Benjamin de Tudèle, t. I
5. Layard NiniVCh and Babylon, p. 5o3. 593. 597. — Ch. Harrison, Photograplis , pl. 592-5g3. Je n'ai pu examiner de près ces verres déposés au Musée Britannique. Un fragment de fiole, en verre verdàtre excessivement épais (n* 1 330). m'a
cependant paru d'une antiquité plus considérable, 6,l,ayard,NiniveItandits remains, t. U^ï.Nimveh and Babylon [ Londres, r853), p. 197.— Pfister, p. 3g. — Harrison, Photograplts , pl. i$h. 5<>i ». — Ce verre inappréciable avait disparu à Bombay lors du déballage des antiquités trouvées par M. Layard, et ce fut par le plus providentiel des hasards qu'une dame anglaise le reconnut, quelque temps après, entre les mains d'un pasteur du Devonshire. Archceol. Zeilung 1848, p. 33o; iS49,p. 71.
L'ASSYRIE , qu'apparente, et les faits matériels sur lesquels je me suis appuyé jusqu'ici reçoivent, de cette exception même, une nouvelle et éclatante confirmation.
Le vase de Sargon est, après celui de Thoutmès III, le plus ancien verre portant une date chronologique certaine. C'est le prototype des flacons à onguent dont nous avons de si nombreux spécimens en albâtre (alabastra) , de fabrique égyptienne «phénicienne. Très lourd de forme et, par conséquent, d'un style fort archaïque, il ressemble à une bourse; ses parois sont d'une grande épaisseur, et deux appendices crtrrés en simulent les oreillettes. Le procédé technique qu'on a employé pour sa fabrication est non moins primitif, car ce n'est pas au moyen du soufflage qu'il a été façonné; l'ouvrier a pris un morceau de verre refroidi, puis à l'aide du tour il en a arrondi la panse et creusé l'intérieur, exactement comme s'il travaillait l'albâtre. Pour le mettre à sa véritable place, il faut se rappeler que les Phéniciens ont été les premiers a produire un verre blanc de cette pureté de ton. Or, le roi Sargon avait passé plusieurs années de son règne a combattre ce peuple puissant et les nations voisines. Ce fut lui qui anéantit le royaume de Samarie , infligea une défaite au roi de Gaza et .mit le siège devant Tyr. Ne serait-on pas en droit de se demander si ce verre unique et que tout nous défend d'attribuer à une fabrique assyrienne, ne vient pas plutôt des côtes de la Méditerranée? 11 aura fait partie du butin pris sur l'ennemi ou figuré parmi les présents que les Phéniciens soumis offrirent à leur vainqueur. Dans les Fastes de Sargon1, on lit le passage suivant : . Les sept rois de l'île de Chypre avaient appris mes exploits en Chaldée ■ et en Syrie et ma renommée, qui s'était étendue jusqu'au milieu de la mer. Ils
• fléchirent leur orgueil et s'humilièrent spontanément en se présentant tous «ensemble devant moi à Babylone, apportant des métaux, de l'or, do l'argent,
• des vases, du bois d'ébène et les fabrications de leur pays .. Devant un témoignage aussi formel , mon hypothèse gagne en probabilité et le verre du Musée de Londres , phénicien de style et de matière , cesse de contredire des faits avérés d'autre part. Nous connaissons plusieurs vases semblables, en albâtre, qui portent, à côté d'un cartouche égyptien, un nom de roi en légende cunéiforme. II n'en faut pas davantage pour prouver que les Assyriens faisaient des emprunts aux peuples étrangers. On n'oubliera pas d'ailleurs qu'il ne saurait être question ici d'une argumentation rigoureuse. L'avenir seul décidera jusqu'à quel point ma thèse est fondée. Si à la suite de découvertes inespérées, nos successeurs réussissent à combler les lacunes que j'ai signalées et à retrouver les vestiges de cette époque de transition qui m'échappe encore, cette thèse n'aura plus de raison d'être.
L'empire de Babylone s'écroula l'an j)8 avant J.-C, pour faire place à la monarchie
i. Publics et traduits par MM. Oppert et Menant (Paris, [863),p. G.
perse. En ce qui concerne la verrerie, nous sommes moins renseignés sur cette époque nouvelle que sur l'autre. Un seul auteur ancien, Aristophane, donne une indication à ce sujet, bien vague, il est vrai, mais qu'on ne doit pas négliger lorsqu'il s'agit de mettre toutes pierres en œuvre pour reconstruire l'édifice des premières civilisations. Dans ses Acharniens ' , le poète introduit les ambassadeurs d'Athènes qui, aux débuts de la guerre du Péloponèse, avaient été envoyés à la cour du Grand Roi, pour conclure avec lui un traité d'alliance. De retour dans leur patrie, ils font le récit de ce qu'ils ont vu, de l'accueil hospitalier qu'ils ont trouvé partout, et notamment au palais d'Ecbatane. Puis ils ajoutent cette phrase : <c Nous buvions dans des vases de verre et dans des coupes d'or ». Eh bien! quelque insignifiant que paraisse ce passage, il nous apprend qu'à la lin du cinquième siècle, les rois de Perse avaient de la vaisselle de verre, estimée à l'égal des matières précieuses. Le vers d'Aristophane n'aurait d'autre mérite que celui de marquer une date, qu'il serait déjà d'une portée considérable.