FABRICATION DES PERLES FAUSSES SOUFFLEES
L'atelier du souffleur de perles est des plus simples. 11 se compose d'une petite table d'un mètre environ de
1 Notizia délie opère cVarle et d'antichità délia racolta Correr. Venezia, 1859.
2 Patenôtre, chapelet, grains de chapelet. Dire ses patenôtres, dire son chapelet.
longueur, sur laquelle se trouve une lampe à grosse mèche qui, alimentée soit par l'huile, soit par le saindoux, donne un long jet de flamme, activée qu'elle est par un soufflet adapté sous la table, et mis en mouvement parle pied.
Sur cette table sont placés quelques tubes de verre creux de deux espèces : les uns en verre ordinaire, qui servent à fabriquer les perles communes; les autres, d'une teinte légèrement irisée, tirant sur l'opale, ne sont employés que pour les perles de choix, désignées dans le commerce sous le nom de perles orientoïdes}
La matière première étant connue, cherchons maintenant à bien faire comprendre par quel moyen, d'un tube de verre creux on parvient, sans le secours d'aucun moule *, à faire les perles de toutes espèces, depuis les plus communes jusqu'à celles qui, par leur forme et leurs reflets opaliques, imitent à s'y méprendre les plus splendides perles de l'Orient.
Le souffleur, assis à sa table, a devant lui sa lampe, et à sa droite sont placés des tubes d'un diamètre de 0m,008 environ sur 0m,50 de longueur. La grosseur du tube à employer devant naturellement être en rapport avec la grosseur xles perles que l'on veut faire, le premier travail du souffleur est d'étirer le tube, c'est-à-dire d'en augmenter la longueur au préjudice du diamètre2.
Le tube étiré de la grosseur voulue, il le brise alors en fragments de 0m,10 à 0ni,15; puis il en prend un dont
1 II n'y a d'exception que pour les perles dites cannelées, qui doivent se faire dans un moule. La mode en étant passée aujourd'hui, nous croyons inutile de nous étendre davantage sur ce mode de fabrication qui rentre naturellement dans la classe des verres soufflés et moulés.
2 Yoy. l'Étirage du verre, p. 176.
il présente Tune des extrémités à la lampe. Dès que le verre commence à se liquéfier, il souffle doucement dans le tube, qui, quoique étiré, a toujours conservé sa perce intérieure, et bientôt l'air dilatant l'extrémité chauffée, il y apparaît une boule.
C'est cette boule qui va devenir une perle, mais elle n'est encore qu'à l'état de germe; pour qu'elle devienne perle, trois opérations sont encore indispensables :
1° Le perçage, qui se compose de deux trous, s'il s'agit de perles rondes destinées à former un collier, ou d'un seul si, en forme de poires, elles doivent être montées soit en colliers, soit en boucles d'oreilles, soit en épingles, etc.;
2° La forme à donner, ronde ou en forme de poires^.
5° La coloration intérieure.
Rien de plus simple que la perce à donner, car s'il ne s'agit que d'un seul trou, il est naturellement fait par la perce même du tube; s'il en faut deux, l'ouvrier obtient le second en donnant un petit souffle sec dans le tube alors que la perle, de forme sphéroïdale et ductile, y est encore adhérente. Le résultat de cette opération, qui demande une certaine habitude, se comprendra facilement quand on saura que le souffle frappe directement sur le centre de la partie inférieure de la perle qui est toujours plus mince que celle des côtés.
Tel est le premier travail que demande la confection de toutes les perles fausses; mais avant de passer outre, il en est une espèce sur laquelle nous appelons l' attention du lecteur, ou plutôt des lectrices; nous voulons parler des perles orientoïdes, qui, ainsi que leur nom l'indique, doivent être l'imitation la plus exacte possible de celles produites par la nature et connues sous le nom de perles fines.
Tout en étant fabriquées exactement de la même manière que les perles les plus ordinaires, les orientoïdes s'en distinguent cependant, non-seulement par l'emploi d'un verre opalisé, mais encore par le soin que le souffleur apporte à leur forme, ainsi que par les diverses colorations qu'elles reçoivent à l'intérieur.
Quant à la forme, tout le monde sait combien il est rare de trouver une perle sans défaut; et, par défaut, il ne s'agit pas ici de la matière, mais seulement de la forme et plus encore de la nuance1.
Le rôle du souffleur étant, comme nous l'avons dit, d'imiter le plus possible la nature, son talent consiste non-seulement à dénaturer, pour ainsi dire, l'exacte régularité obtenue par le soufflage, mais encore à produire sur la perle fausse les défauts qui se trouvent ordinairement sur les perles naturelles Ce travail demande une très-grande habitude, et n'est que le fruit d'une longue observation; le bon souffleur, l'artiste, doit connaître assez les perles naturelles pour n'exécuter sur les siennes que les défauts qui peuvent faire valoir, par le moyen de reflets habilements préparés, l'œuvre sortie de ses mains. Pour obtenir ce résultat important, le souffleur, profitant du moment où la perle adhère encore au tube, prend une très-petite palette en fer dont il frappe très-légèrement sur certaines parties de la perle encore malléable, et ce n'est que par ce dernier travail qui met, ici, une saillie, là, un méplat presque imperceptibles, qu'il par-
1 Un seul exemple suffira pour faire comprendre combien il est difficile de trouver plusieurs perles de forme et de teinte à peu près identiques. Le collier de perles fines de l'Impératrice n'est composé que de trente-trois perles, et, pour compléter ce nombre si restreint, croirait-on qu'il a fallu, après avoir choisi parmi tout ce que les négociants français avaient de plis parfait, recourir encore à ceux d'Angleterre!
vient à produire une perle qui, perdant sa régularité mathématique, devient limitation parfaite de la nature. Là s'arrête la mission du souffleur; car c'est alors que les perles qui, on a dû le remarquer, ne sont encore que des objets en verre incolore, vont passer dans les mains d'ouvrières chargées de donner la couleur à chacune d'elles; mais avant de faire disparaître à jamais le souffleur, qu'il nous soit permis de faire un peu de statistique. Que le lecteur se rassure; nous serons très-bref : nous voulons seulement lui apprendre qu'un bon ouvrier peut faire 300 perles par jour, qui lui sont payées de 2 fr. 25 à 5 fr. le cent.