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CHAPITRE II

L’ART DE L’ÉMAIL ET SA RENAISSANCE AU XIXe SIÈCLE

L’Email règne en maître dans le décor moderne ; nous en trouvons la preuve dans une foule d’œuvres charmantes qui resplendissent aux vitrines de nos grands bijoutiers. Nous l’avons vu aux dernières expositions, là où les admirables vases et les gracieuses broches de Thesmar, sans parler des orfèvreries de MM. Bapst et Falize ont fasciné les visiteurs. L’incomparable Lalique l’emploie aussi avec bonheur dans nombre de ses créations.

Il est bien entendu que l’émail considéré dans ses applications à l’orfèvrerie et à la bijouterie ne saurait être confondu avec l’émail qui sert à décorer la céramique ou les vitraux ; les effets sont tout autres... L’emploi est différent, les résultats aussi.

Cette apothéose où nous voyons l’émail à l’heure actuelle est l’œuvre d’un demi-siècle, aujourd’hui sa place est conquise ; elle ne fera que s’accroître, et les industries les plus riches, comme les plus communes vont devenir ses tributaires.

L’histoire de l’émail a été faite avec érudition par des savants tels que de Lahorde, de Lasteyrie, J. Labarte, Àlf. Darcel, M. Mobilier, etc. Sans refaire complètement l’historique de l’émail, cette branche de la décoration artistique moderne est assez importante pour que nous nous y arrêtions et pour que nous résumions ici ce qu’est devenu l’émail depuis son origine, ce que l’on est en droit d’en attendre encore depuis qu’il

est passé du domaine de Part, de la fantaisie artistique jusqu’aux plus humbles applications industrielles modernes.

Entre les émaux, on distingue :

Les émaux cloisonnés ;

Les émaux champlevés ;

Les émaux peints.

Les émaux comprennent les émaux cloisonnés qu’on nomme aussi émaux de plique, et les émaux champlevés ou en taille douce.

Les émaux translucides sur reliefs, ou émaux déliassé taille, peuvent être classés dans la même catégorie.

Enfin les émaux peints, dits de Limoges, forment une classe distincte.

L’émail est un verre fusible à basse température, composé en général par le mélange de divers borates et silicates. Ce mélange primitivement incolore, se combine avec la plus grande facilité, sous l’influence de la chaleur à tous ou presque tous les oxydes métalliques, et acquiert alors selon la nature de ces oxydes, des colorations variées, éclatantes, ou adoucies, franches ou rompues, que l’artiste peut varier à son gré, et qui mettent à sa disposition la palette la plus riche de tons de toutes sortes.

L’émail incolore es t le fondant, le corps de l’émaillerie, il faut ensuite lui communiquer des colorations. Tous ceux qui se sont occupés un peu de verrerie savent que les oxydes métalliques combinés aux boro-silicates dorment lieu aux colorations suivantes :

L’oxyde de cobalt colore le verre en bleu ;

L’oxyde de chrome en vert ;

L’oxyde de cuivre, en rouge, en vert marin ;

L’oxyde de manganèse en violet ;

L’oxyde de fer en vert bouteille, en jaune verdâtre et en rouge ;

Les oxydes de zinc et de fer en jaune d’ocre ;

L’oxyde de nickel en vert émeraude clair ;

Le chlorure d’argent en jaune.

Le sulfure d’argent en rouge ;

Le stannate d’or (pourpre de Cassius) rouge éclatant d’intensités diverses.

L’antimoniate de plomb et l’antimoniate de zinc donnent tous deux du jaune ;

L’antimoniate de cobalt du vert foncé ;

L’antimoniate de cuivre du vert pistache ;

!)mu PARTIE : l’art et l’émail

L’antimoniato de peroxyde de fer du jaune de cire ;

Voilà donc cinq tons simples : bleu, vert, ronge, violet et jaune; plus des demi-tons : vert bouteille, vert marin, vert pistache, jaune verdâtre dont les différents mélanges, les superpositions et l’emploi plus ou moins épais donnent une gamme infinie de colorations variées, éclatantes ou adoucies, franches ou rompues, et que l’intelligence, le goût, la science de l’artiste sauront plus ou moins bien exploiter.

Le noir s’obtient par le mélange de bleus, verts et violets foncés pilés et refondus.

Ces verres colorés sont transparents, ils communiquent leur coloration aux surfaces qui leur sont sous-jacentes , avec d’autant plus d? éclat et de pureté que ces dernières sont plus blanches.

L’oxyde d’étain a la propriété de donner au verre de borax une demiopacité affectant ces effets d’irisation qui caractérisent l’opale, et qu’il perd combiné au plomb et introduit dans les fondants pour leur communiquer une blancheur très vive absolument opaque à une assez mince épaisseur.

C’est sur ce fait que repose la théorie de la peinture sur émail.

Cet émail blanc, incorporé dans les émaux translucides les rend opaques.

L’émail s’emploie sur la terre, sur le verre et sur les métaux. Comme nous l’avons dit ci-dessus, l’émaillerie métallique se subdivise à son tour en émaux cloisonnés et champlevés, en émaux de basse-taille ou de relief, et émaux peints.

Les émaux cloisonnés sont des émaux fondus dans des cloisons de métal dont les parois, plus ou moins minces laissent apparaitre leur arête supérieure, qui forme ainsi des linéaments circonscrivant des pâtes colorées dans des configurations préalablement dessinées.

Quelquefois ces cloisons sont soudées au métal du fond, et elles sont alors très minces. Quelquefois elles sont obtenues par l’abscission du métal dans lequel le burin ou l’eau forte les épargne. On les nomme alors émaux en taille d’épargne ou champlevés.

D'autres fois, des figures ou des ornements sont gravés dans la feuille métallique, et les émaux, qu’on a soin alors de prendre translucides, communiquent à ces gravures, selon qu’elles sont plus ou moins creuses, un modelé coloré plus ou moins accentué. C’est ce qu’on nomme les émaux de basse-taille. On les appelle émaux de relief lorsque les configurations sont en bosse au lieu d’être en creux.

Enfin, il y a les émaux peints.

Ces émaux, les critiques, qui sont les historiographes et les archivistes de l’art, les ont classés suivant les méthodes de leur exécution.

D’abord il y a les émaux peints par apprêt, tels sont les émaux du xv° siècle.

Puis la peinture sur émail blanc se subdivisant en peinture sur émail cru et peinture sur émail cuit, nous préférons la première qui est un art de premier jet.

La seconde a été employée et a contribué à la décadence de cet art. Citons enfin « l’émail des peintres » ainsi nommé par le regretté Claudius Popelin , et qui est en somme l’émail de Limoges lequel brilla surtout au xvie siècle.

Certains documents établissent qu’au xne siècle, les premiers émailleurs italiens, réfugiés à Limoges , fondèrent en cette ville, une école où ils produisirent sucessivement des émaux cloisonnés et champlevés, puis des émaux translucides, dits vénitiens.

Vers la fin du xiv° siècle, les émailleurs de Limoges voyant diminuer le goût des amateurs pour l’orfèvrerie de cuivre émaillé, trouvèrent un nouveau mode d’ornementation, en couvrant directement d’émaux translucides les reliefs d’or et d’argent obtenus sur les plaques de ces métaux. Le métal fut ainsi caché par l’émail, comme la toile ou le bois le sont par la peinture.

Au milieu du xv° siècle, ce mode de procéder avait fait de grands progrès, c’est par le procédé de la grisaille que s’opéra au xvie siècle, le changement et le perfectionnement du travail des peintres émailleurs.

Depuis le xvic siècle ces procédés ont peu changé, quelques couleurs seules ont été perfectionnées, mais au fond, quoique nos émailleurs apportent en leurs œuvres des ressources nouvelles de métier, leur objectif doit encore être d’atteindre la perfection de la mise en œuvre si simple et si large des maîtres émailleurs du xvi° siècle.

Jean II, Jean III et Pierre Perricaod, les Raymond, les Nouailher, les Court, les Land in, mais surtout les Limousin (1506-1576), Léonard Martin et Léonard II, furent les maîtres de l’émail pendant toute la durée du xvi'J siècle. Rien n’égale la variété, l’élégance, l’habileté de leurs peintures qui sont comme un mode de peinture sui generis, comportant tous les sujets et toutes les formes.

Au xvuc siècle, la peinture sur émail, renouvelée dans quelques-uns de ses procédés par Jean Toutin, de Blois, a été cultivée par les deux Jean Petitot, de Genève, le père et le fils, auteurs notamment de remarquables portraits : il faut encore citer Madeleine Le Brun , J. -B.

9me PARTIE : l’art et l’émail

Macé , Elisabeth Chêron , au xvin0 siècle, Léotard , Mathieu , Durand , l’anglais Zincke , etc. Ce sont des peintres, rien de moins, et l’émail est pour eux un genre comme pour d’autres l’aquarelle ou le pastel. Leurs œuvres sont comme des tableaux destinés a être pendus à la muraille, ou des compositions, dont ils couvrent des objets d’orfèvrerie, et qui ne sont plus simplement des motifs d’ornement comme en exécutaient les orfèvres de l’art Roman et de l’Italie de la Renaissance. Renvenuto Cellini et ses émules, qui s’étaient si magistralement servis de l’émail pour en décorer leurs sallières, leurs aiguières, et autres chefs-d’œuvre d’orfèvrerie de table, utilisaient l’émail dans un tout autre esprit.

On peut dire que l’émail cessa d’être en faveur dès la fin du xvii0 siècle et si on continue parfois à le voir encore briller dans l’orfèvrerie religieuse, ce n’est plus avec la même virtuosité qu’au Moyen Age et durant la Renaissance. Peu à peu les orfèvres et les bijoutiers perdent l’habitude de l’employer et les artistes n’en n’avant plus la tradition, cessent totalement d’en connaître les secrets.

Au xixe siècle l’émail semblait définitivement déchu, lorsque nous avons vu, dans ces dernières années, des artistes remarquables s’attacher à faire revivre successivement chacune de ses formes.

Fig. lo2. — Gober!.. Plateau d’une aiguière en émail.

(Musée de la manufacture de Sèvres).

C’est vers 1850 qu’un artiste remarquable de la manufacture de Sèvres M. Gobert , s’appliqua avec un véritable talent à retrouver les anciens

procédés dos émaux Limousins ; il réussit à exécuter quelques objets tels qu’aiguières, plateaux, petites coupes, que l’on peut admirer au musée de la manufacture et qui attirèrent dès lors l’attention de quelques artistes sur les procédés d’un art oublié. En môme temps, Claudius Popelin , avec une vive intelligence et une érudition incontestables reprenant la suite de ces efforts, poursuivit avec persévérance la résurrection des émaux de Limoges. Dans les deux livres qu’il a écrits, sur L'émail des peintres , et Les Vieux arts du feu , il se montre praticien habile autant que littérateur élégant. Dès lors, l’élan était donné. On vit des artistes comme Frédéric de Courcy, Alfred Meyer, Charles Lepec, Taxile Doat, s’adonner à cet art avec passion, et y faire preuve de qualités remarquables, soit dans des portraits, soit dans des plaques d’ornement destinées à être incrustées dans des meubles.

Deux causes contribuèrent principalement à ce résullat : d’abord le goût de la collection répandu alors avec fureur et qui poussa les amateurs à recueillir les épaves du passé, les vieux émaux de toutes les époques, et à favoriser l’imitation et les copies plus ou moins bien faites des antiques chefs-d’œuvre. Un fabricant, M. Soyer, se fit une spécialité de ce genre de travail et exécuta tant bien que mal un grand nombre de pastiches des émaux de la Renaissance qui, pendant plusieurs années, et jusque vers 1880, suffirent aux collectionneurs pour se donner l’illusion de posséder des œuvres originales, lesquelles devinrent rarissimes, et se payèrent au poids de l’or. Il y eut à Paris plusieurs ateliers clandestins où, très habilement, on se mit à produire ainsi de faux émaux vendus comme authentiques à de riches mécènes. Ce fut de cette façon qu’on préluda au réveil de l’art de l’émail. On commença à pasticher avec timidité avant de se lancer franchement et au grand jour dans une production originale. On se rendit maître peu à peu des procédés d’autrefois avant d’oser entreprendre des œuvres d’un caractère moderne, comme celles que nous voyons aujourd’hui, où l’habileté des ouvriers se traduit par la liberté des méthodes.

L’autre cause, non moins remarquable, qui donna à l’émail, sous le second Empire, un puissant élan, ce fut l’engouement qui se manifesta dans le public pour les arts orientaux, et surtout pour l’art Japonais. On resta ébloui devant la merveilleuse adresse des artistes du Nippon a décorer les bronzes, les vases, les plateaux, les pièces d'orfèvrerie, d’émaux cloisonnés du plus somptueux éclat, et de la plus surprenante exécution. En France, les bronziers et les orfèvres commencèrent dès lors à s’inspirer de ces magnifiques travaux.

9me partie : l’art et l’émail

Barbedienne créa dans ses usines de bronze, un atelier spécial d’émaillage.

11 lit décorer des meubles avec des panneaux d’émail exécutés par

Fig. lo3. — F. Tliesmar: Potiche en porcelaine tendre décorée d’émaux.

M. de Serres, un artiste de premier ordre, Tliesmar , placé à la tête de cet atelier consacra pendant plusieurs années tous ses efforts à retrouver les secrets des émaux cloisonnés du Japon.

Quelques-unes de ses œuvres, exposées aux Salons, telles que, un faisan doré et un canard volant obtinrent le plus vif succès. La nuance des émaux en teintes dégradées, le fondu des couleurs arrivaient presque à donner l’illusion des belles œuvres du Japon dans ce môme genre. Thesmar ne devait pas rester sur ces essais, bientôt après abandonnant le travail de l’émail cloisonné, il s’adonna aux recherches des émaux translucides où il arriva à la virtuosité la plus extraordinaire. Ses tasses, ses soucoupes, décorées de fleurs et d’ornements que la lumière traverse en faisant scintiller les couleurs diaprées de l’émail, sont des œuvres uniques dans leur genre, et telles que l’antiquité ni

aucune époque d'art n’en a produit de semblables. La technique en est des plus remarquables. Pour exécuter ces petites merveilles, l’artiste doit d’abord former pour ainsi dire la carcasse de l’objet, au moyen de fils d’or rigides patiemment assemblés et présentant la silhouette des ornements. Les vides laissés entre les fils d’or sont ensuite remplis par l’émail qui dissimule ce réseau métallique emprisonné ainsi dans ce vêtement brillant.

L’objet doit passer au feu autant de fois qu’il comporte de couleurs différentes et l’on imagine de quels soins un pareil travail doit être en-

Fig. loi. — F. Thesmar: Petite tasso en émail translucide cloisonnée d’or.

touré avant que l’exécution soit complètement achevée. Thesmar a montré à quel degré d’habileté il est parvenu avec une coupe mesurant jusqu’à quarante centimètres de hauteur et que l’on a pu voir dans sa vitrine à l’Exposition de 1900. Il a produit aussi pour des amateurs de Paris et de Londres, quantité de petites coupes d’une richesse et d’une variété de couleurs extraordinaires. Les bleu, les vert, les améthyste, s’y combinent en des harmonies étincelantes. Le même artiste a prouvé en outre que l’émail peut s’appliquer sur la porcelaine tendre et fournir des décors aussi nouveaux que délicats. C’est ainsi qu'il a fait pour la manufacture de Sèvres, plusieurs vases qu’il a revêtus de ces émaux translucides, représentant des glycines, des épis de blé, etc., d'une richesse de tons qui semblent inimitables.

A l’Exposition Universelle de 1889, l’orfèvre Falize reprenant les

9nie partie : l’art et l’émail

traditions de la Renaissance, montra le parti que l’on pouvait tirer de l’application de l’émail à l’orfèvrerie.

Il a d’ailleurs excellemment expliqué lui-même dans son beau rapport sur V orfèvrerie et l3 Exposition de 1889 comment il fut amené à provoquer la rénovation de l’émail par ses applications à l’industrie qu’il a si noblement pratiquée. Il avait eu d’abord recours à l 'émail peint , c’est-à-dire à l’émail employé à la manière limousine, qui, moins que les émaux de basse-taille s’adaptent aux décorations de l’orfèvrerie parce que dans ce procédé le métal disparaît sous l’artitice des couleurs ajoutées à la spatule et modelées dans la pâte. Yoici comment il s’exprime en ce qui concerne ces premiers travaux : « Nous avions exposé plusieurs plaques d 'émail peint... des portraits d’enfants, des plaques sur or, car l’émail peint joue différemment suivant que la plaque de métal est d'or, d’argent ou de cuivre, et l’or fin lui donne une chaleur, une intensité que rien n’égale. Nous avions de Grandliomme une plaque représentant les grèves du Mont Saint-Michel, avec une jolie figure de femme assise parmi les vagues et les blanches mouettes... quelques coupes émaillées présentaient une application rajeunie de l’émaillerie, ce sont des sortes de drageoirs, des tcherkas russes. » Mais, ainsi que le dit Falize, ce sont des émaux de basse-taille, lesquels laissent apparaître le métal sous les glacis de couleurs, qui conviennent vraiment aux décors d’orfèvrerie, c’est celui-là que pratiquèrent autrefois avec tant de succès les orfèvres d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, des Flandres, de l’Angleterre, et surtout de la France, avant que les émailleurs de Limoges, les Perricaud, les Léonard, les Courteys ne vinssent modifier ces méthodes. C’est pourquoi Falize s’attacha avec passion à l’étude des émaux de basse-taille. « Depuis quinze ans, dit-il, je m’essayais à refaire les émaux translucides sur reliefs. J’avais en 1878 montré mes premières tentatives sur or et sur argent... J’ai pris au Louvre mes premières leçons sous la direction de M. Barbet de Jouy , j’ai vu les émaux de Londres, ceux d’Aix-la-Chapelle, ceux d’Orvieto, ceux de Florence, ceux de Munich, les pièces admirables de sir Richard Wallace, de M. Spitzer, du baron A. de Rothschild, et enfin la fameuse coupe du baron Pichon. C’est par l’étude comparée de tous ces émaux célèbres que je crois avoir rendu à l’art de l’orfèvrerie française un procédé d’émail perdu depuis trois cents ans, et qui avait fait sa gloire la plus incontestée. » Parmi les plus beaux travaux d’émail exposés par Falize en 1889, il faut citer deux grandes plaques d’or reproduisant par la couleur les tapisseries de Sens, un autre émail commandé par le musée

de Saint-Pétersbourg, et un vase de cristal, dit vase sassanide , autour duquel une ceinture d’or décorée avec les divers procédés de l’émaillerie — émail cloisonné, émail champlevé, émail à taille d'épargne, émail translucide sur relief, et émail à jour — raconte l’histoire d’un roi persan au vic siècle, ses chasses, et ses guerres. Les collaborateurs de Falize dans ces travaux d’un si grand intérêt lurent, outre Grandhomme, les émailleurs Pye, Houillon, Tourrette et Routhier.

L’effort de Falize n’a pas été perdu et, à sa suite, la plupart des or¬

fèvres parisiens, s'empressèrent de recourir à l'émail pour ajouter son éclat à la parure de leurs œuvres. La maison Christofle, qui s’était, dès la première heure, signalée par les émaux cloisonnés imités du Japon, et appliqués sur des vases et des jardinières de métal, même sur des meubles, ne persévéra pas dans cette voie en poussant ses recherches jusqu’à l’emploi des émaux d’épargne, mais Boucheron, Yéver, Froment-Meurice, dans des œuvres d’une rare préciosité, s’y essayèrent et réussirent. Les orfèvres religieux, et au premier rang, Armand Calliat, exécutèrent des ostensoirs, des calices, des reliquaires ornés d’émaux de basse-taille qui peuvent rivaliser avec les plus parfaites œuvres d’autrefois. Grandhomme a fourni à la maison Poussielgue- Russand des tableaux d’autel d’une exécution magistrale. De 1889 à 1900, on peut dire qu’un pas considérable a été fait dans la voie du progrès. Des artistes de mérite se sont joints à ceux que nous avons déjà nommés, et sont devenus les collaborateurs attitrés des orfèvres, ayant leur individualité et donnant leur note personnelle. Si M. Grandhomme reste, après Thesmar, la personnalité la plus en vue, parmi les émailleurs, MM. Tourrette, Georges- Jean, Hirtz, Feuillàtre, et quelques a utres voient aussi leur réputation grandir et s'affirment chaque jour davantage par des qualités personnelles. Chacun s’applique à se

9,ne partie : l’art et l’émail

créer une palette de nuances subtiles et rares pouvant se combiner avec le métal. Certaines couleurs, comme le rouge, par exemple, ne tiennent pas sur l’argent. Il s’agit donc pour un émailleur, de se faire une tech-

Fig. 4o6. — Email exécuté par MM. Grandhomme et Garnier pour la décoration d’un vase

nique, d’inventer des procédés, de combiner des oxydes, d imaginer des formules pour obtenir les gammes de tons se prêtant aux décors de toutes sortes. Ainsi faisaient jadis les peintres qui fabriquaient euxmêmes les couleurs dont ils usaient.

A l’Exposition de 1900 on a pu se rendre compte que l’exemple donné parla France relativement à l’emploi de l’émail en orfèvrerie avait porté ses fruits. Beaucoup d’orfèvres étrangers, en Allemagne, en Russie, dans les Pays-Bas, les Etats-Unis commencent eux aussi, à décorer leurs œuvres par les procédés d’émaillage préconisés, et remis en honneur par Falize. Certains pays, tels que la Russie, ont toujours gardé cette tradition, et les iconostases des églises de Saint-Pétersbourg ou de Moscou témoignent de l’habileté des orfèvres russes en ce genre. Mais la pratique de l’émail se développe et s’affine. L’orfèvre russe Fabergé a exposé des œuvres ravissantes exécutées pour la famille impériale et d’un modernisme absolu. D’autre part, en Allemagne l’art de l’émail apparaît avec

des tendances toutes nouvelles dans certaines pièces d’orfèvrerie où l’on sent l’influence française des Thesmar et des Grandhomme.

Dans le bijou, l’émail avait été employé à diverses reprises durant le xixe siècle. Sous le régne de Louisriiilippe, Froment-Meurice, dans son effort pour ressusciter l’art de la Renaissance, n’avait pas négligé l’imitation de ces jolis bijoux, broches, bagues, pendant d’oreilles, couverts d’émaux opaques de diverses couleurs, qui furent à la mode sous Henri II et au temps des Médicis.

A sa suite, Falize poussa plus loin, avec une érudition impeccable, ses recherches dans ce sens, et il fut singulièrement aidé dans cette voie par un artiste nommé Garnier, qui n’a pas à beaucoup près la réputation qu’il mérite, et qui est mort récemment.

C’est lui, notamment, qui a exécuté les ravissantes broches exposées par les frères Falize en 1900 et représentant avec des personnages minuscules, des scènes d’une grâce antique. Je rappellerai notamment une broche Saint-Georges , qui semble inspirée d’un dessin d’Albert Durer et que l’on peut considérer comme un petit chef-d’œuvre. Ici l’émail n’a plus l’éclat et les vivacités qu’on lui voit dans les œuvres de Thesmar ; il est opaque et recouvre seulement, de sa pâte à peine colorée, les figurines ciselées dans le métal, les animant ainsi du charme de la couleur. Un amateur des plus distingués M. Corroyer, a fait exécuter avec ce même procédé, par l’émail» leur Grandhomme, un service de toilette, exposé par la maison Boucheron, en 1900. Les pièces en sont décorées de personnages et d’ornements en très léger relief obtenu par cet émail opaque.

Faut-il nous arrêter ici, aux descriptions des admirables bijoux de Lalique, dans lesquels l’émail joue un rôle si important, et on peut le dire si inattendu ?

Fig. lu 7 — Broche: Fruit, perles ot émaux, par Froment-Meurice.

Ü1I1C PARUE : l’art et l’émail

Laliq-ue, (j ni montre une originalité géniale dans le maniement des matériaux qu’il emploie, est allé jusqu’à l’excès peut-être, en cherchant de véritables effets de peinture au moyen de l'émail. Il ne craint pas par exemple, dans une broche ou un pendentif, figurant une femme qui fuit à travers une forêt, de recouvrir d’émaux les arbres chargés de

Fig. I08 — R. Lalique : Figure émail, dans un cadre émaillé

mousses. Il peint de même, quantité d’autres sujets. Malheureusement ses imitateurs n’ont pas son goût et sa mesure. Il est à craindre que les bijoux modernes, colorés par des mains trop audacieuses et par des artistes plus soucieux de chercher des effets violents, que des harmonies discrètes, ne tombent dans des exagérations ridicules. L’émail est une ressource, dont il faut user sans abus.

Applications diverses de l’émail.

Nous venons de résumer l’histoire de « l’art de l’émail » proprement dit, c’est-à-dire de l’émail appliqué par les diverses méthodes ci-dessus indiquées. Mais l’émail considéré, d’une façon générale, suivant sa définition, comme « un verre fusible » est employé dans plusieurs autres industries qui en tirent des effets de décors extrêmement variés.

Les peintres verriers, par exemple, se servent souvent de l’émail qu’ils superposent aux verres colorés afin d’obtenir soit des richesses et des éclats de nuances, soit des motifs d’ornements qui ne pourraient être autrement réalisés. Il ‘est vrai d’ajouter que les verrières des belles époques qui décorent les antiques cathédrales, ne donnent guère d’exemples d’émaux de ce genre, lesquels sont réprouvés par les maîtres comme des artifices indignes du grand art des vitraux.

Dans l’industrie de la verrerie, pour les gobelets, les drageoirs, les carafes, flacons, boites, et autres objets de cet ordre, la décoration par l'émail, qui a été pratiquée dès la plus haute antiquité, et surtout chez les arabes et chez les vénitiens avec le plus grand éclat, n’a jamais été complètement abandonnée.

Mais si le procédé ne s’est pas perdu, il s’en faut qu’on l’ait appliqué toujours, depuis un siècle, avec le même goût que jadis.

Il suffit de se rappeler les hideuses ornementations dont sont encore le plus souvent barbouillés certains services de table, des verres ou des coffrets de verre répandus dans le commerce, pour évoquer le lamentable tableau de la décadence d’un art qui a laissé des chefs-d’œuvre. En France, l’émaillage du verre a fait surtout des progrès à partir de la fin du second Empire.

A cette époque, la mode des collections remit en honneur les belles verreries de Venise, si remarquablement émaillées, et les admirables lampes de mosquées des arabes, sur lesquelles sont tracées des motifs de couleur d’un dessin prodigieux. Un ingénieux fabricant de Paris, M. Brocard parvint à reproduire ces chefs-d’œuvre avec une telle fidélité que les plus expérimentés connaisseurs prirent souvent ses copies pour des œuvres authentiques. M. Brocard, qui trouva notamment le

9rae PARTIE : APPLICATIONS DE l’ÉMAIL

moyen de faire sur le verre des applications d’or d’un effet extrêmement curieux, exécuta des décors qui sont de véritables tours de force. Cependant, il ne parvint pas à donner de l’extension à ce genre, et resta confiné dans l’imitation des œuvres orientales. Ce fut Emile Gallé, le grand artiste de Nancy, qui contribua le plus brillamment à renouveler par l’émail le décor des objets de verre désignés sous le nom de goboletterie.

Dés 18G5, Emile Gallé dessinait sur le cristal blanc, alors presque exclusivement en faveur, des compositions où se remarque déjà l’observation de la nature : qu'il devait par la suite pousser plus loin encore : graminées, fleurs et plantes, furent émaillées par lui des couleurs les plus gaies. Nombre d’imitateurs essayèrent de le suivre dans cette voie. En Bohême, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, on reprit aussi les traditions de l’ancienne verrerie populaire, illustrée de sujets émaillés. Quelques fabricants exécutèrent dans ce genre des œuvres d’un caractère réellement artistique qu’on a pu voir aux Expositions Universelles de 1889 et 1900. Mais il convient de remarquer que ce genre de décor ne semble plus guère en faveur, et que les gens de goût montrent peu d’enthousiasme pour ces émaux colorés qui tranchent trop durement sur la transparence du cristal et ne forment point corps avec celui-ci. L’émaillage du verre étant abandonné à l’industrialisme courant, il en résulte que les sujets sont trop grossièrement exécutés pour donner de ce genre une idée favorable.

Parlerons-nous de l’émail appliqué à la céramique ? Ce serait vouloir traiter des conditions essentielles de la décoration de cette industrie si importante, et un tel travail est en dehors de notre cadre. Ce que nous devons nous borner à indiquer, c’est que la composition des émaux est différente selon que ceux-ci servent à la porcelaine, à la faïence, au grès, etc. Pour la porcelaine elle-même, les émaux différent, comme l’a démontré Salvetat, selon les engobes dont les pièces sont couvertes, ou selon qu’ils sont appliqués sur engobe ou sur biscuit. C’est parce que les chinois ont pour leurs porcelaines des couvertes plus propres que les nôtres à recevoir des émaux, qu’ils sont arrivés, avec une palette de tons restreints, à obtenir une richesse de nuances bien supérieure. C’est que les couvertes chinoises sont sans doute plus fusibles que chez nous. Dirons-nous aussi comment sont posés les émaux sur les pièces céramiques ? Ils sont appliqués en poudre très tenue, sous une assez forte épaisseur ; l’essence de térébenthine maigre sert de véhicule à l’émail. La décoration se fait naturellement par teintes plates : les

ambres sont produites par le plus ou moins d’épaisseur donnée à la couche d’émail. Enfin, essaierons-nous de donner ici une classification des innombrables émaux employés par les céramistes pour varier les couleurs dont ils disposent ? La tâche serait impossible, car chaque jour le nombre s'en accroît, et la chimie ne cesse de fournir de nouveaux oxydes mettant à la disposition des potiers une palette de plus en plus riche.

Enfin, les émaux s’emploient encore dans la fabrication de la mosaïque qui, depuis trente ans, a été introduite en France où elle a pris un développement remarquable. Ils sont, dans ce cas, désignés aussi sous le nom de smaltes , et leur composition, qui a pour base le cristal, est ordinairement formée de sable (1300), de minium (G00), de nitrate de potasse (60), de fluorure de calcium (300), de carbonate de soude (400) et de groisil (500). La coloration est donnée par des oxydes simples ou mélangés, et l’on arrive à une variété de tons presque infini.

Les ateliers du Vatican, en Italie, en possèdent plus de 26 000. En France, M. Guilbert-Martin, qui, avec l’appui du Gouvernement a fondé un important établissement de mosaïque, dirigé aujourd’hui par son petit-fils, M. René Martin avec beaucoup d’intelligence, en a réuni un nombre non moins considérable. L’émail est fondu sous forme de galettes de 10 à 15 cm de diamètre sur 1 à 3 cm d’épaisseur qui sont ensuite découpées en petits cubes réguliers, en les posant à plat sur un découpoir et en les frappant d’un coup sec. C’est avec ces cubes que les mosaïstes composent ensuite leurs dessins, en choisissant, au furet à mesure de leur travail, le cube de la nuance nécessaire, comme ferait un tapissier changeant la couleur de ses laines.

Les beaux travaux exécutés en mosaïque d’émail depuis vingt ans par M. Guilbert-Martin témoignent de la vitalité dans notre pays de cette industrie qui n’y a été introduite qu’en 1868 par l’architecte Ch. Garnier pour la décoration du foyer du nouvel Opéra. Jusqu’alors elle avait été l’apanage exclusif de l’Italie.

Les Chinois semblent avoir connu l’art de Fémaillerie presque en même temps que celui de la porcelaine : ils y ont mis la même adresse surprenante, les mêmes qualités d’élégance et de variété. Leurs émaux cloisonnés, champlevés, leurs émaux-porcelaines , ou émaux peints, sont à la hauteur de leurs poteries les plus parfaites. Les Japonais ont également pratiqué l’art de l’émail ; mais leurs émaux cloisonnés (dont le chef-d’œuvre en Europe est une fontaine du musée vert à Dresde) ne

9me PARTIE : APPLICATIONS DE l’ÉMAIL

souffrent pas la comparaison avec les cloisonnés chinois : leurs émaux translucides sur fonds d’or sont en revanche très remarquables.

Fig. 459. — Guilbert Martin : Figure de Faune, mosaïque d’émail.

Depuis quatre cents ans les Chinois ont développé l’industrie de la porcelaine et de l’émail au point d’être considérés — môme en Europe — comme des artistes incomparables. Et cependant dans les milieux techniques aussi bien que dans le grand public, ces maitres-émailleurs passaient, jusqu’à ces derniers temps, pour ignorer les procédés de fabrication du verre.

Les récentes enquêtes de M. de Brandt (1898) et de M. Jules Duckerts (1899), ont montré que les Célestes connaissent depuis un temps immémorial l’industrie du verre.

Dès la plus haute antiquité les Chinois fabriquaient le verre colorié^ et ceci s’explique par la prédestination marquée des Orientaux pour les nuances vives que le regard observe dans la nature.

M. de Brandt a retrouvé, au cours de son récent voyage (1898), des fragments de véritables verrières opaques, présentant les nuances suivantes: rouge, bleu, jaune, vert et violet. Il est incontestable que ces

verrières remontent à une époque très ancienne. Les Célestes de nos jours produisent, avec les procédés que leur a légué la tradition, les tons suivants : bleu de turquoise, vert-pré, jaune-ocre, noir, violet, rouge-incarnat, blanc, vert foncé, bleu foncé et rouge pourpre.

Les verriers chinois sont des maîtres en Part de marier les nuances, et surtout supérieurs dans Limitation des pierres précieuses, comme l’agate, la malachite, le lapis lazzuli. Le verre transparent coloré en bleu vert ou rouge n’est pas très apprécié. Les nuances qui se rapprochent de l’opale et du rubis comptent parmi les productions les plus remarquables de la verrerie chinoise.

Celle-ci offre à l’étranger deux spécialités bien intéressantes : le verre de « riz » et le verre « cassé ». Le secret de fabrication de ces deux types de produits est si bien gardé qu’aucun voyageur n’a pu encore le surprendre.

Le verre « de riz » est incolore, sans transparence, parsemé de petits points blancs opaques, qui rappellent à s’y méprendre les grains de riz, d’où le nom de verre « de riz » donné à cette qualité de verre.

Le verre « cassé » est blanc ou coloré, à surface polie, strié à l’intérieur et présentant de petits sillons brillants absolument semblables aux annelures ou anneaux de vers morcelés en plusieurs parties.

On ne souffle le verre, en Chine, que depuis fort peu d’années, et c'est aux missionnaires français que les Célestes sont redevables de ce progrès. Auparavant on faisait fuser la matière dans des récipients en terre, on la laissait refroidir et on la travaillait ensuite pour lui donner la forme désirée. Aussi la plupart des objets en verre que vendent les Célestes, sont-ils lourds, massifs et grossiers, en dehors de quelques œuvres vraiment artistiques.

Les Chinois fabriquent en verre une masse d’objets pour lesquels nous employons les métaux, notamment les bijoux, les anneaux, les bagues, les bracelets, boucles d’oreille, boucles pour ceintures, boutons, épingles à cheveux, tasses à thé, ornements pour chapeaux, joujoux pour enfants, cloches et clochettes ; mais surtout les tuyaux de pipe et jusqu’à des coffrets et boites à bibelots. Tous ces articles sont fabriqués d’une seule venue. Pour obtenir ce résultat, l’ouvrier laisse couler le verre en fusion dans un moule en terre qui a autant que possible la forme de l’objet désiré. Il laisse refroidir et se livre ensuite à un polissage complet jusqu’à ce qu'il se rapproche absolument du modèle placé sous ses yeux.

9me PARTIE : APPLICATIONS DE l’ÉMAIL

Souvent aussi le moule est tellement parfait qu’il n’y a pas lieu de recourir au polissage.

Parfois l’extérieur des flacons ou bouteilles est orné de facettes colorées. Il en est de même des poignées et des pieds.

On grave le verre avec le diamant. L’ouvrier trace des dessins avec une pointe en diamant, et il enduit ensuite les tracés ainsi obtenus des diverses couleurs nécessaires à sa composition. Quelquefois — mais rarement — la décoration est en relief, comme pour la porcelaine. Dans ce cas, les ornements sont généralement des Heurs, des feuilles, des plantes dont le dessin est « coulé » sur le verre peint. Enfin d’autres ornements peuvent être taillés à facettes.

Les Célestes sont passés maîtres en l’art de tailler des facettes et leurs produits sont de beaucoup supérieurs à ceux de l'industrie européenne.

Le verre peint à la surface ne se taille pas. On taille seulement le verre avant la fusion. Lorsque le verre est coloré intérieurement en plusieurs tons, on le taille de manière que la dernière nuance, celle qui a été fixée après toutes les autres, serve de « fond » à la décoration entière. Si les couches de couleur sont étagées, on peut varier les nuances en taillant les couches supérieures en bloc ou séparément. Les couches supérieures laissent alors pénétrer plus ou moins la couleur du fond.

Un autre procédé très délicat consiste à superposer plusieurs couches de verres de couleurs différentes sur la pièce qu’on désire orner. On obtient, après un travail long et patient, ces « chinoiseries » qui font l’admiration des visiteurs chez les marchands de Hongkong et de Shanghaï. C'est par ces procédés divers que le Céleste arrive à créer ces « microcosmes » où s’agitent, remuent et vivent plusieurs mondes en raccourci.

Les vases en verre atteignent rarement plus de 30 cm de hauteur. Les autres produits des verriers chinois sont : des bouteilles avec ou sans pieds, et de toute forme, des flacons reproduisant les fruits de la terre : pommes, noix, poires, etc., et les animaux symboliques: dragons, etc.

Mais ce qui a frappé le plus M. de Brandt, c’est une tabatière en verre que les Célestes appellent benoîtement « boite à priser » et qui porte un bouchon muni d’une petite cuiller pour puiser le tabac (car les Chinois prisent beaucoup, s’il faut en croire M. de Brandt).

Ajoutons que les divers articles que nous venons d’énumérer

portent toujours une marque spéciale indiquant la date de la fabrication.

L’industrie du verre en Chine était à son apogée au xvni0 siècle. Elle est encore considérablement développée pendant le cours de ce siècle.

Il existe des verreries importantes dans la province du Sze-Tchouan, notamment à Tchoung-King. Il en existe aussi à Pékin. Le Shantung fabrique une qualité de verre brut que l’on travaille dans les verreries de Tuking, Pékin et Kuantang.

Néanmoins nous devons reconnaître en terminant que la fabrication moderne a sensiblement diminué depuis cinquante ans. Il y aurait là pour nos industries d’Europe de fructueux éléments à mettre en valeur.

Des Persans nous ne possédons qu’un spécimen de leur fabrication, la coupe de notre bibliothèque nationale. On croit généralement que c'est par la Perse qu’est arrivée au vie siècle, à Byzance, la pratique de l’art de l’émaillerie, M. Bing possède deux plats encuivre émaillé, c’est là une sorte de transformation de l’ancien procédé de cloisonnage. Ces plats qui sont du xvnc siècle ont ceci de curieux que le cloisonné a dû être obtenu par repoussé. Travail difficile, dénotant une habileté consommée. Le bleu et le vert clair dominent dans ces émaux et sont d’une pureté, d’une harmonie, d’une fraîcheur de tons remarquables.

9me PARTIE : APPLICATIONS INDUSTRIELLES DE L’ÉMAIL

Applications industrielles de l’émail.

L'art du vitrail a subi des phases de grandeur, de décadence, de renaissance, et maintenant cet art [s’est vulgarisé, s’est transformé en partie. Ses applications aux usages domestiques, à l’habitation, exigent des fabrications nouvelles, plus économiques et ce que l’art perd est compensé en partie par l’utilité des nouvelles applications.

Il en est de mêmejpour l’émail.

Emaillage des métaux communs.

L’application des émaux sur les métaux communs doit répondre au double but de protéger la surface de l’objet contre l’oxydation et en môme temps de concourir à la décoration.

Emaillage de la tôle. — La tôle est bien décapée dans une solution étendue et chaude d’acide sulfurique. Après séchage on en saupoudre la surface avec un émail transparent assez fusible dit « contre oxyde » , dont on opère la fusion en portant l’objet au moufle.

L’émail véritable est ensuite fixé sur ce contre oxyde.

Fonte moulée émaillée. — Le principal foyer industriel de l’émaillage de la fonte est l’établissement du « familistère » de Guise, dans l’Aisne, fondé par M. Godin-Lemaire. Là on avait d’abord essayé d’opérer comme pour la tôle, mais le contre-oxyde s’écaillant, se soulevant, par suite de la combustion du carbone contenu dans la fonte on dut renoncer à cette façon de faire.

On porte au rouge l’objet à émailler, puis on le saupoudre alors d’un émail très fusible dont la fusion est ensuite complétée au four.

Emaillage intérieur des objets de cuisine. — L’émail n’est pas appliqué directement sur le métal, mais bien sur un enduit dont on recouvre préalablement l’intérieur de l’objet.

Cet enduit s’obtient en fondant ensemble un mélange de sable, de terre de pipe, de carbonate de soude et de borax.

Avec cette sorte de verre réduit en poudre impalpable et gâché clair avec de l’eau, on fait une barbotine que l’on verse dans l’intérieur de l ’objet à émailler. On fait écouler l’excès et on sèche à l’étuve pendant

vingt-quatre lieures. On porte alors au moufle pour amener la fusion et l’adhérence de l'enduit.

C’est cette poterie extérieure qui est ensuite recouverte d’une barbotine d’émail que l’on cuit comme précédemment.

Verre émaillé. — Sur l’objet à émailler on dispose une barbotine d’émail faite à l'eau gommée; après dessiccation on cuit après avoir enlevé l’émail aux endroits qui doivent rester transparents. Pour la fabrication industrielle d’objets en verre émaillés avec réserve de parties claires, on procède d’une façon plus rapide à l’enlevage de l'émail. On se sert d’un pochoir qui est constitué par une feuille de cuivre découpée suivant le dessin. Quand l’émail a été appliqué avec l’eau gommée, on place le pochoir sur la feuille ou l’objet en verre, et on frotte ensuite avec une brosse. L’émail se trouve enlevé là on le pochoir est vide on a un dessin transparent sur fond mat. Pour les grandes feuilles, on déplace le pochoir en en fixant la position par des points de repère.

Emaillage avec dentelle. — On met une couche d’eau gommée sur la lame de verre ; on sèche et on dépose sur cette lame un carré de dentelle représentant le dessin que l’on veut obtenir. Cette dentelle est maintenue par un cadre dont elle forme le fond.

On place le tout dans une cage fermée dans laquelle on injecte de la poussière d’émail, qui tombe peu à peu et s’applique aux endroits non recouverts par la dentelle.

On enlève ensuite cette dernière, et on porte la lame de verre dans une étuve où passe de la vapeur d’eau qui, délayant la gomme, rend l’émail adhérent.

On peut alors facilement transporter la plaque de verre au moufle sans craindre de gâter le dessin.

On a fait aussi des reproductions d’émaux anciens en choisissant comme supports des verres de qualité inférieure, car les verres ordinaires sont trop clairs, trop limpides, et laissent trop facilement passer la lumière.

Applications d’émaux sur étoffes.

(Procédé Parvillé)

Ce procédé d’application d’émaux sur étoffes est caractérisé par les opérations suivantes :

9me PARTIE : APPLICATIONS INDUSTRIELLES DE L’ÉMAIL

1° Préparation des émaux ;

2° Préparation du tissu spécial destiné à les recevoir ; 3° Application des émaux sur le tissu préparé.

1° Préparation des émaux.

On se sert d’un carreau de faïence fine, on le recouvre d’une légère couche de craie. On a reporté à la manière ordinaire le dessin ou exécuté la pose, comme le céramiste, des émaux finement broyés, en ayant soin d’observer entre les différents tons un léger intervalle, afin d’empêcher leur réunion sous l’action du feu. Après la cuisson, qui peut avoir lieu à moufles ouverts, comme pour l’émail, sur le cuivre, les émaux se détachent d’eux-mêmes de leur support. Un lavage à l’eau acidulée enlève la chaux adhérente, puis on termine par un lavage à grande eau et un séchage (').

2° Préparation du tissu spécial.

La satinette, ou toute autre étoffe de couleur appropriée au tissu à décorer, peut convenir à la préparation spéciale. Cette satinette est enduite, jusqu’à complète imperméabilité, de plusieurs couches successives d’une solution obtenue en faisant dissoudre jusqu’à dissolution complète du caoutchouc-para dans la benzine, de manière à avoir une liqueur sirupeuse ; on laisse ensuite sécher l’étoffe ainsi préparée.

3° Application des émaux.

Les émaux sont ensuite collés sur le tissu préparé ; ce collage s’effectue avec la même dissolution que ci-dessus, mais beaucoup plus concentrée, presque à l’état pâteux. On a soin de laisser entre les émaux constituant les éléments d’un même motif un espace d’environ un millimètre. On découpe alors sur leur pourtour extérieur, à la main ou à l’emporte-pièce, les différents motifs, en conservant ce même intervalle entre chaque élément à décorer, comme pour un soutachage.

Les motifs, ou fragments de motifs, sont alors cousus et sertis d’un fil d’or ou de soie qui complète l’ornementation générale.

(1)J. Henrivaux : Le Verre et le Cristal , 1 vol. fort in-8° : avec atlas. - Dunod -1897.

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