COLORATION DES PIERRES PRECIEUSES ARTIFICIELLES
Sapliir. — 1,000 parties de strass et 25 d'oxyde de cobalt.
Topaze. — Même formule que pour le rubis, moins l'excédant d'or, et chauffée moins longtemps.
Après avoir indiqué les substances composant les principales pierres précieuses factices, il convient de parler d'un genre de travail peu connu, la taille et le poli de ces pierres. Ces documents seront puisés dans l'Art du lapidaire (page 291) de M. Lançon, précédemment cité.
« On fend avec un marteau tranchant, en morceaux de la grosseur des pierres qu'on veut établir, les blocs de strass et autres compositions; on les arrange ensuite, pour les pierres à taille à brillant rond et ovale, pour celles à roses, à dentelles et à huit pans sur une plaque en tôle appelée fondoir, étendue sur le fond de tripoli réduit en poudre, ou d'une autre terre argileuse; pour les pierres plus grandes, on se sert d'un fondoir en terre réfractaire; on le dépose dans un petit fourneau chauffé avec du charbon ou du bois, ou sur un brasier que l'on entretient. La fusion commencée, on retire le fondoir, et les pierres sont arrondies ou plus faciles à tailler. Le lapidaire choisit celles qui jettent le plus d'éclat, qu'il cimente à des bâtons.
« On taille les pierres artificielles, auxquelles on donne indistinctement les tailles à brillants ronds ou ovales, à roses, en carrés, à dentelles, à huit pans, à chatons, etc., sur une roue de plomb, avec de l'émeri; le poli s'en fait sur une roue d'étain, avec du bon tripoli délayé dans de l'eau. La machine dont les lapidaires de Paris et ceux de Sepmoncel font usage pour tailler et polir les pierres précieuses et les pierres artificielles, est composée d'une table à rebords, sur quatre pieds solidement assemblés. Elle est divisée transversalement par une petite cloison
percée de trous perpendiculaires qui servent à recevoir les entes (bâtons), au bout desquelles on cimente les pierres que l'on veut tailler ou polir. La table, ainsi partagée, présente deux parties distinctes. Dans la partie qui est à gauche du lapidaire, est une manivelle qui correspond à une grande roue de bois placée horizontalement sous la table, et qui, au moyen d'une corde qui passe sur la noix, fait tourner la roue qui est à la droite du lapidaire, et sur laquelle il polit les pierres qui sont l'objet de son travail.
« La tige de fer qui est fixée perpendiculairement sur la table, reçoit une espèce d'étui de bois, qui est hérissé de petites pointes de fer qui servent à assujettir solidement l'ente que l'on tient de la main droite, et au moyen de laquelle on appuie convenablement la pierre sur la roue, qui est tantôt en plomb, tantôt d'étain,de cuivre et même de bois, et sur laquelle on étend de l'émeri, du tripoli, de la ponce, de la potée, suivant la nature et la dureté des pierres que l'on veut tailler et polir. Lorsqu'il s'agit d'une taille soignée et d'une pierre de prix, les lapidaires ne tiennent point les entes à la main; ils se servent d'un support assez compliqué appelé cadran; il se fixe sur la tige, et il reçoit l'extrémité de ces petits manches de bois. Le lapidaire est assis sur une chaise ou sur un tabouret, sur le flanc, en face et au milieu du moulin; il tourne de la main gauche la manivelle, et de l'autre il tient sa pierre sur la roue, pour tailler et pour polir. »
On désigne sous le nom de verres filigranes des verres composés de l'assemblage d'un plus ou moins grand nombre de petites baguettes, soit de verre blanc opaque, désigné, à Venise, sous le nom de latticinio (blanc de lait), soit de verre qui, coloré dans la masse, est recouvert d'une légère couche de verre blanc.
Quoique l'opinion générale attribue l'invention des verres filigranes aux verriers de Venise, nous croyons intéressant de citer ici une phrase de la lettre écrite de Rome, par l'abbé Barthélémy au comte de Caylus, le 25 décembre 1756 2 relativement à une fouille faite dans un ancien tombeau romain : « Je suis principalement content d'une petite boule de couleur jaune pâle, avec des fais-
1 Le mot filigrane dérive de fthim, fil, et de granum, grain.
2 L'abbé J.-J. Barthélémy, savant archéologue français, auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous ne citerons que le Voyage du jeune Anacharsis, naquit en 1710, à Cassis (Provence), et mourut à Paris en 1795.
ceaux d'émail blanc rangés intérieurement et perpendiculairement autour de la circonférence. »
Si, comme les paroles du savant archéologue le démontrent assez, la priorité de l'invention des verres filigranes appartient encore à l'antiquité, il serait cependant injuste de dénier aux Vénitiens l'extension heureuse qu'ils ont donnée à ce mode d'ornementation, qui joue un rôle très-important dans leurs produits les pins estimés.
L'intérêt général qui s'attache à ce genre de fabrication entourée longtemps de mystère, et la difficulté qu'on éprouve à s'expliquer par quel procédé les verriers de Murano arrivaient à conserver sans altération et sans déformation aucune ces dessins si fins et si délicats, blancs ou colorés, placés au centre d'un verre incolore, nous font espérer que le lecteur voudra bien nous permettre de nous étendre un peu sur ce genre de fabrication si recherché et si rare aujourd'hui.
Avant d'expliquer par quel moyen on peut faire un vase ou tout autre objet de plusieurs petits tubes isolés, nous croyons indispensable d'établir ici la différence qui existe entre une canne, ou simple baguette, et un filigrane.
Par canne les verriers de Murano désignaient un seul fil qui, placé au centre d'un verre incolore, allait du bas du vase à sa partie supérieure, ou du centre à la circonférence; tandis que le nom de filigrane s'appliquait aux cannes qui, ayant reçu une torsion, ont généralement une direction en spirale. Les mômes verriers désignaient ce travail sous le nom de canne ritorte (cannes torses) ou sous celui de ritorcimento (torsinage) .
Fig. 45. — Vase vénitien.
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