VERRES POLYCHROMES IMITANT LA TEXTURE DU BOIS
On aurait tort de classer sous la même dénomination les miniatures en verre et les vases dont notre y planche donne une idée à la fois si exacte et si avantageuse '.
La mosaïque est une création de l'art; conçue sur un plan régulier et qui ne laisse rien au hasard; elle procède moins de l'inspiration que de l'étude et du calcul. Par contre, les verres dont il s'agit n'observent pas de symétrie dans le dessin ; leur ornementation est presque toujours confuse, fantaisiste, comme improvisée, et ne saurait se comparer qu'à la texture ligneuse, à ce qu'on appelle vulgairement le cœur du bois. Cette remarque s'applique à tous les spécimens de cette famille et en indique, d'un seul trait, le caractère dominant.
Rien de plus curieux que de suivre ainsi la verrerie dans ses progrès successifs. Au début, le verre opaque est naturellement ïsochrome, car on n'a d'autres modèles devant soi que des vases de terre ou d'albâtre. Bientôt les vues s'agrandissent et la différence entre les deux matières, l'argile et la pâte vitreuse, se prononce davantage. On imite les gemmes, on les dépasse en richesse de tons et de jeu. Puis c'est la vaisselle
i. Voir aussi: Harrison, Photographs, pl. 893. — Deville, pl. VIII. — Publications de la Société arck. de Luxembourg, t. IX, pl. II. — Chalon, Notice sur un plateau de verre trouvé à Corroy-
le-Graitd. — Labartc, Collection Debruge-Diiiiienil, n" I2i5-i2i6. — Gerhard, Leitfaden \ur Vasen- Tevracotten-und Miscdlanceusammluugidu Berlin), n"3i4(p. 69).
VERRES POLYCHROMES IMITANT LA TEXTURE DU BOIS 5, en bois sculpté, chêne, buis ou noyer, que les verriers s'exercent à reproduire en copiant le tissu cellulaire, la moelle des branches d'arbre, et en transformant ce motif nouveau en une espèce de tapisserie au moyen d une prodigieuse variété de couleurs Les vases qui rentrent dans cette catégorie sont, pour la plupart, des coupes hermsphénques sans pied, rarement côtelées ', des plateaux ■ et de petites patère* Je n en connais que très peu d'une autre forme '. Partout, le dessin ressemble à la section une tige qu'on examinerait au microscope. Sur la couleur du fond, qu'il soit bleu, vert, rouge, jaune, violet, blanc, brun ou noir, se détache un semis de mouchetures polychromes, pareilles aux spires d'une coquille. Les espaces vides entre ces rubans enroulés sont remplis au moyen de baguettes ou, plus souvent encore, de quadrilatères qui détruisent l'harmonie sans nuire a l'effet. Quant aux couleurs, ce n'est pas sans raison qu'on les a comparées aux Milkfiori de Venise, car la palette de ces verres est dans la plénitude de ses moyens et combine habilement les pâtes opaques avec les pâtes translucides. Les rubans sont toujours formés de plusieurs couches diversement colorées; les quadrilatères sont parfois blancs ou dorés, ce qui les isole au milieu des spirales où ils se trouvent enchâssés et met d'autant plus en relief leur bizarre découpure.
Mais ce n'est pas tout ; les bords de ces vases (les livra diraient les anciens) ont aussi leur décor. Tantôt c'est un double fil entrelacé qui en fait le tour; tantôt un liséré à raies parallèlement disposées et dont les couleurs alternent dans un ordre fixe. Il y en a, de ces bordures, qui constituent un motif plus gracieux; je citerai une coupe en verre jaune où deux fils blancs serpentent comme une chaîne autour de l'orifice*.
Jusqu'ici je me suis attaché aux traits communs à la plupart des spécimens de cette fabrique; j'aborderai les exceptions.
En s'inspirant du tissu ligneux, les verriers ne se bornent pas à copier ce qu'ils voient; ils y ajoutent, ils arrangent, ils composent une sorte de marqueterie qui ne ressemble plus à aucun modèle. Le cœur du bois n'est pour eux qu'un canevas sur lequel ils brodent des variations, exigées d'ailleurs par la substance qu'ils ont à manier. En effet, nous rencontrons des vases où les volutes et les stries sont remplacées par un semis assez régulier, mais très espacé, de fleurs5 ou d'étoiles. Puis, à côté de ces variantes, il existe quelques patères, avec ou sans ombilic, à parois excessivement minces et du travail le plus délicat, où il n'y a plus d'intervalle entre les fleurs et où la couleur du fond, soit verte, soit jaune tirant sur le rouge, reste prédomi-
i. Musées de Naples et d'Avignon (fonds Calvet ; cat. n' 80).
a. Deux grands plateaux, trouvés à Canosa; Musée Britannique.