‹ La verrerie au XXe siècleChapitre 70 sur 83 · FABRICATION DE PLUMES EN VERRE · texte numérisé non relu

FABRICATION DE PLUMES EN VERRE

D’aprcs M. C. Meyrel, français, domicilié à Cordoba (République Argentine), on file et on tisse le verre. On le trempe comme certains métaux et, comme à ceux-ci, on lui communique par une trempe appropriée, tel ou tel degré de dureté d’élasticité, même, « d’incassabilité », etc.

Le verre est inoxydable sauf par quelques rares acides, entre autres l’acide iluorhydrique, aucun corps ne l’attaque. Cette propriété de résister à l’action des acides et d’être rebelle à toute oxydation, fut-il en contact prolongé avec les encres les plus corrosives, rend le verre éminemment convenable à la fabrication des plumes à écrire.

Les différents systèmes de trempe du verre et les procédés de fabrication des plumes métalliques, procédés qui pourraient être, en partie, appliqués à celle des plumes que je nommerai « Hyalines », sont trop connus pour qu’il soit utile d’entreprendre leur description ; cependant il est bon de signaler les opérations qui paraissent devoir conduire à l’application pratique de cette invention.

Il faut :

1° Fabriquer, en feuilles de 1/3 de millimètre d’épaisseur et en carré de 0"‘,35X0m,35 environ un verre ad hoc dans la composition duquel entreraient les éléments colorants, suivant les teintes qui conviendraient

9"'e PARTIE : LA VERRERIE d’aRT

au produit, à moins que l’on ne préfère conserver la transparence ou la translucidité naturelles du verre proprement dit avec son apparence incolore.

2° Introduire successivement chaque feuille ainsi préparée, c’est-àdire de dimensions strictement exactes entre elles après ramollissement convenable au four, entre deux châssis moules en acier, ou peut-être en platine, représentant l’un, par ses cannelures longitudinales et parallèles, le creux de la plume, l’autre, le dos, par ses saillies correspondantes, afin de faire subir au verre, à l’état plastique et à l'aide d’un balancier une pression énergique, mais mesurée, et lui donner la courbure voulue ; puis faire jouer, immédiatement après, les couteaux séparateurs et les poinçons -perceurs ou emporte-pièce dont sera muni le châssis supérieur pour obtenir la section de chaque plume, la forme du bec et le tronc qui doit servir d’arrêt à la fente dont il sera parlé plus loin. \

Après refroidissement l’ouvrière introduira la plume, bec en avant, dans un petit gabarit fixé à un coulisseau glissant entre deux diamants se faisant vis-à-vis, l’un la pointe en haut, l’autre en bas, lesquels en se rapprochant automatiquement, exerceront la pression nécessaire sur le bec de la plume, du trou à l’extrémité de la pointe, lorsque l’ouvrière retirera le coulisseau à elle. Les deux traits supérieur et inférieur, laissés par les diamants, sur le bec de la plume, seront légèrement marqués et ne devront pas produire, d’emblée, la séparation complète du bec sous peine de rupture de l’une ou de l’autre des deux pointes, à leur extrémité, peut-être même des deux pointes en même temps.

4° Ainsi préparées, les plumes subiront un recuit dont le degré est à déterminer, puis elles seront précipitées dans un liquide carburé, huile ou autre. La contraction qui se produira par le passage subit d’une température élevée à une température plus basse provoquera la rupture du verre, à l’endroit sur lequel les deux pointes de diamant auront frotté. D’où la fente.

5° Reste l’aiguisage, qui sera identique à celui de la plume métallique, et la trempe définitive, qui sera déterminée par qui de droit, tant pour le choix et la température du liquide convenable que pour le degré de dureté et d’élasticité à donner à 1’ « hyaline ».

Du reste, je ne doute pas un seul instant que quelques expériences rapides et peu coûteuses dans un laboratoire réservé, n’aient vite rai-

son des appréciations sceptiques qui pourraient s’élever à la lecture de cette description.

L’économie qui résulterait de la substitution d’un sable quartzeux au minerai de fer transformé en acier n’a pas davantage besoin d’être démontrée pour faire ressortir la supériorité qu’obtiendrait sur ses concurrents actuels, le fabricant de plumes de verre ou de cristal.

Le verre peut, par d’innombrables avantages, économiques et autres, être substitué au métal dans la fabrication des plumes à écrire .

La plume « Hyaline » est la plume de l’avenir.

Le calcul démontre que l’équivalent de un mètre cube de verre peut produire, en chiffres ronds, 6.000.000 (six millions) de plumes de dimensions usuelles, comme le type Perry, n° 335, par exemple, et le calcul démontre aussi, mais d’une façon moins péremptoire, les facteurs étant ici moins certains, qu’il faudrait la production de trois mètres cubes de verre, soit dix-huit millions de plumes, pour alimenter la consommation journalière et universelle de ce minuscule et indispensable objet qu’est une plume à écrire. Si je ne suis pas dans le vrai, que l’on me permette de trouver mon excuse dans la difficulté d’établir, même approximativement, une semblable statistique.

Il y a là me semble-t-il, des éléments suffisants pour la création d’une industrie spéciale.

L’Académie des Sciences, dans sa séance publique du 22 décembre 1902, vient de décerner le prix Montyon à M. C. Boucher.

Yoici ce rapport :

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