LES NOUVELLES APPLICATIONS DU VERRE A L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
L’éclairage électrique. — L’électricité appliquée à l’éclairage devait forcément réclamer le concours du verre et du cristal, et cet élément nouveau a créé de nouvelles et nombreuses applications des deux corps qui nous occupent.
Quoique la verrerie soit actuellement une branche peu rémunératrice de l’industrie, il y a lieu de constater cependant que des usines ont été augmentées, modifiées, à l’instigation de la nouvelle génération d’ingénieurs qui se sont spécialisés en électricité et en verrerie.
Des verriers éminents comme les Appert, les Touvier, les Landier ont répondu à l’appel qui leur était adressé par les électriciens; nous avons constaté les magnifiques résultats obtenus par l'habile praticien T oiwier.
De nouveaux venus tels que les Houdaille et Triquet, do Choisy-le- Roi, sont entrés résolument dans cette voie nouvelle et nous avons pu constater chez certains grands fabricants de bronze tels que M. Vian , entre autres, combien sont heureux les résultats obtenus par MM. Houdaille et Triquet. Nous témoignons ici notre gratitude, comme ami du verre et du cristal, aussi bien à l’éminent bronzierVian qui a su trouver et encourager ses collaborateurs verriers, qu’aux jeunes verriers qui sont passés ainsi au premier rang des spécialistes pour ce genre de fa-
brication. Il fallait faire preuve d’audace, avoir des connaissances spéciales et compléter le tout par une certaine mise de fonds.
L’avenir prouvera à ces industriels entreprenants qu’en industrie il faut oser et savoir sortir de la routine en faisant des sacrifices.
Depuis quinze ans environ l’éclairage électrique a pris une énorme extension, la lampe électrique à incandescence est devenue la bougie électrique.
L’ampoule qui constitue la lampe doit réunir des propriétés spéciales. On sait que le vide absolu est fait dans la lampe, mais cette lampe, en ampoule, doit être traversée par les fils métalliques conducteurs qui amènent le courant au filament de carbone ; il est de nécessité absolue que le coefficient de dilatation du verre ou du cristal employé pour ces ampoules soit très rapproché du coefficient de dilatation du platine, et cela pour que l’étanchéité soit absolue (').
Pendant la fabrication de la lampe il est fait usage d’hydrocarbures gazeux qui se dégagent à certaine période des manipulations de construction et si la composition du cristal n’est pas soigneusement étudiée, ces hydrocarbures restent adhérents au verre qui se trouve noirci par des quantités infinitésimales de carbone, mais suffisantes néanmoins pour produire une lampe de mauvaise qualité.
La connaissance scientifique de la construction — si délicate par elle-même — de la lampe à incandescence est une des conditions de la bonne fabrication des ampoules. En France, cette fabrication est pour ainsi dire monopolisée par la cristallerie de Cdioisy-le-Roi qui alimente les principales fabriques de France et d’Europe.
Il sort journellement plus de 40.000 ampoules de cette cristallerie qui est devenue pour ainsi dire spéciale pour cette branche de fabrication relative à l’électricité, à l’éclairage, l’un des directeurs de cette usine, ingénieur-électricien, ayant étudié et fabriqué spécialement les lampes à incandescence.
Cette usine de Choisy-le-Roi, reconstruite il y a sept ans, sur les terrains où depuis plus d’un siècle on fabrique du verre, a appartenu à
(1) Des essais sont entrepris pour remplacer le platine — dont le prix de 3.200 à 3.400 francs le kilogramme grève le prix de la lampe, quoique certains fabricants sont parvenus à employer seulement pour 3 centimes de platine parlampe. — On a pu faire des alliages de nickel et de fer possédant le même coefficient de dilatation que le platine.
On arrive à empêcher le contact de la flamme avec le métal, au moment du montage, en enfilant le fil dans un petit tube de verre et d’émail ; sans cette précaution ce fil serait brûlé.
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M. Bontemps, notre maître à tous. On y a fabriqué du verre à vitres, du verre de couleurs, du verre à bouteilles ; plus récemment du verre et du cristal trempé.
Cette cristallerie peut se développer; actuellement elle possède trois fours de iusion, qui ii notre connaissance, sont les plus grands des verreries des environs de Paris, tous cbaullôs par le gaz, ayant chacun 14 arcades et ayant G m. 50 de diamètre, plus des fours particuliers pour certaines fabrications spèciales.
MM. Houdaille frères et Triquet ont étudié et résolu certaines questions particulièrement intéressantes. On a pu voir à l’Exposition universelle de 1900, dans la classe de la cristallerie comme dans la section du
hg. Mi.
bronze, des pièces remarquables sortant de cette usine de Ciioisy, et présentant le cristal sous un nouvel aspect.
Voici quelques spécimens de cette fabrication, si ingénieusement ap-
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pliqucs à l’éclairage de grand luxe par M. Vian, l’éininent industrielartiste dont le goût impeccable est si justement apprécié, soit encore à un point de vue plus général, un peu moins artistique mais non moins intéressant, à cause de la vulgarisation que permet des prix moins élevés, les objets de la maison Rollet.
On constatera que ces pièces de cristal ne se présentent plus avec les imperfections que l’on remarquait sur les pièces façonnées à la main, mais que ces pièces nouvelles sont la reproduction exacte d’un modèle soit en bronze, soit en plâtre, les contours étant accusés dans bien des cas par un léger satinage.
Dans aucune de ces pièces les formes ne sont abandonnées à la fantaisie de l’ou¬
Fig. 113.
Fig. ai.
vrier, elles sont au contraire la reproduction absolue du travail d’art du sculpteur; les moindres détails « viennent » comme dans une coulée de métal.
L’innovation, en cette fabrication, consiste dans la combinaison des moules formés de plusieurs parties, comme cela existe dans les fonde-
ries de bronzes, d’étain, ce qui permet l’obtention de pièces qui ne sont pas « de dépouille » .
Préparer, ajouter au moule métallique pour y déposer et y façonner du verre n’est pas chose facile. Il faut trouver une fonte qui convienne, il ne faut pas de parties trop différentes comme épaisseur, afin d’éviter réchauffement inégal de ce moule au détriment du verre qui y est en-
Fig. 115. Fig. 11C).
fermé. Le produit obtenu présenterait des aspects différents et défectueux ; il y aurait adhérence contre les parties trop chaudes, « martelage » du verre contre lés parties plus froides, d’où aspect d’ensemble peu satisfaisant.
On a cherché à composer des alliages, dont le coefficient de dilatation, à une température donnée, se rapproche de celui du verre ; c’est ainsi qu’on a essayé le ferro-nickel.
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Cet alliage a donné de bons résultats en ce sens qu'introduit dans le verre il se refroidit avec lui sans provoquer sa rupture, mais cet alliage jouit de la singulière propriété — propriété d’occlusion — d’absorber les gaz du milieu dans lequel il se recuit, et ces gaz (oxyde de carbone) sont restitués par lui pendant son refroidissement, ce qui fait que le
Fig. 117. Fig. 117 bis.
verre se remplit alors de bouillons et se trouve terni, gûtô, dans sa transparence. Pour éviter ce grave inconvénient il faudrait refroidir dans le vide, ce qui nécessite des appareils spéciaux, coûteux, et jusqu’ici on a renoncé à l’emploi de cet alliage pour cet usage.
La composition du verre doit être prise en considération pour les moulages ; un verre à la soude, trop chargé en silice et principalement en chaux est plus cassant, plus dur, moins malléable.
Le verre contenant une certaine proportion d’alumine, 2 ou 3 0/0 par
exemple, est plus malléable. Le verre à la potasse est aussi un peu plus malléable.
Le verre qui est soufflé, et surtout pressé contre les parois d’un moule doit répondre à certaines conditions de malléabilité dues à sa température et à sa composition, si on veut éviter son adhérence, son froissement, sa rupture pendant la recuisson, et obtenir de lui un aspect satisfaisant. Cet aspect est du à un ensemble de conditions qu’il laut observer.
L’emploi de l’acide fluorhydrique, qui dépolit légèrement le verre, vient corriger certaines imperfections, adoucir l’aspect un peu trop éclatant dans l’ensemble, donne plus de douceurs de tons et augmente l’aspect artistique du verre ; on l’emploie avantageusement depuis quelque temps pour améliorer les motifs de décoration.
Certains artistes, entre autres Ringel d’Ilzac, ont imaginé de couler et mouler le verre dans des moules composés de matières plastiques, quasi réfractaires, façonnés par eux.
Ces matières, dont les artistes ont le secret, donnent comme résultat des produits plus satisfaisants que les objets moulés dans le métal. Les objets ainsi obtenus ne doivent pas être retouchés, corrigés ; coulés à moules perdus, ces objets sont des œuvres artistiques de premier jet.
C’est évidemment là l’avenir, et nous devons nous attendre à voir à côté des ateliers des statuaires, un atelier spécial, avec four de verrerie. Dès que l’électricité sera appliquée pratiquement, couramment, au chauffage de petits appareils industriels, nous constaterons un développement immédiat, considérable, de la fabrication du verre et de son emploi artistique. C’est ce qui est arrivé pour la cuisson par le gaz des petits objets de faïence artistique chez les amateurs. Combien plus importantes seront les applications électriques permettant la fusion do verres multicolores, leur moulage, leur recuisson. Nous désirons assister à cette multiplication des applications artistiques du verre, alors pourrons-nous dire que notre siècle est le siècle du verre !
Depuis une dizaine d’années l’éclairage par le gaz a fait des progrès considérables, grâce à l’application de l’éclairage dit « à incandescence par le gaz ». Autrefois le bec Bengel , théorique, avait un pouvoir éclairant de « un carcel » pour une consommation de 105 litres de gaz à l’heure.
Actuellement les becs bien établis donnent, avec la môme consommation de gaz de 105 litres, 9 et même 10 carcels. On ne peut guère admettre maintenant le rétablissement de l’ancien éclairage par le gaz,
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qui semblerait par trop primitif. Dès que cet éclairage intensif devint pratique on songea à l’appliquer à l’éclairage des rues, mais on se heurta à une difficulté qui au début parut insurmontable : à la question du verre de lampe pour ces nouveaux becs.
A cause de la température élevée de la flamme, les verres emprisonnant les becs, même pour les becs placés dans des lanternes hermétiquement closes, portés à l’intérieur à une forte température, à l’extérieur subissant les variations de température, le froid, la brume, etc., ces verres éclataient et leur bris entraînait la destruction du « manchon » — bec Auer. — On lit des essais de toutes sortes ; verres formés de baguettes de verre, de tubes fondus longitudinalement, ou en forme de spirales, etc., cylindres en mica. . . En Allemagne, une usine fabriqua un verre spécial qui permit de parer à ces inconvénients. En France, presqu’aussilôt on découvrit un verre analogue qui remplit enfin toutes les conditions voulues et comble tous les desiderata.
C’est à la cristallerie de Choisy-le-Roi — de MM. Houdaille etTriquet — que l’on doit la découverte de ce verre, dit verre sili-chromé.
Cette matière vitrifiée, dont la composition reste secrète, a des propriétés remarquables : d’abord c’est une matière très dure, dont le point de ramollissement est beaucoup plus élevé que celui du cristal ou du verre. Cette propriété est très importante, car avec les anciens verres on constatait souvent l’affaissement, en torsion, le manque de transparence du verre-cheminée, et cela était dû au point de ramollissement insuffisamment élevé de ces verres.
Le verre sili-chromé est léger et présente un coefficient d’élasticité considérable ; il est insensible aux brusques variations de température. On peut soumettre un bec allumé, muni de ce verre, à un courant d’air froid, sans jamais le faire éclater ; bien plus, on peut même asperger d’eau ce bec, le verre n’éclatera pas ; si les gouttes d’eau sont volumineuses, à l’endroit du contact, il se formera une gerce, gerce qui ne se prolongera pas, ne s’élargira pas, elle aura au contraire une tendance à se resserrer. Une gerce unique se fourchera à son extrémité, au lieu de se prolonger et s’arrêtera. Un verre ainsi calciné à l’eau peut durer encore longtemps, pour servir.
Ce verre sili-chromé est aussi transparent que le cristal, sa densité est de 2.27 (le verre =2.48 à 2.50) ; il est souvent légèrement cordé, bouillonneux. Les extrémités sont difficilement bien rodées, car le verre est très dur et se taille difficilement, les fêlures se constatent au refroidissement.
À Paris on a déjà transformé une très grande partie de l’éclairage public, plus de 40.000 becs à incandescence munis de ces verres sont en service, et il existe maintenant bien peu de becs de gaz dits « becs Papillon ». L’entretien de ces becs est assuré parla Société Lacarrière qui se charge à forfait du remplacement des manchons dont elle a monté la fabrication, et aussi du remplacement des cheminées en verre « silichromé ».
Tubes de niveau. — Ce nouveau verre donne lieu également à une application très intéressante, celle des tubes de niveau pour chaudières à vapeur. Les anciens tubes de niveau, malgré les précautions de recuit les plus minutieuses, sont très susceptibles à toutes les variations de températures.
L’indifférence du « verre sili-chromé » aux variations de températures vient résoudre la question, et, par l’emploi de ce nouveau verre on peut actuellement, sur un tube en fonction et adapté à une chau-^ dière timbrée à 12 kilos, projeter de l’eau froide en très grande abondance, sans produire la rupture de ce tube.
De môme si ces tubes sont placés dans de violents courants d’air, leur rupture n’est pas à craindre. Ces avantages seront particulièrement appréciés sur les locomotives, sur les chaudières-marines, dans les torpilleurs et sur toutes les chaudières exposées aux intempéries — vents, pluie, paquets de mer, etc.
A côté de ces applications industrielles, pratiques, nous avons à entretenir le lecteur de l’emploi du verre et du cristal à l’éclairage de luxe, de leur emploi pour décorer, pour compléter les appareils spéciaux, les lustres, les appliques, les différents appareils destinés à répandre la lumière dans les appartements, dans les salles de réunion, dans les endroits publics. A’ous traiterons ce sujet au chapitre de la \errerie artistique.