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VERRES A MINIATURES

Les verres à miniatures, qu'on appelle improprement verres-mosaïques1, occupent dans l'histoire de la Verrerie une place d'honneur; ils s'élèvent au niveau des plus merveilleuses productions de l'art. Bien qu'il n'existe plus de vase qui rentre dans cette série (si tant est qu'il y en ait jamais eu), les rares échantillons du genre qui ont survécu et qui sont à notre portée permettent de juger l'ensemble, peutêtre de suppléer à ce qui nous manque.

On distingue deux classes de miniatures : les lames carrées et les médaillons. Fabriquées en Égypte, elles représentent parfois des sujets égyptiens, 1 epervier sacré, par exemple, qui symbolisait le soleil levant. Mais plus ordinairement elles ont pour motif un oiseau aquatique, un masque, une rosace, des fleurs et des feuilles, un assemblage de dessins géométriques ou d'arabesques (pl. XI, 68. 69), parfois les carreaux d'un pavé en mosaïque. Tous ces décors sont exécutés avec une délicatesse admirable; on dirait des jeux de patience, de petits tableaux à la touche fine, savante, compassée, où les plumes, les pétales, les granulations peuvent se compter et se mesurer. Les

i. Winckelmann, Histoire de l'Art, l,a,'23-95i — CaylllS, Recueil, t. I, 237 (pi. 107, 10).— Champollion, Al usée Charles A", p. ioS-joc). — Raoul- Rochette, Peintures inédites, p. 382-83 (pl. 14).— Minutoli, Anfertiguiig der farbxgen Glaeser,p. 19

(pl. 2). Reise \um Tempel des Jupiter Amman, pl. 21 (p. 281. 354-6i. 3y8). — Wilkinson, Maaners Ond Customs, t. 111,96-97 (pl. 17, 5-7).— Bibliothèque [mpériale de Paris, Catalogue, n" 345S.— Catalogue Pourtalès, n° 1359-70.— Sladc, pl. col. 3 et 4.

couleurs, d'une étonnante richesse, ajoutent à l'effet et y répandent une fraîcheur qui fait de ces babioles les plus charmants bijoux qui puissent s'offrir à la vue. II faudrait des pages entières pour donner du moindre morceau une analyse quelque peu complète.

Quant à la fabrication, deux procédés ont été simultanément en usage. Le premier consistait à prendre une plaque ronde ou ovale de verre coloré et à y incruster soit des émaux, soit des fils ou des feuilles d'or. Les médaillons de ce genre, vu leurs dimensions peu" considérables, ont dû être enchâssés dans dés bagues. 11 n'en est pas de même des lames carrées où le sujet apparaît sur les deux faces. Pour obtenir ces tablettes, on disposait les fils de verre dans l'ordre indiqué par le dessinateur, puis, après les avoir soudées en faisceaux, on les étirait jusqu'à les réduire au quart, au dixième, au centième de leur grosseur primitive. De cette manière, le sujet représenté, tout en devenant microscopique, conservait ses couleurs et ses proportions. L'épaisseur des lames n'est jamais très forte; et cependant les lapidaires de Rome et de Naples trouvent encore moyen de les scier en plusieurs tranches pour multiplier les spécimens.

La physionomie des carreaux à miniatures semble expliquer leur destination. Ils ont pu servir au placage des murs. Naturellement, on n'aura pas songé, même dans un palais impérial, à revêtir une chambre du haut en bas de ces fragiles et précieux chefs-d'œuvre; ils seront entrés dans les revêtements comme les perles entrent dans un diadème, de distance en distance. Nulle place ne leur convenait mieux que les angles d'une bordure ou les points d'intersection dans un groupe de décors linéaires et d'arabesques. Mais dans ce cas, on ne pouvait les voir que d'un seul côté, et il n'est pas admissible que les anciens, avec leur sens si éminemment pratique, aient sacrifié la meilleure qualité de ces verres. Je crois plutôt qu'on les incrustait dans les meubles : les lits, les sièges, les coffrets d'ivoire.

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