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iOa LES HLS D^ABNAVLD d'ANDILLY.
(( Monsieur, que vous dire à cella. II m*avpit paru plus ré- 0 solu qu'il ne fait à présent à s'engager dans laproflession (( esclésiastique auprès de M. son oncle [d'Angers], et je « ne sçay pas mesme s'il n'a pas pencé, en vous escrivani (( ainssy quil a fait, vous faire parestre son obéissance « entière. [D' Andilly eût donc mieux aimé gratifier, pour « la seconde fois, l'Église et son frère d'un sujet douteux « que de partager dans le siècle ses soins entre deux de (( ses fils, et d'y créer peut-être une concurrence à celui « qu'il jugeait le plus apte à parvenir.] Ce que je vous « dis sur cella procède de l'opinion dans laquelle je suis « qu'il est impossible, après ce qu'il m'advoua du deffaut (f de sa veue, qu'il puisse encor avoir d'inclination pour « la guerre. Il comfessa qu'il pouvoit s'y faire tuer, sans a pouvoir donner autre opinion de luy, sinon qu'il seroit « allez aux ennemis sans les avoir veu, et sans savoir u qu'ils seroyent devant luy; qu'au contraire, venant à « perdre des gens qui seroyent avec luy, l'on l'en accu- « seroit, et l'on ^iroit que ce seroit un crime de donner u des gens à mesner au combat à un officier qui ne ver- « roit pas à dix pas devant luy. Enfin, Monsieur, dans « nostre entretient, qui fust long, il me parust entière- « ment persuadé qu'il ne pouvoit acquérir ny honneur n ny fortunne AaLïïS la profession dans laquelle il est... » Ainsi il demeure bien constaté pour d' Andilly que son fils ne se jette dans la carrière des armes qu'avec la presque certitude de s'y faire tuer, et parcequ'il ne se trouve ni suffisamment de chances pour s'établir dans la robe, qu'il préfère, ni assez de vocation pour entrer dans l'Église, sur le seuil de laquelle il hésite ; surtout parcequ'il veut fuir Port-Royal, où son père a résolu de l'enfouir à vingt et un ans, sans s'inquiéter de l'y laisser
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bientôt seul, dépourvu de vocation pour le présent et de consolation dans l'avenir. — Le pauvre enfant préfère donc la mort. — Mais on ne lui laissera pas sans doute accomplir son suicide. On veut le dégoûter seulement d'un état dans lequel lui-même convient qu'il ne peut acquérir ni honneur ni fortune.
« Il faut, ajoute Fabert, laisser passer quelques jours, (c et puis sy vous voulez l'on luy pourra parler. Je n'ay « creu luy devoir rien dire présentement, parcequ'outre « que rien ne presse, il faut, à mon opinion, le laisser « pencer à loisir à la permission que vous luy avez don- (I née de demeurer où il est. Il faut ensuitte qu'il croye « qu'il ira à l'armée, et qu'il face un project pour sa con- « duitte à quoy je pence qu'il trouvera beaucoup de « diflicultez. » — Ces difficultés doivent le rebuter ; mais Fabert ne veut point s'y prêter avec une excessive facilité. Trop abonder dans le sens du père, trop insister sur l'incapacité du fils, semblerait peut-être un double prétexte pour décliner un service. — 11 poursuit : « Cepen- « dant, Monsieur, je vous offre un enseigne dans la gar^ « ni$on de Sedan ^(pX vaque à présent et que je garderé Cl jusques à ce que vous m'ayez fait l'hcfnneur de me « mander sy vous voulez que l'on la kiy donne pour le « façonner un peu dans le comandement, après quoy « vous pourez le mettre dans un régiment d'imfanterie ; « car pour la cavallerie, vous savez qu'il y a peu de « suitte, et que la guerre finie, elle est licentiée. Je soute haiterois, Monsieur, pouvoir pour M. vostre fils quelque (I chose utille à sa fortunne. Vous verriez avec combien « de joye je me porterois à le servir, pour vous tesmoi- « gner combien j'ay de pation et de zelle pour ce qui « vous regarde.... M. de Villeneufve ne sçait pas ce que
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« je vous escrit du drapeau vaquant icy. d — L'offre de Fabert pouvait tout concilier. Une charge de garnison n'expose à aucun danger et permet d'éprouver un jeune officier autrement que comme soldat. Une fois éprouvé dans ses véritables fonctions, ce serait au père de décider si son fils doit affronter le champ de bataille. Le père, s'il devait un jour l'y laisser descendre, serait impardonnable de n'avoir pas saisi cette ouverture. Mais d* Andilly sans doute a fermement résolu d'en détourner à jamais Villeneuve ; car on voit comment il accueille les propositions de Fabert à la manière dont celui-ci lui répond, le 6 août 1656 : « M. de Villeneufve ne saura « jamais que je vous aye proposé quoy que se soit pour c< luy. Je ne luy dire plus rien sur ses affaires. L'on ne « luy donnera nulle espérance de charge qui quelque- (( fois vaquent dans la garnison de cette ville, et que des i{ jeunes gens sont bien ayse de faire quelque temps. « Enfin, Monsieur, s'il estoit aussy obéissant à vos vo- (( lontez que j'y suis soubmis, vous auriez autant de (( subjet d'estre comtent de luy, que vous en avez de me « croire vbstre très humble et très obéissant serviteur. »
En effet Fabert se montre d'une soumission excessive
dans les lettres suivantes [26 août 1656] : « Je n'ay pas « parlé à M. de Villeneufve depuis que vous me fistes « l'honneur de me mander qu'il vous avoit escrit d'unne (( manière un peu différente à ce qu'il avoit comencé n de faire lorsque je luy avois dis tous vos sentimens et (( qu'il me sembloit qu'il m'avoit parlé assé librement (( des siens. J' avois néàntmoins remarqué en luy quelque (( fermeté contre des raisons qu'il ne pouvoit condapner. « Mais je vous comfesse. Monsieur, qu'il m'avoit persuadé « qu'il vous escriroit dans une entière soumission, à la
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« réserve d*aller auprès de vous où il me dict tousjours « qu'il ne se resoudroit que par le pur motif de Tobeys- « sance. J'ay creu depuis cella qu'il falloit le laisser. (I Je l'ay moins caressé. Il veoid des cadetz sortir d*icy (( pour entrer dans des charges, et je ne pence pas qu'il a ait nulle espérance de pouveoir sortir d'icy que par « vos ordres, ny parvenir à quoy que ce soit ny dans la « garnison, ny dans l'armée ; je ne sçay, Monsieur, sy « vous serez de mesme advis que moy que cella poura (( plus opérer en luy que la répétition des choses qui c( luy ont estez dittes, qu'il vaut mieux estre ruminées « par luy que dites plusieurs fois à un homme qui ne (( les gouste pas. Le temps et les réflexions qu'il fera de « luy-mesme, pouront plus opérer en luy que ce que je 0 pourois luy rebattre tousjours d'une mesme manière. (( Mais sy. Monsieur, vous jugez qu'il faille en uzer au- (( trement, vous serez obéy absolument en tout ce que « vous commanderez. ....)>
[18 septembre 1656.] « M. deVîUeneufve ne m'a pas u parlé, ny moy à luy, depuis quelque temps. Je conti- « nueré à vivre avec luy de cette sorte et vay donner à « deux de ses camarades une lieutenance et une enseitt gne vaquante dans la garnison de la ville. Lorsqu'il « vous plaira que j'en uzè autrement, vous me le coman- « derez, et je vous assure.. Monsieur, qu'en cella et en « toutes autres chose vous serez obéy ponctuellement. . .
[1 octobre 1656.] uResponce à celle du 23 septembre. c( — Vostre désir est sy juste à l'esgard de M. vostre fils, « que quand je ne serois pas vostre très humble serviteur « au point auquel je le suis, j'agirois pour cella avec la « mesme volonté que j'ay ^de contribuer tout ce qui dé- « pendroit de moy pour le faire réussir. Les froids, qui vont
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« venir, peut-estre ayderont ceux que M. vostre fils peut « remarquer qu'on a pour luy, à le porter à prendre la ré- « solution à laquelle il n'a pu se porter. J*ay estez mariy « qUe ceux àusqUels j'ay baillez des charges qui ont va- « quez en cette garnison ne sy soyetit trouvez pour s en « mettre en possession, affin d'augmenter encor son dest( goût. Après que cella aura estez faict, et (pie la saison « riide luy aura fait de la peine, s'il demeure tousjours «ferme, vous m'ordonnerez, s'il vous plaict, ce que « j'auré à faire. Dès maintenant je vous asseure de ne « disposer pas du premier drapeau qui vacquera, que par « vostre ordre. Je crog que vous voudrez que M. de Vil- (c leneufve demeure quelque temps avec chai*ge dans une u garnison^ avant que de le mettre dans f armée. Le t( temps peut-estre opérera en luy ce qu'on ne peut en tt avoir aujourd'huy... Le peu d'apétit que vous avez me « fait un peu de peine. Mais Dieu qui se sert de vous « pour tant de bonnes choses tte vous laissera pas long- (( temps hors d' estât d'agir. Il fera bien plutost cella pour « sa gloire, que par mes prières... »
Cela devait lÈtre si les prières de Fabeit n'avaient pas plus d'influence auprès de Dieu que ses conseils sur d'Andilly; car Fabert, on^le voit, tout en suivant d'une manière aussi «stricte les prescriptions |)atemelles, continue à témoigner au père sa bonne volonté, au fils sa sollicitude, en réservant à celui-ci Une charge de garnison. Le 25 novembre, d'Andilly répond qu'au printemps il ferti connaître ses intentions. Fabert pense sans doute qu'elles seront conformes à ses offres, car le 7 décembre 1656 il écrit : « J'aurois souhaitté avoir présente- « ment une chatge vaquante dans la garnison pour la a donner à M. de Villeneufvc. Mais comme il n'y en va-
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« que point, j'attenderé, Monsieur, pour lui en donner « une, le temps auquel vous me faitte l'honneur de me « marquer que vous y consentirez. »
Jusque là Fabert croit devoir garder le silence. Hais le 21 février i657 d' Andilly le rompt de lui-môme : «Ce « que vous ne me mandez rien de mon jeune fils ne me u fait qtie trop juger, Monsieur, qu'il ne revient point de « son aveuglement ; en quoy ma seule consolation est « qu'il a l'honneur d'estre auprès de vous. » — «Je ne « me suis plus donné l'honneur de vous escrii*e de M. de « Villeneufve, répond Fabert le 28 février 1657, parce- « que vous me fistes celuy de me mander, il y a quelque « temps, que vous m'ordonneriez au printemps ce que « vous voudriez que je fisse à son esgard. J'atend vos com- « mandements sur cella. Je n'ay pas voulu luy parier, ne « l'ayant pas jugé nécessîdre, que vous ne fussiez résolu « sur son faict. S'il persiste à vouloir porter les armes, je « puis mettre deux enseignes à ma compagnie. Il sera le « second aussytost que vous me~ l'aurez comandez, et « cette charge sera créée pour luy ; car dans la Ville il « n'y en a point de vaquante. »
5 II. Vocation Hcoélérée.
D' Andilly, bien convaincu désormais, comme il le disait le 21 février, que son fils ne revenait point de son aveuglement, acquiesce enfin, le 6 mars 1657, aux offres de Fabert, qui lui écrit le 18 du même mois : « Je ne me t( donnay pas l'honneur de respondre à vostre billet du 6 « par le précédent ordinaire, parce. Monsieur, qu'estant « sur le subjet de M. de Villeneufve, je voulois qu'il (( fust en possession de la charge que vous approuviez
« qu'il prist, avant que de vous dire que je tiens à offence (( ce qu'avec un excez de bonté vous me dittes là-dessus. (( C'est une bagatelle que la charge qui a esté créée... » Cette charge cependant avait cela d'avantageux qu'elle laissait, comme l'avait voulu Fabert, le jeune of&cier myope à l'abri dans une garnison. Mais à peine celui-ci en est-il investi, le père s'informe près de Fabert s'il n'y a pas quelque chance de mettre' des régiments en campagne, et il lui laisse toute latitude pour y placer son fils.
Un étranger ne saurait être plus scrupuleux qu'un père, et Fabert répond le 11 avril 1657 : « Il n'est pas a encor bien certain que j'envoye des compagnies d'im- (c fanterie à. l'armée. Il faut en lever pour cella, à quoy « je trouve beaucoup de dificulté. Mais sy je l'entre- « prend, M. de Villeneufve y poura avoir employ, puis- 0 que vous laissez cella à moy ; mon opinion estant « qu'ayant une espée au costé, il la faut rendre utille à « sa patrie, ou la remettre au crocq. Une campagne vous a fera cognoistre ce que l'on doit attendre du génie de c( M. vostrç fils. // a beaucoup de volonté. Il ne prend c( pas légèrement des pencée. Il est ferme dans ses réson luttons et ne veut pas demeurer daiis un estât au des- « sous de sa naissance. — Mais, ajoute Fabert comme par c( une espèce de remords, sa veue seule me fait peine. a Hors cella, je serois absolument persuadé de luy pour « toutes choses. »
Ce regret que la conscience de Fabert glisse comme un dernier avertissement, tout à la fin de sa lettre, ne produit aucun effet sur l'esprit du père, à qui la faiblesse de la vue chez son fils cause moins de peine sans doute que l'énergique entêtement de celui-ci à fuir la solitude. Aucun obstacle ne s'élève donc pour enti*aver la bonne