‹ La véritésur les Arnauld, complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 68 sur 88 · S52 LES REUGIEDSES DE LA FAMILLE ARNAULD · texte numérisé non relu

S52 LES REUGIEDSES DE LA FAMILLE ARNAULD

maûdèreût à rouvrir le noviciat. On leur répondit par un subterfuge équivalent à un refusa Aussi à dater de 1693 nous ne trouvons plus aucune trace du séjour de Charlotte à Gif 2. Elle n'y prit point l'habit. Ce fut à Malnoue qu'elle le reçut ^. Malnoue, situé entre Gif et Pomponne, l'éloignait de Port-Royal, mais la rapprochait des siens sans l'enlever à Dieu. ^ *

ARTICLE n.

Charlotte sous l'inspiration de son père.

La jeune professa eût été mieux inspirée toutefois par le souvenir des morts que par les conseils des vivants de sa faniijle. — Son père d'abord semble avoir pris la direction de son avenir. — C'était lui sans doute qui l'avait attirée à Malnoue. A la tête de cette abbaye se trouvait la sœur * de cette princesse du sang, mademoiselle de Vertus, qui avait été l'un des principaux appuis du Jansénisme ^ et qui à sa mort [23 novembre 1692' voulut que 3es dépouilles fussent réparties entre Port- Royal et Malnoue ^. L'abbesse, non moins janséniste, mais

^ Guilbert, Mém, ckron»^ t. m, p. 136 ; Besofgne, H\»t, de P. R., L ii, p. 592.

2 Le Mercure galant de décembre 1893 désigne Gif comme étant ù cette époque son séjour; la lettre du' 11 octobre 1697 que nous allons dler place ce séjour à Malnoue. — Charlotte se trouvait à Gif sous la direction de Tabbesse Marie de Bethune Donral, cousine-germaine de celte Constance de Harville que le marquis Simon-Nicolas dé Pomponne épousa en 1694* (Cf. GalL christ,^ X, vu» cok 60n, et La ChesAaye Desbois.)

s Marie-Claire de Bretagne de Vertus. (GûU, chriêt,, t. vu» ool. 594.)

* Guilbert, Mém. chron», t. vu, p. 544. — Gf. le Recueil in-12, p. 536.

5 A/em. de Fontaine, t. i, p. 272, 296, 385, 491. —M»« de Vertus fut U seule étrangère que le pouvoir tolérO^ à Port-Royal après 1679. (Besoigne, Hiit. de P. «., t. II, p. 534. — Cf. t. iip, p. 131.) •

<> Guilbert, Além» chvan,, L m, p. 142.

CHAP. VI^ $ECT. m, ART. 0. 353

plus prudente que sa sœur, savait ménager la cour ^ Pomponne ne pouvait remettre sa fille en de meilleures mains ; car, nous le savons, madame de Saint-Optat se préoccupait de l'établissement de sa maison ; et, de sa fille, le secrétaire d'état voulait faire une abbesse. Gela du moins semble résulter deâ lettres suivantes, qui lui sont adressées et qu'il a conservées précieusement au nombre de ses papiers :

« Monsieur, la seule veue de Dieu me faisant jetter les « yeux sur madame vojstre fille religieuse de Malnoue H pour ma coadjutrice, avant de luy marquer ma petisée, «je m'adresse premièrement à vous, et vous suplie très « humblement, Monsieur, de m'acorder vostrje consente- « ment. Regardant cette entreprise comme l'ouvrage de « Dieu, j'espère que le roy qui a depuis peu accordé une « coadjutrice à madame l'abesse de Malnoue ^, ne me « refusera pas cette grâce. Come je -ne recherche point « ta chair et le sang, je n'emploie persone que le Père a Athanase de Mesgrigny, mon frèr&, capucin, qui vous « rendra la présente, et vous expliquera toutes les parte ticularités que vous souhaiterés. Je remets le tout à « la divine Providence, et suis avec respect..;.. Sœur de « Mesgrigny, abbesse ^. A Charenton en -Bourbonois, « 11 octobre 1697. »

Pomponne souhaita de connaître toutes les particularités dont ne l'instruisait pas cette bonne abbesse, qui

1 Guilbert, Mévu chron., t. ti, p. 284-

a CeUe coadjulrice étoit llarie-Claude-Margueiite de Rosmadeck, issue de la branche cadeUe de celle famille, dite de Goulaine, (GalU christ,, t. vu,

col. 595.) s Madame de Mesgrigny était ellemême.xe1îgieuse professe de Malnoue.

(GaU, ckrisU, U ih col. 178.)

554 * LES RBUGIBCSE^ D^ Ik F^imXK ^BNAULD.

avait laissé ce soin à son frère, sana doute afin de prouver qu'elle ne recherchait pas la chair et le wng, (je frère écri* vit au ministre : « Monseigneur, pour vqus donner une parte faite coQoissance de Tabbaie dont j'en Fboneur de vous « parler hier au soir, j'en ay fait cette nuict une descripi( tion très sincère que je prends la liberté de vous adres- « ser, en vous avertissant^ Monseigneur, gue trois per- « sones pensent fortement à la di'tte abbaye, l'^ M- le fc comte de Cbarlus^ lieutenant de roy de Bourbonois, « qui a deux filles du mêpae'ordre, maia jeunes; l'aisuée f( d^uis peu est nommée prieure perpétuèle des Béné- « dictines de Provins. 2'' L'abbé de La Chaise? qui a le (( prieuré de Souvigny, à six lieues de Charenton, et a (c madame sa tante ou* sa seur % à six lieues, abbesse de » Saint-Menou; et a une autre seur bénédictine, fort « jeune qu'il souhaiteroit y placer, i^ M.- le comte de « Briohanteau^, cousin et tuteur du jeune marquis de « Nangis, . pour madame sa seur religieuse bénédictine c( à Provins ^ — Cette dernière me paroist la meilleure « des trois; mais je préférerois de beaucoup Um deux n que j'ay eu l'honeur de vous proposer hier. Je vous « suplie très humblement. Monseigneur, quand vous mu- (( ré$ leur sentiment, de m' honorer d'un mot de response (( adressée à nostre couvent de Saint-Honoré à Paris où

1 Gharlet-Antoine de Leria, comU de Charlos, mort le S2 avril 1719. (But, génial, du P. Anselme^ t. lY, p. 85.)

2 II était Gis du marqub de La Chaise d'Aix et nevea da célèbre P. La Chaise. (Journal de Verdun, mars 1709, p. |29.}

s Elle D'était que sa cousine-germaine. (Cf. GalL ekriit,^ t. ii, coL 180, et Journal de Verdun^ mars 1700, p. 225, et juillet 1709, p. 78.)

4 François de Brichanteau, seigneur de Gnrcy. (HUt, généaL dm A iliiielmet ^ ^h P* 900.)

B Anne de Brichanieaii« Elle mourut simple leUgieiue de Provins en 1780* (IHéU)

« je ^e retourne point, all^t de ce pfia travamer ^ p|i|- (( sieurs missions dans le diocëze de Troyes où nos pèf^s « me feront tenir vos lettres. J'offriray mes prières ^ Pieu « pour vostre conservation et seray tQujours avec un très. « proffond respect.... Frère Atbanase de Mesgrigny, ç^- (( pucip indigne. 17 octobre 1797. »

A sa lettre le P. Atbanase joint, comme il le prpT^et^ un mémoire dét^tiUé snr T abbaye de Gl)^fenton. H en évalue les revenus et les charges, et dresse longuement Tétat du temporel. Quant au spirituel, il se contente d'affirmer que les religieuses ne disent pas l^atines le soir plus tard qu'à huit heures, ni Primes le matin i^vapt sept heures, et qu'elles chantent la grande messe sei|lement les dimanches et fêtes ^* C'était sur des mémoires seipblables ^. que jadis l'avocat Aptoine, ce terrible antagoniste du relâchement jésuitique, avait conclu la vocation 4^ ses deux filles Angélique et Agnès .avant de les investir des abbayes de Port-Royal et de Saûnt-Cyr. — Pomponne avait également, d'après la lettre du P. Athapase, à pourvoir deux vocations dans sa famille, l^'af)besse de Gharenton nous a fait connaître l'une. Nous pensons que nos papiers révèlent l'autre. On y trouve cette lettre d'une secoqde prétendante à la coadjutore^ie :

« Monseigneur, je prendray la liberté de me servir « des mesmes termes avec lesquels vous m'avez autrece fois fait l'honneur de m'escrire, quefay tant de raisons « de prendre part à ce que le roy fait pour vous, que tt vous ne doutés point du tout de mes sentiments. C'est « cependant un devoir, Monseigneur, duquel je me se-

^ Ce mémoire ajouterait une page asseï utile à la notice que le GaUta chruUt t II, p. 174, consacre & Tabbaye de Cbareatoiv î Guilbcrt, Wm, cArcm., pwUp i"i 1. 1, p, ^53, ?7$, etc.

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