‹ La verrerie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 64 sur 66 · LUNETTE DE GALILÉE OU LORGNETTE DE SPECTACLE — JUMELLES · texte numérisé non relu

LUNETTE DE GALILÉE OU LORGNETTE DE SPECTACLE — JUMELLES

Cette lunette, qui fut longtemps désignée sous le nom de lunette de Galilée *, soit parce qu'on la crut de l'invention de cet bomme de génie, soit peut-être parce que ce fut par son aide qu'il découvrit les montagnes dans la lune, les satellites de Jupiter et les taches du soleil, offre, par son extrême simplicité, une très- g^Bl

grande ressemblance avec la lunette astronomique, en ce sens qu'elle ne se compose, ainsi qu'elle, que de deux lentilles. La seule différence qu'il y ait entre elles , différence énorme, du reste, est que si la lunette astronomique donne, ainsi que nous l'avons dit (page 274), l'image renversée, la lunette de Galilée la produit redressée, composée qu'elle est d'un oculaire divergent formé d'une lentille biconvexe de flint entre deux lentilles biconcaves formant ainsi un système achromatique, et d'un objectif convergent formé d'une lentille biconcave de flint placée entre deux lentilles biconvexes de crown, donnant de même un système achromatique.

Fig. 65 — Lunette de spectacle.

1 Galileo Galilei, né à Pise en 15G4, mort en 1642. C'est à tort qu'on attribue à Galilée l'invention de cette lunette ; le véritable auteur est Metzu (1(309). Galilée ne fit que la perfectionner.

Quant aux lunettes de spectacle désignées sous le nom de jumelles, nous n'avons qu'un mot à en dire : c'est que ces lunettes, d'un emploi si général aujourd'hui, ne sont

Fig. 66. — Jumelles.

que deux lunettes de Galilée reliées ensemble, et montant et descendant à volonté au moyen d'un pas de vis placé dans le centre du tube creux qui les sépare et qui est adhérent a la traverse inférieure.

Nos premières paroles, en commençant ce rapide historique de la verrerie, ont eu pour but d'appeler l'attention du lecteur sur les nombreux services que le verre rend non-seulement à la vie domestique et aux sciences dont il est le plus puissant auxiliaire, mais encore à l'humanité, dont il soulage les infirmités en rendant pour ainsi dire l'existence à l'organe de la vue défaillante.

Si ce dernier bienfait a été constaté dans ce que nous avons dit des lunettes, il est encore une autre infirmité humaine, bien plus cruelle, car elle est, hélas! sans remède. C'est d'elle dont il nous reste à entretenir le lecteur.

Nous voulons parler de l'œil artificiel qui, s'il ne peut rendre la vie à celui qu'il remplace, a au moins l'avantage d'en dissimuler à peu près la perte aux regards des autres.

Si l'on en croit l'histoire, les yeux factices, déjà connus et en usage sous Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte qui,

comme on sait, monta sur le trône 285 ans avant J.-C, se divisaient en deux classes :

Les esblephari1 et les hypoblephari*.

Les esblephari se composaient d'un cercle en fer qui, faisant le tour de la tête , avait à Tune de ses extrémités une plaque mince en métal, recouverte d'une peau trèsfine sur laquelle on peignait un œil avec ses paupières et ses cils.

Les esblephari n'étaient donc pas autre chose qu'une espèce de petit bandeau peint qui cachait la cavité de l'œil perdu.

A ce premier essai, encore bien à l'état rudimentaire, succédèrent les hypoblephari qui, marquant un pas immense vers le progrès, offraient déjà une assez grande analogie avec le mode employé de nos jours.

Les hypoblephari qui, comme leur nom l'indique, se plaçaient non plus sur l'extérieur de l'œil, mais bien dans la cavité orbitaire, étaient formés d'une coque métallique assez semblable à une coque de noix, sur laquelle on peignait, à l'aide sans doute de quelque mordant, l'iris, la pupille et le blanc du globe de l'œil.

Une révolution complète s'était donc déjà opérée ; car, maintenus par les paupières (ainsi que cela se pratique aujourd'hui) et sans soutien extérieur indiquant leur présence, les hypoblephari n'avaient plus contre eux que la lourdeur de la plaque et la fixité constante du regard.

Combien de siècles leur emploi dura-t-il, désignés qu'ils étaient sans doute tantôt sou6 un nom, tantôt sous un autre? On l'ignore; car, malgré toutes les recherches par lesquelles il espérait relier le présent au passé, en citant

1 Du grec es, sur, blcpharon, paupière.

2 Du grec iipo, sous, blepliaron, paupière.

les yeux en verre qui, eux aussi, eurent leur moment de gloire, M. Hazard-Mirault, dans son excellent ouvrage sur la matière, passe sans transition de l'antiquité à l'année 1818, où il publia ses recherches et ses travaux.

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