‹ La verrerie antiqueChapitre 11 sur 145 · MM. Augnsuis W. Franks et Maskclyne · texte numérisé non relu

MM. Augnsuis W. Franks et Maskclyne

L'EGYPTE ,3 En général, le verre translucide de provenance égyptienne est d'une couleur verte plus ou moins foncée, parce qu'on ne savait pas affiner suffisamment les matières vitrescibles. Nul doute, cependant, qu'on n'en ait produit de grandes quantités, car les auteurs arabes encore, en citant ce genre de verre à la teinte olivâtre, l'appellent verre Je Pharaon '. Sur un des bas-reliefs peints du grand hypogée de Thèbcs et même sur ceux de l'Ancien-Empire, on a remarqué des vases transparents qui paraissaient contenir du vin rouge'. Il faudrait vérifier le fait. Mais le grand bassin en verre blanc qui se voit, avec le panier qui le renfermait, à la Salle Civile du Louvre, vient également d'une tombe thébaine. Le Musée Britannique possède plusieurs flacons de forme conique, trouvés dans la nécropole de Memphis et que l'on attribue à la XXVIe dynastie (sai'te) !.

Une industrie qui avait pris un tel essor le long des rives du Nil , ne pouvait manquer de s'acclimater dans les contrées limitrophes. L'Ethiopie, la nation la plus voisine de cette source de précoce civilisation, en était comme fertilisée; pendant des siècles, elle faisait partie intégrante du territoire égyptien ; son histoire et ses monuments attestent les rapports les plus intimes entre les deux pays. II est vrai que le géographe grec dont nous avons déjà cité un passage4, ferait plutôt conclure à l'absence de manufactures verrières au-delà des Cataractes. En énumérant les marchandises importées qui y trouvaient le meilleur débit, il mentionne les « pierres vitreuses » et les vases murrhins fabriqués à Diospolis, l'ancienne Thèbes. Mais Hérodote avait des renseignements plus précis; il avait entendu parler de sarcophages de verre fondus par les Ethiopiens. > Après la momification, dit-il5, on enduit le corps d'une couche » de plâtre sur laquelle les peintres appliquent leurs couleurs, en reproduisant le « plus fidèlement possible les traits du mort ; puis on enferme le tout dans une stèle de

• verre creuse. Ce verre se prête volontiers au travail, et c'est en grandes quantités ■> qu'on le tire du sol ».

Les commentateurs d'Hérodote sont unanimes à réduire la valeur de son témoignage; d'après eux, il s'agirait ici du verre fossile, c'est-à-dire du sel gemme si abondant en Ethiopie. Mais s'il peut y avoir doute au sujet d'une phrase prise isolément et comme au dépourvu , d'autres écrivains sont plus explicites 6 < Après avoir embaumé les corps , nous raconte Diodore de Sicile », les Ethiopiens « coulent à l'entour une épaisse couche de verre, puis les placent sur une stèle de « façon à ce que le passant puisse les apercevoir à travers ce cercueil » transparent. D'après Ctésias de Cnide , on commence par momifier le défunt

• mais on n'a garde de fondre le verre autour du corps nu , de peur de le brûler

1. Clémcnt-Mullet, Essai sur la minéralogie 4. Geograplii greeei minores. 1. 1, 261 (édit.Didot). arabe, p. 100. 5. L. III, 24 : xspiîoràm ffri^v éï UXw tomit^ïïjv

2. Description de l'Egypte, t. II, pl. XLVII. uilup. jj ii c,, ïoïïj, u) ,s,p,i; tetmm,

3. Ch. Harrison, pl. CCLXXXV. Birch, Guide, 6. Comparez aussi Strabon , p. <k,H,éd. Diiol n. 475o-53. 7. L. II,i5.

i4 VERRERIE ANTIQUE

« et de le défigurer au point de lui faire perdre toute trace de ressemblance. On « fabrique donc une image d'or creuse, dans laquelle on enferme le cadavre : c'est « cette statue que l'on abrite derrière une couche de verre fondu et que l'on place « ensuite dans le tombeau. La feuille d'or se voit à travers la glaçure. Cependant, « ce mode de sépulture ne s'emploie que pour les riches ; ceux qui jouissent d'une « fortune moindre sont enveloppés dans une feuille d'argent ; les pauvres se servent de o la terre de poterie. Au reste, il y a du verre pour tout le inonde, car le pays en = produit beaucoup (Ywvfioôai), et rien n'est plus commun chez les indigènes ■.

Ces dernières lignes semblent se rapporter également au sel gemme ; maïs pour les interpréter dans le sens de l'auteur , il ne faut pas perdre de vue les expressions dont il s'est servi précédemment. Ni !c verbe fondre (icept^euetv), ni l'idée d'une matière incandescente pouvant consumer les corps ne s'accordent avec le verre fossile 1 . D'un autre côté , Hérodote aussi bien que Ctésias dit que la substance en question se tirait comme d'une mine ou d'une carrière'. 11 est donc difficile de choisir entre ces deux assertions incompatibles , car aucun sarcophage en pâte de verre n'a encore été retrouvé. Pour conclure , je voudrais insister sur un point trop oublié. Les anciens croyaient que, pour fabriquer du verre, il fallait une qualité de sable toute spéciale. On aura rencontré, au-delà des Cataractes, de ces sablières vitreuses, comme on les appelait alors, et c'est l'exploitation de ces gisements que les écrivains grecs comparaient au travail des mines. Voilà un moyen de tout concilier. 11 lui manque, pour être inattaquable, un appui plus solide , cette sanction que les nécropoles , encore inexplorées , de l'Ethiopie peuvent seules lui donner. Mais jusque là , il nous servira de pierre d'attente.

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