Heraclïus, /. c. : Super marmoreni Terri
LES VERRIERS 3g
au creuset comme s'il allait fondre du plomb. Chose étrange ! ce n'est pas là une simple licence poétique, car il parait en effet que, dans certains pays, on ne faisait que soumettre le verre brut à une nouvelle fonte. En Bactriane, par exemple, on achetait la pâte vitreuse ainsi préparée', et au moyen âge encore, les Franks fabriquaient leur vitraux colorés en refondant les dés de mosaïque et les llacons de verre de couleur qu'ils trouvaient dans les décombres des maisons romaines. Quoi qu'il en soit, voici la traduction des vers de Mésomède1 :
L'ouvrier apporta la pjtc vitreuse
Il jeta une scorie dans le feu,
Comme s*i! se fût agi Jc fondre une barre de 1er,
Brûlé par les flammes voraces,
Le verre son il du creuset
En coulant comme de la cire.
Quel merveilleux spectacle pour les mortels,
Que de voir cette traînée liquide s'échapper du brasier,
lit l'ouvrier qui tremblait
Qu'en débordant elle ne fût perdue.
Mais il en prit une partie
Entre les deux, bords de ses lèvres'
Le reste manque, et je crois que la perte est assez supportable.
Nous n'avons à nous occuper ici ni des oxydes colorants, ni des travaux artistiques qui suivaient le soufflage ou le coulage du verre. Ces détails trouveront leur place dans d'autres chapitres. Passons tout de suite à la dernière phase que le verre doit parcourir avant de sortir de la manufacture : l'opération du recuit. A coup sûr, les anciens qui possédaient une si profonde connaissance des qualités et des défauts de la vitrification , n'ont pu négliger ce complément indispensable.
Pour obvier à la trop grande fragilité de leurs produits et les prémunir contre les changements de température, les verriers sont obligés de les placer dans des fours de recuisson et de leur faire subir un refroidissement graduel. 11 est vrai que les auteurs classiques ne parlent guère de ce procédé; mais on rencontre souvent des flacons antiques tordus ou déformés, parce qu'ils n'avaient point acquis une dureté suffisante avant d'être exposés au feu du recuit \ Toutes les grandes collections en ont des spécimens. Quant aux imperfections de la fonte , telles que les bulles et les stries, on cherchait à les éviter en mettant un soin extrême à préparer les pâtes. Il est bien rare , en effet , de rencontrer dans nos musées un verre antique strié ou défiguré par des boursouffl tires. J'en connais peu d'exemples, entre autres une patere venant de file de Chypre et dont une moitié est d'un blanc transparent, tandis que l'autre a conservé une teinte violacée qui ressemble à une tache 6.
1. Périple Je la Mer Rouge, ch. 41J : ïaXee. ip-^ {Geogr. grxcï minores, t. I, 2g3).