M LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE ARNAULD
lèvres s* agitent dans le silence, ou murmurent tout bas; en apparence un cercle d'ermites, en réalité une réunion de malcontents. — Mais au dedans quel calme et quel silence ^ ! quelle huïnilité et quel détachement I Gomme tout bruit expire aux pieds de la foi, comme tout éclat disparaît sous les pieds de la pauvreté I
Ce n'est pas cependant que ces murmures des docteurs, que cette inquiétude dç tous ne glissent quelquefois du parloir au sanctuaire, et que les cloîtres ne s*en émeuvent. Parmi les solitaires, il en est de si tendrement aimés I La famille et ses liens viennent ressaisir sur l'autel des cœurs qui s'y étaient fixés, et ramènent l'agitation où Dieu avait mis le repos. Douce et triste punition de ce . retour vers le monde qu'aucun de nous ne voudrait condamner, mais qme la miséricorde divine voulut peut-être faire expier ici-bas à ces âmes pour lesquelles un autre monde ne devait avoir que du bonheur. — Ames tendres dont le besoin d'aimer fit. toute l'erreur, dont l'erreur ne fut que ^e la confiance, mais dont la confiance devint de l'obstination. — Croyaientelles réellement en Jansénius^? Elles, souffrirent pour ce nom ; mais elles ne croyaient qu'à leurs familles et en ï)ieu '. — Qui donc oserait leur dire anathème ? Ana-
thème à ceux qui les ont trompées, peut-être ; à elles, jamais.
Pour nous, avouons-le, nous ne pouvons songer sans
1 Cr. Racine, Hist. de P. A., p. ei.
3 Cf. Uffres de la M. Angélique, 1. 1, p. S18, 231, 2Sa, 292, 436,478; t II, p. 346, 366, 365, 435, 44i, 487, 517, 529, etc. Voir aussi ce qull 7 est dit des Jésuites, t. y, p. 233, 240, -309, 451, 603 ; t. ti, p. 10, 21, 33, 34, 342, 353, 365, 44i, 487, 664, 573, 575: t. m, p. 24, 39, 172, 198, 203, 435, 534» 543, ete.
' Voir lovi les intcrrogalonies dans CHUtoire de$ Penévutima.
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attendrisseinent à ces longues vies usées dans la prière et surtout dans la charité, qui hésitent à se soumettre aux puissants, mais point à servir les pauvres; où Ton refuse une signature, où Ton écrit des pages comme celle-ci : q Or^ Madame, afin qu'on suive en tout l'ift^ « tention charitable de Votre Majesté [c'est une rmm é^ R Pologne que du fond de son cloltt^, & cinq (!:ents lieues (( de distance, k mère Angtiique entretient de biénfAi-» « sauce et, on va le voir, des vaches qui nourrissent les « pauvres de son canton], je la supplie très humblement « de nous faire savoir si elle ^prouve la pensée que j'ai « que son aumône ne peut être mieux employée qu'au* (( pauvres de la campagne qui sont entièrement ruinés « [par les excès de la Frondjs], même les laboureurs qui « ne se relèveront jamais s'ils ne sont secourus. On a pourroit prêter à quelques-uns, pour un tems, une «somme qu'on donneroit après à d'autres pauvres, u quaind ils auroient moyen de la rendre. J'ai encore « une autre "pensée, qui seroit de faire acheter des va* a elles pour les donner à louag^e à nos pauvi'es gens ', et, a s'ils peuvent payer, on en donneroit le prix à d'autres, (( Une vache nourrit toute une famille à la campagne, « surtout les pauvres petits enfans, dont les mères mal (( nourries n'ont presque point dé lait; et quand ils ont a de la bouillie,' cela leur sauve la vie. » Rien n'avait pu sauver celle de deux enfants de la reine ^ et Angélique, continuant à parler des siens, ajoute : « Je ferai tout « mon possible pour soigner à leur conserver l'existence, « afin qu'il plaise à Dieu donner à Votre Majesté un enci faut qui vive ^ ! »>
t Lettrée de U M, Angélique, 1 1, f». 5SS; l. n, f. 98.
> fMd.> i. Il, fw 1 1^ lettre ccoctkxn, éa I • mai 1652. Sm* VadmfrtMe
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La mère Angélique a écrit trois volumes où respire la même charité, dans lès intervalles qu'ellemettait à ses bonnes œuvres. Et que n'ont pas fait sa mère et ses sœurs, et ses nièces et leurs deux cents compagnes ? — Rien de plus, sans doute, que ce que l)eaucoup d'autres ont pratiqué; Hen de plus que S. François de Sales et S. Vincent de Paul, leurs contemporains, qui, sans lire Jansénius, avaient lu comme .elles l'Évangile. — Et cependant noua concevons que Port-Aoyal jette son lustre, mèiQC sur la charité ; car on l'y exerçait du sein de la sou0rance, à travers les persécutions (provoquées ou non, qu'importe?), et l'on y consacrait toutes les ressources des cœurs les plus ardents, des génies les mieux doués, des plus admirables caractèreà se succédant à travers ces générations de femmes fortes qui dans la famille Amauld se nomment la mère Angélique, la mère Agnès, ou la mère. Angélique de Sainte-Jean. — En revanche la charité, pour compenser tant de sacrifices, enveloppait de son doux rayonnement ces affections domestiques qui n'eussent osé se dilater comme elles le firent, sinon à sa divine chaleur. — Et quels trésors de saint amour s'épandirent ainsi sur ceux qui souffraient, depuis les pauvres jusqu'à la famille. I La famille ( c'est elle surtout que nous étudions) y trouve le secret de son courage et de sa persévérance ; car jamais un lien plus sacré ne forma un faisceau plus uni que celui autour
charité d^AngéUque, voir BÊém* de Laneelot, t. n, p, SI 5. Tout ce que Racine, dans sa maufabe humeur panagère contre Port-Royal, a pa reprocher à la charité d'Angélique, c*c8t de faire lervir lor sa table aui Jansénistes du pain blanc et du vin, .tandis qu*elle ne donnait à leurs ennemis que du pain liis et du cidre. (Œuvrtê de Racine, U ti, p. St.) Voir la réplique de Dubois (iM.« p. 44)f et celle de Barbier d'Attcourt. (t'Mi, p. M.)
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duquel cette puissante et nombreuse famiUe serra par deux fois ses nœuds durant le cours du grasd àëcle.