‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 67 sur 88 · A& LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE AKNADLD · texte numérisé non relu

A& LES RELIGIEUSES DE LA FAMILLE AKNADLD

(le sa main, soignés, choyés, faits en quelque sorte de sa famille, et parmi lesquels une armée de maçons venait d'apporter des insultes et T inconnu I

ARTICLE U

Angélique de Saint-Jean et ses frères.

Cette habileté d'Angélique avait un double stimulant. Outrp son père, le séjour de Pomponne lui enlevait son frère, le doux et.bon Luzâncy; et les préoccupations de Tun allaient jusqu'à la priver des nouvelles de l'autre, dont la santé chancelante était parfois graveix^ent compromise. « Je ne sçay à qui je me dois plaindre, écrit « respectueusement. Angélique à l'oublieux d'Andilly, « mais je sçay bien-que ce n'est pas de vous que je le (( dois faire, de ce qu'on nous laisse dans la plus grande « peine du monde, sans nous ihander un mot de nion (( frère de X.ûzancy, depuis qu'on nous a appris sa ma- (c ladie. Le seul billet que nous ayons veu estoit dû 8^ et « nous voilà au 17 [juin 1669], sans avoir rien sceu dece puis, sinon qu'une femme qui revenoit de Pomponne, <c et qu'on a rencontrée, a dit qu'il avoit esté fort malade, ce et qu'il commençoit d'estre mieux. Je luy avoisescrit « lundy ou mardy, et je prîois que Saint-Omer ^ qui ne <( s'incomode pas d'escrire, prit au moins le soin de nous « faire sç^voîr la suitte de.cette tnaladie ; et tout cela n'a « rien produit. €ela mè fera haïr Pomponne. Car enfin « je suis assurée que nou^'auriohs aisément plus de com- « merce à Lyon et en Auvergne que nous n'en avons en

^ Secrétaire deM. d^Atidilly, liprès Mozac. Voir pins haut, 1. 1, p. 23 ; t* ii| p. 5^.

CHÂP. VI^ SECT. n, ART. H. 365

<( vostre païs. Le seul avantage que je trouve de ce que « vous n'estes pas à cent lienes, c'est qu'au moins on (( peust y envoyer exprès des gens quand il n'en vient (( point de lettres, comme nous sommes contraintes de le « faire encore cette nuit. Je vous supplie donc très hum- « blement de commander à Saint-Omer qu'il nous écrive « au vray Ce que c'est,et ce que c'a esté,que cette maladie; (( et qu'il ait soin, tant qu'elle durera, de nous en mander (( des nouvelles par tous les ordinaires. On aura soin « d'aller prendre les lettres chez M. Petit ^^ »

Et quelle joie lorsqu' après six mois de convalescence [6 février f670] Xuzancy vient lui-même ras-

sùrer le désert; et comme les prétextes se multiplient avec bonheur pour l'y retenir T « Nous aurions esté « partagées- de septimens dans nous-mesme^ si Dieu c( ne s'estoit rendu l'arbitre pour déterminer que mon . « frère demeureroit icy plus longtemps qu'il n'avoit « dessein quand il est venu ; car les neiges l'y ont « assiégé depuis deux jours, et il n'y auroit poîtit d'ap- « parence de le laisser aller par ce temps-là sans une « fort grande nécessité qui fait tout faire. Mais, Dieu « mercy, elle ne se rencontre pas présentement-; et d'un « autre costé, outre la satisfaction que nous avons de le « posséder un peu icy, c'est mesme qu'il nous y est fort (( utile pour prendre son avis sur beaucoup de choses de « Tiostre ménage et de nos .desseins d'accomodemens et « de bastimena où il s'entend -bien. Avec cela ma joye « est traversée de peur qu'il ne vous fas3e un peu faute, « et que vous soyez trop seul durant qu'il nous tient « compagnie. Quand les chemins seront un peu battus,

1 C'était un libraircf de* Paris qui avait la coufiance de d'AiidilIy et recevait ses correspondauccs.

IA6 LES REU6ISU8B9 DK LA FAMILLB AHNACLD.

(( il y aura moins de péril à aller ; mais présentement on

(( se peut perdre datis les neiges. «• »

Bientôt toutefois les neiges devaient fondre et rendre au cher captif sa liberté, qu'il maudissait de son côté, on l'a déjà vu ^ et dont il ne profitait qu'afin de mieux unir ses elTorts à ceux de sa soeur pour ramener leur père dans la solitude. Il Ty ramenait enfin {25 mai 1673]^; mais pour l'y voir mourir, et pour.se voir ensuite frappé de ce dertiier exil durant lequel expièrent Sacy,' Angélique et lui-même. — Afin de calmer les ennuis de cette nouvelle séparation, les lettres s'étaient multipliées entre Port- Royal et Pomponne; et Luzancy avait pieusement transcrit celles qu'adressait, à Sacy et à lui, sa sœur de prédilection » On ne saurait vàif sans un sourire attendri Y SLiicien Jiomtne de -ménage de Port-Royal traîner péniblement sa grosse écriture éôr^ée et lourde derrière la plume syelte et agile de i^a sœur, trébuchant tout essoufflé sur le sens et regagnant le temps perdu sur l'orthographe, sauf à semer ensuite sa copie d'assez de ratures pour hii donner les apparences' du premier jet que n'affecte jamais l'original ^.

Sous cas avaries de seconde main, il est facile cependant de retrouver dans sa pureté le texte primitif qui s'est perdu; et sans nous mettre trop en frais de restauration, nous pourrons prendre dans les deux extraits suivants une idée de la différence qui existait aux yeux d'Angélique entre ses deux frères, l'ambitieux et fortuné

* ^ Voir plus haut, t. ii, p. i20.

2 Voir plus haut, ibid,

S <i Si elle ^rivoit une Itttre, qoel qft'en pAt être le sujeT, die le fUsoit « avec une activité et une faciUlé étonnante, et en même teois avec tant <t d^etprit, que Ton ne peuToit se luser d^en admirer Tagréinent. » (êiém» de la 3/» Angélique, t. di, p. 551.)

Pomponne, et le ttiodeste Luzancy : o Qlie cette bonne <c mère de Saint-Optat [ces derniers mots sont une de ces (c périphrases pseudonymes que Jânsénius avait introdduites dans Fargot de Port-Royal; lis désignent te ff marquis de Pomponnë]^ que cette bonne mère de Saiiit- « Optât feroit bien mieux de prier Dieu que de se don- <( ner tant de soin de l'établissement de sa maison ! Toutes c( ses inquiétudes ne sçaiiroient faire un cheveu ny blanc tt ny noir. Quelle inutilité donc, et quel peu de fby de se ù tourmenter, après une deffenc^ si expresse que Jésus- « Christ nous fait dans l'Évangile. Personne n'y crolst « plus en vérité. Il ne faut que cette condiiitte intéressée te de tout lé monde pour nous .en coiîvaincre. Sy on &e « fioit à Dieu, il feroit des miracles. Mais on ne les attctend pas. — La scnur de la Court [^nouâ pensons qu'il « s'agit ici d'Angélique elle-même] ^ n'est point une rell- (( gieuse qui cherche les grilles. £lle se consolera que « la visite qu'on [sans doute Pomponne] luyvoulloit faire, 0 soit différée. Il ne faut point que des gens du monde « s'incomodent pour voir des religieuses^ h moins d'unne « véritable amitié qui les y portent, car ilz ne sont point « obligez de le faire par devoir. Oii hi à quittez de ces « cérémonies de civilité en quittant lé mondé et les « uzages du monde. — 4 juillet 1680. »

« [Autre lettre] à moy [Luzancy] Ite 16 juillet [1680]. « Dieu âyme ceux qui donnent gayement, et entre « amis on àyme ceux qui font librement et de bon cœur « ce qu'il;^ font. Je me repose sur vostre amitié qui sçaît

^ Œuv, du doet. Arnauld, t n, p. lAl» lettre du 6 mai 1682.

2 n n*y a jamais existé à Port-Royal de religieuse portant le nom de LacourL Voir tous les Nécrologes et la doublé liste qui se troiiTe & ht fin du x« volume de p. Çlémencet (HUU gén, de P. A.J. ;

3&8 LES REEJGDSUSES DE LA PAMIIXE ARNADLD.

« par elle-mesme ce que Ton sent dans ces occasions « d'éloîngnement, et qui fait pour les autres ce qu'elle « souhaitte qu'on fasse pour elle en de semj>lidl)les ren- « contres. [Nous pensons qu'il s'agit de donner à Angé- (c lique des nouvelles de Sacy, retiré à Pomponne depuis a un an ^] L'absence prolonge les maux; mais Dieu le « veut ainsi : Odoretur sacrificium ^ ; parfumons le sa- « crifice ! » — Jamais victime n'apporta plus de parfums sur l'autel. — Elle en avait recueilli de suaves ; }a Providence y en avait ajouté d'amers. C'était au. sein de la prière qu'était venu la chercher le oombat; elle avait été distraite de la charité par la persécution; la séparation brisait ses liens les plus chers, et lorsque la mort vînt les renouer pour 4ine autre vie, tout, dans celle-ci, semblait conspirer à relâcher ceux qui avaient si étroitement uni sa famille à Port-RayaL

ARTiaE m.

. Angélique de Saint-Jean et ses nièces.

En vain Pomponne, durant sa première faveur, avait fait deux parts de ses enfants ^, écartant ses fils de l'abbaye suspecte, mais y faisanl élever deux de ses filles, afin de ne pas nuire dans le monde à la fortune des uns, et, sans doute aussi, d'assurer celle des autres dans le cloître. Six mois avant la disgrâce de Pomponne, l'ordre de Louis XIV, qui arrachait de Tort-Royal Sacy et Luzancy, en chassait également pour âne seconde et der-

1 3/tffit. d^ Fontaine, U ir, p. 500.

2 Reg.f I, c XX?!, V. 19.

* Voir plus haut, t. iif p. Ii4f

CHAP. YI, SECT. 11» ART, m. M9

niëre foisles pensionnaires et les novices [17 mai 1670 ^j. Angélique perdait en mênie temps yn frère dans son directeur, deux auxiliaires dans ses frères, et dans ses nièces des élèves dociles et des héritières présomptives.

L'une de celles-ci, T aînée, Marie-Emmanuelle, fut languir et mourir dans la maison paternelle^. — La se* conde .était cette pauvre. Charlotte que nous venons de voir pleurer toute jeune enfant sur les outrages faits aux vergers de son bon papa. Que de larmes ne dut pas lui coûter son exill Elle avait alors près dequinze ans'. Sa jeune âme s'était prise d'ajDfection pour le cloître', et son esprit de sympathie pour les doctrines de Port-Royal. Mais ni elle ni sa tante ne pouvaient rien attendre de cette vocation mise en interdit par Louis Xiy, mise au secret par cette bonne dame de Saint-Optat<lont le cœur maternel était si vivement préoccupé de l'établissement de sa maison, et dont le courage tant soit peu féminin n'osait hasarder une visite dans les lieux où sa fille aspirait à vivre. — Lors même d'ailleurs que tout obstacle eût disparu, la tante était trop clairvoyantç pour ne s'être point assurée, en élevant les filles de Pomponne,, qu'il y avait peu de fond à faire sur cette génération.

Ses nièces sans doute n'eussent pas imploré comme une faveur l'oubli de Port-Royal, pi délaissé Jes plus saintes reliques de leur famille sans sépulture*; mais elles promettaient plutôt de pieuses compagnes à la douce

1 Mém. de la M. Angélique, t. m, p. 532 ; Mém. de Fontaine, t. ii, p. 499 ; Guilberf, Mém. e/iron., t. ii, p. 193 ; Besoigne, Uisi, de P. fl.,

t. II, p. 527.

2 Voir plus haut, t. ii, p. 217, n. 1.

^ Elle était née en 1665. (NouvelL ecclti., du 6 fiiars 1747, p. 40.) . & Voir plus haut, t. ii, p. 230 et 272.

iM LES RBLÎblECdfeS bE tk ^AMOXÏ ÀANAULD.

Thérèse qilfe de courageuses héritières des Agnès et des Atigélique. La santé périclitait dans l'une, et l'esprit dans l'autre. Charlotte, enfant opiniâtre et colère ^ était devenue dans les mains de son institutrice une jeune fille calmé et opiniâtre dont l'éducation poutait façonner, non suppléer, la nature, mais qui n'avait pas plus acquis les admirables qualités d'Angélique que l'abbé de Pomponne celles de sott instituteur le grand Arnauld. -^ Odoretur hôtriflciuml — Là Providence avait ménagé à la sainte Victime pour àbn heUre suprême cette dernière douleur, àflil d'en faire le parfum de son dernier sacriûce.

SECTION IIL

CItARLOTTB DE POltt^ONlII!, PKttTB-niXE b*ARNAULD D'ANDUXT.

CharlQtt€ sous Cimpiraticn dé ses tantes,

Charlotte iavait dix-neuf ans lorsque expirèrent du même coup Sacy, sa tante et Luzancy [1665-168A]. Elle en avait vingt et un lorsque s'éteignit sa sœur Emmanuelle [1686]. Ce spectacle de la mort continuîdt dans son esprit l'œuvre de Port^-Rôyal, jusque sous le toit de soi! père. En vain celui-ci, secondé dans l'exécution de ses desseins par Louis XIV, dont il secondait en cela les projets, avait choisi pour gendre^ le marquis de Holac-

1 Vdr plus haut, t ir, p. 239, a., la lettre tfn 29 septenilire 187t*

2 II L'aînée [de Félicité, depuis madame de Torcy], ayant été accordée il et promise en mariage par le roy et par M. sôd père à M. le nan|ab<lc « MdlacRoamadek, Ica pHa d*agréec .qu'elle lui préférast «n plus graiMl « époux, et se fit religieuse à Gif. » (Mêrckre faUOki de déoenM I^^Si

GHAP. n^ SBCT. m$ ART. I. SSI

Rosmadeck< — Le cœur de sa fille était au pieux asile dont on voulait l'éloigner. — Ne pouvarit s'y introduire malgré le roi, celle-ci parvint du moins à s'ouvrir un cloitre tout prochain de Port-Royal, celui de Gif, que son voisinage même lui avait fait jadis interdire comme pensionnaire^, mais où elle pénétra comme novice^ Delà sans doute elle espérait se glisser quelque jour dans l'asile qui hii était clos alors. Mais les volontés de Louis XIV étaient plus opiniâtres encore que celles des Arnauld. Port-Royal ne devait plus se rouvrir que deux fois, l'une pour se dépeupler [1709], l'autre sous le marteau des démolisseurs [1710-1712].

Un instant toutefois Charlotte avait pu croire son projet sur le point de se réaliser. L'ordre qui fermait le noviciat dans le cloître proscrit [1679] permettait de le rétablir pour l'époque où le nombre des religieuses se trouverait réduit à cinquante ^ Or en 1692 la mort avait ramené ce nombre au chiffre fatal. Celles qui survivaient de-

p« 70.) La généalogie de la famille de Roamadeck est trèsTautive dans La CliesDaye Desl)ois, {DicL de noblcêse, t. m, p. 330.) — Cr. M" de 1* Arsenal, Hist. Fr., n« 745, ^ Roêmàdee^ où Ton Yerra que le marquis de Rosmadêck, dont il est ici question, doit être Sébastien IV, de la branche ai née de Molac-*' Rosmadêck, gouverneur de liantes-, marié une première feU en 1681 et sans doute veuf lors du projet dont parle le Mercure,

i Le Mercure galant que nous venons- de citer ; Moreri, (v« Arnauld,) les Mém, de la M. Angélique, (t. i, généal., p. xvi); D. Glémencet, {Hist. de P. /!•, t. I, p. 305) ; Larrière, (Vie d^Amauld, t; i, p. 389,) imliquent une fille de Pomponne comme ayant été religieuse à (*if. Moreri donne à cette religieuse le prénom de Charlotte» qui paraît ignoré de D. Glémencet et de Besoigoe, [Hisf. de P. R,, U i, table généal., après la préface.) Enfin les NouvelL eecUs,, (6 mars 1747, p. 40) ; Guilbert, {Mém, cAron«, t. -vii^ p. 544) ; le NécroL de Cerveau, (t. ii, p. 127), ne parlent point du séjour de Charlotte à Gif, mais seulement de celui qu'elle fit à Malnoue et à Chelles.

3 Besoigtoe, Mi$t de P. R., U u, p, 525; Guilbert, Mém. cAron., t ii. p. 230.

s Mém, de la M. Angélique, U ttr, p. 582.

Page 1