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LUNETTE ASTRONOMIQUE

D'après ce que nous avons précédemment dit (page 245), tant sur les verres d'optique trouvés dans les ruines de Mnive, que sur la lunette dont, suivant la chronologie chinoise, l'empereur Chan (il vivait 2283 avant J.-C.) se servait pour observer les astres, ne faut-il pas conclure que l'origine de la lunette astronomique remonte à une époque indéterminée?

Loin de nous, certes, la pensée d'établir la moindre comparaison entre la lunette de Sa Majesté Chan et celles sortant aujourd'hui des ateliers desLerebours et Secretan; mais ici, comme toutes les fois que nous en trouvons l'occasion, nous nous ferons un devoir de rendre aux anciens la part qui leur revient, part, du reste, qui n'était peutêtre déjà qu'un perfectionnement d'une chose non parvenue jusqu'à nous; car n'oublions jamais ces paroles de

l'Ecclésiastc : « Rien n'est nouveau sous le soleil, et nul ne peut dire : Voilà une chose nouvelle; car elle a été déjà dans les siècles qui se sont passés avant nous. »

Maintenant que mention est faite des anciens, et dans l'impossibilité de reconstituer, même par la pensée, la lunette de Sa Majesté Chinoise, nous arrivons de suite à celle dont les savants se servent aujourd'hui, et dont le célèbre astronome allemand, Kepler *, doit être considéré comme le créateur.

Fig. 60. — Intérieur d une lunette astronomique.

La lunette astronomique, destinée spécialement, ainsi que son nom l'indique, à l'observation des astres, présente la plus grande analogie avec le microscope; ainsi que lui, elle ne se compose que d'un objectif et d'un oculaire convergents.

De cette similitude d'armature intérieure, il ressort que la lunette astronomique présente naturellement le même inconvénient que le microscope, inconvénient qui consiste à donner une image renversée.

Ce renversement qui, certes, serait un immense défaut

1 Jean Kepler, né à YVeil (Wittemberg), eu 1571, mourut à Ratisbonne en 1631.

s'il s'agissait de choses terrestres, telles que maisons, arbres, personnages, n'apporte aucun trouble dans les travaux astronomiques qui n'observent que des astres à forme circulaire.

Voulant sans doute donner raison une fois de plus à La Fontaine quand il dit :

On a souvent besoin d'un plus petit que soi,

Fig. 61. — Lunette astronomique.

notre lunette, par elle-même si grande et dont le grossissement est de mille à douze cents fois, ne peut, malgré cela, être complète qu'au moyen de l'adjonction de trois accessoires qui, tout petits qu'ils sont, relativement à sa grandeur, jouent, comme on va le voir, un très-grand rôle dans son application, qu'ils complètent.

Le premier est désigné sous le nom de réticule. Il se compose d'une petite plaque métallique ayant la forme

d'une roue évidée à son centre, et portant, placés en croix, deux fils très fins de métal ou de soie.

Le réticule, qui se place à l'endroit même où se produit l'image renversée donnée par l'objectif, et le point de croisement des fils, doit se trouver sur l'axe optique même de la lunette, qui devient ainsi la ligne de visée.

Cet instrument est employé lorsque l'astronome veut mesurer avec précision la distance des astres, leur distance zénithale, leur ascension, ou leur passage au méridien.

Le second, encore plus simple, et qui n'est d'usage que lorsqu'on examine le soleil, se compose d'un verre noir qui, placé dans un anneau qu'on adapte à l'oculaire, éteint assez les rayons pour que leur trop vive lumière ne blesse pas la vue de l'observateur.

Le troisième est cette petite lunette qu'on remarque placée sur le dessus de la grande, et dont on ne comprend ' pas la raison d'être, persuadé que l'on est, et à juste raison, que, par sa petite dimension, elle ne peut pas avoir la prétention de donner les mêmes résultats que celle sur laquelle elle est fixée. S'il nous était permis de faire ici une comparaison, nous dirions que cette petite lunette, désignée sous le nom de chercheur, rend à l'astronome le même service que le chien rend au chasseur, car elle et le chien cherchent et indiquent.

La grandeur du champ livré à l'œil de l'observateur dans la lunette astronomique étant d'autant plus restreint que le grossissement qu'il obtient est plus grand, il en résulte naturellement une certaine difficulté à trouver dans l'immensité du ciel l'astre qu'on cherche. Pour obvier à ce travail et pour abréger les recherches, on a inventé le chercheur qui, ayant un grossissement beaucoup plus petit que la lunette, a, par contre, un champ beaucoup plus étendu.

Le point cherché étant trouvé au moyen du chercheur, il ne s'agit plus que d'amener l'astre dans la direction de Taxe du chercheur, pour qu'il soit en même temps dans le champ de la lunette ; et cela est d'autant plus facile que les axes optiques des deux lunettes sont parallèles.

Quoique le télescope *, dont l'invention est postérieure à celle des lunettes, soit, ainsi que les lunettes astronomiques, spécialement consacré à l'étude des astres, il existe cependant entre eux une telle différence de construction intérieure, qu'on peut en faire, pour ainsi dire, deux instruments différents. En effet, si dans les lunettes astronomiques, les objets sont amplifiés par la seule réfraction à travers les lentilles, dans le télescope le même effet s'obtient par le moyen de miroirs métalliques courbes; invention qu'il faut, dit-on, attribuer au révérend père Zeucchi.

On distingue trois espèces de télescopes :

Le télescope de Gregory (fig. 62) 2 ;

Celui de Isaac Newton5;

Et enfin celui de William Herschel (fig. 65) 4.

Le télescope de Gregory, inventé vers 1650, se compose d'un long tube de cuivre dont Tune des extrémités est fermée par un grand miroir qui, métallique, poli et concave, est muni à son centre d'une ouverture circulaire laissant passage aux rayons qui arrivent à l'oculaire. A

1 Du grec télé, loin, skojieo, je regarde.

2 Né à New-Aberdeen (en Ecosse) en 1630, mort en 1675.

5 Né à la terre de Woolstrop (comté de Lincoln] en 1642, mort en 1727.

4 Né en Hanovre en 1738, mort en 1822.

l'autre extrémité est un second miroir concave, de même métal.

Au télescope Gregory succéda celui de Newton (1672), qui diffère du premier en ce que le grand miroir n'est pas

Fig. 62. — Télescope de Gregory.

percé, et que le petit sur lequel il renvoie la lumière est incliné latéralement vers un oculaire placé sur le côté du tube du télescope. Abandonné pendant assez longtemps, à cause de la difficulté du travail de grandes surfaces métal-

OPTIQUE. k27l)

liques, ce télescope ne reprit faveur que lorsqu'un habile physicien français, M. Foucault, eut trouvé non-seulement le moyen d'argenter les miroirs de verre sans leur faire perdre leur degré de poli, mais encore de substituer un prisme rectangle à réflexion totale au petit miroir plan.

Les quelques lignes que M. Louis Figuier a consacrées au télescope d'ilerschel (fîg. 65) 1 nous ont paru si intéressantes, que nous n'hésitons pas, par intérêt pour le lecteur, à laisser la parole à ce savant :

« L'astronome William Herschel, qui vivait à la fin du dernier siècle, a beaucoup contribué, par les gigantesques dimensions des télescopes qu'il construisit, à répandre la connaissance de cet instrument dans le vulgaire, dont il frappait l'imagination.

« Herschel n'était ni destiné, ni préparé par sa position à embrasser la carrière des travaux astronomiques : c'était un simple musicien. Un télescope lui tomba par hasard ^ntre les mains. Ravi des merveilles que les cieux offraient à sa vue, grâce à cet instrument d'optique, il s'éprit d'un grand enthousiasme pour l'observation céleste. Le télescope dont il se servait n'avait qu'une faible puissance de grossissement ; il essaya de se procurer alors un télescope de plus grandes dimensions. Mais le prix du nouvel instrument était trop élevé pour la bourse d'un simple amateur. Cependant Herschel ne perd point courage; l'instrument qu'il ne peut acheter, il le construit lui-même. Le voilà donc devenu mathématicien, ouvrier, opticien. En 1781, il avait façonné plus de quatre cents miroirs réflecteurs pour les télescopes.

« Les puissants télescopes d'Herschel consistaient en un miroir métallique placé au fond d'un large tube de cuivre

1 Les Grandes inventions anciennes et modernes, p. 146. Librairie Hachette .

ou de Lois légèrement incliné, de manière à projeter l'image très-amplifiée et très-lumineuse d'un astre au bord de l'orifice du tube, où il l'examinait à l'aide d'une loupe.,

Fig. 03. — Télescope d'IIerschel.

c'est-à-dire en supprimant le second miroir employé par Gregory, qui amène nécessairement une perte par cette seconde réflexion sur le petit miroir.

« Le plus grand télescope dont Herschel se soit servi

était formé d'un miroir de lm,47 de diamètre. Le tuyau avait 12 mètres, et l'observateur se plaçait à son extrémité, une forte lentille à la main, pour regarder l'image. Le grossissement pouvait élever jusqu'à six mille fois le diamètre du corps observé. Afin de donner au télescope l'inclinaison convenable pour chaque observation, Herschel avait fait établir l'immense appareil de mâts, de cordages et de poulies que représente la figure 63 que nous donnons. Toute la construction reposait sur des roulettes, et on la faisait mouvoir tout d'une pièce pour l'orienter à l'aide d'un treuil. L'observateur se plaçait sur une plateforme suspendue à l'orifice du tube, à peu près comme les fauteuils accrochés à ces balançoires qui ont la forme de vastes roues, et qu'on voit aux Champs-Elysées à Paris. Du reste, Herschel ne se servit que rarement de cet immense télescope: il n'y avait que cent heures dans l'année pendant lesquelles, sous le ciel brumeux de l'Angleterre, l'air fût assez limpide pour employer cet instrument avec succès.

« De nos jours, lord Ross, en Angleterre, a construit un télescope (fig. 64) encore plus puissant et plus énorme que celui d'Herschel. Le miroir du télescope de lord Ross pèse 5,809 kilogrammes, le tube 6,604 kilogrammes.

« Nous dirons toutefois que, depuis les premières années de notre siècle, on a abandonné, en France, l'usage du télescope comme moyen d'observation céleste. On ne se sert communément, pour observer les astres, que des instruments à réfraction, c'est-à-dire des lunettes d'approche. ))

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