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LES VERRES OPAQ.UES MULTICOLORES

l'orifice et Les vases

Comme toutes les branches de l'art antique, la Verrerie a parcouru trois grandes périodes : celles de la croissance, de la maturité et du déclin. Ces périodes n'ont pas de limites précises. Les deux premières se joignent et se confondent dans la fabrication des verres opaques multicolores

Avant de compter sur ses propres forces, l'art verrier copie les vases d albâtre ou en terre de poterie. De petits flacons à panse cylindrique et à large rebord, munis d'oreillettes (pl. I, i) ou plus simplement de deux appendices non perforés : voilà ce qu'il sait produire à ses débuts. Il y a déjà progrès quand les oreillettes sont remplacées par des anses (pl. I, 2. 4-6), ou que la surface du tube est ornée de petites côtes en saillie qui n'ont pas nécessité l'emploi d'un moule. En même temps nous voyons l'épaisseur du flacon diminuer vers la panse se terminer en pointe comme le corps d'une abeille (pl. I, j). pomiformes à deux ou à trois anses (pl. II, 11. 12); les amphorisques

1. Voir Thicrseh, Veber die Vasa murrina der Allen, pl. 1. — Alvino, Tavole del Real Museo Borbom'co,p\. 18. — Stnckclberg, Orœèer der Hfllenen, pl. 55. — Abeken, Mitlelitalien, p. 2Ô7-Û8. 273. 398- 99. — Museo Gregori\vio,t. II, pl. 104. — Prisse

d'Avcnnes, Monuments ég}-ptiens, pl. 49, m.— Franks , Keusington Muséum, p. 3 79 et suiv. — Harrison, Photographs , pl. 284. 785. — Slade, p. 4; pl. coloriées I et II, n° 10-40,— Deville, p. S; pl. 2.

à panse lisse ou cannelée (pl. II, 7 et la vignette p. 57); les culogies, c'est-à-dire ces petites gourdes lenticulaires, d'invention égyptienne, que l'on portait suspendues à un cordon, viennent successivement augmenter la série et en doubler l'importance. En général, ces vaisseaux n'ont pas de pied; pour les poser debout, on se servait de supports en or battu '.

Je ne puis prétendre a énumérer les variantes, car, malgré leur primitive simplicité, les vases dont il s'agit ne se ressemblent pas toujours. Il me suffit de citer les types les plus fréquents pour en faire ressortir le caractère et en déterminer l'origine.

Une seconde famille de verres opaques est celle où l'artiste ne se borne plus à continuer la tradition, où un élément nouveau vient tout transformer et tout poétiser : la beauté. Cette classe ne comprend qu'un nombre de formes assez restreint. L'ccnochoé y est en première ligne; son galbe, jusque-là trop sévère et presque disgracieux (pl. II, 9), s'épure peu à peu pour arriver à ce que l'art grec a produit de plus séduisant (vignette p. 44). Le cratère (pl. II, 10) et le lécythe n'ont même pas besoin de se rajeunir ; ils appartiennent par droit de naissance à la famille des belles créations de l'antiquité.

Quelques mots seulement sur les dimensions de ces vases. Les plus grands que j'ai vus ne dépassent pas une hauteur moyenne. Par contre, on en connaît beaucoup d'une exiguïté de proportions surprenantes (pl. V, 25); ces derniers n'ont pu se prêter à aucun usage de la vie domestique et rentrent dans la catégorie des bijoux 2.

Le système décoratif des vases opaques porte le cachet d'une originalité qui les isole absolument au milieu de la verrerie ancienne. Si, dès aujourd'hui, il était possible d'en suivre la filière chronologique ou de rattacher ces ornements, souvent bizarres, à leurs modèles, nous serions maîtres du terrain, car la forme et le décor d'un objet tiennent lieu d'une date pour ceux qui savent la déchin'rer. En laissant les exceptions de côté , je distingue dans cette série trois genres de dessins : les dentelures et les cercles géométriques, la feuille de fougère (tzt^.ç), les mailles d'un panier. Les cercles forment le décor le plus ancien des poteries peintes d'origine sémitique. Quant à la fougère (pl. I, 2. II, 9), elle est caractérisée par ses nervures latérales , disposées comme les barbes d'une plume (œ&Oa âvT,Tt)iu- [/iva tbî 7ir£pu£). Le tissu ressemblant à une corbeille (pl. I, 1. j) s'explique par ce procédé particulier à l'Egypte et qui consistait à envelopper les verres les plus fragiles dans un réseau de tiges de papyrus3, ou à les placer dans un panier qui en épousait étroitement les contours 4. Les Égyptiens , avec leur génie inventif

1. Minutoli, p. G (pl.III, 2.3). Monaco, Musée de Naples, p. 1 3 1 .-Slade, p. 4. —Catalogue Campana, n" 276. 278. — Les Grecs les appelaient àXiUi-.yMpii. O.Jahn,['ascH der Pinakothek \u MUiiehm, p. XCV.

2. Les cylindres et les grains de collier en pâte opaque multicolore se comptent par milliers. Le South-

Kensïngton Muséum (coll. Wcbb) possède même une fibule de ce genre.

3. Willtinson, Manners andCustom$,i, III, 107. — Devillc, p. 76 (pl. 92, b).

4. Champollion, Notice du Musée Charles X (Paris, 1827), p. 95.

VERRES OPAQUES MULTICOLORES 3g et non inaccessible à la grâce, ont ainsi crée un motif d'ornementation qui est devenu le thème favori des verriers. Et ce détail, ne marquc-t-il pas une date ? car c'est le propre des artistes primitifs de copier la réalité.

Je ne crois pas que le treillis et la fougère aient jamais été employés simultanément sur le même objet. Les deux motifs s'excluent d'ailleurs; mais presque toujours ils recouvrent la surface entière du vase, et rarement une ligne plus simple, en cercle ou en spirale , vient s'y ajouter. Cette façon de remplir le champ jusqu'à son complet épuisement est un des défauts de l'art archaïque qui incline à l'abondance et à la superfétation avant d'élever son goût et de limiter ses forces.

La majorité des verres opaques est décorée de dentelures et de cercles géométriques. Disposées en faisceaux et se serrant de près, ces lignes permettent déjà un certain rhythme de composition, où la variété ne manque pas. Sur tel vase, il n'y a que des filets circulaires, tantôt grêles, tantôt de la largeur d'un ruban. Sur tel autre, les dentelures paraissent seules ou bordées de cercles , parfois de lignes ondulées (vignette p. 37). Plus rarement, des fils en relief enlacent la panse ( voir la vignette cicontre), comme pour imiter un fil de laine. De même, les petites gourdes sont entourées d'un cordon, car tes anciens aiment à tout subordonner aux exigences de la vie pratique.

Une étude plus attentive de cette famille de verres soulèverait plus de problèmes qu'on ne saurait en résoudre. Contentons-nous de la regarder sous ses aspects principaux, car d'autres questions nous attendent et réclament leur part d'intérêt. Je mets en première ligne celle du coloris. Les couleurs font partie intégrante du système décoratif; ce sont elles qui l'achèvent et lui donnent sa physionomie.

La coloration du verre ( tinctura ) est aussi ancienne que la verrerie elle-même. Comme de nos jours, on obtenait les couleurs à l'aide d'oxydes métalliques mêlés à la pâte. En effet, suivant qu'il est plus ou moins oxydé, plus ou moins exempt de fer, le cuivre ' produit trois teintes : le rouge, le bleu turquoise et le vert émeraude. Le cobalt donne le bleu du lapis Iazuli ; le violet vient du manganèse ; le jaune foncé jusqu'au jaune citron résulte du sel d'argent ; l'or procure la couleur purpurine du rubis. En variant les doses de ces divers oxydes, on complète la gamme des nuances intermédiaires. Les analyses faites de nos jours par des chimistes du premier ordre s'accordent sur ces points essentiels.

Les vases opaques sont rarement isochromes; quelques flacons blancs, bleu lapis,

[. Heradius, p. 56: limatura cupri.

4o VERRERIE ANTIQUE

rouge violacé : voilà tout ce que j'ai trouvé dans ce genre, en parcourant je ne sais combien de musées. A part ce petit groupe, les ornements en pâte rapportée sont de règle ; presque toujours multicolores , ils se détachent avec vigueur sur la teinte du fond.

L'on verra par le tableau suivant à quelle richesse de combinaisons ( ramdia , vitrum varium) les anciens sont arrivés en opposant entre elles les couleurs dont ils disposaient. Seulement je dois prévenir que l'état actuel de ces couleurs laisse parfois à désirer, et qu'il n'est pas toujours facile d'en deviner au juste la valeur primitive '.

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