CHAP. V^ SËCT. U5 ART. III
ponne à. se défendre lui-même. Ils «obtinrent une* rétractation du dernier survivant de ses accusateurs ', qui depuis n'en réimprima pas moins l'accusation sans y rien changer K — La rétractation de De^maizeaux est de 1730. Dès 1731, il publia le quÂtriëme volume des Œuvres de Bayle sans correction.
•Après d'Andilïy, ce fut soir frère l'évêque d* Angers ^, et après celui-ci ce fut La Boderie*, bfeau-père de d'Andilïy, que Tabbé-de Pomponne mit en lumière. Burtin ^ imprima pour lui les Négociations, de l'un et les Amlras" sades de l'autre. Ces derniers ouvrages ne touchaient à aucune-qu^tion dangereuse, et cette fois l'éditeur responsable désignât dans sa préface l'éditeur véritable^. — 11 n'ep.fut pas de mèmQdes Atémoires de l'abbé Antoine Amauld, dont la morale relâchée se bigarre si grotesquementde Jansénisme ^ Le frontispice de cesMétnoipes annonce qu'ils sont imprimés à Amsterdam; lés éditeurs en datent «la préface de Leipsick; II» furent imprimés à Paris*, et les éditeurs sont demeurés inconnus^ — Jusqu'ici le grand Arnâuld eût avoué sans doute son élève,
1 Biblioth. ration,, t. v, p. 3iîfi, n.
2 Œuvre» de BayU, t. n'; p. 840-850.
S Négo€iatiana d la cour de Borne et en différent» cours it Italie de Jlef- »ire Henri Aràauld^ abbé de SainhTiicoloê^ depuis évéque d'Angers, 1748.
^ Ambasiadfis de Kx de Là Boderietn 'Angleterre^ $au» le régne d^HenrilV et la minorité de Louis Xlll, 17S0. ' '
B Biblioth, hist. flu P. Lehng; U ni, n.* 30382 el 80801.
* IfégociaU, préf., p. i; Âm^ojf./préf., p. v. *> ^oir plas haut, t n, p. 8.
* Biblioth. Mst. du P. Lelong, t ii, n* S407I. — Legrand Amauld s^SCait trouvé dans le méùie cas pour l^hnprcssfon de ^n Phantosme du Jansé* nisme, (Voir ses explications à ce sujet, Œuvres, C ii» p. 742, lettre du 8ijanTier1687.)
* M. Noël (Biogr, univ,, t. ii, p. 510) indique eependant P. Pingre comme éditeur.
iM LES 9ETIT6FILS D'AUIÀVIiD O'AMHLLY.
lui dont les productioDs littérsûjres sont presque toute» anonymes ^ et qui pendant quarante années s'était rési-
gni jt une existence -pseudonyme' pour mieux servir ses
doctrines ei ^n partie •
Mais nous doutons^ qu'il e<H pardonné à son successeur certaines d^arches politiques auxquelles Poib«> ponne li^i-mème n'eût peut-^ôtre point applaudi. — Ainsi le Gfillicanisn^e de Bpssiiet ^vait été se résoudre ejx Jansénisme' chez ^n neveu l'évêque de Trpyes '. Celui^cit qui n'avait de son onde ni le génie ni la souples^, suscitait aveuglément, au pouvoir les plus graves em* barras dans un diocèse qu'il gérait depuis yxn quart de siècle {l7l6*17A2]p Le cardinal de Fleury, alors minis* tre tQUt .puissant ,^ n'y pouyait cependant rien par la valence. IV a{q)rit que IL de Chasot, premier président dû parlement.de Metz -et neveu de l'évô^e de Troyes, étiût devenu le doi^ataire de celui-ci ^. Les affaires du donateur étaient en assez ifoauvais état, et qu j>ouyait surtout inquiéter son héritier sur les réparations qu'il faudrait faire un jour à l'évêché. H. de Cbasoè .prit le parti de négocier la démission de celui dont il devait
^ Voir retplicalion qu*en donne Fontaine (liiém,, t ii, p.. 100). GeUe eiplicatioo lOulefois ne nous sesible p«f wliisaQte, au moins en ce qui concerne lés pseiklonjines. Lé pieudonyme est un meDsonge^ ei si i la rigueur on conçoit que le Jansénisi^e ait bouleversé TËgUse plutôt que designer un Formulaire qui dUiprès ses adaptes contenait une faussefé, on u>n est que plus di^sé à se montrer rigoureux envers ces capitulations de conscience qui subtliluent le nom mensonger de Montaltè à celui de PmcaU OM le nom de Wendrociti docteur de rUniverfité de Salt<bouig, à celui de Nic(^e.<-^Qiiand oq n*a pas le courage de ses. opinions, lie peut-oo du moins conserver oeluf de Tanônjrmc ? (Cf. OEuvres du docU Àrmëuld, U II, p. 74« et L III, p. 48«)
3 NauveH, êcciè$., de 1728 à ilhZ postim*
» hid., du J2 avril 174Î, p. 63.
GRAP. V, 8BCT. U, ART. 10. 351
bientôt recueillir la fortune^ Il commença par le séquestrer dans la maison de canq[iagne épiscopale pour le séparer du clergé janséniste qui Tenvironnait à la ville ^Puis, comme !I surprit des lettres glissées en secret jusque dans le lit de son oncle, il détermina celui-ci à le suivre dans la capitale. « Arrivé à Paris, disent les ffou-- « telles ecclisiastiqueê, il y flit pour ainsi ,dirè gardé à (( Vue, jusques là quMl n*étoit permis à qui que ce soit de « le voir qu'en présence de M. ou de Madame de Cbasot, n et que les lettres mêmes de ses grands vicaires ne pouce voient pénétrer jusqu'à lui. M. Tabbé de !^pmponne eut « sur cela une préférence dont on lie sera paë surpris (( lorsqu'ota saura que cet abbé fut choisi pour faire goû- « ter au prélat lé projet de là démission. Quelque bàbile «que fût le négociateur, tout le monde convient qu'il « n^est redevable du succès de sa négociation qu*àu (( poids de râffe'et au nombre des infirmités j, avoués puce bliquement par la perôonne avec qui il avoit à traiter. « [Les auteurs jansénistes desNaucelles soufignent dans « ce passage les mots que nous y soulignons noûs-méme, (( pour en faire pénétrer plus 'facilement l'intention iro^ « nique^] ta démission étant faite, M. Tabbé'fde Pofti- « ponne] la remit à*M. de Cbasot, comme un bon moyen, cc^lui dit-il, de faire sa cour à M. le cardinal ; car pour Iul« « il parolt qu'il n'a pas voulu en avoir le mérite. )f Cette fois les joum^istes ont oublié'de* souligner la phrase où ils semblent croire au désintéresisement du dernier des Amauld, arrachant de l'épiscopat le dernier des Bossuet, dans rintérèt de la cour et au détriment du Jansénisme.
252 LES PETITS-VILS D'ARMâULD l>*AlilXLLY.
ARTICLE IV
Vabbé de Pomponne défenseur du grand Àmàuid.
Après avoir trahi les doctrines des siens, il ne restait à Tabbé de Pomponne qu'à transiger sur leur honneur. Sur ce point toutefois, nous l'avons déjà fait pressentir, il se montra un peu moins spontanément servile que son frère aîné. Il fit précéder d'un combat assez vif ses capitulàtions de conscience. Les conjonctures, il est vrai, se prètaieat mieux à une saillie de piété domestique. .LouisXV n'avait point-jiérité du despotisme de Louis XIV. Il n'en avait-point conserv^é les antipathies religieuses. Le cardinal d^ Fleur y, (Jm seul aurait pu les lui inspirer, était mort im an ^rès avoir obtenu la dénussion du neveu de Bos3uet [29 janvier 1743]^ L'esprit parlementaire était, loin d'être dans toute la magistrature ce qu'il ét^t chçz 1^ de Chasût; et, dans le public, les sévices exercés à la fin du dernier règne avaient changé la synapathie en adhésion pour les persécutés, les répugnances en urritation contre les persécuteurs. C'était surtout à datçr de la . destruction de .Port-Boyàl que les Jésuites, à. qui oh ^attribuait^ étaient devenus odieux>
L'un d'eux cependant3 le P. Pichon, avait choisi cet instant pour renouveler une attaque contre la mémoire du grand Aràauld. 11 l'avait fait dans un livre intitulé :
* La plupart des auteur» jansénistes accusent les Jésuites dVoir par riiilf nn'édîalre des religieuses de Porl-Rnyal de Paris la iA'jpentûm des religieuses de Port-Ro;al-des-Cbamp». Mais les mieux instruits s^appliqnent à prouTcr que la ée$trucî\on de Port-Royal même eut lien 'non sen* lement sans leur partidpotion, mais malgré leurs efforts (Guitbol, Méwu ckroH.^ t. Ti, p. S57, M9 ; D. Clémenoet, Hi$L de P. it^-u z, p. k)$ efc
^ y, 8BCT, II, Axr. Vf. 25S'
UEiprit de Jésm-Chriêt et de rÉglùe sur la fréquente cammuman ^ Ce livre contenait la critique et tentait la* réfutation de celui qu*un siècle auparavant le docteur avait publié sur le même sujet' ^•. Mais la polémique du Jésuite n'était ni suffisamment modérée ni complétetnent orthodoxe. Ainsi d'un côté il indiquât 1& communion fréquente et même journalière comme un moyen suffisant pour conduire au salut à travers une vie oisive, seoduelle et impénitente '; et de l'autre il avançait que lé docteur Amauld s'était fait chasser de France, et qu'il était mort excommilnié avec la réputation d'un chef de parti r^olté contre -toutes 'les puissances ecclésiastiques et séculières *• . Lorsque Je livre parut, il obtint cependant djte l'abord les plus hautes aj^robations ^. Parmi les évèques français, celui de Marseille^ Bekunee, fut un des premiers à se prononcer, en sa faveur ^ — Belzunce au dix-huitième siècle, comme S. Vincent de Paul au di}fseptième, devût incliner vers l'indulgence; ni l'un ni l'autre n'avûtde sympathies pour le Jansénisme ^ — Les archevêques de Besançon ^, d' Aix ^ et de Sens '^ accordèrent également leurs éloges au livre du Jésuite,
« Impijiiié à Psris, chct H. L. Ouérin, i74& ^ Delà frépkUkU eommuman^ «vil 1043.
' Uffrit de J.^., p. S7i et 472.
B Voir VAppMk^, note R.
• /Hit, 6 novembre 1746» ]!• 7.
7 ^ntù^Déf€nué£fi^M.Vincent,9ÊmSm\ydàitkt^Sié€U4ei^^ chep. XKXTi; JMk de SamUSimom, U un, ]i. S; t. niTim p. iHiMim. deUÊL An^éiùpiep'L n» p. S27« S^.
• 4ppèii^C note R, 17 déoembre 1745.
9 Voir» ibid., débat da mndenent da i*' jaiHM i747.
10 Jtid.^ S3 décembre 1746. -^L'arcbevéïiae de; Sens était Uoguet de Gergyt de 1* Académie française.
KU LES PETITS-mS ]>'AMAt)LD iVâimLLY.
Celui de Sens touterois ne le fit qu^avec une eingolière hésitation. Le 22 décembre i7M il avait écrit «o P. K« cbon qu'il trouvais son livre plein de piété i. Le It nud suivant il le prie de ne point faire Imprimer sa lettre du 92 décembre, « non pas, lui dtt-il, que je n'estime beau* « coup votre Kvre; mais je crsûns de me donner pour a approbateur '• s L*archevéque de Sens avait poucceh d'excellentes raisons; car^ dans letemps même où il exprimait oette crainte, 41 écrivait sur le Kvre du P. Pichon des remarques pleines de blâme qu'il distribuait maniU' crites à quelques évèques, qu'il fit imprima en joio 1747 ^ et qui toutefois ne (Virent publiées qu'en 17i8*. Or voici la clef des tergiversationfe du prélat «^^ Il avait au nombre de ses suQregaats le doiyen des évèqnes fran* çais et le dernier de ceiix qui s'étaiejat portés eommt appelants de la trop célèbre imlle Unigêniiuê ^, Galniel de Gaylus, qui occupait dopais quarante-deux ans le siège d'Auxerre [i70i<*17&d]. Gaylus, à qui sa mère avait transmis le sang de Fabert^ cet ami douteux des Ar^
4 II parait qn^ll se plaignit depuis des fil8iflcatlolirqQ*aiirtit efubles cette lettre. (NouvelL eecUê. du 4 juin 1748, p. dS, % vn.) 2 Voir V Appendice, note R.
A C*est ce que dous apprend me noie manoserite de ViUbè Bdan dass la table o* Z6X Appendice, note R), el mie autre noie ^Ise à la suite de la Mtre de Beisuqice qui se trouve dans le n* 5. — En eiët la kxtndn 4 décembre 1747 ( Ibid., n* 44) prouve qu'à cette époque rarcfcevêqoe de Sens n*avait pas encore distribué ses rènarques Waprlnées en Join 1747. - BRSn «M note manuserlte qui suit la lettre de Betinnee (a* S) nooa apprend que œtle lettre réaamment éerile avait été éoMnraakfHéé à If. Delaa le 15 février 1748> Or, dans oette lettre, Belxunoa remowlu rarelMnréqae de Sens de ses remarques imprimées. G^ donc vers Janvier i74e qu^Tiiett été distribuées ces remarques, c'est à 'dke uprla VéàHi Mt pur Péréque d'AuMtre, le »7 décembre 1747.
s Detley, Vie de Caylus, évéqne d'Auierre, t. ii, p. ia7-SIS. '
CQAP. V, S9CI. n, AKT. IV. . 2&S
DWld^ avait reçu de son aïeul un caurage indompté, et des Arnauld leurs doctrines et leur opiniâtretés En vain sa famille s*était*elle alliée à madame de Mainte^ non ^ ; ses inspirations lui venaient des Pays-Bas bien plus que de la cour. S|ir cette terra étrangère, le grand Amauld avait laissé des exilés et des amis; Quesnel, contre les doctrines de qui était dirigée laJ)ulle, et les sue** cesseurs de Neercassel, qui avaient fini par fsûre ini^urger l'Église d'Utrecht contre Rome» Quesnel et les évèques Kbismatiques de Ja Hollande avaient toutes les sympa-^ tliies de Caylus ^ Soù prudent métropolitain ayait toute son aversion, car c'était celui^i qui avait été cboisi par le cardmal Dubois pour faire accepter la bulle à Tépiscopat français ^. Le métropolitain y avait réussi, et depuis lors son^s^fragant observait toutes ses démarches,, scru*tait chacune de ses paroles, et ne perdait nulle occasion de lui ménager quelque désagrément ^ On conçoit donc quelles étaient les perplexités et les hésitations du malheureux archevêque dans les circonstances difficiles. * Celle où l'eût jdacé uae approbation entière du V\ Pi- Cbon eût été plus dangereuse encore qu'il ne le soup^ çonnait. Une correspondance active s'était établie au sujet du livre de ce Jésuite entre l'abbé de Pomponne et l'évèque d'Auxerye^. Les sympathies e.t le zèle de celui-ci
1 Dettey, Vie de Caylus, éT6qti6d'Aaxerre,ti, p. S.
2 « Il-]iariit à la «mr [comaie amnônier du rai] avee la diitlneUoii que n lui procurait la faveur de M"« de Maintenon, dont le comte de Cayluf • son frère yênoit d'épouser la nièce, M^^* de Valois, » {qui dans les lettres ajouta un si grand lustre au nom de Caylus]. (JHéU, p. 7.)
3 Noutell, ecclés, du 26 juin et du 14 aoAti766, p. 10^ et iZh*
4 Voltaire, HUt* du ^parlnit., chap. lui* s Dettey, Vie dé CayluM^ passim.
^ Cette eerrespondaMe était en i82S la prapriété de M. de Monmcrqué (BioffT, univ.;i, xxxv, p. S09, col. 2} ; mais elle a été comprise dans une
256 £BS PETlTS-nLS B'ARNAUtD D'ANOILLY.
étaient secrèteoient attisés par le dernier héritier des Arnadld, qui cette fois, dans l'intérêt de. leur mémoire, avait choisi un prélat pour en fahre 1* éditeur de son indignation anonyme. Le 27 décembre 17&7 cette indignation éclata tout à coup dans un long mandement de Caylus. Le^ erreurs et la. polémique dtf Pi Pichon y étaient vivement signalées à l'anioiadversion générale K Cette sortie vigoureuse eut un grand succès auprès du public, et le corps épiscopal lui-même s*en éiHut. Belzunce et V archevêque de Besançon rétractèrent leurs éloges avec franchise et- loyauté *. L'archevêque d'Aix avait déjà rétracté les siens ^, et ce fut alors que celui de Sens publia les remarques critiques qu'il avait fait imprimer dès le mois de juin précédent ^. Cette fois son suiïragant lui applaudit, et l'on put croire que la bonne hailnonie allait se rétablir entré las deux antagonistes ^ et dans tout l'épi^opat français^. En moins de six mois dixhuit prélats, messeigneurs de Montpellier, de Tours, de Soissons, de Carcaissonne, de Paris^, de Lyon, du Mans, de Nantes, de Toulon, de La Rochelle, de Lodève, de Rouen, d'Amiens % de Toul, de Beauvais, d'Évreux, de Strasbourg, de Saint-Pons *, s'étaient rencontrés avec ceux
>eote d^aotographes faite en 1887* (Voir le catalogue de celte. iente.) MaihettreusemeDl, après d*aclives recliercli^, nous n*avôna pu ^rouTer en quelles mains die est passée.
^ Voir VÀppendiee^ note Rt — Cf. SuppUm^aux N4m»m t^tlés* do B airril 1748» p* 57.
3 V4Mr VAppendice, note R, 98 fénier el 21 aTril 1748. > /Mit, i«' juillet 1747.
4 Voir plus haut, t ii, p. 254» n. 4.
s Dettey, Vie de Caylue, t. ii, p. 247, 805, 807 et 812. • Ibid., p. 247.
7 Cf. Smpplém* aux NouveU. eecUe*, du 20 août £748, pi 185*
8 Voir VAppendioe^ noie R, paninu
CHAP. V, ŒCT. n, AIT. IV. **'
que nous avons déjà indiqués dans un concert de réprobation contre les doctrines erronées qui avaient échappé à Texamen trop rapide des premiers approbateurs.
Le P. Pichon n'avait pas attendu que tous ces blâmes l'eussent atteint pour reconnaître sa faute. .Avant qu'un mois se. fût écoulé depuis la violente attaque putie d' Auxerre, il avait adressé de Strasbourg, où il se trouvait, la lettre suivante à l'archevêque de Paris :
tt Monseigneur, recevez avec bonté un auteur qui a le « chagrin d'avoir publié un livre qui ne fait que trop de a bruit. C'est dans votre diocèse que ce livre... •• a été a imprimé ; il est juste, Monseigneur, que ce soit devant « votre. grandeur que j'en fasse le. premier désaveu fm^- « blic. Peu de temps aprëa que ce livre eut paru, mes « supérieurs le désq>prouvèrent, en arrêtèrent le débit, a et* ordonnèrent qu'on le corrigeât. Plusieurs grands « prélats, plusieurs sçavànts théologiens firent sur cet « ouvrage de sages et de judicieuses observations.. Dieu « m'a fait la grice d'avoir la docilité qUi convient à mon « état. Je déférai, comme je le devois, aux lumières de « tant de personnes respectables ; et conune on convea noit que pour remédier au mal il étoit à propos de « fe&ce une, seconde édition de mon ouvrage qui recti- « fiât ou fit disparoltre tout ce qu'il y -a de condama nable dans la première, ce travail fut aussitôt entre- « pris. Vous sçavez vous-mêmç, Monseigneur, que dès « la fin du mois d'août 17&7 cette seconde édition étoit a prête de ma part ; que, revue^par des yeux éclairés^ et « retouchée par des mains habiles, on m' assurpit qu'elle c( pouvoit être désormais utile aux fidèles qui la liroient « dans un esprit de religion, et que ce n'est que quel* d ques difficultés que je n'avois pu prévoir, qui en
25S LES PBtTT8-nLS b'AUNÀCLD D'AMDILLY.
<( ont empêché Timpresdion. ' Dans la crainte néanmoins « qu'on ne me soupçonne d'y avoir mis obstacle, et de (( tenir encore à des maximes répréhensibles, je dédare « ici à votre grandeur (et la supplie de ne point laisser « ignorer cette déclaration), que je désavoue le livre « intitulé L'Esprit de Jésus^Christ et de VÉglî$e sur la « fréquente Communion, imprimé à Paris ch'eE Guéiin « en 1745, que je rétracte cet ouvrage, et que je le con- (( damne de tout mon cœur. J'ai l'honneur, etc. fttrastt bourg, ce 24janvier 1748 ^ »
Cette lettre, on 16 voit, ne contenait strictement que la rétractation des erreurs théolojgiques du P. Pichon. Le' regret d'avoir attaqué la mémoire du grand Arnauld ne s'y laissait point entrevohr, même par allusion. Il en avait été et il devait en être de même du blfime des évêqnes. Celui d'Auxerre fut le seul qut comprit dans le sien les attaques dirigées contre le célèbre docteur*. La tournure que prenait cette* affaire était donc plus favorable à l'orthodoxie que satisfaisante pour l'abbé de* Pomponne. Aussi en écrivant le 28 janvier 1748 à M. de Caylus pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui dit que s'il savait à quel tribunal s'adresser pour en avoir justice, il y porterait ses plaintes ; « mais, ajoute- (c t-il, qui est-ce qui m' écoutera? et qui s^éxposera & la fn- « t'eur d'un corps aussi terrible que celui des Jésuites^?» Lé conseiller-clerc jugeait sans douté de la magistrature selon son propre courage, et des Jésuites d'après ses terreurs. Celait donc avec bonne foi qu'il- évoquait dans cette malencontreuse prosopopée des juges aux-
1 Voir à eette dale dans V Appendice, noCe R. 3 Ibid.^ 27 décembre 1747, p. 166, % xlit. ft lyeUey, Vw de Caylu$t t. u, p. 241.
GHAP. Y, SBCT. H^ AET. IV. 259
quels il ne croyait pas. Hais vojci que tout à coup 1*4* vëque d'Auzerre lui faisait apparaître une onolire fœrmidable à laquelle il ne songeait plus* « Prenez, lui disait- « ilf la même voye que prit feu M. de Troyes pour la « mémoire du grand Bossuèt, son oncle«..« NVt^il pas « obtenu du parlement de Parisrce qu il demandoit'?» Fett M. de Troyes? qui donc l'avait fait descendre tout vivant dans 1» tombe? Celui qui l'y avait précif^té le remplaoerait^H? En l'imitant saundt-^il expier sa faute? ou bien après avoir rendu impuissant le nom de Bossuet, kissenût41 celui d' Arnauld infâme ?
Toutes ces questions surgissaient à la fois du fatal biUet qui avait répondu aux imprudentes démonstrations de Pomponne. Pour celuinu U n'y avait plus d'attormoiement possible, n fallait agir ou demeurer deshonoré. Aussi luif qui le 23 janvier ne savut où trouver des juges» le 29 du môme mois il dresse une requête au parlement, délivre pour la poursuivre une procuration pardevant notaire, et détermine sa belle-^raur, veuve de Nicolas-Simon, à le fortifier de son adhésion ^ La requête d'idUeurs ne s'appuyait pa» seulement de cette adhésion féminine; elle s'abritait aussi derrière les mafiifestationB déjà connues de l'épiscopat français contre lé livre du P. Pichon'. Elle fut remise à M. le substitut de Graville, qui en fit immédiatement son rapport au pcocoreur général. Gdted-ci avant de donner ses con-
^ DeUey, Vie de Cayluê, t ii, p. 24^.
3 Voir V Appendice^ Dote R, 19 janTier 1748.— Comment se fait-il que la veuTe de Nioolas-Simoni née Constance de Harrille, adhère seule ft un acte desUné ft yenger le nom d* Arnauld, tandis que madame de Torcjr» fiUe du premier marquis de Pomponne» se tient à Tteart ?
* /M., 29 jantier 1748, p. 9.
260 LES PBnrS-FILS d'arnaulo d'andillt.
clusioûs, crut devoir en cominimiquer au premier président de Maupeou et au chancefier d'Aguesseau K
L'affaire étût grave, car la cour ne jugeût pas des dispositions de la magistrature comme^ en avait jugé l'abbé de Pomponne. U avsàt même fallu que celui-ci fût en proie à une singulière liallucination pour s'y méprendre. Depuis trente années les parlements n'avaient pas laissÀ échapper une seule occasion de protester contre l'état d'asservissement dans lequel lés avait tenos Louis XIY. L'opposition/ après s'y être montrée financière sous Law^, avsût saisi le prétexte de la bulle Unigetiitm pour revêtir une forme janséniste', et c'était S0U3 cette forme qu'elle s'était plus particulièrement envenimée. Les convulsions de Saint-Médard, les mandements des évèques à propos du diacre Paris, les fofies miraculeuses du conseiller Montgeron, la canonisation de S. Vincent de Paul, l'administration des sacrements sur billet de confession, tout servût dcprétexte à une insurrection parlementaire. Le barreau' se taisait ; les magistrats descendaient de leurs sièges. Tantôt Texil les décimait, tantôt il les frappait en masse. La BastiQe n'y pouvait suffire ^ Que n'eût pas fait jadis le grand Ar* nauld s'il lui eût été donné d'assister à une semblable mêlée? et que fût-il advenu, alors même, si tout à coup son nom y eût retenti 7 La cour le savait bien. Atissi il faut lire l'acte notarié dans lequel l'abbé de Pomponne * a fait consigner tous les détails de sa conduite, afin que la postérité ne pût en ignorer.^
1 Voir V Appendice, noie R.
2 Voltaire, HisU du parlemmf chap. lx.
s i6tU, chap. LUI.
4 IM,f chap. LIIT-LXT.
B Appendice^ note R, 29 janvier 4748, p. 5.
CHAP. V^ 8ECT. n, AU. IV. 261
« M. le chancelier, dans la crainte qne dans les cir-
u constances présentes il ne s'élevât de nouvelles dis- «putes à l'occasion de cette aflaire,' engagea mondit » sieur comparant [Tobbé de Pomponne] à demander « justice au roy en persqnne, et à retirer éh conséquence « sa requête des mains de* M. le procureur général, se tt chargeant de rendre compte au roy dç ses justes ce plaintes, afin que Sa -Majesté ordonnât une 9atisfaction ce proportionnée à l'-insulte Mte à Met à 4a famille par « les excès dans lesqi^els le P. Pichon étoit tombé dans 0 son livre, en y parlant de H. Amauld son grand-bnçle; it ^— Aunomâu roy, la soumission de mondit sieur com^ f( parant a été entière et sans réserve ; il a réjlondu que tt sa confiance en son souverain étoit sans bornes, qu'il « se.jettoit aux pieds de Sa Majesté, et qu'il entendrolt a avec respect ce qu'il lui pl(iiroit d'ordonner ; qu'il se a reposoit entiëreiqent sur le zèle de M.' le chancelier, a son supérieur, des moyens qu'il croiroit conveJ)ables a pour procurer à la mémoire dudit Antoine Amauld et « à sa famille outragée la réparation qui leur étoit due. » La répa^'ation en effet ne s'était point fait attendre. Dès le 13 février l'abbé de Pomponne l'avait obtenue proportionnée à la crainte dont cette affaire avait frappé la cour. « Monsieur, lui écrivait le chancelier au ûom du n roi ^ j'ai eu l'honneur de rendre compte à Sa Majesté « des pliûntes que vous avez porté contre plusieurs ena droits du livre du P. Piclton, et elle m'ordonne de c( vous écrire que vous avess eu raison de lui demander « justice des excès dans lesquels il est tombé en parlant (( de M- Arnaud; votre grand-oncle ; mais que le P. Pi-
1 Appendice^ note R.| 29 janvier, 1748, p. 6.