « demanda de C encre pour y faire réponse. Et avant que tt d'écrire, il dit : Je vous assure que je ne comprends pas f< comment vous êtes venu ici, y ayant tant de danger pour (( vous, étant aussi connu que vous l'êtes ; car si le contt fesseur le découvroit, il vous féroit faire \m affront. ^ » Ce contraste entre la joie du valet et la circonspection du ministre, nous le soupçonnons ménagé par l'amer-

1 IM4Lf t. TU, piéf. hist, p. x?iu.

S Ibid,, U III,' p. Wj lettre dccclzxxii, du il jâin 1692*

S IkkU, p. 506, lettre dcgclxxxtiii, du 28 juin id9at

CHAP. Vf', 8ECT. n, ABT. H, $ IV. 165

tume malicieuse qui perce dans une autre lettre où le docteur écrit à madame de Fontpertuis : « Votre ami a « eu grand soin de vous donner avis de la visite qu'on 0 lui a faite. Je n'ai pas été surpris de la surprise qu'il « en a eue. Ce lui a dû être une espèce d'enchantement « et de spectre, de voir le petit frère [Guelphe] dans sa « tente au siège de Namur. Mais je le suis beaucoup de « ce qu'il parôlt, par la manière dont il vous en a écrit, (c que cette visite lui* a fait de 'la peine, et qu'il a eu peur (( qu'on ne lui en fit une affaire... Est-ce donc que je sea rois le seul dans le monde pour qui ses proches ne se « pourroient employa:, ni receyoir quelqu'un venu de « sa part pour leur apprendre, de ses nouvelles, sans se u faire des affaires ? Poin* moi j'ai bien meilleure opinion f( de notre grand prince, et je me tiens assuré que si votre « ami lui avoit conté sa surprise, en lui témoignant la <( joie qu'il avoit'eue d'apprendre les aventures de son <c oncle, de la bouche d'une personne qui venoit d'auprès i( de lui, ç'auroit été la meilleure ouverture du monde o pour parler... en faveur de cet oncle. •• Mais on n'a « garde de rien tenter, qij^and on tremble au seul nom du « père confesseur U » -

Pomponne était-il donc aussi misérable que le dépeint ici le correspondant de madame de Fontpertuis? Nullement. Plus que personne peut-être il souhaitait le rappel du proscrit ^ ; mais il savait que le principal obstacle à

1 OEuv, du docU ArnauU, ^ ni, p. 499, leUreDcecMXXVi, duSl juini692.

3 Ibid^ t. m, p. 363', lettre dcccxiii, du 3 août I691. — Cf. la plupart det lettres de soir oncle adressées à M"* de Fontpertuis de 1691 à 1694 ; très soufeot Timpalient vieillard y répète cette phrase ou Téquivalent : c On est assuré 4e son affection; mais il est timidëi »{Ibid., U m, p. 7^, lettre m nu, du 11 janvier 1693.) Cela n^empéchait pas le aoupçonneox

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