CHAP. VI, SECT. II, ART. I
dant sa maladie fut longue''. Aussi, soit espérance d'une vie meilleure, soit dégoiit de celle-ci, lorsque le mal augmenta-ne laissant pTus d'espoir, et qu'une de ses compagnes lui dit en s' approchant d'elle : « Hélas! ma sœur, « c'est donc toujours de pis en pis; » elle la regarda en souriant^ et lui dit dans sa douceur : « Toujours de mieux « en mieux K »
Après sa m'ort^ du moins,' d'Andilly, dont les aflections avaient tant de fotfanterie, aurait pu, comme le lui demandait sa fille, cultiver l'ombre de l'amitié dont il avait négligé là réalité. Onlui offrait lous les matériaux d'un éloge dont on ne lui demandait guère que k rédaction, et cela avec une insistance touclismte; au nom de ses plus cbers souvenirs. Il esquissa rapidement cinq pages ^, où il parle beaucoup de lui-même ; et sa fille Angélique fut obligée d'en ajouter trente autres * pour suppléer au laconisme paternel sur une amitié désormais inutile. * "
La seule excuse de celui-ci, s'il pouvait être excusé, serait la passion tout absorbante avec laquelle alors il s'appliquait à l'éducation de ses petits-enfants. — Aussi avec quel soin Angélique ne l'entretient-ellQ pas de ses
^ De septembre à décembre i667. fLeclerc, V%e$ édif.^ U n, |l. 425 et 4350
ï md,, p. 429.
s La mère Angiêlique de Sfdot-Jean (Le Clerc, Vit$ idif,^ t u, p. 454) prétend que I^archevéque de Paris laissa expirer madame de Saint-Ange sans le secours des sacrements. Nous ne savons trop comment accorder cette assertion avec celle de Racine i • M. dé Saiote-Marlhe [ durant la
• persécution] sautoit par dessus les muT% pour aller porter la communion
• aux religiensesjnalades, et cela de Tavis de M. d^Aleth ; en sorte qu'il ■ rCen est pa» morte une sans sacremenSm b (Fragm, sur P* A., OEuv., t« M, p. 299.)
4 Leclerc, Vies édif.^ t, it, p» 400-405. » Ibid^, p. 406-455.
iki I£S REUGIBUS^ DE LA FAinLLfl A&NAULD.
chers pupilles : « Ce 29 juillet 1669. — Je viens, de me « tant réjoui^ ^n Holande de la venue du petit ambassa- « deur ^ qu'à peine auray-je le tenaps de vous en pouvoir (( aussy congratuler, ces enfans estant plus à vous en « quelque sorte qu'à ceux qui les mettent au monde, (( puisqu'ils recevront plus de vous s'ils profitent du soin « que vous prenez de les conserver dans une plus sainte (c vie qui est celle de la gr&ce, dont la perte est si facile (( quand on néglige leur éducation. Ils auroient besoin, « aussy bien que nous, que Dieu vouç conservast ence core longtemps* pour, leur rendre utile la peine que tt vous prenez présentement. J'espère qu'il le fera^ et je a l'eq supplia de tout mqp cqour; et vous aussy d'y collet tribuer, s'i^ vous plaist, e^ ménageant Vos forces et en ^ ne ymis attachant point trop à vostre travail ; car tous (i peux qui vous'voyent admirent l'activité et l'assiduité f( avec laquelle vous vqus y appliquez tout de mesmfi que (( vous' pouviez le faire il y a dix ans. » ^ Il é^iit une s^utre prière que dans son cœur la pauvre Angélique adressait à Dieu tout aussi fervente ; c'était celle de revotr son père. l^\e et Port^Royal se trouvaient nQn moins délaissés par l'exclusif vieillard qu'au temps de madame de Saint-Ange et de la persécution. Elle s'en plaint dans une lettre où elle évoque de la manière la plus touchante ceux des souvenirs du désert qui peuvent combattre avec le plus d'avantage les entralnenoents de Pomponne... « II est bien aisé de juger « si les années ne semblent pas fort longues quand il en « faut attendre I4 révolution toute entière pour avoir
1 Oiarles-Henri, depuis abbé de PoiDpoDQe« Voir tUm. éê Vûic^â. d€$ Imeript.^ t xxnif p. S54«
u rboDûeur et la satisfaction de vous voir. J'avoue que a ce qui est rare frappe plus les sens ; néantmoins, en « cette matière, rien n'est meilleur que ce qui est le plus « ordinaire. C'est pourquoy j'ay pitié de moy-mesme de « ce que je me sens si ravie d'espérer de vous voir bien- (( tost, estant une marque'que ce bonheur suit une longue <( privation. Et pleut à Dieii qu'il la dust finir! N'esies- « vous pas préparé à ne plus connoistre nostrei n^aison, n ou plustost une partie du jardin c^ni est devenu comme u un champ de bataille par 1^ carnage qui qnt fait les (( maçons. Il ne faut pas que cela vous surprenne, de « peur que vous n'en fussiez trop touehé. J'auroiis appréa hendé Tannée passée que vous eussiez veu ce renver- « sèment qui touchoit jusques à Lolotte ', quoyque ces ^ plants de son bon.papa ne luy'eussent rien cousté pour « mériter ses larmes. Pour cet fieurequeTon commence « ^ voir un beau bastijnent qui remplit ces ruines, cela « n'a pas quelque chose de si affreux, et pourvu, comme « je vous l'ây dit, que vous soyez préparé C(între la sur- « prise des sens en quelques endroits, vous aureï en « d'autres de quoy les satisfaire par la beauté des plants (( et la quantité de fruit que nous promet céstç année, « non obstant un hyver capable de tout faire mourir tant « il a esté extraordinaire I... iQmay lôyO,» -^Avec quelle habileté touchante se groupent devant les yeux du vieillard, tout entier à ses fils, à ses petits-enfants', aux vergers florissants et maintenant préférés de Pomponne, le souvenir de sa fille de sa petite-fillfe, et jusqu'à celui des arbres jadis familiers de,Port-RQyal, qu'il avait plantés
^ CharloUet Tape «les filles de M. de Pompouçe, plus t^rd religieuse professe de Afalnoue, dont il sera bientôt question.