‹ La verrerie au XXe siècleChapitre 71 sur 83 · C PRIX MONTYON (ARTS INSALUBRES · texte numérisé non relu

C PRIX MONTYON (ARTS INSALUBRES

« (Commissaires : MM. Schlœsing, Moissan, Gautier, Haller;

« Troost, rapporteur.)

« La Commission a attribué le prix à M. Claude Boucher.

« Rapport sur les procédés de ^ fabrication mécanique « des bouteilles , de M. Claude Boucher; par M. Troost.

« La fabrication des bouteilles était, jusque dans ces dernières an- « nées, considérée comme une des industries les plus meurtrières. Lors-

9,ue PARTIE : LA VERRERIE D’ART

« qu’on visitait une verrerie à bouteilles, on était frappé par l’agglomé- « ration d’ouvriers souffleurs, grands garçons et meilleurs, entassés sur « la plate-forme de travail, à côté du four de fusion, dans une atmosphère « suffocante. Ils avaient à peine l’espace pour se mouvoir.

« Les ouvriers chargés de la confection des bouteilles étaient soumis « à un véritable surmenage, du non seulement à la grande rapidité avec « laquelle les bouteilles doivent être façonnées, à la fatigue du souf- « liage, et au poids du verre, auquel s’ajoutait celui de la canne maniée « d’une manière continue, mais aussi aux conditions dans lesquelles ils « travaillaient, obligés de se tenir en permanence à proximité du four « contenant le verre en fusion, dont le rayonnement leur causait à la « longue une grave affection de la vue.

« Il en résultait que, dans les fabriques de bouteilles, les ouvriers ne « pouvaient exercer leur profession que jusqu’à un âge peu avancé.

« A 45 ans, la plupart se trouvaient usés et incapables de continuer « le travail.

« Le recrutement de cette catégorie d’ouvriers était de plus en plus « difficile.

« Frappés de ces inconvénients, un grand nombre d’inventeurs se « sont ingéniés à trouver des procédés permettant de remédier à ce qu’a « d’épuisant ce travail de la préparation et du soufflage de la bouteille.

« Mais les procédés mécaniques imaginés pour éviter aux ouvriers la « fatigue du soufflage à la bouche, et les dangers des graves maladies « contagieuses auxquelles il expose, ne dispensaient pas d’un long ap- « prentissage, pouvant durer 7 à 8 ans ; ils exigeaient toujours une « habileté manuelle s’exerçant dans des conditions particulièrement pé- « nibles ; aussi n’ont-ils qu’imparfaitement répondu au but qu’on se « proposait d’atteindre.

« Il en a été de même de nombreuses inventions destinées à substituer « complètement les moyens mécaniques au travail manuel.

« Le problème a été pour la première fois résolu, d’une manière com- « plète par M. Claude Boucher, maître verrier à Cognac (Charente).

« Il avait commencé à travailler, à l’âge de 10 ans, dans une verreci rie ; mettant à profit les observations journalières qu’il avait pu faire « dans sa longue pratique, il a cherché très judicieusement, et c’est là « une des causes de son succès, à se rapprocher le plus possible, parles « dispositions mécaniques qu’il adoptait, de la succession des opéra- « tions manuelles par lesquelles l’ouvrier façonnait jusqu’alors les boute teilles.

« À la suite de cinq années d'essais et de tâtonnements, il est parvenu « à créer une machine de construction simple et robuste, avec laquelle « les ouvriers arrivent, au bout de quelques jours, à être capables do « fabriquer les bouteilles, les carafes, les bacons et bocaux les plus di- « vers.

« M. Boucher a réalisé ainsi la suppression du long apprentissage,

« jusque-là indispensable.

« De plus, les manipulations pénibles et dangereuses ont été suppri- « mées. L’ouvrier chargé de puiser le verre n’a plus maintenant une « lourde canne, mais une simple tige de fer très légère ; il ne demeure « plus pendant de longues heures dans le voisinage immédiat du four,

« il va porter à la machine le verre qu’il a cueilli, et l’y laisse couler « dans un moule mesureur préalablement porté à une température con- « venable.

« Le mouleur, assis devant sa machine éloignée du four, n’est ni fati- « gué par une atmosphère surchauffée, ni exposé à perdre la vue par la « réverbération du verre en fusion. Après avoir coupé le verre qui dé- « passe le moule mesureur, il n’a plus qu’à agir sur des pédales ou des « manivelles, pour la manœuvre des différents moules où passe succes- « sivement la matière, et pour le réglage de l’air comprimé qu’il em- « ploie, sous deux pressions différentes, suivant les phases de la fabri- « cation de la bouteille.

« L’ouvrier verrier, faisant dorénavant un travail beaucoup moins fati- « gant que par le passé, pourra exercer sa profession jusqu’à un âge « plus avancé. Son salaire n’est d’ailleurs pas diminué grâce à ce que « dans le même temps on fabrique un plus grand nombre de bou- « teilles.

« Le patron y trouve, de son coté, une sécurité plus grande pour l’or- « ganisation de son travail, et, en particulier, au point de vue des « grèves, par suite de la suppression du long apprentissage.

« La machine inventée par M. Boucher fonctionne déjà industrielle- « ment non seulement en France, mais en Belgique, en Espagne, en « Italie et en Amérique.

« Des licences ont été concédées qui permettront son emploi proie chain en Angleterre, en Russie, en Hongrie et au Japon.

« La Société d’encouragement pour l'Industrie nationale a consacré « la valeur de cette invention, au double point de vue de l’industrie et de « l’hygiène des ouvriers, en décernant une médaille d’or à son auteur.

« Le Jury international de la Classe 73 de F Exposition universelle de

9me PARTIE : LA VERRERIE D’ART

« 1900, « reconnaissant à l’unanimité que M. Claude Bouclier a, le pre- » mier, résolu le difficile problème de la fabrication mécanique des bou- » teilles, reconnaissant également l’immense service rendu par cet in- » venteur à l’industrie verrière et à l’hygiène dos ouvriers verriers, lui a » décerné un Grand Prix ».

« Votre Commission est assurée d’entrer dans les vues du fondateur « du prix des Arts insalubres, en vous proposant de décerner le prix « Montyon à M. Claude Boucher.

« Les conclusions de ce rapport sont adoptées par l’Académie ».

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