‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 43 sur 88 · II · texte numérisé non relu

II

ce rappel était le proscrit lui-même ; et que les indiscrétions d'un zèle trop bruyant étaient plus à redouter que les secrètes suggestions du confessionnal. Aussi luttsmt à la fois contre ces deux influences, tâchant de déjouer celle-ci et de prévenir celle-là, accusé d'un côté d'em-^ pressement intempestif, de l'autre de lenteur impardon* nable, et par chacun de trahison ; qf ayant que soi pour confident, et d'appui que dans sa conscience, Pompomie épiait de sang*froid l'instant faVoraËle, et mettait toute son habileté à le faire naître. — Enfin après deul ans d'efforts, de calculs, et d'attente, le grand roi lui demanda comment son oncle se portait. Soudain cette <iuestion s'envola jusqu'en Hollande K

C'était évidemment le préliminaire d'une amnîetiev nous nous trompons, d'un traité entre deux despotes dont le moins altier n'était paà l'exilé. Celui-ci cependant fut d'abord tout entier à l'espoir si doux de retrouver une patrie qu'il aimait. La j)atrie alors était inséparable du monarque, et l'exilé écrit avec trop de joie pour y mettre de la malice : « Tous ceux qui me connoissent savent « que j'ai un amour pour ma patrie et pour mon roi que « beaucoup de gens trouvent excessif^... ; je crois, même

docteur et ses amîs de croire quMl suffisait de parler & Pomponne de TexUé poar le refroidir dans les affaires où il paraissait le mieaz disposé. {0Eu9, du doet.^Arnauidi tui, p. 6iS, lettre dcccgzlii, du 11 inai«1698.~ C|lp.61i.]|

1. Elfe sV envola même sans attendre la réponse que âut y faire Pomponne. (Ibid., t. III, p. 705, lettre dcccczcti, du 15 décembre 1693 ; p. 719, lettre wv, du 8 janvier 1694.)

' nid., t m, p. 456; lettre bccclxii, du S6 mars 1692. — Et aiHeurs : fl II y a une chose qui seroit asseï à propos que le roi sût, qui est que det piUs doute ans que je suis sorti du royaume, j*ai reneofltré partout beana coup d'amis qui m^nt toujours témoigné être fort contents de moi, hora fl un seul point, qui est que j*étois, à ce quUl leur sembloititrôp passionné I pour am i«i* * (iW«f p« Sl^ lettre dcclx, du 5 mars 1690,— Cf. p. 459^

CHAP. IV, lECT. n, ART. H, S ÎT. 167

« que le désir d'aller finir mes jours dans le royaume où u j'ai eu le bonheur de naître, fait partie de l'estime et (( de la vénération que je dois avoir et que j*ai toujours u eue pour mon roi ^ » Ce roi d'ailleurs, il en était fier JQsqu^à trouver impertinent que le prince d'Orange eût donné à Louis XIV, dans une déclaration de guerre, le nom de. roi éeê François au lieu du titre de roi de France^ Enfin il n*avait pas oublié sa famille. A l'hymne que lui fait entonner dan& une de ses lettres l'espérance du retour il ajoute ua p&st-êeripiHm par lequel il assure

Pomponne qu'il serait heureux de l'embrasser avant de mourir '.

Mais après ce premier élan le chef du Jansénisme se met à songer aux protocoles qu'il était^e sa dignité dHaaérer dane les négociations qui allaient s*ouvrir. Alors C6(imiience'^uii spectacle curieux, celui d'un duel diplo-

lettre pcccuh, du H man illM, ct^. 780» lettre wuk, du H Miavier 1694,) Sans doute parmi les .amis d*Amaulâ, qui trooTaient à redire à son aflep* tioo pour le roi, se troQTatént*ees goBTeraetirs des' Pays-Bas espagnols (les marquis d« Qraiia et 4e C«tiiia9ft), qui lui aceordalett de scercis seufcooduits pour te wetUe à Tabri des poursuites de Louis XIV, el 4 qui en reranche il communiquait les Provinciales et tous les livres jansénistes qui étaient à Viud$x dena la eour espagnole. {Ct Larrlère, Yk ttAmautd, U II, p. 199, 990, etc. I (Kuwr^k 4u daeU Àrw^mi^M X» W» ^ 494, i9% 999, lettre dccti, pccvn, dcgx, du 39 avril et du 9 mai 1689» e(c«)

i OEuv, du docU Àmautd^ t. ni, p. 707, lettre dccccxcvii, du -20 décembre 1698.— Cf. Racine; HUt. deP,h.,p. 171.

2 Ibid.^ t. m, p. 207; lettre dccxit, du 2luin leSO.-^Legrqi^Arni^uM ne prérojait pas le succès 'qu*auraît eu 1789 celte importation .d^outra-» Manche. Aussi sMlève-t-il plus d'une fbis contre des liabitudes qui ressemblent singulièrement à celles dû système auglo-politiquè. Dans une d^ ses leHv^f par exem|^. Il traite tout crftment de fitou un.candidat éllgible^iui 8*était donné sa propre voh. (0Eùvr€s^ X. ii,.p. 528, leUre i)XiT;d*avriri6à5.)

^ fl Je reprends la plume, Monsieur non' très cher pevcil, pour ^oup a assurer.. • que J^qrois uqe- grande joie de vous embrasser encore av^ut fl que de mourir.». » (Ibid,, U m, p. 708, lettre 1>ccccxcv/i, ^u 20 dicep|« bre 1698.)

168 LES FILS D'AKNAULD D*Ain»LLï.

matique dans lequel des champions habiles, souples, déliés, dirigent, détournent ou amortissent respectueusement et en silence les coups qu'ils se portent au nom de ces deux royautés hautaines qui ne pourraient s'approcher sans se heurter, et dont l'une, malgré tous les efforts de ses mandataires, finit même par se précipiter dans l'arène. — D'un côté c'est Pomponne soutenu de presque tout le ministère ^ ; de l'autre l'archevêque de Paris soutenu du confesseur^ .

Le docteur janséniste avait pris pour devise :

• Qui timide Pogat

Docetnegare. *

Une demande timide appelle un refus. — Ses demandes

n'étaient pas timides. — Il fallait d'abord'que le roi ne

parlât de ce qui se traitait « ni à son archevèqife ni à son

confesseur^. » L'af&ire conclue» il fallait qu'au retour de

l'exilé on n'obligeât cehii-ci à Ics-visiter ni l'un ni l'autre,

(( car que dire à des gêna que je n^puis douter qui ne me

« haïssent, et qui croient avoir grand sujet de se plaindre

« de moi ; au lieu que c'est moi qui prétends en avoir

c( beaucoup plus de me plaindre d'eux. .. ; et d'ailleurs ces

« visites seroient prises pour une espèce de satisfaction

0 que je leur ferois ^... EnGn, ajoute-t-il, je souhaicerois

i Voir« CEuv, du doct, Amauld,X» m, p. 482, la lettre pcccuxn, de mai 1692. — €r. Mév^. de Cabbé Arnàuld, part, m, p. 76 ; Le Gerc, Vie» idif. de P. Ëy L IV, p. 55.

2 Voir plas haut, t. ii, p. 162 les notes 8 et 9 ; p. 16a, n. 1 ; p. 164, n. 8 ; p. 16^,0. 1, et toute la correspondance d*Arnauld» pouim*

s ^Œuv. du tloct, Arnauld, U m, p. 764» lettre xxzvni, du l*'4ivril 1694*

4 IHd.f t. III, p. 52a, lettre kcgxgt, du 29 ju^let 1692. Vair aussi, p. 458, lettre dccclx)ii, du 25 mors 1692t

B JSid, p. 458.

CHAP. IVy 8ECT. n, ART. U, S IV. 169

« n'avoir obligation de cette grâce qu'au roi seul, et que tt Sa Majesté eût la bonté de m'en faire encore une autre, « en voulant bien que ce fût à elle seule que je rendisse « compte de ma conduite par l'entremise d'un de ses « ministres '. » -^Ge ministre l'eût été par indivis entre le docteur et Louis XIV.

Et cependant, chose étrange ! le confesseur et l'archevêque, si l'on n'avait pas acquiescé en ce qui lés concerne, et cela est probable, au premier article d'un semblable ultimatum, ne semblent pa^ détourner le roi d'accepter les derniers'', car on ofire à l'exilé son neveu pour intermédiaire, et l'hôtel de celui-ci ou la terre de Pomponne pour retrsdte. Mais le docteur se récrie : « Je ne puis me tt soiùnettre à ce qui feroit <lire à mes ennemis, que tout tt ce que la ftiveur de l'un de mes proches a pu obtenir « de Sa Majesté, est que l'on me traiteroit comme un « coupable, à qui l'on feroit grâce pour le passé, et de « qui on se seroit assuré pour l'avenir... Ce seroit d'une tt part une honnête prison, et de.l' autre une reconnoistt sance <iue, n'ayant tien fait qui vaille par le passé, on « ne me l'a pardonné, à cause de mon grand âgCf qu'à «condition que je n'y retoumerois .plus ^. . . Il ne faut tt donc point s'attendre que je me résolve jamais 'à de- « meurer à la campagne, ou à la maison de Paris de tt votre ami. Ma raiâon principale est que je veux être en tt liberté et vivre à ma guise '. »

Puis il lui vient en «pensée, à lui qui, simple prêtre, frappe son archevêque d'interdiction en ce qui concerne

s ÛKmr. du éœi, ÀmoMid, t. in, p. 709, lettre ttccccxcvii, da 20 décembre 1098.

3 ItikL, t. m, p.. 455, lettre dccclxu, dA 24 mars I692. > Jbid.g U m, p. 709, lettre Dccccxcnn, du 20 décembre 1698.

170 US P1L8 D'ARNAUiD D'AHDOLT*

ses affaires, que l'on pourrait tout confier à l'épouse douteuse de son royal adversaire ; et c'est T intermédiaire quelque peu profane de Racine ' qu'il choisit pour enlever madame de Maintenon au parti du conféeaeur'. Mais madame de Maintenon (Racine ne l'éprouva que trop pour lui-même) était un allié peU sûr ; et le. confesseur était bien habile* — On parut vouloir accorder au docteur tout ce qu'il demandait 9*H $e ré$ignoit à ne plu$ écrire. — « Je serois dono bien mal avisé, répend-^il tt à madame de Fontpertuis, si ayant vécu sans reproche tt jusqu'à un âge si avancé, et ayant présentement tant tt de préjugés pour moi, je me desbonoroia' moi-même i( par une promesse de ne plus écrire/ semblable à celle « qu'on fait faire aux mauvais plaideurs de ne plift plaid der, pour passer le peu de temps qui me reste à vivre « avec plus de repos et plus de satisfaction \n ^r Mais si on lui demandait seulement de* ne plus écrire contre les Jésuites ? — a Je pourrai «bien ne le pas faire, dit-il, « mais je ne puis pas le promettre, parceque j'y pourrois

t LouU Radiie a imprimé dans IM Afiftnotrei èttr là Vie ée Jean ttaeine, t. it( p. I41t une IciiFt écrite en juillet 1693 qpe les éditeur! des OSmwrtê iCArnauld ont oublié de reproduire. Elle est du dbcteur au poète.. Le premier n^y ménage pas Pomponne. Il dit en parlant de son exil et de Louis XIV : « Il Aittdroit avoir dissipé un nuage que J'ose dit« être une tfihe dast le

• soleil. Ce ne seroit pas une cbose diifitile, sj ceux qui iB pourroieDi Ibirt, fl avoienl asseï de générosité pour Penlreprendre. •

3 • Il me Tient présentement une pens^ ; e^est quMl seroit bon de.mon«

• trer la lettre et le niémoire àTancieii rolsiu dé la soeur Glande [RacbM]..., % outre qu'il pourroit peut-être en parler à la dame {de Maintenon ]••» • (OËKv. du dûci. Ârnauldf t. iii, p. 709.) — Le grand Afnauld, pour ranger M** de Maintenon de son parti contre le confesseur, comptait sans doute sur le souvenir de Tapprobation que jadis lui-même avait donnée an confesseur'Jonque Celui-ci .s^élait prêté tfu mariage de M"« ^e Malntenmi. (Ibid., t. m, p. I99( leUre dclxvii, du 3 juin 168t.) »

3 Jbid., L m, p. 767, lettre mxui, du 5 avril iêHi

CHAP. rr^ 8ECT. n, ait. n> S i^- 1^1

^ être obligé pour le bien de la vérité et de TÉglise qui tt me sont plus chères que toutes choses ; outre qu'il ne tt serdit pas rûsonnable qUe je m'engageasse à ne plus a écrire contr'eux, à moins qu'ils né s'engageassent aussi (^ à ne plus écrire contre moi '... b Cela semblerait assez juste en effet —Ainsi il accepterait sans dotite une clause de silence réciproque? — Oh ! que non pas, « car ses en- « nemis en tireroient un grand avantage i et bieil loin de « souhaiter leur silence il voudroit qu'on leur ordonnât « de lui répondre. Le Silence où ils sont réduits depuis <t plus de quatre ans fait assez voir' qu'ils ne le sau- « roioBt rompre qu'à leur confusion ; au lieu que si on « leur avoit fait cette défense, ils ne manqueroient pas tt de dire qu'As étoient pl*^ts de mettre en poudre tout ce K qu'il a écrit contre eux ; mais que le respect. qu'ils oiit te poiu* tous les ordres de Sa Majesté les a seul arrêtés '•» Ceci est sa réponse officielle libellée dans une lettre patente.

Quant à son motif véritable, il lui échappe dans un appendice secret, précédé de ces mots à l'adresse de ma* dame de Fontpertuis : tibtsoli. — « Je ne puis promettre « de ne plus écrire. Il y a surtout un huitième volume a qu'il faut absolument qui passe '. » Voyez la bonne foi ! C'était le huitième volume de la Morale pratique des Jésuites, le plus violent plaidoyer qu'on eût fait contre ceuxci depuis les Provinciales. « Si ces huit volumes étoient « achevés, dit-il ailleurs, je pourrois laisser les Jésuites

• » * tt

1 Œnv. du doet, Arnauldt U in, p. A56, letU«i»c«GLxu, du 34 mars 1694; p. 71 S, leUre dccccxcviu, du 20 décembre' 1698.

s Jbld^, p. 768, leUre Mxxix, du 5 aTril i694i et p. 720, lettre hiy, du 8 janvier 1694. . • "

A Jbid., p. 768, leUre Mxtx, du ? avril i<594.

173 U8 FD^S D'AMAULD D*AHDIIXY.

tt en repos — pourvu qu'ils ne me dissent plus rien '• » Voyez la générosité ! Aussi son infatigable correspondante, madame de Fontpertuis, lui écrit qu'il est un iion, et les Jésuites des renards qui ont juré de l'exterminer. (( C'est, ditril, une fort bonne nouvelle,... car il n'est « pas vraisemblable que les lions se laissent accabler « sans se défendre... On ne manqueroit pas de pièces « pour faire le procès à ces méchantes bètes. Mais il faute droit bien se garder de se tenir sur la défensive ; ce (( seroit perdre tout son avantage ^. » Voyez la charité I

Que pouvsdt faire le pieux et prudent Pomponne contre ces emportements d'un âpre génie qui semblait parfois s'inspirer de l'exemple de Bossuet; son contemporain, mais parfois aussi préparer les voies de Voltaire, cet octogénaire futur dont la naissance, par un singulier rapprochement, eut lieu l'année même où s'éteignit l'irascible vieillard [1694] ? -^ I^omponne perdait toute espérance sinon toute patience, et prenait en d^oût jusqu'au pouvoir que lui rendait inutile l'impétueux jouteur. « Il a peu d'attachement, écrivait à l'oncle madame de il Fontpertuis en parlant du neveu ; il a peu d'attacbe- 0 ment pour le poste où il est, et on peut dire même que « le désh" qu'il a de son salut le lui rend insupportable. » — 0 Cela, répondait le caustique docteur, cela me donne (( plus d'espérance que je n'en avois .encore eu; car je (( savois bien qu'il étoit fort dévot, mais je ne le croyois « pas si détaché'. »

Pour lui, à mesure que s'animait le combat, îi se

1 Œuv. du do€t, Aruautd, p. 537» lettre dcccgit, du 5 8q[ilembre I69S. 3 Jbid., p. 744, lellre vxv, du 13 férrier 4694*

1 (Miuv, du do€U Aruauld, p. 537» lettre Dcccç 3 ibU., p. 744, lettre vxv, du 13 férrier 4694* * ifriÛ, p. 72i, lettre KIT, du 8 janvier 1694*

CBAp. rr, SBCT. n^ art. n, $ m. 173

sentait plus détaché ; car sa yieUlesse lui disait que la délivrance était proche, et son ardeur qu'il mourrait indompté. Les glaces de Tâge, fondues par la lutte, diminuaient d'autant les glaces prochaines du trépas; et toujours plus opiniâtre à mesure qu'approchait l'instant suprême, il poursuivait son combat en s' écriant :

Fartent facit vidna Ubertas

La liberté qui Tient rend sa force an vieillard !

La liberté vint, et le trouva debout, multipliant les coups non plus en faveur de son retour, il y avait renoncé; non plus seulement en faveur de ses idées, qu'il croyait impérissables ; mais aussi len faveur de la forme qui devait hâter leur triomphe, défendant la Satyre en laT personne de Boileàu, et recommandant la lecture des Provinciales au fils de Pomponne; — Les dernières lettres qu'il écrit ^ sont donc uniquement consacrées à la glorification de ses doctrines, des procédés sous lesquels il aimait à les produire, et des maîtres qui avaient le mieux usé àe ces procédés. — La dernière qu'il reçoit ' lui apporte un exemple de conciliation donné par Racine, un blâme théologique de la part dé Bossuet et un conseil de modération sorti de Port-Royal même. Heureux du moins d^entendre ainsi murmurer à son oreille affaiblie,' au lieu

1 fl Procès en calomnie an sujet da placard intitulé : JanêenUmui onuiHgm fl destruenê religionem, • t* partie, publiée en mai 1694 ( Œuv, du éœi^ Amauld, t. xxt, p. 251) : • Enfin V^ où je sois ne me laisse guère lien « de m*lnqniéter de Tavenir. Fortem faeit^ etc. »

> Ibid., t IV, p. 71, lettres hlùt et mlxt, du 27 et du 30 juillet 1604.

> Ilnd., pt 73v lettre mlxvi, du 6 août 1694* — Il mourut le 8 aoftt t deux « jours, disent ses éditeurs (ibid*» p. 74), apiis la date de celte lettre qui • lui aoroit donné beaucoup de joie; 1

ITft OB flLS D'ASHAULD D*A!imLT.

des bourdonnements de la mort , les noms les plus glorieux^ les plus vénérés et les plus chers de la paU'ie absente !

Quant à Pomponne, ne pouvant plus rien dans cette patrie en faveur de son oncle, il avait dii moins cette fois pourvu aux derniers besoins du vieillard dans l'exil >» Bien plus, ce qu'il n'avait pas fait du vivant de celui-ci, il le fit après sa mort. Pour accomplir ses dernières volontés, il hasarda la disgrâce du tnàttre. — Le docteur, on se le rappelle, avait spéculé sur l'île de Nordstrand^; et le secret de cette spéculation que n* avait pas encore pénétré Louis XIV, Pomponne, on se lei rappelle aussi ^ en avait été dépositaire. Quelque temps avant sa mort^ le spéculateur s'était flatté de recouvrer ijne partie des sommes engagées dans cette affanre, celles-Ui même doot le débiteur était le duc de Holstein ; et il avait éorit à l'amie dévouée qui lui servait d'Intermédiûre prés de son neveu : « Si nous avons besoin d'une personne» i... à « qui nous pouvons bien nous fieri il y a en ce pays-là ti M. l'abbé Bidal, docteur de Sorbonqe, et agent du n», (( qui est présentement en une ville du royaume deDa- « nemarc, qui est tout à fait de nos amis, entre les mahis ' « de qui nous pourrons remettr/B toutes nos affaires...^ » Arnauld, qui dans ce moment même exigeaiti on l'a vu,

i. tSi cela continue de la sorte, de quoi poufrai-je subflister, qoe de • [1500 liv. de pension] qiron [M. de Pomponne] a promis d^ane mat nlère si obligeante? • (CKSuv. du docf, Àmauld, t. ni, p. 753, lettre mu, du io mars 1694.) —La promesse dnt seréaJiser promptement, ou le îieillard ne pot en ressentir Tefficacité. — Voir aussi lettre nccceimni. da IS novembre 1693, t. ui, p. 695; lettre dccccluzix, du îk noVembre 1699| p. 697, et lettre mxix, du 3 mars 169Af p. 751.

2 Voir plus haut, 1. 1, p« 299.

• Voir VApffendice^ t. î, note N.

4 Œuvres du doct. Amauld^ t. m, p. 446, lettre DccciYiif, du 6 mars t69S*

CtlA^ ty> bBGT. tt ART. tt. g Iv. 175

que Louis XIV mtt ua ministre eu commun avec lui, pouvait bien fkire demander à un ministre de charger en commun des affaires du Jansénisme et de celles du roi un agent diplomatique de la France.

Pomponne savait mieux que personne combien et pourquoi l*abbé Bidal, son subordonne, était dévoué aux intérêts de sa fhtnille^ car au moment de sa disgrâce il avait reçu du père de cet abbé ^ la lettre suWante : o Mon* (I seigneur, je ne puis exprimer par mes parolles l'excès n de la doulemr que j'ay ressentie de me voir privé de n l'avantage que j'avois de travailler sous votl*e conn duite ; elle a esté pour moy si remplie de bontés qu'il « me sera toujours impossible d'en avoir autant de re- « oonnoissance que je dois. Ce n'est pas pourtçint là, « Monseigneur^ où'se terminent les obligations dont je « suis redevable à votre grandeur. Elle m'a honoré de « sa protection dans un tems où elle étoit toute ma res* tt source, e% je sçais. Monseigneur, que c'est par votre A moyen que j'.ay esté rétably dans tbus mes biens dont (( j'avois esté entièrement dépouillé ; ce qui m'obligera « toute ma vie à faire des vœux au ciel pout* qu'il ré- « pande sûr vous ses faveurs les plus précieuses, et qu'il « sôit la récompense de votre vertu pour laquelle j'ay tt toute la vénération que doit celuy qui est avec un proa fond respect. Monseigneur, de vostre grandeur, vostre tt tfès humble, tout obéissant et tout obligé serviteur, tt — BlDAL. — Hambourg, ce premier décembre 1679. »

^ Pierre Bidal, baron d*Asfeld, résident à Hambourg pour Louis XIV, eut pour fili, outre le maréchal d'Asfeld, et Pabbé de La Vfeu? Ule léW Janséniste, Etienne Bidali abbé de'N. D. de TEscal-Dieu, iMdent dès 1688, puis cnVojré eitiuordinaire ft Hambourg, puis i*un des plus fmnrs souUens de la boHe I/nifniiluj. ( I«Mi méd% ét% FtupMrUi pttlsimi Cerveau, îitttoi,, t. f, p. 74; t« II, p. 103, etc.

176 tBS FILS D'ARNAULD D'AKDICXY.

Pomponne, on le voit, devait compter sur un dévouement complet de la part de l'abbé Bidal en chargeant celui-ci de veiller aux intérêts des anciens spéculateurs de Nordstrand ; et cependant il ne les lui confia, comme nous l'avons dit, qu'après la mort de son oncle ; c'est du moins ce que semblent prouver les deux lettres suivantes: « Monseigneur, j'ay creu qu'une de mes princi- (( pales obligations, à mon ^vée en ces quartiers, étoit « de vous rendre de très humbles grâces des bontés exu traordinaires que vous m'avés toujours témoigné, et uàma famille, que je vous prie très instament de me « vouloir accorder. — Je n'ay encore pu rien faire pour (( l'affaire dont votre grandeur m'a chargé, et je ne pouce rai apparament y travailler avec succès qu'après que (( M. le duc de Holstein ^ sera revenu de Suède^ où il doit « aller incessament poulr épouser la princesse. Je ne né- « gligerai rien alors pour le. porter à rendre la justice (( qu'il doit ; et cependant je tâcherai d'en toucher quelce que chose à ses ministres. Je. suis, etc. — Hambourg, 0 le 7 mars 1698. »

c( Monseigneur, je n'ay paa oublié là. part que vous c( m'aveztesmoigné prendre à l'affaire de Nordstrand, et ce je n'ay perdu aucune occasion d'en parler aux minisr c( très de M. le duc d' Holstein. J'ay même redoublé mes c( instances sur la fin de l'année dernière, afin de vous ç( pouvoir mander au commencement de ceUe-cy quelce que chose qui vous pust contenter^ Je n'en ay pu tirer

.1 Fréd^ric^ qui arait succédé à son père Christias-AUicrt en 1695,etqai dcvaU é|iov8er la sœur de Charles XII, dont il fut an det pins flermes appuis. —On sait que-Frédéric, tuéà aisaow en 160S, est Tafenlde Piem lU.oel épcKix infortuné de Catherine qui fit asseoir sa maison 'sur le trtoe' de Russie. . .

GHAP. lY^ SECT. n, ART. n^ g IV. 177

(( jusques à présent que des paroles, et ils remettent au n mois de février d'entrer en négoliation sur cela, vouc( lant auparavant terminer plusieurs payemens qu'ils « sont engagez de faire à la foire de Kiel qui se tient « dans quinze jours. — Considérant cette affaire comme « un moyen de vous pouvoir faire connoistre la recon* « noissance que j'ay des obligations dont je vous suis « redevable, je ne néglige rien pour y pouvoir réussir. « En attendant je feray des vœux pour là continuation « de vostre santé pendant la présente année, etc. — Ham- « boiu^,' ce 2 janvier 1699. »

Il y avait, selon nous, un assez grand péril à provoquer et à recevoir ces lettres ; elles ne pouvaient sans doute constituer un crime de lèse-majesté, quoique Louis XIV fût assez enclin à transformer en crime tout ce qui choquait sa volonté. Mais à coup sûr le correspondant de Fabbé Bidal a fait sagement de classer les dépêches qu'ai en recevait au nombre de ses papiers personnels. Quels motifs avaient donc entraîné cette fois Pomponne à négliger les conseils de son extrême prudence? — Il ne s'agissait plus de gratitude à témoigner pour la mémoire d'Un bienfaiteur; la famille de Lionne n'avait aucun intérêt dans l'Ile de Nordstrand. — Il ne s'agissait plus de la fortune des proches ou des alliés du ministre; le grand Amauld n'avait fait qu'un seul legs dans sa famille, et ce legs, destiné à son filleul, ce fils de Madame de Bosroger à qui M. de Prétot avait servi de père, consistait en une Bible latine couverte de chagrin noir ^.^^

1 Testament temporel da grand Amauld dans Larrière. f Ft< (CArnauld^ t. n, p. A45.)— Gomme d'Andilly, son frère, le docteur ayait un crucifix de brou» (/Hrf., p. 444* —Voir plus haut, t ii, p. 17.) Gelui-d épargnait-il eeue fois les allusions^ sa famille, en légna'nt oe symbole d*un

178 Uflt nW D'AINAPUI l(*AimU.T,

Enfin il pe s'agiasmt plua d'arracher h l'eiil, ao besoin, un oncle persécuté ; et liquider les affaires de Nordstrand était plus périlleux que de recevoir lea rentes de r hôtel-de-ville, — Encore une fois quels motifs entrai^ naient Poppoune ?

Le grand Arnauld avait légué vingt mille livres à Port- Royal S et un passage de ses lettres prouve que cette somme devait être prise en partie sur les vingt mille livres qu'il avait jadis placées h Nordstrand^ Pompoime, chez qui la crainte d'emportements indiscrets ne paralysait plus le zèle, obéissait à une triple impulsion de sa nature logique, affectueuse, persévérante, — * en poursuivant jusqu'à sa dernière solution un projet auquel les lettres d'Antoinette Boiirignon prouvent qu'il s'était employé dès le principe ^, — en accomplissant le voeu d'un parent vénéré au profit de l'asile glorieux et persécuté de sa famille, — en se laissant enfm dominer par cette tendance dont Louis XIY lui faisait un troisième défaut, r opiniâtreté I

Cette opiniâtreté d'ailleurs fut couronnée de succès; mais Pomponne avait mis tant de prudence à s'y abandonner que le succès n'eut lieu qu'après sa mort. Peut« être même le retard en fut-il calculé de manière à ce qu'une heureuse conclusion ne prévint pas l'instant où l'habile ministre n'aurait plus rien à en redouter. En effet,

déTouement impérissable au courageux secrétaire qui devant Namur aratt Bffh>nlé )a*colère du confesseur? — (Sur Guelfe, Voir, outre les Piéerol, les Mém, de Lancelot, t. xi, p. 444« les lettres d* Arnauld, poMsim, Racine» Frngm* $ur i\ B., CRuv., t. yi. pb aOO.)

1 Larrière» Vie d'Arn^ldt t. ii, p. 468.

' OEuv. 4^ doct. Àmauld, u iMi, fw «a da s«p|i)<, Mti« du njfàà t«i<«

> Voir (Mv hanh ^ f • rt 9^9i 99^^

GHAF. ï^, iEGT. m. IV*

le résultat coimu, Louis XIV fut loi» de a'e» montrer «^ tisfâit. Les fonds remboursés sur Nordatrand durent dtre arrêtés par ses ordres entre lés maiua des notaires K Mais lorsque ceux-ci furent prévenus de la volonté au** prême, il se trouva que, la veille même, le remboursement avait été effectué au profit de Port-Royal. — Quel« quea mois écoulés, Port-Royal n'existait plus.

SECTION m.

6ENRI DE CDZANGT.*

Celui des membres de la famille Arna^uld dont le dévouement pour l'illustre maison qui profita si peu des effets posthumes de la bienveillance de Pomponne s'était consommé avec le moins d'éclat, et par conséquent avec le plus de désintéressement, est le frère puîné du prudent ministre, Charles-Henri Arnauld, écuyer, sieur de Luzaucy '. Le troisième fils d'Amauld d'Andilly avait, cQmme ses deux aines, suivi plutôt la volonté paternelle

1 Guilbert^ Wm. chron*^ U ?, p. 546-551 ; le Recueil in-lS, p. 586, n.

S Le compte rendu par d^AïufiUy à set enfanif, le S3 déeenbie 'I65>, ladite d'où veiMÛI à son troisièBie file le suraoni de LunBcy : «Teiilei « lee aqubitloiis que j*ay... Mies à PompeoBe, y comprit ceUe ém beiê 4s c Luzanc^f le Instiment et toutet les dosturet de BeUe?eue..., la maison de « Belair que f ai feit bAlir à Pomponne...» elc t — On sait qne ee tmrnesB dn troisième fils de d*Andi>ljP fût usurpé par le k4la»d de riseirke BeauchAteao, Jésuite renégat, qui suscita un riolent orage en Angitlene contre les CaUioliques, et que le grand Arnauld apprécia sévèrement dant son Apoêogk pour Uê CaihoUqueê, — CC Goujet, Vie de Nicole^ païC l'i, p« 88.

8 Cest le thre qui loi est donné dans le lesUmenlde Simon Eôn (18 ee«

tobre 1658; voir (lut bas» p. 188), où U est désigné eomme exéiutew lti« taSMOtaire. '

que sa propre vocation dans le choix d'une carrière; et Robert, dont l'ambition s'efforçait d'échelonner les siens sur toutes les avenues du trône, l'avait placé comme page chez le cardinal de Richelieu ^ Hais le jeune page n'avait rien de ce qu'il fallait pour réussir près du grand ministre. Il était d'une capacité contestabler d'une ignorance incontestée^, et manquât surtout de la quaUté que possédaient jusqu'aux femmes de sa famille, l'énergie. En même temps, il avait des siens l'inquiétude et l'opiniâtreté ; et comme les siens aussi, il laissait ce double défaut influencer ses impressions, qui tournaient à

des méfiances invincibles ou inclinaient à des dévoue-

ments absolus. — Toutes ces tendances aspiraient à un appui. — Robert l'avait cherché pour son fils au faite du pouvoir; Luzancy ne le trouva que dans le cloître et dans la prison. Au lieu de briguer les faveurs du puissant cardinal, il implora les conseils de son captif, l'abbé de Saint-Gyran ', qui du fond des cachots de Vincennes eut pour interprète et pour .auxiliaire une jeune novice, Catherine de Sainte-Agnès, la sœur aînée du page ^. Celui-ci, rendant au ministre une enseigne qu'il

« àÊiwu ée d^ÀHdiUy «ter Saint^Cyran; Le Clerc, Fîef ééif, Je P. B., U h p. 4i ; iHém. de Lanulott t i, p. a98. t II aToit élé mis page tout I jeane cliei M. le cardinal de Riclidieu, chez qui ces places-là ëtoient

• alors eitrémement briguées... t (Mém. de Fontaînct i, i, p. ISS.)

> « On'le mit ayec M. de Sad pour lui apprendre le laiin... Ifatap ^ ^

• première tentallre, on reconnut aisément qu'entre tant 4^e talent 9^ « Dien lui donnoit, il iCafolt pas reçu celui- des sciences. > (Mému deFf^ tainet 1. 1, p. 125.)

*. Lettrée de Saint^Cyran, du 16 marsiô^i et du 15 novembre iWt 1. 1, p. 83 et 123 ; Mém* de Fontaine, 1. 1, p. 123 ; Mém, de Ltmeebt, U U p. 339. — Cf. rindication des personnes à qui sont adressées les lettre de Saint-Cyran, Recueil in-12, p. 150.

4 Catherine de Sainte-Agnès. (D. aémenoet, Hi$t, de P* B»t U va,

CHAP. lY^ SECT. lU. 181

en avait reçue ' et qu'il desservait dans les douceurs d'une garnison, fut, à dix-neuf ans [1642], s'abriter aux murs de Port-Roy aP. — Il y trouva son véritable point d'appui. Pendant quarante-deux années que vécut encore ce pieux transfuge des camps [1684], activité, désirs, élans de l'ame, affections de famille, tout se concentra pour lui dans cette vallée des champs où son cœur pouvait n'obéir qu'à sa meilleure impulsion, le dévouement. En dehors, au contraire, tout redevenait pour lui inquiétude et méfiance^, même parmi les siens. Trois fois la persécution le chassa de cet Eden, où sa véritable vie s'était éveillée, et le renvoya sous les frais ombrages de Pomponne *. Là il re,trouvait la solitude, la prière, une partie de sa famille ^, et, dans sa famille même, des exilés comme lui. Mais son esprit agité ne pouvait s'y prendre à aucune consolation ; et trois fois on le vit, entraînant avec lui ceux qu'il aimait le mieux, ses compagnons d'exil.

p. 83 ; Mém, de Lancelof, t. ir, p. 478.) Elle avait été oovice au Saint- Sacrement ; mais elle n*y était plus, eoinioe le dit Besoîgne. {Hiat,de P, R», l. iT, p. 4. — t'f. î^écroU de P, R,^ p. 71 et 491, et D. Clémcncet, t. iv, p. S52.) M'i* Poulain de Notent (//i«/. abrég, de P, R,, t. ii, p. 31) confond Catherine de Sainte-Agnès avec Angélique de Saint-Jean. — Catherine, fille ainée de d*Andilly, mourut à Port-Royal de Paris, à Page de vingtneuf ans, le 3S décembre 1643. « Elleavoit presque perdu la vue, pour avoir

• transcrit la pins grande parUe des lettres de M. de Sainl-Cyran [imprimées

• par d*Andilly, son père], quiétoient mal écrites, et quelques-unes seule-

• ment en crayon. » (Recueil in-iS, p. 164.)

i Mém. de Du Fo$$é, p. 75; NéeroL de P, R,, p. 73, et Mém. de Pon* taine, 1. 1, p. 123; D. Cléfflencét, Hi»U de P. A., t« viii, p. 35.

2 Voir plus hattt, t. n, p. 17, p. 20 et p. 121.

3 Voir plus haut, t. n, p. 120, lettre de M"« de Pomponne.

4 En mars 1656. (Mém, dé d*AndHlt^, part, ii, p. 139-148 ; le Rrcueif in- 1 2, p. 231.)— Le 9 septembre 1664. {Ibid,, p. 153.)— Enfin en 1079, {Mém, de Du FoMsé, p. 351 ; Le Clerc, Viea édif., t. iv, p. 56-59; Guilhôrt, Mém, ehron., t. n, p. 574. -r* Cf. SéeroL de P. R,, p. 74» eU:. ) '

' D^AndHIyt Sacy, Pomponne et ses en'antH.

182 ij:s pils d'arnacld d'andhxt.

errer sur les limites de son paradis terrestre, jusqu'à ce qu'enfin il expirât sur le seuil [1684] ^

Les joies qu'il y regrettait étaient cependant bien humbles et bien peu souhaitables en apparence. Au milieu de toutes ces gloires qui faisaient l'auréole de Port-Reyal, gloires de l'épée et de la plume, de la noblesse et du génie, près du duc de Luynes et de la duchesse de Longueville, près de Le Maistre, de Sacy, de Pascal et du grand Amauld, Boileau et Racine le virent sans doute plus d'une fois tel que nous le représentent ses biographes, faisant le ménage de tous ^ ; et, le ménage intérieur accompli, montant un petit cheval pour aller veiller au ménage extérieur ; gourmandant les valets dans les champs ^, aidant les moissonneurs sous le soleil ^, et revenant vers le soir en récitant le long des chemins ses prières et son chapelet ^.

Cette vie de détachement et de charité a laissé dans notre dépôt des traces moins fastueuses que méritoires, et qui, pour n'avoir rien de littéraire, pas même l'orthographe, ne déparent point toutefois les archives de la

^ Voir plus bas, chap* Ti, uct, i, arU h S ^*

2 « n faisoit valoir les terres avec M. Le Maistre, et condoisoil le mèB»%e « lui tout seul.nBesoigne, H\U, de P. /{., t iv, p. 6. -r Cf. Mém. de Fan* taine, t. i, p. 246.

S a Les deux qui n*ont point étudié [Luzancy et d^Eragny] ont par charité « pris le soin de notre labour que nous avons été obligées de reprendre, nos <i fermiers nous ayant quitté tous ruinés à cause des tailles.» (Lettre» de ia M. Angélique, t. i, p. 336, lettre à la reine de Pologne, da À juillet 1647. —Cf. le Recueil^nA2, p. 211.) — "On le rencontroit toujours priant quand a il alloit à cheval par les champs. » (Besoigne,ifti<. deP* B,, t iv, p. 6.— Cf. JSêcrol de P. R., p. 73.)

4 « n scioit les bleds au temps de là moisson, faisoit les foins, etc. > (D. Clémencet) Hist..de P. II., t. viii, p. 36.)

B « On Ta vu allant à cheval par les champs. •• prier aons cesft pendant w toute la longueur du chomin.v (D. Clémcncet, ibid,^ t. vitr, p. 36.)

Page 1