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ET LES MATÉRIAUX DU FEU. - LA MÉTHODE NÉCESSAIRE

« L’architecture est le plus social de tous les arts. Ayant dessein de satisfaire les besoins des hommes rationnellement, en beauté, elle en exprime l’état historique, et, dans une certaine mesure, peut-être, en conditionne le progrès. Une imagination logique, telle est l’essence du génie constructeur. Son principe n’est pas la ligne expressive mais l’adaptation de la matière aux besoins et de la forme à la matière. Psy-

chologue social, l’architecte ne doit pas édifier, pour la beauté de l’ordonnance, une symétrie idéale, mais collaborer à la vie tout entière. Comme il n’y a pas d’art mineur, il n’v a pas, pour lui, d’aspiration naturelle négligeable. Il y a l’Art et il y a la Vie ; et la Beauté, fin de l’Art, c’est, au total, de la vie plus vivante, c’est-à-dire plus intense et plus étendue. Psychologue social, l’architecte doit édifier pour l’homme en vue du groupe : pour la famille, la corporation, la commune, l’Etat.

« S’elforcera-t-il vers un style nouveau*? Parodiera-t-il, comme on a vu, sous prétexte de « modernité », la ligne harmonieuse en paraphes, neurasthénisera-t-il l’accueil aux fers cinglants des portes, hérissant aussi de vertèbres folles les fenêtres des rêveries du soir? Comme si le style devait conditionner l’œuvre au lieu d’en totaliser les qualités essentielles ! C’est du « matériau » que naîtra la forme. Est-il nouveau, elle se trouvera nécessairement renouvelée. C’est pourquoi si l’on projette comme lait M. Henrivaux une Maison de verre , si l’on étudie la Maison da XXe siècle , la conception architecturale devra s’étendre des besoins à la forme, de la matière au décor. »

La maison de verre.

« Les métaux ayant été utilisés pour leur solidité, la sécurité qu’ilsdispensent, leur élégance, l’ancien directeur de la Manufacture de Saint- Gobain estime que Vàge du verre est venu. Les progrès où il contribua aussi bien que les découvertes d’un Gallé et les productions de Tiffanv l’en ont averti. Peut-être son vœu paraîtra-t-il prématuré si l'on songe à la médiocrité des applications qui ont été faites du fer à l’habitation privée, aux monuments publics eux-mêmes, et l’avenir possible de métaux inoxydables. L’ossature de la maison qu’il projette ne cesse point, au reste, d’être de fer, et cette carcasse de métal, il la remplit de ciment et de verre; à la base, des panneaux de ciment ; plus haut, une double paroi de verre où circule l’air chauffé en hiver, eu été l’air raré. lié, distendu, refroidi, puis les canalisations, les fils télégraphiques, téléphoniques. Le ciment lui-même est revêtu de plaques de verre, de carreaux de céramo -cristal. Le verre, en mosaïques, couvre le sol. Les escaliers sont faits de céramo-cristal, avec des balustres de verre moulé. L ''opaline des murs rejoint les mosaïques des ciels. Plus de planchers : des glaces dépolies. Le verre imprimé remplace le marbre des consoles

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et des cheminées. Où l’on souhaite l’opacité, s'interposent lesvitrauxet les cloisonnés de métal. L’éclairage, partant, sera rationnel. Diurne, il planera des plafonds, rayonnera des parois; artificiel, il tendra à se rapprocher des conditions de la lumière naturelle, c’est-à-dire diffuse par la distribution de rampes électriques derrière les parois. L’humidité, l’obscurité, la poussière sont exclues à jamais de ces surfaces sèches, claires et lisses. L’hygiène s’étend à la rue elle-même où la pierre de verre offre une résistance supérieure à celle de l’asphalte, des pavés de bois et de granit. »

Le ciment armé et les matériaux du feu.

« Quelque séduisants que soient ces projets, on ne peut se tenir d’y proposer quelques réserves. L’éminent ingénieur ne dit pas tout : par sa solidité, sa translucidité, la modicité de son prix et l’excellente isolation qu’offre le « matelas d’air » qu’elle renferme, la brique creuse de verre mériterait une importante utilisation. — Et peut-être en dit-il trop si le céramo- cristal quand il est neuf, par sa rugosité, fait éponge rigide aux microbes nocifs, et tend, par l’usure, à dégénérer en une sorte de « verglas perpétuel ».

« Contestable, de certains points de vue dans son adaptation au sol, le verre est, au contraire, tout indiqué pour le revêtement des parois. L’emploi du ciment armé, en effet, s’accroîtra sans cesse, et son aspect gris, sale, sa surface poreuse, veulent être dissimulés. Aux glaces, aux opalines que préconise M. Henrivaux, on peut ajouter les verres de vitrage avec application de ciments diversement colorés et qui permettent une grande variété de décors. Mais négligera-t-on la claire et souple beauté des grès? Voici queM. Bigot, qui s’emploie à la propager, prévoit (conférence donnée à la Société industrielle de l’Est) la construction de maisons ouvrières en briques armées émaillées sur leurs deux faces.

« Sans doute l’emploi de la céramique est coûteux ; mais il en est ainsi de tous les matériaux du feu , du verre aussi bien que du grès. Le prix en diminuera quand, au lieu de ces essais concomitants à d’importantes fabrications d’autres produits, les industriels s'attacheront spécialement à ces travaux, conquérant des débouchés nouveaux ; quand aussi par une juste prévoyance le propriétaire, les Sociétés d’habitations économiques croiront pouvoir par un premier sacrifice éviter les frais d’en-

tretien que nécessitait l’emploi de matériaux moins durables. Et enfin ne peut-on restreindre ces revêtements de verre et de céramique aux parties basses des parois et recouvrir les parties supérieures, moins exposées, de papiers gaufrés et de peintures mates économiquement décorées au pochoir? On sait l’agrément de ces ornementations florales.

« Et cette observation nous conduit à des considérations esthétiques. La brochure de M. Henrivaux est pleine de vues ingénieuses et jusqu’en ses moindres détails, quand, par exemple, il prétend écarter le danger des explosions de dynamite ou rêve d’utiliser la lumière froide des animalcules phosphorescents. Mais il y flotte des souvenirs de ce Palais de Verre qui s’enlevait dans les massifs du Champ de Mars, à l’Exposition, comme un cauchemar dp la Belle au bois dormant. L’auteur ne pouvait éluder la question du mobilier qui est à l’ossature de l’édifice ce que sont les organes au squelette. Or, il fait appel aux styles anciens. Viollet-le- Duc protestait contre les « anachronismes de pierre ». Le progrès ne serait qu’apparent si l’on y substituait un anachronisme de « pierre de verre ». Entre ces éléments architecturaux le divorce dissocierait les pierres mêmes du foyer. Il y aurait une construction , non pas une maison. »

La méthode nécessaire.

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« M. Henrivaux souhaite un Mécène pour instaurer l’expérience luxueuse et compliquée de sa Maison de verre. Mais à s’embarrasser de décors de surcroît retient-on toutes les chances d’une conception logique ? La méthode peut sembler suspecte qui va du composé au simple. Il ne semble pas que l’histoire de l’architecture du bois, de la pierre, puisse l’autoriser. Pour l’architecture du fer, un exemple comme est celui de l’étrange luxe décoratif qui charge le pont Alexandre suffit à en dénoncer l’erreur. L’art s’éparpille dans le luxe et ne vit, ne vivra dans une société démocratique que sur la souche et de la souche populaire.

« Puis ne faut-il pas, selon Bacon, « choisir pour l’étude les objets les plus utiles en raison de la brièveté de la vie? » Où il y a de toute évidence danger social ne portera-t-on pas ses efforts ? Douze cent cinquante deux mille personnes habitent à Paris dans des conditions antihygiéniques. Il n’est pas d’agglomération urbaine en France, en Europe qui ne présente le même terrible phénomène. Quand la tuberculose,

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les épidémies, l’alcoolisme, les guettent, c’est l’individu, c’est la famille, c’est la nation, c’est la race en péril de déchéance et de mort.

« Construisons donc la maison duxxe siècle selon les principes rationnels, où il importe et pour qu'il importe. L’étude de M. Henrivaux, si elle n’est pas isolée mais se rallie à d’autres travaux n’en paraîtra pas moins intéressante. C’est à ces vues plus générales qu’il faut s’acheminer. Un projet de M. Charles Plumet servira de transition nécessaire à l’exposé de ce qu’on voudrait obtenir dans une première expérience matériellement réalisable, par une Cité de Solidarité et de Beauté : Géorgie. »

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