‹ La vermine du monde, roman de l'espionnage allemandChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DAVID STAMM OU LA LIRERTÉ DE LA PRESSE (Février 1914)

Il tombait sur l'avenue du Bois une petite neige blanche fondante, à forme de giboulée. David Stamm, des Stamm de Francfort, qui guettait par la fenêtre, vit Jérôme Pestion descendre d'auto. Le journaliste officieux avait une magnifique pelisse, d'où émergeait une tète faussement volontaire, osseuse ici et charnue là, agrémentée d'une barbe poivre et sel.

— Voilà cependant un rongeur de son pays — songea Stamm qui ne manquait pas d'humour. — Ah c'est une sale affaire que la défaite. Nous devons, nous autres Allemands, à tout prix, l'éviter à l'Allemagne.

Le domestique bavarois annonça : « Monsieur Pestion. »

— Ça va, vieux, sale temps, hein, vieux? — fit Stamm, qui affectait le style parisien.

— Mon cher — répliqua Pestion d'une voix lourde et comme velue, où perçait l'accent de la Garonne — j'ai failli ne pas venir. Ce matin, en me ré veillant, j'avais un commencement d$ grippe. Il faisait hier soir du verglas, j'ai du rentrer du cercle à pied... » Puis, avec un regard froid et beaucoup d'aplomb : « J'ai pris une culotte de dix mille sur parole. Parmi mes nombreux amis, je ne vois guère que vous d'assez calé pour pouvoir me prêter cela. »

Stamm fit une moue judéo-boche, pinçant les lèvres en fond de bourse et ratatinant les traits de sa figure autour de ce soudain petit portemonnaie. Pestion ne perdait pas de temps.

— Diable, vous allez fort, cher vieil homme. Je suis un peu gêné moi-même. Cinq mille ne vous suffirait pas, ce matin?

— Si cinq mille me suffisaient, David, je vous aurais demandé cinq mille. N'abusez pas de la situation, gênante pour moi, et faites le nécessaire, je vous en prie.

Ce singulier mélange de prière et de menace agit sur Stamm. Sans plus insister, il prit un chèque, le remplit, le data, le signa et le tendit à son camarade. Cela équivalait à une promesse en bonne et due forme de ne plus se refuser à rien. Aussi Stamm, allumant une cigarette, <!<'■clara-t-il cyniquement : « Nous allons commencer par le plus dur, par Doriu, pour finir par le plus facile, Athanase Lévy. »

Jules Doriu était le directeur d'un quotidien à un sou, le Sang- froid, et passait pour un patriote. Athanase Lévy était le directeur d'un journal à

deux sous, le Vercingétorix, et avait une réputation de mercanti solidement établie. Le Sang- ! et le Vercingétorix étaient lus par Les conservateurs français, public ricin rande

réaction et aisément dupe. C'était sur eux qu'Hasewald et Stiicklein désiraient agir tout d'abord. La presse dite de gauche et d'extrême-gauche ne viendrait qu'après. En auto et tandis que l'on roulait dans une boue froide, Stamm et Pestion réglaient en commun leurs dernières mesures.

— Que voulons-nous donc obtenir — disait Stamm. — L'introduction immédiate des valeurs d'Etat allemandes à la cote de la Bourse de Paris. Ensuite, mais ensuite seulement, une campagne non moins immédiate, dont vous vous chargerez, mon très cher, représentant à bon droit l'Allemagne comme animée d'un sincère désir de la paix. Selon vous, Doriu a plus de vanité que de cupidité. Lévy plus de cupidité que de vanité. C'est bien cela?

— C'est cela même. Il vaut mieux que vous apparaissiez à Doriu comme le porte-parole des grands intérêts allemands, comme le représentant politico-financier du rapprochement franco-allemand, et à Lévy comme un homme du monde, jouissant de la confiance de l'Empereur.

— Et vous, alors, quel emploi tenez-vous?

— Aplanisseur de difficultés. Je verrai, je sonderai, je bousculerai ceux dont dépend l'admission à la cote. Je leur représenterai les immenses avantages qui en résulteront pour les deux pays, la détente certaine de mis rapports. Enfin, je rédigerai, sous votre contrôle, et d'après vos indi-

cations et celles de Hasewald, les conversations des grands industriels, commerçants, journalistes, politiques allemands destinées à rassurer l'opinion française.

— Nous sommes en février. Il faut commencer cela dès les premiers jours de mars. A la même date, ou dans le délai d'un mois, il faut avoir l'admission à la cote. Hasewald va presser Broutard, lequel agira sur ses amis.

Cette hâte intriguait Pestion. Elle n'était pas dans les habitudes des Allemands, qui, pour l'ordinaire, sont gagne-petits. Il voulut en avoir le cœur net.

— Dites-donc, hein, Stamm, pas de blague. La cour de Berlin n'est pas devenue belliqueuse?... Je ne tiens pas à être embarqué, pour vos beaux yeux, dans une affaire qui finirait en coupe-gorge. Je préférerais vous rendre votre chèque. Ma peau vaut plus de dix mille francs.

— Qu'est-ce qui vous prend? Les relations diplomatiques sont bien meilleures qu'elles n'étaient il y a même un an. On revient tout doucement à l'état de 1904, avant l'alerte de Tanger. Supposez-vous par hasard que je veuille jouer un mauvais tour à un ami !

Pestion savait, par ses relations, que l'optimisme de Stamm était excessif, mais son instinct assez peureux et son intérêt bien compris le poussaient simultanément à nier la possibilité de la guerre. Aussi avait-il pris des actions dans un certain nombre d'affaires allemandes en France, qui, d'ailleurs, marchaient à merveille. Il aimait les femmes, le jeu, le luxe, et ses appointements

ne représentaient pas le dixième de ses dépenses. C'était \o type de l'homme mou, intelligent, trop pratique, sans scrupules, pris peu à peu dans les engrenages et qui tourne au cynisme par néces- Bité. Une moyenne re'putation d'escrimeur et de tireur au pistolet, des camaraderies habilement disséminées lui avait permis, jusque-là. d'éviter tout scandale. On n'en était encore, sur son compte, qu'à la phase des chuchottements, laquelle peut être de longue durée. C'est ce qu'on appelle, en argot de Bourse, la position de demicrédit.

Jules Doriu habitait, à Vincennes, une petite villa moisie et proprette. Il reçut ses visiteurs dans une véranda, que chauffait à l'excès un poêle à anthracite. Il était grand et maigre et se tenait debout, les mains croisées derrière le dos, ses immenses jambes légèrement écartées, de sorte qu'on apercevait, par le compas, le jardinet que contractait l'hiver. Sur ses pieds, vastes comme des refuges, tombait largement un pantalon de drap uni noir. Le visage était sommairement dessiné en quelques traits, tenait du sergent de ville et du portier de palace. Doriu parlait en bredouillant, avalant la moitié des mots. Lui seul comptait à ses propres yeux, et il affirmait l'inexistence d'autrui en quelques monosyllabes péremptoires, tels que « xiste pas » pour « ça n'existe pas » ou « p' d'importance, p' d'intrêt » pour « pas d'importance, pas d'intérêt ». De temps en temps, il tirait de sa profonde un mouchoir de la taille d'un petit drap et jetait bruyamment une bombe nasale. U affectait des manières brusques

et pressées, tirées de la chasse et de Fart militaire. Aux murs étaient suspendus divers trophées, tètes de sangliers et pattes de cerf. Sur une table, un bronze offert par une société de tir au pistolet. Ce colosse était à la fois infatué et timide.

Pestion lui avait représenté Stamm comme l'arbitre incontesté de l'industrie allemande et comme un admirateur des articles en patagon que pondait Doriu dans son journal. De sorte que l'accueil fut cordial. Stamm commença par encenser grossièrement le directeur du Sang-froid, « la seule feuille ayant la notion des grands intérêts du monde civilisé, supérieurs aux querelles de boutique, la seule qui eut compris la nécessité du rapprochement franco-allemand, par dessus la question de l' Alsace-Lorraine ». Il parla des remarquables assurances données par Guillaume II à Filacier et à Jaudrion lors de leur visite à Berlin. Il en arriva ainsi à Hasewald et à la question, grave entre Loutes, de l'admission des valeurs d'Etat, berlinoises et autres, à la cote de Paris.

Pendant ce discours, Doriu se rengorgeait, puis, penchant sa tête en avant, le front plissé, semblait méditer profondément. Il voyait où Stamm voulait en venir. Il savait que Pestion était au service de Stamm. Il n'ignorait pas les dangers de l'opération proposée, au cas où une rupture se produirait eDtre la France et l'Allemagne. Mais, d'autre part, il aspirait à jouer un grand rôle de patriote supérieur aux mesquineries du patriotisme, qui, par une mesure radicale, assure à son

[a tranquillité [tour cinquante ans. Connaisjanl son insondable fatuité, les amis de Broutard 'avaient habilement circonvenu, malgré sa posiiiiu de libéral, lui représentant le Clan des Ya et ia politique pro-allemande comme l'opération de l'avenir, faisant luire à sa convoitise la perspective d'un portefeuille. L'ambassadeur d'Aliéné, prévenu, avait multiplié les amabilités, ;iassé au Sang-Froid quelques importants tuyaux liplomaliques, sollicité en plusieurs circonstances, notamment après Agadir, l'avis précieux lu sage Doriu. La Gazette de Francfort et celle le Cologne l'avaient cité en exemple de bon Français, dépouillé de chauvinisme. De sorte que, Stamm ayant aciievé son boniment, Doriu, comme un homme qui pèse un monde, demeura un instant silencieux, puis répondit, en escamotant les syllabes : « Très int'ressant. Déduction r'marjuab'e. Ai p'faitement suivi. Mais c'est d'iicat, dlicat. La moindre faus.se manœuvre peut tout comp'mettre. Qui rédigerait l's articles? »

— Moi, fit peu modestement Pestion. — Il se reprit : « C'est-à-dire que j'en fournirai la matière, d'après les indications de Stamm et de Hasewald et que vous les mettrez au point. » Déjà Doriu, vexé, fronçait les sourcils : « Non, non, pas d' ça. J' demande à juger par moi-même de c' que j' peux dire et n' peux pas dire. C'est trop d'ii.'at. Comprenez-vous? »

Stamm comprenait à merveille. 11 exprima, en quelques mots brefs, que la surveillance de Pestion n'était nullement indispensable, pas plus que son intermédiaire. Il remettrait directement les

canevas un peu techniques à Doriu, lui laissant toute initiative pour présenter les choses à sa façon. Il se démangerait chaque semaine et Doriu n'aurait pas à se déranger. Comme le dévouement de Doriu à la chose publique et son désintéressement étaient notoires, il ne serait évidemment question d'aucune rémunération d'une campagne aussi utile aux Français qu'aux Allemands. Mais il semblait naturel que la publicité, fort avantageuse, des grandes compagnies de navigation allemandes, telles que le Norddeatscher Lloyd et la Hamburg Amerika, fût acquise d'ores et déjà au Sang-Froid. Il n'y avait là rien qui pût alarmer la susceptibilité la plus ombrageuse.

Tout en parlant, Stamm se demandait : « Diraije un chiffre ou n'en dirai-je pas? » En fait il avait ordre de proposer quinze mille francs par mois pour ladite publicité et de monter, s'il le fallait, jusqu'à vingt mille. Mais Doriu ne lui tendit pas la perche, et Pestion, vexé de la pauvreté du rôle à lui réservé, demeurait immobile et silencieux.

Doriu avait compris que Stamm tenait énormément à cette campagne. Il était retenu par la crainte d'une complication soudaine de la politique européenne, qui le mettrait en mauvaise posture. Comme lisant dans cette pensée à la fois vaniteuse et enfantine, Stamm lâcha sa dernière carte : « Voulez-vous, mon cher directeur, pour lever tous vos si respectables scrupules, qu'il soit entendu entre nous deux ceci : dans l'hypothèse où un événement imprévu tendrait les rapports franco-allemands, le Sang-Froid aurait toute li-

cence de réclamer avec énergie la radiation des valeurs allemandes à la cote de Paris. Cette convention mel du côte dos intérêts français et de la paix, en cas d'alerte, un très sérieux gage de plus. Elle est parfaitement conforme à ce qu'on sait de votre caractère et de votre ardent amour de la France.

— Sans doute, sans doute », répétait Doriu, cherchant le piège, qu'il n'aperçut pas. Car il était fort loin de croire l'Allemagne décidée à la guerre. Finalement, un semblant de pacte, plus négatif que positif, fut conclu. Le Sang -Froid n'attaquerait pas de face la question épineuse, mais, dans une forme dont Doriu restait seul juge, il pousserait insidieusement au rapprochement financier des deux puissants voisins et, par là même, à la stabilité de leurs relations. Il ne ferait en aucune circonstance, sauf celle d'imminence de guerre, aucun obstacle à une campagne politique dans ce sens. Stamm avait immédiatement tlairé le point faible de Doriu, qui était de chercher à se distinguer des autres journalistes patriotes, et son aversion pour l'Angleterre et la politique de l'Entente. Il joua, non sans adresse, de ces deux cordes. Au bout d'une heure de conversation superflue, représentant la sauce d'un poisson à demi cuit et mal vidé, les trois hommes se séparèrent assez indécis.

— Comment dites-vous en français... os de boudin... hein, c'est cela? demanda Stamm à Pestion, tandis qu'à nouveau l'automobile les emportait chez Athanase Lévy, rue Tronchet.

Jérôme n'était pas fâché d'un semblant de four,

dans une manœuvre à laquelle il n'avait point participé. Il leva évasivement ses petits bras courts.

— Vous ne voulez tout de môme pas que des Français acceptent tout de go de porter de l'eau au moulin allemand. C'est une proposition qui exige du doigté.

— Vous trouvez que j'en manque?

— Mon Dieu oui; vous êtes, malgré tout, demeuré un peu boche, — répliqua Pestion, plus libre maintenant qu'il avait son chèque dans sa poche.

— Un peu boche, un peu boche, — répétait Stamm en riant. — Mais en quoi ça consiste-t-il?

— C'est indéfinissable. Vous avez l'air de supposer que votre interlocuteur est plus bête que vous. Doriu vous comprenait très bien. Il est bête. Il peut être vil à l'occasion. Mais ce n'est pas un traître. Je rougissais pour lui en vous écoutant.

— Puisqu'il en est ainsi, c'est vous qui vous chargez d'Athanase Lévy. J'ai presque envie de rester dans la voiture.

— Ah par exemple non ! Je veux bien tenir le crachoir, mais il faut votre illustre présence pour m'appuyer, moi chétif, et donner du poids à mes paroles, du pèze à mes propositions.

— Ça veut dire la calette, le pèze?

Pestion ne répondit pas. Il tambourinait la

vitre d'un doigt nerveux. Cette affaire de valeurs allemandes l'emplissait de mauvais pressentiments :

— Encore une fois, Stamm, sur votre honneur, vous croyez à la prolongation de la paix, vous

n'entrevoyez aucune nouvelle alerte de guerre d'ici longtemps ?

— Je ne nie pas la possibilité d'autres alertes de guerre, — répliqua l'Allemand impatienté. — La guerre est une chose, l'alerte de guerre en est une autre. Il se peut que notre Empereur, notre Chancelier cherchent noise à votre Gouvernement, alin d'attraper encore quelque territoire ou quelque facilité commerciale. Mais je suis convaincu, profondément convaincu, qu'au dernier moment Bellone sera enchaînée. Que tiable chercherions-nous de plus avantageux, pour l'Empire, que l'état de choses actuel où, sans coup férir, nous nous agrandissons. Allez, rassurezvous, cher garçon. Tant que la marine de guerre allemande ne sera pas à la marine de guerre anglaise dans la proportion de sept à cinq, l'Europe demeurera tranquille sous notre hégémonie imparfaite. Ensuite... je ne sais pas.

Devisant ainsi, les deux compères arrivèrent chez Athanase Lévy, rue Tronchet. Ce directeur habitait en face des bureaux de son journal. Il n'avait que la rue à traverser pour surprendre ses collaborateurs. Beaucoup plus fin que Doriu, bien que tous les deux ans environ il commit une gaffe épouvantable qui lui valait huit coups •le pied au derrière, Athanase, comme on l'appelait familièrement, était ostentatoire, ténébreux et comique. Toute sa vie il avait exploité l'insondable naïveté des gens du monde et mené une opposition de tout repos, dans un journal ouvert aux pires transactions politiques. 11 était fourbe, capable à l'occasion d'un coup de traître, peu ran-

cimier, snob comme la lune, peureux et, dans les intervalles, sans méchanceté, serviable au besoin. Sa réjouissante sottise, apparente dans ses zigzags perpétuels, ne l'empêchait pas à l'occasion de trouver une formule grandiloquente, qu'il répétait pendant un mois à satiété.

Au physique, c'était un vieux petit juif, gras, blême, chauve, à favoris, couronné d'une touffe de poils de nuque et même dorsaux, relevés soigneusement chaque matin par son coiffeur, habillé à la dernière mode, muni du nez courbe de sa race, qu'il grattait sans trêve en parlant. Par ses dehors, il appartenait à Guignol, par son tréfonds à Hogarth. La bienséance et l'intérêt l'avaient conduit à se convertir.

Quand Stamm et Pestion pénétrèrent chez ce directeur chic, il était aux mains de son valet de chambre, qui l'aspergeait solennellement d'une eau de toilette. D'une voix de bois et de caoutchouc durci, mate, lourde, inénarrable, il s'écria: « Messieurs, charmé de vous voir. Asseyez-vous, je vous en prie. Qui a-t-il pour votre service, mes chers confrères ? »

Jérôme Pestion commença son boniment. Dès les premiers mots, Athanase Lévy l'interrompit du geste, se tamponna la nuque d'une serviette, expédia son valet, puis baissant les paupières sur ses yeux blancs, pochés de lard : « Je vous arrête. Je considérerais comme une félonie tout appui donné au projet d'introduction des valeurs d'État allemandes à la cote de Paris. Vous oubliez que j'ai vu 70 et que je saigne encore du traité de Francfort. »

Pestion ne se démonta point : « C'est précisément parce qu'il y a lieu de reviser ce traité si onéreux, dans un sens conforme à nos intérêts nationaux, que je me permets d'insister, mon cher I monsieur Lévy. À tout prix — vous serez, je | pense, de mon avis — il nous faut sortir de la zone d'indécision et de méfiance réciproque où stagnent les grands intérêts industriels et commerciaux, de ce côté du Rhin et de l'autre. Or, M. Stamm vous certifiera que le meilleur, l'unique moyen d'en sortir, c'est la collaboration franche, ouverte — je ne dis pas encore l'association, qui serait prématurée — c'est l'abaissement des barrages financiers. L'empereur Guillaume II vous tend la main, monsieur Lévy. Allez-vous lui refuser la main ?

— Sa Majesté — répliqua gravement le juif — nous a fait trop de mal pour que je dise du bien d'elle, trop de bien pour que je dise du mal d'elle. Nous dormions. L'affaire d'Agadir nous a réveillés.

— C'était hier, Agadir. Songeons à demain, mon cher directeur. Le monde marche et nous marchons avec lui. Si nous boudons l'Allemagne elle nous boudera. Si elle nous boude, tant pis pour l'honneur de l'Europe et le progrès. Pourquoi ne dissiperions-nous pas loyalement le malentendu ?

Ces mots de progrès, d'honneur, de loyauté, menue nonnaie des conversations et propositions louches, mettaient Athanase Lévy en état de cabotinage, de représentation. Il se leva, et tel un diplomate au congrès de Vienne ou de Berlin, plaça

pathétiquement un doigt sur ses lèvres charnues: « Chut, mon cher confrère. Plus une parole ! Je vous ai compris. Dans la mesure de la prudence et de l'intérêt national, le concours do Yercingétorix vous est acquis. »

Ici Stamm, intervenant, gâta tout. Désir d'enlever rapidement l'aiïaire, il renouvela I assurance qu'il avait donnée à Doriu, sur la rupture possible du pacte en cas de tension des rapports diplomatiques et sur l'acceptation d'une campagne de sens contraire immédiate. Plus roué que ce zozo de Doriu, Athanase Lévy, lui, vit le piège : un aussi subit et radical changement d'altitude serait le plus criant des aveux. Il prit aussitôt une mine glacée : « Laissez-moi, messieurs et chers confrères, réfléchir. Laissez-moi consulter mon administrateur, les principaux commanditaires de mon journal et mes amis. »

Ces commanditaires n'existaient pas, car le Vercingêtorix lui appartenait. Pestion en étouffait de rage. Il aurait battu ce crétin de Stamm. Il voyait, ainsi que dans les sonnets en zinc de Heredia, comme une mer immense où fuyaient des pièces d'or. En vain essaya-t-il Ao rassurer Athanase Lévy et de susciter sa cupidité en lui rapportant le mot de l'Empereur à Jaudrion et Filacier, en lui représentant les nombreux avantages promis aux lanceurs d'une telle opération financi Le juif, effrayé, demeura inébranlable. Il entendait déjà les huées de la foule. Epouvanté par ces visions sauvages, il se grattait le nez désespérément.

A ce moment un petit chien noir, de l'espèce

des bassets, entra, ei courant à Stamra comme & un urinoir, trempa le bas de son pantalon. Alhan.isr s'excusa. On rit. L'entretien sur les ch i: mblait difficile à renouer.

— Décidément — soupira Pestion en sortant — vous êtes un fichu diplomate, mon pauvre ami! l'u ratage complet après un demi-ratage, c'esl beaucoup pour une matinée.

— Que va dire Hasewald ? — murmurait Stamm déconfit — lui qui m'a tant recommandé

udenec et à qui je dois rendre compte. Pestion tressaillit : « Hasewald... j'aurais du me douter qu'il était le centre de cette eombinaison. Eh bien, j'ai pitié de votre ennui. Voulezvous que je vous accompagne et que je prenne tout sur mon dos ?

— Si je veux, parbleu oui ! Vous me sauvez la vie.

— C'est beaucoup dire. Mettons votre réputation d'intermédiaire habile. Seulement un service en vaut un autre, cher David. Je vous demande de doubler le chèque.

Cinq minutes après ce tour de Scapin, on débarquait chez Hasewald, boulevard Haussmann.

— Monsieur est occupé — répondit le larbin avec insolence. — 11 recevra ces messieurs dans une petite demi-heure.

Les salons et leurs tableaux hongrois avaient repris un air de solitude hargneuse. Sur les tables traînaient, comme chez le dentiste, des journaux illustres, parmi lesquels Jugend et le Simplicissimus, chers aux esthètes de la Germanie. Stamm s'extasia : « Nos artistes font tout de même de

jolies choses. Que dites-vous de ce dessin ? » C'était un coq français, crête et furieux, grattant le sol de son ergot, avec cette légende en allemand : « Plus on le ilatte et plus il se hérisse. »

— Très gentil — répondit Pestion distraitement. — Stamm le dégoûtait pour de bon. L'idée qu'il allait lui devoir vingt mille francs achevait de le lui rendre antipathique, et Jérôme songeait : « Si je parvenais à mettre la main sur une de ses sales manigances et à le faire expulser, il ne serait plus question de remboursement. Mais il est bailleur de fonds du Boulevard, donc bien en cour, ce sera rude. » En attendant cette heure bénie, il remit le chèque sur le tapis, ou plus exactement sur la table de faux Riesener, qui décorait le salon de Hasewald, trempa une plume dans l'encrier monumental et la tendit à sa victime. Stamm, beau joueur, doubla le chiffre sans la moindre grimace.

Il était temps, Henri Hasewald descendait, accompagnant un Boche d'aspect rogue, aux yeux sans cils, et von Pflugk. Dès qu'il les aperçut, Stamm s'écria : « Tiens, Bullin, ah par exemple, quelle heureuse rencontre! »

Le frère du maître de la marine de commerce allemande et directeur général de la Hamhurg Amerika semblait plutôt désagréablement surpris. Quant à von Pflugk, ingambe jusque-là, il se mit à boiter instantanément. Ces messieurs se méfiaient un peu de Stamm, considéré comme un sauteur, et beaucoup de son compagnon. Hasewald lui-môme parut un peu gôné : « Je suis à vous, je suis à vous, » dit-il vivement, en entrai-

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nant Ballin ot Pflugk. Arrivé au vestibule du premier otage, il les regarda dans les yeux : « Les papiers que je viens de vous confier ne peuvent être remis qu'en mains propres. Il serait môme prudent que vous fissiez le voyage ensemble, l'un veillant, pendant que l'autre dormirait.

— Fiez-vous à nous, murmura Ballin en allemand.

— Oui, fiez-vous à nous, répéta von Pflugk.

— Messieurs, montez dans mon cabinet ». Hasewald, revenu à Stamm et à Pestion, les précédait à grandes enjambées. Quand ils furent seuls : « Eh bien, quel est le résultat de vos ambassates ?

— Chou blanc, et la faute en est à moi, — déclara Pestion. — J'ai attaqué sans préambule deux hommes sans doute avertis et qui se tenaient sur leurs gardes. Du côté de Doriu, il y a une

i vague promesse de ne rien contrecarrer. Mais Athanase Lévy nous a carrément éconduits. C'est à n'y rien comprendre. »

Hasewald se tourna sévèrement vers Stamm : « Et vous, n'avez-vous pu rien rattraper? C'est très contrariant. Ce n'est pas avec le Boulevard que nous pouvons lancer, dans le véritable public bourgeois parisien, une affaire aussi importante que l'admission de nos valeurs à la cote. »

Car Hasewald, méiiant, s'imaginait que Stamm avait fait exprès de rater le Sang-Froid et le Yercingétorix, afin de réserver au seul Boulevard, qu'il commanditait, toute la publicité des compagnies allemandes. Stamm, qui comprit, eut froid dans le dos. Ce soupçon pouvait lui coûter la

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subvention de la Banque Patriotique. Pestiou vint alors à la rescousse. « Monsieur Hasewald, la responsabilité de notre échec n'est pas imputable à David Stamm. Il a fait son possible pour me repêcher. Mais j'ajoute que moi-même je m suis pas le seul coupable. Nous disposions d'un délai trop bref pour une manœuvre de cette taille... Il nous aurait fallu six mois au minimum, là où on nous demandait d'agir en un mois. 11 y a dans la politique française un courant pour le rapprochement franco-allemand, sans doute. Mais le courant contraire existe toujours et je ne vous apprendrai pas qu'il compte, à la Chambre el Sénat, et dans les grands journaux de Paris el de province, des représentants très influents. Si vous mettiez la main à la pâte, vous en seriez persuadé. Beaucoup prétendent que l'Allemagne, en dépit de ses assurances, prépare secrètement la guerre européenne. Gela rend malaisée la tâche de Broutard et de nos amis. Il nous faudrait, ceci entre nous, quelque point d'appui plus solide qu'un propos de l'Empereur à Filacier et à Jaudrion. Je vous parle franchement, parce que vous êtes homme à comprendre et faire comprendre la situation réelle à qui de droit. » David Stamm, fasciné par cette éloquence, faisait oui de la tête. Hasewald, au lieu de se fâcher, réfléchissait. Il connaissait la vénalité de Pestion. Si celui-là faisait de telles réflexions, que pouvait-on augurer des réserves des autres! Aucun doute, les projets impériaux avaient com mencé à transpirer. Il n'y avait plus maintenant qu'à gagner les Français de vitesse, si l'on ne

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voulut courir le risque d'une mise en défense sérieuse de Paris, c'est-à-dire d'un désastre allcmand. En une minute, ce grand capitaine de finances avait jugé la situation. Il enleva son lorgpaon, en essuya soigneusement les verres, et répliqua : « Mon bon Chérôme, et vous, David — il usait du prénom dans les grandes circonstances — il faut agir en tout avec méthode et vous avez manqué de méthode. De quoi s'agissait-il? De conquérir la Presse de Paris à l'idée de l'introduction des valeurs d'Etat allemandes à la cote. Bien. Vous preniez une feuille de papier et vous deviez faire un plan de vos travaux d'approche. Quelque chose comme ceci : série d'articles de discussion, très libéraux et même patriotiques, examinant froidement la situation internationale et financière. Considérations sur le rendement de premier ordre de nos valeurs d'Etat — Pestion, au passage, remarqua ce nos — graissage de jambes — Hasewald voulait dire « de pattes » — des directeurs de journaux, pour les cupides, et frottement dans le dos pour les vaniteux. Pourboires discrets dans l'entourage. Au lieu de cela, vous vous êtes lancés à l'aveuglette. Il n'est pas étonnant que vous n'ayez pas réussi du premier coup et que ce soit à refaire. »

Ici, courte réflexion, puis le banquier eut un geste de dépit : « Malheureusement, le temps nous manque. Nous sommes pressés par les circonstances.

— On croirait, à vous entendre — lit Pestion goguenard — que l'Etat allemand est au bord de la faillite.

— Je ne souhaite une telle éventualité poui personne, répliqua gravement Hasewald. Le joui où l'Etat allemand envisagerait la banqueroute, il serait tenté de recourir, comme suprême rezurce, au moyen militaire. »

Ici Stamm, jugeant l'allusion trop précise eli dangereuse, même devant un Pestion, fit une moue d'incrédulité. Hasewald compris et les deua Allemands s'entendirent par dessus la tête dt leur créature même véreuse. Le directeur de la Banque Patriotique éclata d'un rire sinistre :i « Vous avez raison, Stamm, de ne pas prendre cette allusion au tragique. Vous, Pestion, répondez à ceux qui prétendent que l'Allemagne a de mauvais desseins, répondez que Henri Hasewald, qui est bien renseigné et qui tient à sa peau, joue à la hausse et reste à Paris. Or, si jamais- les Allemands arrivaient ici en armes et m'y trouvaient, mon compte serait bon. Ils me confisqueraient mes biens et me jetteraient dans quelque basse fosse, comme coupable d'avoir préféré financièrement ma seconde patrie à la première. Du haut en bas, mon cher, et plus que jamais, je me sens Vrançais. »

Cette déclaration intempestive sonnait faux. Au contraire, les scrupules de Henri Hasewald, quant à la France, avaient, depuis quelques jours, disparu. Il n'en demeurait plus trace. Son urne d'Allemand, réveillée par les confidences de son frère Daniel et par la promesse d'une grande curée, envisageait comme légitime et louable l'hypocrisie de la dernière heure. Il fallait que la France ignorante fut précipitée aux abîmes, sans

voir repris connaissance. C'était à cela que deail servir l'armée ténébreuse des naturalisés. ,eur complicité était la principale condition du accès. Le perroquet à l'armure d'acier, qui serait de blason aux Hascwald, avait le devoir de iavarder sur tout, en gardant le secret sur l'esentiel. Il y avait une délectation morose dans ce ôle, où le financier se trouvait à la fois masqué t omnipotent.

Pestion était de moins en moins rassuré, à meure que Stamm et Ilasewald multipliaient les ssurances. Il aimait bien l'argent allemand, mais l n'envisageait pas sans terreur la période de ransition qui mènerait, par étapes, la France aincue à un assujettissement tel que celui de Alsace-Lorraine. Personne, là dedans, n'aurait es aises, et les camarades allemands de la veille, ils que Stamm et Hospenthal, se transformèrent en donneurs de schlague. Finies les continssions fructueuses ! Le bâton remplacerait les ourboires. Ces appréhensions de larbin étaient, our Pestion, un état d'esprit tout nouveau et qui îi donnait des distractions.

Il fut entendu que les démarches seraient rerises, dès le lendemain, auprès de deux autres irecteurs de journaux parisiens. Il fallait reoncer momentanément à la collaboration effecve du Sang-Froid et du Vercingétorix.

— Ouf! — ht Stamm sortant de chez Haseald, — le bougre est trapu en finances mais il 'est guère récréatif.

— C'est un dominateur, confirma Pestion. Zut our les dominateurs ! Dites donc, cher garçon,

je meurs de faim. Nos échecs de la matinée ne nous brouilleront tout de même pas avec une entrecôte aux pommes.

— À nous la bompance. Allons au grill rooni de l'Astoria. Il y a là un chef épatant.

En cet endroit à la mode, et fréquenté par Lee Boches huppés, Hospenthal dit Lel'ranc, dit Zubgonciant, était attablé en face d'un savant allemand de type classique, embroussaillé de cheveux blancs, avec un nez épaté et des yeux ronds. La juxtaposition de ces deux types, le sémite el le tudesque, rappelait les incomparables caricatures de Caran d'Ache.

— Qui est-ce? — demanda Pestion à sor compagnon.

— Doctor Klauss, du sanatorium de Sénart Un type remarquable, qui ne rate jamais ur neurasthénique.

— Vous voulez dire qu'il les met tous au tom beau.

— Je veux dire qu'il met leur argent dans s( caisse. C'est un marchand de soupe comme il n'j en a pas.

Zubgonciaut, se levant, serra les mains de; nouveaux venus et fit les présentations. Le docteur Klauss mâchait au milieu des salamalecs e exécutait des révérences de cour, que son gros abdomen carré rendait comiques. Pestion, e rieur à la nation allemande, l'intriguait, guettait sous ses lunettes.

A une table voisine vinrent s'installer Deut><h land, patron de palace à Paris et à Monaco, Hun gerthum, patron de palace à Marseille, Jellinecl

t Mercedes, et un haut fonctionnaire français, ►nfit en respect pour ses riclies amphytrions. Un mi plus loin, Justinius Masme, fabricant de prolits chimiques, le roi de l'iode, régalait sa pète famille, une femme à tète tic kanguroo boxeur, ibillée en persane de jour, une petite fille telle l'une sarigue, et un garçon pale et godronné imnie un ris de veau. Plus loin encore apparent le député Valgevial, à la voix de cuivre, >seph Ochs, boule de poil, d'où sortaient deux >ux noirs de bourreau d'Orient, l'ancien mistre Stéphane, grand, ridé et triste, et un petit îôme hébreu hongrois, à gros crâne, nommé ^scheider, naturalisé sous le nom de Béchard,

dirigeant la revue Jouvence. Le timbre retendant de Valgevial se mêlait aux rauques acnts des mâcheurs de paille. Un convive étalait

Gazette de Francfort, un autre la Nette freie -esse. Pestion ne put s'empêcher de faire cette marque : « Sommes-nous ici à Vienne, à Ber- 1, à Francfort ou à Paris ?

— Gosmopolis », répliqua Stamm.

Il avait des prétentions à la gourmandise au-

at qu'au parisianisme. Il appela Louis, le maître

hôtel.

Louis accourut. C'était un Bavarois de deux

êtres de haut, mal grimé en Suisse, et qui avait

ie mine arrogante de sous-officier de lanciers.

salua Stamm presque militairement.

— Louis, je veux faire un bon déjeuner. Quel t le plat du jour que vous me recommandez inci paiement?

— Il y a dé goulache. Il y a dé sautés de veau

à la Bayeldi. A moins que vous ne brévériez 1< gigot à l'anglaise.

Stamm se tourna vers Pestion affamé, qui m;i nifesta son manque de préférence. Hospentha cria de sa table : « Le goulache, le goulache prenez-en, il est parfait.

— Ya, ya, barfait », fit le docteur Klauss. I continuait à mâcher tout en buvant, ce qui ren dait son verre semblable à un petit marécage. Oi entendait le creux de Valgeviai : « Le dégarni? sèment tactique d'une frontière n'est pas positi vement un obstacle à la défense nationale... Puis : « Je dis qu'en temps de paix une pareill attitude serait une offense grave à l'Allemagne masquant mal des desseins perfides, inconciliable avec la franche direction mentale d'un gran peuple. »

— Fui, fui, fui, fui », répétait Bescheider, di Béchard, avec des inflexions progressivement ad miratives.

Stéphane, en signe d'assentiment, mettait 1 main dessus sa bouche et y déposait un rot dis cret. Les déjeuneurs prêtaient l'oreille. Un coupl entra, composé d'une femme de théâtre, blondt assez gracieuse, et de Frischauer, plus velu, plu hideux que jamais. Il avait l'air d'un singe e chaleur, qui vient d'enlever une nymphe légère ment fardée. Il exprima à Stamm et à Pestion so regret de ne pas les avoir vus depuis longtemps

— Je ne suis pas de son avis, dit Stamm à dem voix, quand Frischauer se fut écarté ; il m'es très antipathique. C'est un mouchard.

— Un mouchard de poche », répartit Pestior

Hospenthal, disposant sa main poilue en cornet, ipça dans la direction de Stamm : « Je devine, e devine, je suis de votre avis... » — « Ya, ya », •éprit le docteur Klauss.

— Tout de même, songeait Pestion, en ta tant liscretement sa poche, c'est une petite matinée le vingt mille francs. Je m'embête, mais ce soir e me rattraperai avec Finette.

Finette Livora, de son vrai nom Jeanne Lavoir, itait une danseuse très connue, très courue, très olie, qui lui accordait d'importantes privautés, en •change de notes aux courriers des théâtres. Elle lisait de lui « il fait ma presse ». Elle ajoutait

c'est un type étonnamment à la coule. Quand m niiché sérieux n'en peut plus, il s'adresse à éïôme et Jérôme le tire de là. » De sorte que es |M'til(>s camarades l'appelaient « la môme à 'ire de-là. »

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