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LA VERRERIE EN RUSSIE

Les déceptions que certains fabricants belges, puis des fabricants français, ont éprouvées en Russie depuis quelques années nous créent le devoir d’établir ici la situation réelle de la verrerie en Russie ; de cette façon, mieux fixés sur les besoins et sur la production de la Russie, les fabricants franco-belges pourront peut-être mieux étudier la question consistant à s’implanter en Russie, et à ne pas augmenter trop rapidement la production, alors que les besoins, la consommation, ne se sont pas développés parallèlement. Ces renseignements sont les documents officiels publiés à la suite de l’Exposition universelle de 1900 sous le patronage de M. de Kovalevsky, adjoint au Ministre des finances, le Ministre russe le plus influent, qui nous avait déjà donné des renseignements utiles à notre voyage en Russie en février 1901 ; nous sommes heureux de lui en exprimer ici de nouveau toute notre gratitude.

Verrerie

Début de l’industrie du verre; son importance actuelle. Combustible et matière première. Situation technique. Bouteilles: verres de table, fioles de pharmacie et verres de laboratoires: verres de lampes, vitres et glaces. Divers articles en verre.

Il convient de faire remonter à l’année 1635 l’établissement de l’industrie du verre en Russie; c’est, en effet, à l’époque du Tzar Michel Téodorovitch, que le Suédois Elisé Kokht fonda, près de Moscou, la

première fabrique russe de verre. Lorsque le privilège de quinze années accordé à Koklit fut expiré, plusieurs autres verreries furent créées par d’autres industriels aux environs de Moscou, mais ces entreprises nouvelles n’ayant été ni soutenues ni encouragées, elles n’eurent pas de succès et l’extension de l’industrie du verre en Russie fut momentanément arrêtée. Ce n’est qu’au commencement du xvme siècle qu’elle se ranima, lorsque le Tzar Pierre le Grand eut pris à son égard des mesures d’encouragement et que l’on commença à envoyer des ouvriers russes faire leur apprentissage de verriers à l’étranger. Pierre le Grand fonda deux verreries, l’une près de Moscou, l’autre au district de Yambourg, gouvernement de Saint-Pétersbourg, pour lesquelles il fit venir des ouvriers allemands. A partir de ce moment-là et principalement à partir de la deuxième moitié du xvme siècle, la verrerie russe entra dans la voie régulière et indiscontinue du progrès. Les verreries des environs de Moscou consolidèrent leur situation et se multiplièrent. En 1752, Lamonossolf fonda, au district de Kapor, une fabrique pour la fabrication des perles de verre, des jais et d’autres produits. En 1760, Maltsolf fonda une verrerie au gouvernement de Vladimir; en 1764, Bakhmôtieff en fonda une autre au gouvernement de Penza; enfin le Prince Potemkin fonda, près de Saint-Pétersbourg, une fabrique de verre qui, en 1792, devint la Verrerie Impériale; et les verreries allèrent se multipliant.

C’est à peu prés à la même époque que furent fondées les premières verreries de la Sibérie. La principale cause à laquelle est due la naissance de l’industrie du verre en Sibérie, c’est la découverte qui a permis de se servir dans la production du verre des sels sulfates de sodium, dont abondent les lacs salins du pays, et qui sont connus sur les lieux sans le nom de «goudjir» . Un marchand du nom de Chilkin inaugura, en 1781, l’industrie verrière de la Sibérie en utilisant cette matière première et, trois ans après, en 1784, Laksmann, membre de l’Académie, entra dans la même voie; Chilkin avait fondé sa verrerie dans la province de Nertchinsk, Laksman fonda la sienne près d’Irkoutsk. Néanmoins, bien que plusieurs verreries aient été fondées après celle de Chilkin et Laksman, les progrès de l’industrie du verre subirent un long temps d’arrêt ; et jusqu’à ce dernier temps, cette industrie n’avait aucune importance particulière. Vers 1830, on comptait, déjà en Russie, 200 verreries; en 1865 il y en avait 226 produisant pour environ 4.500.000 roubles de verre. Jusqu’en 1880, le nombre des verreries n’augmenta presque pas; en revanche, il est vrai, leur pro-

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duction croissait rapidement; en 1870 la production du verre était estimée à 6.000.000 de roubles; en 1879, elle s’élevait à 7.800.000 roubles; en 1881 à 9.884.000 roubles et, en 1884, elle atteignait environ 10.310.000 roubles. A partir de cette dernière année, avec la production du verre augmente aussi le nombre des verreries; et, en 1890 on comptait déjà en Russie 260 fabriques de verre, dont les produits étaient évalués au total à 11.479.000 roubles. Aujourd’hui, d’après les renseignements statistiques que nous possédons sur l’année 1897, il existe en Russie 294 verreries produisant annuellement, ensemble, pour environ 21.583.000 roubles de verre.

A part l’époque des premiers débuts de l’industrie verrière alors que les verreries étaient principalement établies, pourrions-nous dire, artificiellement, jusqu’en 1890, presque toutes les verreries russes ne furent fondées et se multiplièrent que dans les contrées abondantes en forêts. Aussi cette industrie s’est-elle développée surtout dans certaines régions déterminées.

De nos jours, ces régions sont : la région centrale de l’Est, comprenant les gouvernements de Yladimir et de Riazan ; la région centrale de l’Ouest dont font partie les gouvernements d’Orel et de Smolensk ; et, enfin, la région du Nord, embrassant les gouvernements de Tver, de Havgord, et de Saint-Pétersbourg. Toutes ces régions, couvertes d’immenses forêts, sont relativement peu éloignées des principaux marchés de Moscou, de Nijni-Nowgorod et de Saint-Pétersbourg.

En outre, elles sont desservies par un vaste réseau de voies fluviales, ce n’est que vers 1870 qu’à ces régions verrières sont venues s’ajouter deux autres régions où la verrerie emploie la houille comme combustible ; ce sont : le bassin houiller du Donietz et le groupe des gouvernements formant le royaume de Pologne.

Ces derniers temps, une troisième région s’est formée où la verrerie se sert du naphte comme combustible ; c’est la partie méridionale de la Russie, la région de la mer Caspienne.

Ainsi, jusqu’à ce jour, l’élément essentiel et principal de la verrerie russe, c’est le combustible bois, et ce genre de combustible est en môme temps le plus ancien. Ces temps derniers seulement on s’est mis à se servir, pour la fonte du verre, du charbon de terre, et en fort petite quantité encore, des résidus du naphte. Outre les régions dont nous avons parlé, la houille et les résidus du naphte sont encore employés, dans une certaine mesure, par les verreries des autres régions. Ainsi quelques verreries de la région du Nord emploient la houille, et

deux ou trois verreries des environs de Moscou emploient les résidus de naphte. Enfin quelques verreries du gouvernement de Vladimir et du royaume de Pologne se servent aussi de la tourbe. Les données que nous possédons sur l’année 1890 nous indiquent d’une manière suffisante la nature et la quantité de combustible consumé par les verreries russes. Les 255 verreries allumées au cours de cette année ont brûlé :

Bois . 2.431.000 m3

Charbon de terre . 39.461 t.

Résidus du naphte . 6.502 t.

Tourbe . 10.656 t.

La fondation des verreries, principalement dans les pays abondants en forêts, a eu, dès le début, une importance considérable à l’égard des propriétés et de la qualité des produits de nos verreries. En outre le bon marché des cendres de bois et la possibilité de se procurer ces cendres et, par conséquent, de préparer des carbonates neutres de potasse que l’on en tire, ont eu pour résultat d’amener les verreries russes à produire de préférence un verre de potassium calcaire qui, dans les qualités supérieures, se rapproche du cristal de Bohême.

Outre la cendre de bois et le carbonate neutre de potasse, les autres matières alcalines nécessaires à la fabrication du verre n’ont commencé à se répandre dans les verreries russes que dans la seconde moitié de ce siècle ; et, jusqu’à présent, c’est principalement la soude et le sulfate, sous forme de produits fabriqués et de résidus des fabriques de produits chimiques, que l’on emploie. Parmi les autres matières nécessaires à la fabrication du verre, les fabriques russes emploient le sable rouge et le sable blanc, les grès blancs, la chaux, la craie et, en petite quantité, les silicates naturels. L’emploi des lithargesdanslesfabriques russes est peu répandu ; il n’a lieu que dans fort peu de verreries.

Toutes ces matières premières sont presque sans exception de provenance russe, et môme, dans le plus grand nombre des cas, de provenance locale, sauf la soude et le sulfate qui viennent encore en assez grande quantité de l’étranger.

« L’établissement des verreries russes au milieu de nos contrées fo- « restières n’a pas eu seulement de l’importance au point de vue des « propriétés et de la qualité des verres fabriqués en Russie ; cette cir- « constance n’a pas été non plus sans action sur les procédés techniques « qu’ont adoptés nos verriers. Elle a eu notamment pour effet de con- « tribuer beaucoup à l’émiettement de cette branche d’industrie et à re-

10rae PARTIE : LA VERRERIE EN RUSSIE

« tarder les progrès et le développement de chacune des verreries en « particulier. Le tour de main de nos ouvriers a, il est vrai, rapidement « atteint un haut degré de dextérité, et aujourd’hui, l’habileté des ver- « riers russes est remarcpiable ; dans certains cas, elle atteint à l’art. « Mais l’outillage de la pulpari de nos verreries a été longtemps fort « imparfait, et à ce point de vue, la verrerie russe n’a pu suivre dans la « voie du progrès les autres pays de l’Europe. Ce n’est que depuis 1870 « environ, depuis que des spécialistes instruits se sont voués à l’art du « verrier, que des perfectionnements remarquables se sont introduits « dans nos fabriques ; elles ont pris de l’essor et ont adopté les plus « récents perfectionnements ; depuis lors, la préparation et le traitement « des matériaux n’a plus lieu qu’à l’aide de machines. Mais ce qui im- « porte le plus, c’est que les fours à creusets et les autres fours, chauf- « fés par les moyens ordinaires, ont rapidement fait place à des fours « régénératifs à gaz. Jusque-là, dans les verreries russes, la fonte avait « lieu, presque partout, dans des fours de potiers du type des fours de « Bohême, à chauffage direct; les bois combustibles étaient toujours, il « est vrai, choisis parmi les bois de meilleure qualité. Depuis que les « foyers à gaz se sont répandus il a été possible de mieux utiliser les « bois, et l’emploi comme combustible des bois morts, des branches, « des souches et des buchaillesa eu pour effet, non seulement de rendre « la production du verre meilleur marché, mais aussi de la rendre plus « abondante. Le bon marché du verre et l’extension de la production ont « encore été accrus ces temps derniers, par l’adoption, dans la fabri- « cation des bouteilles, des fours à bassins à action continue.

« Les verreries russes se servent de préférence, pour la construction « de leurs fours, de sable rouge et de sable blanc ainsi que de glaise ré- « fractaire qu’elles font venir de l’intérieur delà Russie et même qu’on « trouve souvent sur les lieux ; ce n’est que pour les pots dans lesquels « est fondu le verre, ainsi que pour les parties de fours les plus dange- « reuses au point de vue de l’incendie, que l’on emploie des glaises « belges, allemandes et anglaises, ainsi que les briques anglaises.

« En ce qui concerne les ouvriers travaillant dans nos verreries, ce « sont pour la plupart des russes d’origine; dans la fabrication des verres « à glaces et la production des verres blancs de Bohême, ainsi que la « fabrication d’articles en verre, on emploie parfois des ouvriers français, « belges, ou autrichiens delà Bohême. Les ouvriers de la verrerie russe « ont depuis longtemps formé une classe spéciale à part, et, le plus « souvent, le verrier russe transmet sa profession de père en fils. La

« verrerie russe occupe aujourd’hui 40.000 ouvriers la plupart adultes ; « on compte dans le nombre, environ 2.000 femmes et moins de 3.000 « enfants au-dessus de 12 ans. »

Les produits des verreries russes peuvent être divisés en sept classes principales, savoir :

La bouteille ;

Le verre de table ;

La b oie de pharmacien et les verres de laboratoire ;

Le verre de lampes ;

Le verre de vitres ;

La glace ;

Et articles divers.

Certaines de ces classes de produits constituent des spécialités fabriquées par certaines verreries. Toutefois, il n’est pas rare de rencontrer des verreries fabriquant à la fois plusieurs classes d’articles.

La fabrication de la bouteille constitue, parla quantité et l’importance de la valeur des produits, la spécialité la plus importante des verreries russes. Aujourd’hui, 110 verreries se livrent spécialement à la fabrication de cet article ; en outre, 25 verreries fabriquent des bouteilles concurremment avec d’autres articles. La production annuelle des bouteilles est de 272 971000 bouteilles valant environ 6 940 000 roubles. Il est produit des bouteilles de toutes qualités, depuis les plus communes en verre foncé, jusqu’à la bouteille de luxe ornée de figures et servant à la mise en bouteilles des eaux-de-vie spéciales et des liqueurs vendues dans les grands magasins de spiritueux. Cependant deux types de bouteilles dominent : la bouteille verte commune servant à la bière, au u Kvas ” et aux vins ; et la bouteille blanche à eau-de-vie qui est fabriquée, en plus grande partie, sur commande de l’Etat pour la Régie des spiritueux, suivant des modèles se rapprochant du type de la bouteille de champagne. Les plus importantes verreries fabriquant des bouteilles sont celles de Kosterofï frères, de Debrovolsky, de Komïssarofï, etc. Les verreries de bouteilles delà Finlande ont également une grande importance, en particulier la verrerie de Pitkaransk, qui produit annuellement 9000000 de bouteilles et qui expédie sa marchandise dans la région du Nord, ainsi que dans les ports de la mer Noire où les bouteilles de cette maison servent au commerce des vins du Caucase et de la Crimée. Dans les verreries de Kosteroff frères, fondées au commencement du siècle, l’art de la bouteille est porté à la perfection artistique ; les marchandises sorties de cette maison sont regardées comme les meilleures au point de vue de

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la qualité et de la forme. La bouteille est vendue à la pièce ; cependant, il est tenu compte également du poids. Le transport des bouteilles a lieu dans des emballages de nattes de tille, ou en tonneaux, ou simplement en wagons sans emballage. La bouteille est vendue, dans les hautes qualités, au même prix que les autres articles en verre, mais les qualités inférieures sont vendues en gros, à des prix minima d’environ 6,2 kopecks par kilogramme. En Russie, la production couvre presque la demande intérieure, il n’est importé que très peu de bouteilles de l’étranger, et cette importation n’a lieu que par les ports de la mer Noire, pour les besoins du commerce des vins du Caucase et de la Crimée.

La production des verres de table et des articles de même nature occupe le quatrième rang d’importance parmi les autres classes d’articles fabriqués par les verreries russes. 24 verreries se livrent spécialement à la production de cet article ; en outre, 34 autres verreries fabriquent des verres de table comme produits accessoires. D’après les derniers renseignements statistiques que nous possédons, la production de cet article est évaluée à 2 091 000 roubles. Il est fabriqué des articles communs et des articles de haute qualité se rapprochant beaucoup des produits des verreries de Baccarat.

La verrerie russe produit des articles de verre blanc et de verre de couleur, des articles soufflés et pressés, unis et taillés, avec et sans dessin. Les principales verreries fabriquant cet article sont : la verrerie de Gousseff, gouvernement de Yladimir, appartenant à M. Nietchaieff- Maetzeff; la verrerie de Diatkoff, gouvernement d’Ozel, appartenant à la Maetzeff ; la verrerie de Gordlitchko, royaume de Pologne ; la verrerie de Sokoloff, gouvernement de Smolensk ; la verrerie des frères Kourgenkoff, à Nagarod, etc.

Presque tous les verres de table sont en verre alcalin calcaire. On ne se sert de verre de plomb que fort peu, et presque uniquement dans la verrerie de Nietchaieff-Maltzeff. La vente des verres de table, comme celle des bouteilles, a lieu à la pièce. Cette marchandise est emballée dans des tonneaux.

Les verres de table communs sont relativement bon marché. Au poids, cette marchandise achetée de première main, en ce qui concerne les verres unis, façonnés, d’une belle blancheur, d’un travail de qualité moyenne, est vendue au prix de 12 à 30 kopecks le kilogramme ; quant aux cristaux unis, façonnés et taillés, ils ne sont pas vendus, en moyenne, plus de 56 kopecks le kilogramme ; enfin, les produits faisant concurrence aux verres unis de Baccarat sont vendus à de plus hauts prix, en-

AU

viron lrb,52k- le kilogramme. Il n’est importé en Russie do verres de> table que les cristaux de plomb des verreries françaises et anglaises, ainsi que les plus hautes qualités de cristaux de Bohême.

La fabrication des verres de laboratoire et de pharmacie qui, par la nature du produit, occupe un rang intermédiaire entre la bouteille et le verre de table, le cède beaucoup par l’importance de la production. Seize verreries se livrent spécialement à cette fabrication et vingt autres fabriquent des verres de laboratoire comme produit accessoire. Il est produit, à l’usage de la pharmacie, des verres de forme et de qualités diverses ainsi que des verres blancs et verts de laboratoire ; la verrerie russe fabrique aussi des vases de grandes dimensions pour les fabriques, de petits et de minces pour les laboratoires. Les principales verreries de cette classe sont : la verrerie Nietcliaieff-Maltzeff, gouvernement de, Vladimir, et la verrerie Dutrois, à Moscou, auxquelles il convient d’ajouter la verrerie de la Compagnie J.-E. Rüting et Cie, à Saint-Pétersbourg, qui est l’usine spéciale et unique fabriquant en Russie des verres fins pour laboratoires. La totalité de la production de ces articles s’élève actuellement à une somme d’environ 1 million de roubles. Les prix de cette classe d’articles dépendent de la qualité du verre : en verre blanc, ces prix se rapprochent de ceux des verres de table de qualité moyenne ; en verre vert, des prix des bouteilles.

Il est fort peu importé de verres de cette classe et l’importation ne comprend presque que des verres de laboratoire de qualité fine. Le verre de lampe, bien que constituant la moins importante des productions des verreries russes, n’en est pas moins une production largement développée, qui, dans beaucoup de cas, est entièrement spécialisée. Sept verreries, appartenant principalement à la région du Nord, fabriquent spécialement le verre de lampe et vingt-deux autres fabriquent cet article concurremment avec d’autres. La valeur de la production de cet article s’élève annuellement à un peu plus d’un demi-million de roubles.

Par l’importance et la valeur de la production, le verre à vitres occupe le second rang et vient immédiatement après la bouteille. Cette branche de la verrerie russe, malgré son importance, lut longtemps moins avancée que l’industrie des vases en verre. Le verre vert et demi-blanc dominaient d’une manière trop exclusive ; quant au verre blanc, y compris le verre dit de Bohême, il n’était produit en Russie qu’en quantité extrêmement limitée ; la demande de cette qualité était couverte par une forte importation belge. Cependant, ces temps derniers.

10rac PARTIE : LA VERRERIE EN RUSSIE

grâce aux tarifs protecteurs, cette production s’est tellement élevée qu’elle a réparé toutes ses pertes précédentes et qu’elle est actuellement en pleine prospérité. A part la protection des tarifs, les succès de cette industrie sont dus à cette circonstance que le système de fabrication en usage en Belgique s’est répandu chez nous. Ces derniers temps, on comptait, en Russie, soixante-dix verreries fabriquant uniquement des verres en feuilles ; douze autres verreries produisaient du verre en feuille, concurremment avec des bouteilles et des vases. La production annuelle de cet article est évaluée à environ 4 380 000 roubles. Les principales verreries fabriquant des verres en feuilles sont : la verrerie de la Compagnie Maltzeff, la verrerie Nietchaieff-Maltzeff et la Société des Verreries du Nord, au gouvernement de Saint-Pétersbourg, Cette production est également très importante à la verrerie de la Société belge, du Donïetz, dans les verreries de Morozolf, au gouvernement de Novgarod, dans les verreries de Sosnovitze et de Tchenstokhov et, en général, dans les gouvernements de l’Ouest. Les verreries russes ne produisent pas seulement le verre à vitres, actuellement elles fabriquent des verres en feuilles de toutes couleurs, des verres étamés et des verres gravés.

La vente des verres en feuilles a lieu principalement en caisses et en demi-caisses d’une capacité déterminée ou en feuilles, suivant une mesure spéciale, dite la « bount ». Le prix du verre en feuilles, dans les qualités supérieures, exprimé en poids, est en moyenne d’environ 2G kopecks le kilogramme ou, en surface, d’environ llb,70k le mètre carré ; les qualités communes valent moitié prix. Il n’est guère importé de l’étranger que des verres blancs de grosse épaisseur.

En Russie, la fabrication des glaces forme deux industries spéciales, celle du verre de glace et de la glace proprement dite, et celle qui ne donne que le tain. Cinq verreries seulement fabriquent des glaces et des verres de glace; ce sont : la Société des Verreries du Nord, gouvernement de Saint-Pétersbourg ; la Société Russo-Belge, au gouvernement de Biazan ; la Société Moscovite, gouvernement de Kolonga ; la verrerie Àméloreng, en Livonie ; la Société Rokkalo, en Finlande.

Le tain est donné par les cinq verreries que nous venons de nommer et par dix autres fabriques, dont la plus importante est la fabrique des frères Offenbacker, de Saint-Pétersbourg. La production annuelle de cet article est évaluée à environ 1 700 000 roubles. C’est particulièrement en ces temps derniers qu’en Russie la production des glaces a pris de l’essor, et l’honneur des progrès réalisés revient surtout à la Société

des Verreries du Nord, qui n’a pas seulement élargi la production, mais encore a considérablement amélioré les procédés et a élevé la fabrication des glaces à la hauteur d’un art. C’est également cette maison qui a introduit dans l’industrie russe la préparation des verres dépolis et des verres dentelles. En Russie, le prix des glaces est encore assez élevé ; toutefois, ces derniers temps, les prix de cette classe d’articles ont considérablement baissé; les prix varient actuellement, suivant les dimensions des glaces, entre 5 et 20 roubles le mètre carré. L’importation de cet article est encore assez importante.

Outre les fabriques dont nous venons de parler, cinquante-deux autres verreries en pleine activité produisent pour environ 4 893 000 roubles de marchandises. Ces dernières fabriquent des produits divers; elles n’ont pas de spécialité et appartiennent, par suite, à la fois à plusieurs des catégories dont il vient d’être parlé.

En terminant cette revue des verreries russes, il convient d’ajouter que, quels que soient les progrès réalisés ces temps derniers, l’importation de l’Autriche, de la France et de l’Allemagne est encore assez considérable. Cette importation s’est élevée, ces dernières années, à un peu moins d’un million, tandis que l’exportation russe pour l’Europe (principalement pour l’Allemagne) et pour l’Asie n’est que de 300 à 450 000 roubles.

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