PARTIE I LA VERRERIE P ART
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Fig. 163. Fig. 161.
mandres, les animaux inconnus de la mer. Mais le plus souvent, l’illustration de son thème s’opère à l’aide d’une plante symbolique, reproduite dans la vérité de ses coloris et la poésie de ses attitudes. A l’aide de tous les prestiges de la lumière, de tous les passages et les nuances des couleurs rompues et transparentes, il réussit à créer, à l’entour de ces acteurs principaux, le chardon, la fleur de passion, le blé, l’algue, la fleur sanglante du Cap, une ambiance de l’atmosphère, de la saison, de l’heure, matin, soir, nuit, printemps, automne, des impressions de joie ou de mélancolie.
C’est Michelet, je crois, qui a si justement remarqué que la peinture, si habile soit-elle, est impuissante à rendre l’aspect réel des choses et la vérité splendide de la couleur vivante. Elle donne bien le dessin d’une fleur, mais ce n’est qu’une forme inerte ; elle indique bien ses nuances, mais ce ne sont que des teintes plates, quoi qu’on fasse, et qui n’en rendent point l’onctueuse douceur, la souplesse, la tiède émotion. Les émaux eux-mêmes, trop luisants, traduisent avec des duretés cette molle et tendre créature qu’est la fleur. Avec les verreries marquetées d’Emile Gallé, la traduction est devenue possible. Un écrivain de talent, M. de la Sizeranne, a excellemment exprimé cette vertu particulière des œuvres du maître de Nancy dans une page sur l’Art à l’Exposition de 1900 , que je demande la permission de reproduire ici :
« Regardez, dit-il, la vitrine intitulée : l’Ame de l’eau , cette couleur en suspension dans la mer que la peinture ou l’émail seuls ne pourraient donner, la voici en suspension dans le cristal. Contemplez le vase des Hippocampes où vous lirez ce vers de Baudelaire :
C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes.
« Maintes et maintes pâtes colorées ont été juxtaposées parle verrier sur la masse chauffée à blanc que lui tendait le souffleur. De sa pince de fer, il appliqua les lambeaux de verre colorés pour figurer les algues, les coquilles, les hippocampes montant vers la surface. Et tout cela, cent fois, est rentré dans le feu. Refroidie et mise entre les mains du graveur, chacune de ces formes a ôté reprise au touret. serrant du plus prés possible le dessin primitif. De longues journées se sont passées à ce travail scabreux, bourdonnant et subtil. Mais il y a encore dans la nature une ambiance et un fondu qui ne sont pas ici. Dans la mer, l’hippocampe n’apparaît point par dessus l’eau comme ici par dessus le verre, mais dedans. L’eau n’est pas un fond : c’est une enveloppe. L’artiste veut cette enveloppe. Le premier décor qui lui a coûté
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tant de peine, il le rejette au feu, et tout ce décor, il l’enveloppe d’une autre couche de verre épaisse avec la certitude de voiler son travail, et au risque de tout briser. Inquiet, penché vers l’ouvreau du four et le lendemain plus encore, à l’ouverture de la chambre où refroidissent ses verres, l’artiste attend la fortune de son étrange audace. Un cri de joie... Le feu a compris ce qu’on voulait de lui... »
Et le môme écrivain ajoute avec infiniment de raison : « Ce n’est plus là du Murano ni de la Bohême. Ce n’est plus une feuille de verre qui vibre sous l’ongle comme une chanterelle, ni un polype de miroirs qui
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reflète la lumière comme un diamant. On ne cherche plus la limpidité, but suprême des ouvriers d’autrefois, ni la facette, triomphe de ceux d’hier. Le verre n’est plus un transmetteur comme la vitre, ni un écho comme le miroir. Il a lui-même quelque chose à dire, et ce quelque chose, c’est la chanson grave ou tendre ou joyeuse delà couleur ». Avec Emile Gallé, le verre palpite de tous les rêves dont il lui plaît de l’animer ; il garde le reflet fugitif des nuages qui passent, de la mousse qui, lentement, se laisse couler au fond des ruisseaux clairs, des feuilles à peine jaunies qui tournoient sous le vent d’automne, des lueurs d’un crépuscule, de tout ce qui, dans la nature, 11e dure que quelques heures, et dont le rapide mirage ne resterait dans notre esprit qu’à l’état de souvenirs si le verre n’en venait perpétuer les couleurs pour l’enchantement de nos yeux.
Ap rès Emile Gallé, tout ce qui a été tenté dans la Verrerie d’art pa-
rait bien fade et sans grande saveur. Comment suivre, en son vol hardi, ce capricieux poète qui invente et décore avec une si prodigieuse adresse toutes les formes qu’il entrevoit en rêve ! De tels hommes ne sauraient faire école, car le génie n’engendre point l’imitation.
Cependant, il serait injuste de ne point mentionner les méritoires efforts de MM. Daum frères, dont l’usine, également installée à Nancy, produit des verreries qui s’inspirent de celles de Gallé et dont beaucoup sont vraiment remarquables. A l’Exposition de 1900 on a vu quantité de ces œuvres, intéressantes par le dessin et les colorations, qui étaient
classées par séries, selon les procédés techniques avec lesquels sont obtenus les décors. Il est évident que MM. Daum frères ont recours à des artistes de valeur qui sont hantés par le désir d'imiter Gallé. Quant aux procédés de métier qui appartiennent en propre à leur fabrication, ils ne sauraient nous retenir.
A l’Exposition de MM. Daum, et à celle de divers autres producteurs, notamment de M. Christian , de MM. Burcjem et Ci0 (brevet allemand), nous retrouvons des verres doubles qui se distinguent de ceux faits au xvue siècle en Bohème, par ce fait que le décor a été enfermé à chaud et qu’il a lui-même subi plusieurs cuissons,
L’Italie est, peuGen dire, la patrie de la verrerie artistique, Elle p’eu
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a plus le monopole, tant s'en faut, et nos maisons françaises surtout, sont loin d'avoir à redouter le voisinage des maisons italiennes : celles-ci produisent pourtant toujours des pièces remarquables.
Parmi celles qui ont pris part, non sans éclat, à l’Exposition se distinguent particulièrement les verreries Candiani , de Venise, et Fon tana , de Milan.
Le verre concourt maintenant, et cela d’une façon importante, à la décoration de l’ameublement. Nos demeures sont closes en partie et éclairées par le verre. Le mobilier est essentiellement composé d’objets en verre comme il l’est d’objets en bronze, en fer, en cuivre, en bois, en céramique. L’art est donc pour les verriers un maître qui doit être respecté, consulté, et cela afin môme de multiplier les applications de ce magnifique produit.
Les électriciens ont commencé à demander des formes nouvelles, à exiger pour des applications récentes le concours des artistes, et de tous côtés nous assistons aux efforts naissants, dont quelques-uns déjà sont couronnés de succès.
Parmi les verriers qui se sont spécialement occupés de trouver des débouchés nouveaux au point de vue de l’éclairage, nous citerons la maison Appert, puis la verrerie Stumpf Touvier, Violet et Cie de Pantin, dont Touvier est l’âme, étant à notre avis blindes premiers verriers praticiens du moment.
Nous devons citer aussi la verrerie Houdaille et Triquet, de Choisyle-Roi, verrerie reconstruite récemment à la tête de laquelle se trouve un ingénieur électricien, verrier de valeur — M. Triquet — nouveau venu dans cette industrie et qui ne connaissant pas, au début, les difficultés à vaincre, est parvenu à les surmonter en partie, tellement il est vrai que la fortune sourit aux audacieux persévérants.
D’autres industries du mobilier, celle du bronze notamment, a eil recours en ces dernières années à la verrerie pour la création de nouveaux modèles d’appareils d’éclairage.
L’éclairage par l’électricité, plus que tout autre, se prête à des décorations multiples, capricieuses. L’imagination des artistes peut sur ces bases se donner libre carrière et s’il y a un écueil à éviter, c’est la création de modèles trop compliqués, l’artiste tenant à se dégager du passé en voulant créer un genre absolument neuf.
Parmi les lustres et appareils d’éclairage remarqués à l’Exposition de 1900, et depuis, nous citerons d’abord le lustre « Vagues et Sirènes » exposé par M* H. Vian. ... . -
Fig. 469. — Lustre « Vagues et Sirènes », en cristal ol bronze doré,
par M. H. Vian.
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M. Vian (') avait réuni dans un salon ses « compositions modernes », Aux angles, des bouquets, des lys, des chrysanthèmes, aux fleurs lumineuses, sortaient des boiseries pour s'épanouir dans la corniche. Un petit lustre à roseaux et coquilles d’un effet simple et confortable, avec quelques autres ornements garnissaient ce salon et lui donnaient un cachet bien moderne.
M. H. V ian s’était placé, dans son exposition, au point de vue d’un artiste du xvme siècle ayant l’électricité à sa disposition.
Mais on peut envisager le problème à résoudre sous des aspects différents, selon la destination de l’appareil à construire, et selon le milieu dans lequel il est appelé à figurer.
S’il faut éclairer un vestibule, un salon, une salle à manger, ou s’il s’agit de créer une lampe mobile pour bureau, pour cabinet de dame, ou pour tout autre usage, la lumière devant être répartie d’une façon spéciale aux besoins, l’artiste devra varier ses formes en conséquence, là, c’est la torchère qui est indiquée ; ici c’est le lustre, les appliques, etc. Les ampoules électriques peuvent être placées indifféremment de bas en haut, ou de haut en lias, fixées rigidement, laissées mobiles, enfermées dans le calice d’une fleur, sous la forme d’un fruit, dans une boule de cristal, etc.
On peut multiplier à l’infini les combinaisons de décors.
L’éclairage par l’électricité offre à la verve des artistes un champ plus vaste que l’éclairage par le gaz.
Le chef de l’une des plus anciennes et importantes maisons qui se soient consacrées à l’éclairage, M. Gagneau, s’est appliqué à trouver des modèles variés, se rattachant par l’inspiration et l’exécution à nos styles français. Il y avait à remarquer, dans cette exposition, une grande torchère, de M. Rozet. Au milieu de fleurs et de verdure, dans une vasque en treillis de bronze en forme de jardinière, se dresse un fut de marbre, sur lequel s’élèvent trois montants constituant l’architecture de cette torchère. Dans les intervalles, trois femmes, les bras arrondis au-dessus de leurs têtes, portent chacune un panier de fruits lumineux en cristal, et, sur le plateau supérieur, un vase ajouré à cabochons forme cassolette, à flamme de cristal. Ensemble très léger, style Louis XVI.
Puis, du môme Rozet, M. Gagneau a exécuté un lustre original, dans
(1) Les pièces de verre ou de cristal exposées par M. Vian proviennent de la verrerie Houdaille et Triquet, de Choisy-le-Roi. De même que les pièces exécutées pour la maison Rollet.
lequel des branchages de roseaux lumineux, reliés par des rubans, donnent la silhouette générale et laissent entre eux place à quatre coquilles dont le cristal, légèrement teinté, tamise la lumière intérieure.
Nous devons citer encore, dans l’exposition de M. Gagneau, deux lustres électriques, styles Renaissance et Régence, composés par MM. Gallot et Lambert. Puis également, des mêmes artistes, une grande applique « nature » formée d’une vasque avec glaçons, de laquelle s’élancent des tiges de Heurs, d’arums, de lis et de roseaux. Puis deux lampes conçues dans le même esprit, l’une avec muguet, l’autre à roseaux, avec conque en cristal, sertie dans les feuillages, du sculpteur Joindy.
Signalons aussi la torchère originale, à tous points de vue, de M. Piat — La Nature — exécutée par la maison Mottlieau, une applique — Libellule — du même artiste.
Signalons encore, chez M. Soleau, l’éditeur des œuvres de Cliéret, le fabricant distingué, le chercheur infatigable, les guirlandes de perles éclairantes, ses fleurs lumineuses, avec émaux chatoyants ou cristaux irisés qui sont de son invention et sont caractéristiques. M. Soleau sait tirer de ces inventions un parti varié, original, qui font de ses appareils et de ses adaptations à l’éclairage un genre particulier que M. Vivian caractérisait de « lumière architecturale ». En plus de ces motifs qui lui sont particuliers, M. Soleau exposait : un gracieux panier Louis XVI et un lustre dessiné par lui-même, composé d’une vasque en panneaux de cristal, sous laquelle des mascarons crachent des lampes qui dissimulent des chutes de perles formant glaçons. Puis une applique, qui avec des combinaisons de cristaux teintés et de cabochons mêlant leurs couleurs aux ors des bronzes, est d’un effet superbe. Puis encore un reliquaire lumineux, éclairé par des vitraux de couleurs, que portent deux chevaliers.
La maison Colin exposait une fontaine décorative, d allure Louis XV, destinée à un vestibule. Les coquilles formant vasques sont bien petites, mais l’ensemble est brillant, les figures comme les ornements sont d’une exécution parfaite, un bouquet de fleurs électriques sert de motif d’éclairage, l’ensemble fait honneur à l’artiste M. Pain. Puis aussi un joli lustre à paniers de fleurs électriques.
Un spécialiste en éclairage électrique, M. Beau, a exposé une série de lustres qui ont obtenu un grand succès de curiosité. Le sculpteur •J. Dampt a exécuté là une série d'œuvres très simples, de silhouette très arrêtée, avec de grandes fleurs de cristal bizarrement découpées.
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Nous avons, à l’aspect de ce cristal, reconnu la facture du maître Tourner , l’un des meilleurs verriers de l’époque actuelle.
Pour clore cette série déjà longue, il me faudrait citer encore MM. Lacarriére, Blot, Coupri, Lerolle, Millet, Lapointe, Pain et Radonau, Bagués, Houdebine, Vildieu, Renou, Bureau.
Puis les verriers, Stumpf, Touvier, Yiolet, Appert, Landier, Legras, etc. Puis aussi le maître Gallê et tant d'autres. Bronziers, artistes, verriers unissant leurs efforts ont créé une branche nouvelle, importante, pour l’industrie française. Ce que nous avons vu à l’Exposition de 1900, ce que nous avons admiré depuis dans les magasins, les ateliers de nos principaux artistes et fabricants de Paris, nous ont convaincu que là encore le goût français, l’habileté de nos artisans nous assurent toujours le premier rang dans le monde pour cette branche nouvelle de l’industrie de l’ameublement.
La verrerie, la cristallerie ne se sont pas développées uniquement au point de vue de leur adaptation à l’éclairage.
A la dernière Exposition on remarquait entre autres œuvres de la verrerie adaptée au mobilier, un surtout de table, par exemple, exposé par la maison Christofle — U air et Veau. — Ce surtout composé et modelé par le statuaire Rozet supportait des coupes de verre opalin fondu, moulé, chez MM. Appert et constituait une véritable œuvre d’art.
« La bordure est en forme de flots roulant des poissons et des coquillages, des ligures, dont les extrémités inférieures sont plongées dans les eaux, symbolisent les quatre continents baignés par les océans. Elles portent des coquillages lumineux en cristal opalin et mordoré. De la bordure, les flots se soulèvent en une vague lumineuse, dont la crête se brise en écume, et donne naissance à un nuage, figuré par un bloc de cristal opalin, d’où émerge une figure d’ivoire tenant un rameau fleuri .
C’est Flore qui symbolise la vie végétale à la surface du globe.
Mystérieuse, féconde, calme ou terrible, la Mer est l’image grandiose du mouvement, et de la vie qui ne finit pas.
L’Air, à sa surface, aspire et purifie l’eau, qui, sous forme de nuage, va porter sur les continents les rosées bienfaisantes. Neige sur les montagnes. Pluie dans les vallées, l’Eau alimente les lacs, les rivières et les fleuves, et retourne à la Mer, source intarissable de toute vitalité
Au chapitre de l’émail nous avons cité les progrès réalisés par le artistes français, par les Bapst et Falize, Lalique, Thesmar.
A côté de ces grands fabricants de bronze, d’argent, nous devons citer la maison Rollet dont les créations moins artistiques que celles des Vian, des Suau, Gagneau, etc., ne sont pas moins intéressantes en ce sens que plus simples de création et de fabrication plus facile comme montage, ces objets s’adressent à un public plus nombreux et nous voyons là un débouché considérable des objets en verre ou en cristal.
Ces appareils d’éclairage sont pour ainsi dire créés à chaque renouvellement d’année par la maison Rollet et sont exportés en grand nombre, en voici quelques exemples.
Ces multiples modèles figurent dans les jardins, dans les appartements, sur les tables auxquelles elles donnent un aspect féerique, et les étrangers sont très amateurs de ces objets qui agrémentent leurs demeures et leur donnent un aspect de somptuosité qu’ils recherchent et qui est en quelque sorte, la nuit, le complément des somptuosités de leur climat et de leur végétation.
Applications diverses du verre