‹ La verrerie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 4 sur 66 · UNIVERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

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Fig. G. — Verreries romaines.

que ne réclamait pas son luxe de chaque jour, et ses esclaves ayant brûlé la maison par vengeance, la perte fut de cent millions de sesterces. »

Cette somme équivaut à vingt et un millions de francs.

De cette folie de Scaurus on aurait tort de déduire que les verriers romains ne fabriquaient que de tels objets, car, tout à la fois artistes et commerçants, s'ils firent des objets d'art, et nous en donnerons tout à l'heure la preuve, ils n'oublièrent jamais que l'industrie ne peut vivre qu'à la condition que ses produits s'adressant à tous, répondent à un besoin général. L'immense quantité d'objets en verre qui se trouvent dans les tombeaux romains, et dont nous allons parler, prouvent que le verre employé à l'état usuel était très-répandu à Rome.

Pour appuyer celte assertion, nous allons offrir au lecteur l'inventaire complet (quant aux objets en verre seulement), et divisé en trois catégories distinctes, de ce que contenait un tombeau romain découvert en 1857 à Baccalcone. Nous parlerons d'abord de ceux qui, se trouvant dans tous les tombeaux, paraissent, par ce fait seul, la conséquence d'un cérémonial alors en usage ; puis après viendront ceux qui, d'usage journalier, n'y prenaient qu'une place arbitraire, laissée à la volonté des parents qui enfermaient avec le mort les objets dont il se servait ou pour lesquels il avait une affection particulière.

Chacun sait que ce respect du souvenir s'est conservé de nos jours. Quelques lignes, extraites des coutumes et cérémonies observées par les Romains *, vont nous faire connaître l'usage de chacun de ces objets.

« Pour brûler le cadavre, on élevoit un bûcher en

1 Traduit du latin de Nieuport par l'abbé Desfontaines. Paris, Nyon, 1740, page 508.

forme d'autel ou de tour, construit avec du bois fort combustible, autour duquel on mettoit des cyprès. Quand on étoit arrivé au bûcher, ou y plaçoit le corps, qu'on arrosoit des liqueurs les plus précieuses (fig. 6, n° 2, 5, 7, 8, 9), et les plus proches parents y mettoient le feu en détournant le visage. On y jetoit aussi les habits les plus riches du mort et ses armes; ses parents coupoient leurs cheveux et les jettoient sur le bûcher. Pendant que le corps brûloit, on répandoit devant le bûcher du sang humain (coupe n° 41 qui apaisoit, à ce qu'ils croyoient, les mânes du défunt. Lorsque le corps étoit consumé, on éteignoit les flammes avec du vin (vase n° 5), et les parents du mort renfermoient ses os et ses cendres dans une urne (n° 1) où ils mèloient des fleurs et des liqueurs odoriférentes. »

L'objet représenté n° 6, et dont nous ignorons l'usage , n'est autre chose qu'un flacon représentant un oiseau. Les vases de cette forme se rencontrent souvent.

Quittons vite ce triste spectacle pour arriver à un sujet beaucoup plus gai — la toilette d'une dame romaine ; — là, nous trouverons la preuve que, si les anciens nous ont dotés d'un grand nombre de merveilles, ils se sont bien vengés en transmettant aux générations qui les suivirent cette mode, hélas! trop répandue de nos jours, et qui. malgré toute l'habileté du peintre, ne trompe absolument que la personne qui s'en sert — le maquillage. Oui, lecteurs, les clames romaines, de la décadence, se pastellisaient, et il paraît même que, dans la pratique, elles étaient passées maîtresses es art. Le premier objet qui nous frappe (fig, 7, n° 1) est une boule creuse en verre coloré dans laquelle se mettait le fard, et dont l'accessoire naturel et obligé est cette baguette (n° 4) qui, en

Fig. 7. — Verreries romaines.

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verre tourné et portant à chacune de ses extrémités une partie aplatie, servait à étendre la couleur sur le visage.

Comme nous n'avons pas la prétention d'avancer, en thèse générale, que les anciens ont tout inventé, nous saisissons-avec bonheur l'heureuse occasion qui se présente de rendre à la France l'honneur d'avoir remplacé la baguette de verre par une patte de lièvre, laquelle, au moment où nous écrivons ces lignes, est, nous dit une personne fort experte dans la matière, remplacée par du coton très-fin formé en petite boule.

Nous avons précédemment dit que la verrerie romaine fournissait beaucoup d'objets destinés à l'usage domestique ; nous ne prétendons certes pas que ceux que nous offrons au lecteur en représentent la totalité, mais ils suffiront pour prouver que les Romains possédaient au moins une grande partie de ceux dont nous nous servons aujourd'hui offrant la plus grande analogie avec les nôtres et, sans aucun doute destinés aux mêmes usages.

Ici (fig. 8, n° 1) c'est une amphore à deux anses ayant à côté d'elle une de ces amphores (n° 2) qui, sans anses, étaient désignées par Pétrone sous le nom de Amphora vitrea (amphore de verre), au-dessous (n° 3) un plateau destiné, pense-t-on, à contenir les fruits confits ; là (n° 4), un pot à anse à ornements en relief, et enfin (n° 3) un fragment de verre à boire.

La Gaule étant tombée sous la puissance romaine, le premier soin du vainqueur fut d'y importer ses lois, ses mœurs, ses coutumes, ainsi que ses diverses industries. Au nombre de ces dernières, la seule qui doive nous occuper — l'industrie verrière — est certes une de celles qui furent le plus répandues. En effet les fouilles faites avec tant de soin depuis quelques années, dans les

anciennes provinces de France, ont procuré à l'étude une si grande quantité d'objets en verre, analogues tant pour la matière et le mode de fabrication que pour la forme, avec ceux trouvés dans les tombeaux romains, qu'on serait porté à leur assigner Rome comme seul lieu de fabrication, si la découverte d'un nombre infini de verreries gauloises, exploitées par les indigènes, ne venaient constater que nos ancêtres firent de très-bonne beure une grande concurrence aux verriers romains, non-seulement dans les objets vulgaires, mais encore dans l'art. Nous voulons, pour ne citer qu'un exemple, mettre sous les yeux du lecteur le vase de Strasbourg, qui, par la difficulté de la fabrication, indique un art très-avancé.

Nous donnons ici les propres paroles de M. Schweighauser1, bibliotbécaire de la ville de Strasbourg: « La coupe entourée d'une sorte de réseau ou de grillage en verre colorié en rouge2, et portant une inscription en verre vert, a été trouvée en 1825 dans un cercueil en forme d'auge, déterré par hasard tout auprès des glacis de Strasbourg par un jardinier cultivateur. Elle a été déposée par mes soins dans le musée de notre bibliothèque publique, où elle fait l'admiration de tous ceux qui la voient. Elle a été brisée par la maladroite curiosité de celui qui l'avait trouvée, et une partie de l'inscription manque; cependant l'on peut y reconnaître encore avec certitude le nom de MAXIMIANVS AVGVSTVS; c'était sans doute MAXIMIEN HERCVLE5, quia souvent séjourné dans les Gaules, et dont

1 Police sur quelques monuments gallo-romains du département du Bas-Rhin, t. XVI, p. 95, des Mémoires de la Soeiété royale des antiquaires de France, 1842.

2 Par verre colorié l'auteur entend sans doute un verre teint dans la pâte, ou é maillé.

3 Empereur romain, né en Pannonie vers l'an 250, mort à Marseille en 310.

Fig. 8. — Verreries romaines.

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les médailles sont très-fréquentes dans nos environs. Cet empereur avait vraisemblablement reçu cette coupe en présent, et l'avait ensuite donnée à quelque ami, mort aux

Fig. 9. — Vase de Strasbourg.

environs d'Argentoratum (Strasbourg), avec lequel elle fut enterrée comme un objet précieux. »

Les nombreuses verreries, établies tant dans la Gaule qu'en Espagne, durèrent jusqu'au moment où la civilisation étant refoulée parles barbares qui avaient porté le pillage

et l'incendie dans Home, elles tombèrent, ainsi que toutes les autres industries, dans une décadence telle, que les procédés de fabrication furent perdus pour l'Occident.

Rien ne meurt tout à fait, dit-on; la vérité de ces paroles se trouve encore établie quant à ce qui a rapport à la verrerie, car si elle était morte en Occident, elle renaissait en Orient sous Constantin Ier1, qui, ayant transporté le siège de l'empire à Byzance (l'an 550), s'empressa d'attirer à lui les artistes et ouvriers d'Occident, qui trouvèrent dans ce nouvel empire, aide, protection, et, plus encore, un immense débouché pour tous les genres d'industrie, à ce point que, pour faciliter leur commerce d'exportation, les verreries avaient été réunies près du port. Désirant encourager cette branche de commerce, Théodose II2 exempta même les verriers de tout impôt personnel. Avec de tels protecteurs, l'industrie verrière devait prospérer; aussi ses produits jouissaient-ils d'une telle réputation, qu'ils étaient offerts en présent aux princes et même aux rois de l'Occident.

Malgré ces succès, pour Byzance l'heure était sonnée où l'Occident allait ressaisir son ancienne industrie. Venise la réclamait, et, à sa voix, l'Orient perdit, vers le quatorzième siècle, le monopole presque exclusif que ses verriers étendaient sur l'Occident.

1 Constantin Ier, surnomme le Grand, fils de Constance Chlore et d'Hélène, empereur romain, né à baissa, dans la Dardanie, en 274, mort en 557.

2 Théodose II, fils d'Arcadius, empereur romain, né en 599, régna de 408 à 450.

1IIST01UK GENERALE. *21

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