‹ La verrerie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 21 sur 66 · COMPOSITION ET FABRICATION DES BOUTEILLES · texte numérisé non relu

COMPOSITION ET FABRICATION DES BOUTEILLES

Dans l'impossibilité d'énumérer ici d'une manière absolue les différentes compositions qui servent à la fabrication des bouteilles à vin, car elles varient dans chaque verrerie, mais désirant cependant donner au lecteur une idée des diverses matières dont elles sont le plus souvent faites, nous citons d'après l'ouvrage de M. Bontemps la composition suivante qui, suivant lui, peut être considérée comme une moyenne des compositions en usage aujourd'hui dans les diverses verreries de France.

Sable de rivière 100 parties.

Carbonate de chaux 10 —

Marne calcaire 10 —

Suliate mélangé de chlorure de sodium (sel marin) 6 à 10 —

A quoi on ajoute les fragments de bouteilles cassées. Pour donner une idée de l'importance de cette industrie, il nous suffira de dire que la France seule fabrique par an de cent à cent quinze millions de bouteilles dont la valeur s'élève de quatorze à dix-huit millions de francs.

Quant aux bouteilles à liqueurs généralement en verre de diverses couleurs, leur composition est la môme que celle des verres à vitre, à laquelle on ajoute certains oxydes métalliques donnant la couleur désirée. Du seul exemple suffira pour bien faire comprendre nos paroles. Les bouteilles à vin du Rhin qui se fabriquent en Allemagne et principalement à Saarbruck obtiennent leur belle couleur brun rouge par l'adjonction au verre incolore d'une certaine addition de manganèse.

La composition des bouteilles étant connue, entrons

BOUTEILLES. — BUIHES. — FLACONS. 107

dans la halle et assistons à leur fabrication. Chaque four, généralement de forme carrée, contient huit potées de matière en fusion, et le travail de chacune d'elles est fait par un maître ouvrier, un grand garçon et un gamin, qui, comme on va le voir, ont une occupation bien distincte. Le gamin, armé de sa canne, commence par cueillir dans l'ouvreau un premier verre, puis un second. Cela fait, il passe la canne, ainsi garnie, au grand garçon qui après

Fig.' 20. — Fabrication des bouteilles. — Paraison du verre.

avoir ajouté le verre nécessaire à la confection totale de la bouteille, le roule sur le marbre, le souffle, aplatit la partie inférieure de la bouteille en l'appuyant légèrement sur le marbre, et forme enfin le goulot en tirant doucement la canne à lui.

Cette seconde opération terminée, la bouteille, après avoir été réchauffée à l'ouvreau, passe dans les mains du maître ouvrier qui en soufflant et rectifiant ainsi ce qu'elle peut avoir de difforme finit par lui donner la dimension propre à entrer dans le moule qui est, soit en fer soit en

laiton. Une fois placée dans le moule qu'on ferme, il souffle en tournant la pièce, jusqu'à ce qu'elle ait rempli l'intérieur du moule. Cela fait, il retire la bouteille, la retourne de bas en haut de telle sorte que l'embouchure de la canne, à laquelle la bouteille tient toujours, repose sur le marbre, et alors de sa main droite il enfonce le cul de la bouteille soit avec le manche de la palette, soit avec un instrument spécial. Enfin il prend avec un petit crochet en fer un peu de verre en fusion dont il forme la bague qui se trouve à l'extrémité du col.

Fig. 21. — Moule à bouteilles.

La bouteille étant terminée est remise au gamin qui la porte au four de recuisson où on la détache de la canne, en donnant un petit coup sec sur le milieu de la canne.

Telles sont, à peu de détails près, les diverses opérations que nécessite la fabrication d'une bouteille ordinaire. Aux bouteilles moulées en partie succèdent celles qui le sont entièrement ; telles sont celles employées à contenir le madère, le rhum, etc., etc. Le moule est composé de trois pièces dont lune presque cylindrique forme la panse de la bouteille, tandis que les deux autres s'ouvrant en deux parties forment le dôme et le goulot (fig. 21).

Fig. 22. — Bouteille vénitienne.

THE LIBRARY

OFTHE

UNIVERSITE Of ILLINOIS

La rapidité de fabrication que donne ce moule qui s'ouvre el se ferme au moyen d'une pédale, est telle, qu'une heure su Hit pour faire cent bouteilles.

De toutes les bouteilles, la fabrication de celles dites champenoises, est certainement celle qui demande le plus de soins, car il ne faut pas oublier qu'elles sont appelées à résister à une pression de 25 à 50 atmosphères. Pour arriver à leur donner cette force, il ne suffit pas seulement que le verrre soit plus épais (une bouteille champenoise pèse 1 kilogramme et contient 75 centilitres), mieux affiné et mieux fondu et recuit, il faut encore, et cela demande une grande pratique, que, par son souffle, l'ouvrier lui donne dans toutes ses parties une force supérieure à la pression du liquide.

La France fabrique annuellement de 95 à 100 millions de kilogrammes de bouteilles (le poids approximatif de chaque bouteille ordinaire est de 1 kilogr.) dont 23 millions sont destinés à l'exportation. La Champagne seule en emploie de 10 à 12 millions1.

Tout en admettant les grandes améliorations successivement apportées par l'habileté des verriers modernes dans la fabrication des bouteilles, on peut signaler, suivant nous, trois défauts capitaux: —l'opacité, le manque d'élégance, et l'uniformité désespérante de la forme. Aussi ces défauts, qui du reste étaient sans aucun doute beaucoup plus notables encore autrefois qu'aujourd'hui, engagèrent-ils ces Italiens du seizième siècle, qui en tout et partout cherchaient l'élégance, la couleur et la forme, l'œuvre artistique, en un mot, à bannir de leurs gais festins ces tristes récipients noirs, qu'ils remplacèrent par de

1 De ces 10 à l'2 millions de bouteilles champenoises, combien en est-il, hélas ! qui ne contiennent pas de Champagne ayant vu le jour à Épernay ! ! . . .

splendides bouteilles en verre mince et incolore, décorées, ici d'un léger lacis d'or, là de fines arabesques d'émaux de couleurs, et laissant, grâce à leur transparence, passer les reflets scintillants et colorés de leurs vins généreux (fig. 22).

De notre amour, ou plutôt de notre reconnaissante vénération pour les artistes des temps passés, qui, en vrais et intelligents pionniers, ont ouvert le chemin à tous les arts, à toutes les industries, on aurait grand tort de conclure, qu'indifférent à l'industrie actuelle, nous mettons en doute ses progrès. Savez-vous, lecteur, à qui nous déclarons la guerre? Au mauvais goût — à certains industriels qui l'encouragent — et enfin aux archaïstes qui nient le progrès.

Guerre donc au mauvais goût qui règne trop souvent de nos jours dans toutes les classes de la société, à ce coup d'œil faux qui nomme grâce ce qui n'est qu'afféterie, richesse de coloris ce qui n'est qu'un assemblage plus ou moins monstrueux de couleurs hurlant de se trouver ensemble, originalité ce qui n'est que bizarre !

Guerre encore aux industriels qui, désertant, sans honte, le drapeau de l'art, s'abaissent jusqu'à exploiter le mauvais goût du public !

Quant aux partisans exclusifs de l'archaïsme, et quoique le tort causé par eux soit de toute autre nature, car il prend son origine dans ce qu'il y a de plus noble, le culte des souvenirs, ne doit-on pas les accuser, eux aussi, de conspirer contre l'art industriel moderne, non-seulement en lui déniant tout progrès, mais encore en affirmant sans cesse son infériorité par rapport aux siècles passés?

Et ce serait à notre époque où l'instruction artistique est plus répandue que jamais, où l'habileté de main est arrivée à un degré extraordinaire, où la chimie fournit

des substances d'une qualité bien supérieure à celles employées jadis, que l'industrie serait en décadence! Non, honorons les efforts des anciens, admirateurs fervents de leurs travaux, reconuaissons-les même pour nos maîtres, mais n'oublions jamais que, malgré les progrès que nous leur devons, malgré ceux de tous les travailleurs qui se sont succédé et qui se succéderont de siècles en siècles, il restera toujours à moissonner dans le champ de l'intelli gence; car pour les sciences, pour les arts et pour l'industrie, le seul but qu'on puisse leur assigner est celui que l'homme n'atteindra jamais — la perfection.

Pour prouver que l'art industriel n'a pas dégénéré, nous allons offrir au lecteur le spécimen d'une buire qui, certes, par l'élégance de sa forme, par sa légèreté et par la limpidité extrême de son cristal, sera, nous l'espérons, une preuve convaincante qu'il existe en France certains industriels qui font de nobles efforts pour ramener le goût public vers le beau.

Cette buire (fig. 23), qui certes peut soutenir la comparaison avec telle production italienne que ce soit , savez-vous, lecteur, quelle est sa patrie? — Murano ou la Bohême? — Non, cher lecteur, elle est née tout prosaïquement à la cristallerie de Clichy-la-Garenne en l'an de grâce 1867; et ne croyez pas qu'elle soit fille unique ; elle a des frères et sœurs, tout aussi remarquables qu'elle, et que nous aurons l'honneur de vous présenter en temps et lieu.

Puisque nous avons précédemment décrit le mode de la fabrication des bouteilles ordinaires; occupons-nous maintenant de celui en usage pour les vases ou bouteilles à anse et à pied, car il s'agit de détruire une erreur généralement admise, qui consiste à croire que ces vases s'obtiennent d'un seul jet, au moyen du moulage, tandis que, au contraire, ils exigent trois opérations manuelles dont

114 LESiMERVEILLES DE LA VERRERIE.

chacune répond à l'une des trois parties bien distinctes formant l'ensemble du vase, la panse, le pied et l'anse. C'est en désarticulant pour ainsi dire la buire que nous allons le prouver.

Le dessin du vase étant donné, le verrier, à l'aide de sa canne, prend dans le creuset la quantité de matière qu'il

Fig. 23. — Fabrication de la buire (fig. 2i).

juge nécessaire; il la marbre et la souffle. Dès que la forme (généralement ovoïde) est obtenue, un second ouvrier vient souder à la partie inférieure du vase un morceau de cristal qui, façonné par lui, forme le pied. Le vase, qui ne se compose encore, comme on voit, que de sa panse et de son pied/ayant été réchauffé, reparé, et le col évasé et taillé aux ciseaux1, c'est alors qu'un troisième

* Le verre à l'état malléable se coupe très-facilement avec des ciseaux ordinaires.

Fig. 24. — Bu ire (cristallerie de Clicliy).

THE UBRARY

OFTHÊ

UHIVER5ITY Of IUIN0IS

ouvrier, qui a préparé un tube plein et affectant la forme voulue, vient le coller au corps du verre: c'est l'anse qui complète le vase.

Tel est le mode employé, qui, comme on le voit, est bien différent de ce que suppose l'opinion généralement admise.

Rabelais (livre V), au chapitre intitulé : le Propos des buveurs, met dans la bouche de l'un deux qui, maître en l'art de boire, se connaissait trop bien en bouteilles pour commettre la moindre équivoque, la définition de deux objets qui, quoique bien distincts par leur emploi, sont souvent et à tort toujours pris l'un pour l'autre. Nous voulons parler de la bouteille et du flacon.

(( — Quelle différence, demande l'un des convives à son voisin, est entre bouteille et flacon?

« — Grande, répond le camarade, car bouteille est fermée à bouchon, et flacon à vis. »

La même définition se trouve encore dans Etienne Tabourot 1 : « On ferme bouteilles à bouchons et flacons à vis. »

Ajoutons qu'aux quinzième et seizième siècles, les flacons étaient bouchés, non-seulement par un couvercle à vis, mais encore par un bouchon qui, entrant dans le goulot , se trouvait entièrement recouvert par le couvercle.

1 Tabourot (Etienne), sieur des Accords, procureur du roi à Dijon, mort en 1590, est très-connu par plusieurs ouvrages facétieux et bizarres, surtout par celui portant le titre de : Bigarrures et touches du seigneur des Accords, imprimé à Paris en 1662.

De par Rabelais et le seigneur des Accords, la désignation de flacon ne doit donc être donnée qu'à une espèce de bouteilles spécialement destinées à contenir soit des parfums, soit des essences qui, pouvant se détériorer par la volatilisation, exigent un bouchage pour ainsi dire doublement hermétique.

Aujourd'hui, et afin de remplacer les couvercles à vis, on a imaginé de couvrir le goulot des flacons contenant des odeurs, ainsi que certaines bouteilles, cellesde Champagne entre autres, d'une capsule métallique. Quoique très-peu épaisse, son adhérence au verre est un obstacle à toute évaporisation.

Puisque nous parlons des flacons, mentionnons comment se fabriquent leurs bouchons en verre, ainsi que ceux des carafes; cela expliquera en même temps pourquoi l'extrémité des goulots est dépolie.

Le verrier, après avoir choisi, à vue d'œil, le bouchon qui, toujours fait de forme conique, se rapproche le plus du diamètre intérieur du goulot, l'enfonce dans un mandrin de bois placé sur un tour. Prenant alors le flacon de la main droite, il présente l'orifice du goulot à l'extrémité du bouchon, et bientôt, grâce au mouvement de rotation donné par le tour à l'eau et au sable introduits entre le bouchon et les parois du goulot, l'ajustage est terminé.

On obtient un bouchage plus hermétique en faisant succéder l'émeri de plus en plus fin au travail opéré par le sable.

Sans que nous ayons besoin de le dire, le lecteur comprendra que les bouteilles, carafes et flacons affectant une forme autre que celle sphérique ou ovoïde, sont soufflés dans des moules.

Après les bouteilles viennent les coupes et les verres qui, s'ils sont différenciés par la forme, par le nom et quelquefois par la matière, surtout dans l'antiquité, n'en sont pas moins identiques quant à l'usage.

Avant d'entrer dans l'historique des verres à boire, un mot sur leurs modes de fabrication, ainsi que sur leurs dénominations respectives. Dans la verrerie, on désigne sous le nom de gobelet le verre ordinaire de forme cylindrique, et sous celui de verre celui qui est composé d'une coupe, d'une jambe et d'un pied.

Le gobelet se fait ainsi. Le souffleur ayant cueilli et paré le verre, le souffle et marbre légèrement le fond qu'il carre au moyen soit d'une palette, soit d'un moule. La hauteur et le diamètre obtenus, il le détache du pointil, le coupe avec des ciseaux et termine la forme cylindrique exacte par le moyen de lames de bois.

Le travail est tellement bien réparti, et s'opère avec tant de promptitude, que trois ouvriers travaillant à la

même potée fournissent environ cent gobelets de dimension ordinaire par heure.

Le verre demande trois opérations distinctes et successives : la coupe, la jambe et le pied. La coupe cylindrique terminée, on étire une petite quantité de verre qu'on y soude, c'est la jambe; quant au pied, il se fait an moyen d'une nouvelle quantité de verre qui, tournée, vient se coller à la jambe.

Les moulures diverses qu'on remarque parfois sur la jambe de ces verres se font avec les lames de bois.

Nos ouvriers verriers ont une telle habitude, ou plutôi un tel coup d'oeil que, sans aucun moule, ils fabriquent plusieurs douzaines de ces verres identiquement pareils, tant pour le diamètre de la coupe que pour la hauteur du verre.

Ne terminons pas sans dire que dans les verres ordinaires la jambe est prise dans la même masse de verre que la coupe, tandis que dans la verrerie dite de luxe elle est rapportée. Tels sont ceux que nous avons décrits.

Comme de toute éternité l'homme a bu, et que de même, de toute éternité, il y a eu des gourmets aimant les raffinements de la table, il faut nécessairement admettre, qu'en gens sachant vivre, non-seulement ils ne buvaient pas à même la bouteille, mais encore que Diogène1, qui avait jeté son écuelle, trouvant plus convenable de boire dans le creux de sa main, n'avait pas fait école.

L'usage assez probable des coupes et des verres étant admis, cherchons à le confirmer par l'histoire.

Salomon (Proverbes, xxm, versets 29, 50, 31) est le premier auteur dont nous allons invoquer le témoignage.

a Pour qui la rougeur et l'obscurcissement des yeux?

1 Diogène, né à Sinope (Asie), l'an 415 avant J.-O.

— Sinon pour ceux qui passent le temps à bdire du vin et qui niellent leur plaisir à vider des coupes? — Ne regardez point le vin lorsque sa couleur brille dans le verre. »

Du temps de ce Sage des sages, qui vivait mille ans avant Jésus-Christ, on se servait de coupes en verre, car nous les trouvons, chez les anciens Hébreux, employées dans les cérémonies du mariage. Le grand prêtre présentait à l'époux et à l'épouse une coupe remplie de vin, laquelle, après qu'ils y avaient l'un et l'autre trempé les lèvres, était brisée en éclats1.

N'ayant à nous occuper ici que de la verrerie, nous devons, à peine de sortir du cadre qui nous est tracé, laisser de côté les coupes d'or et de cristal qui, dès les temps homériques, servaient soit dans les sacrifices, soit dans* les festins, afin d'assister le plus vite possible à la lutte que le verre eut à soutenir contre ses deux rivaux, rivaux d'autant plus dangereux que la richesse de la matière, à cette époque aussi bien qu'à la nôtre, était et sera toujours d'un grand poids dans les appréciations humaines.

Aussi la lutte fut-elle longue et opiniâtre; car si In cause des coupes d'or et de cristal était énergiquement soutenue par les partisans des anciennes coutumes, d'autres esprits moins stationnaires chantaient à l'envi les louanges de l'innovation.

Le triomphe du verre paraissait certain, lorsque tout à coup l'anarchie se mit dans le camp des progressifs ; les uns voulaient qu'on adoptât exclusivement les coupes de verre pourpre qui se fabriquaient à Diospolis et à Alexan-

1 Cette cérémonie, pratiquée encore de nos jours, est un symbole de la fragilité des choses humaines, qu'Isaïe traduit ainsi : « L'herbe sèche, la fleur se fane, la pnrole de notre Dieu subsiste seule éternellement. »

drie , tandis que les autres votaient, comme un seul homme, pour celles dont Yopiscus parle dans la vie de Saturnin, et qui, de couleurs changeantes, se fabriquaient en Egypte.

Aucun des deux camps ne voulant faire la moindre concession à l'autre, la cause des coupes en verre était peutêtre à jamais perdue, ou tout au moins indéfiniment reculée, lorsqu'un troisième parti, profitant de l'anarchie, proclama l'adoption du verre incolore. Telles sont, en effet, les paroles de Pline, quand il dit (1. XXXVil, c. lxvii) : (( Aucune matière (celle du verre) n'est plus maniable, nulle ne se prête mieux aux couleurs; mais le plus estimé est le verre incolore et transparent, parce qu'il ressemble plus au cristal. Pour boire, il a même chassé les coupes de métal. »

La cause du verre blanc étant gagnée, restons à Rome, où Pline nous a conduit ; car c'est là encore que nous trouverons un des spécimens les plus anciens, non des coupes, mais des verres à boire. Que le lecteur se reporte au n° 5 de la figure, page 17, et il verra que les anciens, tout en se servant peut-être encore de coupes, avaient cependant aussi des verres présentant la plus grande analogie avec les nôtres. Si ce spécimen ne suffisait pas encore, nous pourrions citer deux vers d'Horace (satire vi, liv. II) qui ne laissent aucune ambiguïté ; car il y est dit : « Le cœur se soulève à la vue d'un verre qu'un valet aura manié avec ses doigts gras, après les avoir trempés dans la sauce; )> vers, du reste, dontBoileau s'est inspiré lorsqu'il dit dans sa description d'un repas ridicule :

On a porté partout des verres à la ronde,

Où les doigts des laquais, dans la crasse tracés,

Témoignoient par écrit qu'on les avoit rincés.

L'usage des verres à boire, que les Romains avaient, à n'en pas douter, reçu de quelque peuple plus ancien, se répandit bientôt dans toute l'Europe, et à tel point que les verreries commencèrent à se multipliera l'infini.

Ne pouvant suivre ici pas à pas l'époque de l'établissement successif, même des principaux centres de verrerie, car ce travail nous conduirait beaucoup trop loin, nous devons nous contenter de signaler les principales différences qui existent entre eux, soit dans la qualité du verre, soit dans la forme, soit dans le système le plus usuel de décoration.

Fidèle observateur du proverbe à tout seigneur tout honneur, nous pensons ne pas pouvoir mieux ouvrir le chapitre des coupes et des verres qu'en commençant par le hanap qui, suivant la tradition, fut donné par Aaron-al- Rechyld, à l'empereur Charlemagne, et que possède la bibliothèque de Chartres. Ce hanap, en forme de calice et en verre assez épais est décoré d'émaux incrustés blancs et bleus, encadrés dans un filet d'or. La coupe repose sur un support doré. Sur le pourtour de la coupe, on lit, en caractères arabes rouge et or, une légende dont voici la traduction : « Que sa gloire soit éternelle et sa vie longue et saine, son siècle favorable et sa fortune parfaite. »

La hauteur de la coupe est de 8 pouces 11 lignes, la circonférence supérieure de 1 pied 5 pouces 4 lignes, et celle du bas de 6 pouces 8 lignes.

Page 1