‹ La verrerie en Gaule sous l'Empire romainChapitre 6 sur 75 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

Vous distinguez, avec les savants allemands, au point de vue de l'art et de r habileté technique, une première époque romaine qui finit avec le siècle des Antonins, puis une seconde époque qui commence avec les Sévères pour se poursuivre jusqu'aux invasions barbares. Dans ces deux périodes, vous faites ressortir l' enchaînement et la lente évolution des formes ; vous précisez d'une manière scientifique le moment où apparaissent dans l'art du verrier des éléments nouveaux de décoration ou d'ornementation, la peinture, l'émaillage, la dorure, le décor par cabochons, par ciselure en relief, par dépression, par appliques de fils en festons serpenti formes, par étirage, par bosselures, par pâtes superposées qui imitent les camées, par résille distante du récipient, comme dans ces diatreta si curieux qui sont bien le tour de force de l'art industriel.

Que dirai-jc des chapitres où vous analysez les procédés du moulage et décrivez les sujets moulés, tels que courses de chars, combats de gladiateurs, scènes mythologiques et autres, qui se retrouvent si abondamment dans les reliefs d'applique de la céramique gallo-romaine? Et aussi, des chapitres où vous passez en revue la gravure en creux sur verre, imitation de la gravure sur cristal de roche, qui s'est exercée à interpréter des scènes païennes et chrétiennes d'un si puissant intérêt ?

Si les musées de Trêves, de Mayence, de Bonn, de Cologne, de Belgique, aussi bien que ceux de France, vous ont fourni les éléments de ce traité général, je remarque que c'est de Venise qu'est datée votre Préface. Vous avez voulu, avant de mettre sous presse, vous rendre compte de visu des procédés actuels des verriers de Murano qui travaillent encore, au moins dans certaines officines, avec des méthodes qui passent pour arriérées et perpétuent au milieu de nous des traditions de technique plusieurs fois séculaires.

Ces déplacements, ces vérifications sur place, ces notes abondantes, ces dessins si exacts, ces recherches érudites, cette manipulation délicate

PREI-ACE. XI

de ces précieux monuments, les plus fragiles qui soient au monde, voilà le secret de ce livre original qui non seulement est, comme on dit ordinairement, au courant de la science et des découvertes, mais qui, par sa concision et la précision de ses définitions, sera le Standard Work indispensable aux conservateurs de musées, aux collectionneurs, aux historiens de l'art. Il est un des meilleurs guides qui aient été composés sur les diverses branches de notre archéologie nationale. Veuillez agréer, etc..

E. Babelon.

Paris r ce 14 octobre 1913.

I. DÉI.IMITATION DU SUJET. — • 2. DIFFICULTÉ A DÉFINIR LES FORÎIES. — 3. DIFFICULTÉ A ÉTABLIR UNE CHRONOLOGIE. — 4. MÉTHODE

EiuPLOYÉE : l'Étude d'après les livres et l'étude directe

DES IVIATÉRIAUX ; L'iMPORTANCE DU DESSIN. — 5. CLASSElVIENT TYPOLOGIQUE DES VERRERIES. — 6. INTÉRÊT DE LA QUESTION.

I. Mon travail n'est pas une histoire générale du verre dans l'antiquité. Le champ de mes recherches est loin d'être aussi vaste. Je me suis borné, d'une part, à examiner les récipients vitreux. J'ai laissé de côté tous les autres monuments de verre tels que : perles, pendeloques, bracelets, baguettes à fard, vitres, miroirs, émaux et mosaïques.

Parmi les récipients vitreux de l'antiquité, on ne trouvera ici décrits que ceux qui remontent à la période comprise entre le début de l'Empire et les grandes invasions germaniques. L,es verroteries pré- et protohistoriques ainsi que les verres du haut Moj'en-âge sont par conséquent exclus de cette étude.

D'autre part, je me suis astreint à ne décrire que les spécimens trouvés en Gaule. Là, je me suis heurté à une difficulté : elle consistait à définir le champ topographique de mes recherches. Devais-je m'en tenir au territoire français actuel? Évidemment non. Le mot Gaule doit être entendu dans un sens moins restreint.

La Gaule que je me suis proposé d'explorer est celle que l'on trouve déhmitée dans la Notitia provinciarum et civitatum Galliœ, rédigée après 395, probablement vers le début du \^ siècle. Elle

(i) Rédigée à Paris, en juillet l'jii, cette introduction a été eutiéfemcnt refondue à Venise, à la suite d'un voyage dans les vallées du Kliin et de la Moselle.

laisse la Cisalpine en dehors de son aire géographique, mais elle embrasse les territoires nordiques qui s'étendent jusqu'au Rhin. Des centres très importants d'industrie verrière existaient dans le Rheinland aux iii*^, iv^ siècles. Les officines établies plus à l'Ouest, dans le Boulonnais, la Picardie, la Champagne, appartiennent au même groupe que celle du pays rhénan ; il est impossible de les en séparer.

Mon champ d'étude étant ainsi délimité dans le temps et dans l'espace, il me restait à savoir comment j'allais procéder pour examiner les produits industriels soumis à mon observation. Un verre peut être étudié à différents points de vue. On peut considérer particuhèrement sa forme, sa fabrication technique, sa couleur, son décor, les marques qu'il porte (i), l'usage qu'on en a pu faire, l'époque à laquelle on s'en est servi.

Deux d'entre ces points de vue, celui concernant la forme et celui ayant trait à la datation, ont, semble-t-il, été jusqu'ici quelque peu négligés par les archéologues. J'ai tenu à m'attacher à eux plus spécialement. J'ai visé surtout à établir une morphologie et une chronologie. Je n'abandonnerai pas pour cela l'étude des problèmes relatifs à la technique et à l'ornementation ; je traiterai dans son ensemble la verrerie en Gaule sous l'Empire romain, mais avec la préoccupation constante de donner à la morphologie et à la chronologiela. place la plus importante.

2. La morphologie, considérée en dehors de toute préoccupation de classement chronologique, me mit en présence d'un certain nombre de problèmes difficiles à résoudre.

A) Les formes des verreries romaines sont-elles particulières à l'industrie verrière?

B) Les formes des verreries découvertes en Gaule se retrouventelles ailleurs?

(i) Je n'ai pas jugé utile de rédiger un diapitre spécial sur les marques et estampilles de verriers. Ces marques ont fait l'objet d'études très complètes auxquelles je ne pourrais ajouter que quelques observations de peu d'importance. Je me contente de renvoyer le lecteur au bon répertoire dressé, d'après le Corpus inscriptionum latinarum, par Anton Kisa, dans son livre : Das Glas im Altertume, p. 936 et sui\\

C) Comment désigner les formes?

A) Dans l'antiquité, comme aujourd'hui, quand il s'est agi de procéder à la confection d'un objet quelconque en verre soufflé, on a pris, parmi les choses plus ou moins usuelles, un modèle et on l'a copié. L,e modèle n'est ou n'a pas toujours été en verre. Il peut ou a pu être en métal, en pierre, en bois, eii argile.

Comparativement à la céramique, la verrerie n'arriva à son complet développement et ne fut capable de produire des récipients vastes et bien compris, qu'à une époque assez tardive. Il e.st donc naturel qu'elle ait, en partie, emprunté le répertoire de ses formes à celui de la poterie (i).

D'autre part, l'orfèvrerie, industrie aristocratique, a fourni des modèles aux verriers, comme elle en fournissait aux céramistes. Tous les récipients, qu'ils soient sortis de l'offlcine d'un verrier, de la boutique d'un orfèvre ou de l'atelier d'un céramiste, forment une filiation continue et bien mieux établie qu'on ne saurait, au premier abord, se l'imaginer.

La morphologie des verres est intimement hée à celle des pots d'argile, des vases en pierre ou en métal. La toreutique et surtout la céramique mettent à même de connaître ses sources et de saisir sur le vif les transformations qui la constituent. Il n'existe pour ainsi dire pas un récipient de verre qui n'ait un similaire en argile ou en métal.

Les verriers eurent surtout pour modèles les vases hellénistiques dont les formes s'établirent nettement à l'époque des successeurs d'Alexandre, après avoir eu des origines complexes à la fois grecques et orientales.

Alexandrie, chacun le sait, est le grand centre où l'hellénisme et l'Orient se sont amalgamés.

B) Sous l'Empire romain, la civiUsation que nous pourrions appeler gréco-syrienne et alexandrine s'infiltre et s'impose partout. Le bassin

(i) Par suite de chocs en retour, qui sont si fréquents dans l'antiquité, la verrerie a elle-même, à certains égards, exercé ime influence sur l'industrie céramique (Voy. Dragendorff, Terra sigiUata dans les Bonner Jahrbiicher de 1895, fasc. 96-97, p. 122).

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oriental de la Méditerranée reste, comme auparavant, le centre le plus important de l'industrie verrière. Les fabriques d'Alexandrie et de la côte de Syrie envoient leurs produits sur tous les marchés européens. La Gaule n'échappe pas à cet envahissement. Sans doute, il y a eu en Gaule, de très bonne heure, des officines de verriers (i). Mais elles furent pour ainsi dire des succursales des grandes fabriques d'Orient et répandirent en deçà des Alpes des produits analogues à ceux de ces lointains centres de production. C'est seulement à une époque assez tardive, aux iii<', iv*" siècles, qu'ayant pris dans le Nord une grande importance, elles acquirent, tout en continuant à subir la même influence, une personnalité dans la technique de la fabrication et créèrent quelques formes qu'on ne rencontre pas en Orient. C) Sur quoi se baser pour donner des noms précis et caractéristiques aux objets dont nous faisons ici une étude spéciale? L'onomastique de la céramique nous est d'un faible secours. Elle est elle-même loin d'être bien établie. Pour éviter des confusions inévitables, je désignerai les formes typiques par un numéro. Cette méthode pratique, que je ne suis pas le premier à employer, a fait ses preuves. Elle permet de rester clair malgré l'abondance et la variété des matériaux.

3. Etablir une chronologie des verres romains n'est pas chose aisée. Il est très difficile de les dater en se basant seulement sur leurs formes. Les formes ont évolué lentement. Il en est qui se sont maintenues sans changement important, pendant toute la période romaine.

Certains archéologues ont daté les verreries d'après les monnaies qui les accompagnaient dans les tombes. Cette méthode a souvent conduit ceux qui l'ont employée, à des conclusions erronées (2).

La monnaie donne un tcr)ninns post quem.

Il est certain qu'une tombe renferm.ant une monnaie d'Hadrien ne peut être d'une époque antérieure à celle où régnait cet empereur, mais elle peut incontestablement être beaucoup plus récente.

(i) Pline parle de l'établissement des premières verreries en Gaule (Hist. nnt., I.ivre XXXVI, c. 66). (2) I,es monnaies datent plus sûrement les nécropoles prises en bloc (pie telle ou telle tombe prise isolément.

Dans une sépulture du eimetière de la rue de lyuxembourg à Cologne, on a trouvé une monnaie de Julia Domna (morte en 217) et un grand bronze de Trajan (98 à 117). De deux choses l'une : ou ce tombeau est du temps de Julia Domna, ou il est postérieur à la mort de cette princesse.

Or, si, pour une raison ou pour une autre, la monnaie de Julia Domna en avait disparu et s'il n'y était resté que celle de Trajan, on se serait trompé d'une centaine d'années au moins en le déclarant contemporain de cet empereur.

Certaines verreries que des archéologues allemands, trop pressés de conclure, datent du ii^ siècle, parce qu'elles ont été recueillies avec des monnaies des Antonins, sont en réalité de la première moitié du iii^ siècle ; leur technique, leur forme, leur décor, tout empêche de les faire remonter plus haut.

Une chronologie qui reposerait uniquement sur la qualité et la coloration du verre serait sujette à caution. En effet, s'il est vrai, en principe, que le verre est ble\j-verdâtre, comme le sont les produits alexandrins, aux i'"'", 11*' siècles, incolore au m'', chargé de bulles d'air et de filandres aux iv*, v*, il peut quelquefois en être autrement.

Les bulles d'air et les filandres sont des défauts de fabrication qu'on rencontre dans les produits de qualité inférieure, même aux époques où l'on savait très bien souffler le verre.

Par ailleurs, le verre bleu-verdâtre existe aux iii*^, iv^" siècles à côté du verre incolore ; on le trouve même à l'époque mérovingienne.

Le classement de la verrerie romaine en verres des tombes à incinération et verres des tombes à inJmniation, ne permet pas d'établir des distinctions chronologiques précises. La verrerie typique des sépultures à inhumation se rencontre dans les tombes à ustion de la dernière période.

En s'appuyant sur le décor des verreries pour établir une classification chronologique, on aura chance d'obtenir un résultat plus

probant (i) . En effet, la gravure en creux, le décor en cabochons, l'ornementation en fil serpentant, la peinture, remaillage et la dorure n'apparaissent dans le travail du verre en Gaule, qu'à des époques que l'on est parvenu à fixer d'une façon assez précise.

Pour dater la verrerie, il ne suffit pas de la bien examiner. Il faut encore considérer avec soin les objets d'usage plus ou moins courant qui ont été placés avec elle dans les sépultures. Ces objets donnent de plus sûres indications que les monnaies. Les monnaies de naulage, les oboles à Caron, étaient mises dans la main ou dans la bouche des défunts à une époque souvent très postérieure à celle de leur frappe ; les héritiers, sous l'Empire romain, n'éprouvaient pas de scrupule à payer le passage du Styx de leurs parents morts avec des pièces n'ayant plus cours et ne soupçonnaient pas Caron d'avoir l'idée d'y regarder de très près. A3^ant à placer à côté des membres de leur famille descendus dans la tombe des vases d'argile remplis d'aliments, ils prenaient, cela va de soi, des récipients faciles à se procurer, des spécimens de la céramique que l'on fabriquait alors communément. De même, pour donner au mort un objet de parure, ils se contentaient, sans nul doute, de disposer, en sa faveur, de la fibule dont il s'était servi quotidiennement pour attacher son vêtement.

Les poteries et les récipients de métal que les verriers romains ont copiés peuvent fournir aussi quelques renseignements sur la chronologie des verres. Ils permettent, comme les monnaies, d'établir un terminus post quem, mais il ne faut pas leur en demander davantage. La copie, en verre, d'un vase d'argile peut être très postérieure au modèle dont elle est issue : des canthares de verre du iv^ siècle reproduisent, dans leurs moindres détails, les pièces d'argenterie du trésor de Boscoréale qui appartiennent, on le sait, à la toreutique du i*^r siècle.

De nombreux écueils sont à éviter pour arriver à procéder à la

(i) Nous avons cherché à savoir si les inscriptions, les sigles, les marques de fabrique n'aideraient pas à dater les verreries qui en sont pour\Ties. Nos recherches nous ont amené à constater que ces inscriptions ne renseignent guère à cet égard et qu'on n'en peut tirer que de très vagties indications chronologiques.

datation des verreries ; ces observations en font foi. Le domaine de rh5rpothèse est vaste et rempli de traquenards ; mieux vaut ne pas s'y engager.

Il est difficile d'établir, pendant la période romaine, des subdivisions nombreuses dans la chronologie de la verrerie. Toutefois, rien ne s'oppose à ce qu'on répartisse la verrerie romaine en deux grands groupes correspondant aux deux grandes divisions qui, aux yeux des historiens, scindent assez nettement l'époque impériale.

Nous appellerons Romain I la période qui va d'Auguste à la fin de la dynastie des Antonins (+ 192) et Romain II celle qui va de Septime-Sévère (193 à 211) aux grandes invasions.

Par verres du Romain I, on devra entendre ceux dont les anciens se servirent couramment au i'"'" et au ii<^ siècles, et par verres du Romain II, ceux dont ils firent usage au m'' et au iv<^ siècles, à l'époque où des invasions redoutables et de nombreuses guerres de compétition au trône amenèrent la décadence de l'Empire.

Entre la verrerie du Romain I et la verrerie du Romain II, il y a de notables différences qui s'accusent dans la fabrication et la décoration du verre, dans la forme des anses et des pieds des récipients.

4. Pour composer un ouvrage d'archéologie du genre de celui-ci, il est indispensable de recourir à deux sources distinctes :

A) L'une d'elles est constituée par les livres ;

B) L'autre, par les matériaux conservés dans les collections publiques et privées.

A) Les objets en verre ont depuis longtemps exercé la sagacité des archéologues. On a entrepris, ici et là, de les décrire et de les cataloguer. Ces descriptions et ces classifications sont, pour la plupart, assez anciennes, et par cela même peu faciles à utiUser.

Les travaux allemands sont en avance sur les travaux français. Le meilleur manuel sur le verre dans l'antiquité est cehii d'Anton Kisa (i). Il est indispensable pour toute étude sérieuse. Mais il faut

(i) Das Glas im Altertume, 3 volumes, I,eipzig, 1908.

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le lire avec discernertieiit et esprit critique, car, s'il est bourré de documents intéressants, il est par contre mal ordonné (i) et contient des erreurs (2).

Une des sources d'information les plus riches est la publication périodique des antiquaires du Rhin (3) [Bonncr Jahrbikher), qui paraît à Bonn.

Des ouvrages généraux comme ceux de Deville (1873) et de Froehner (4) ont beaucoup vieilli. L'archéologue qui s'intéresse à la chronologie n'y trouve pas son compte.

Il est impossible d'être au courant sans lire les notes prises par les fouilleurs au cours de leurs recherches. L,es journaux de fouilles des cimetières romains découverts en Gaule forment un ensemble de documents considérable. Beaucoup d'entre eux étant dépourvus de dessins sont malheureusement inutilisables.

Ces comptes rendus ne sont pas tous d'égale valeur. On sait que les renseignements fournis par certains fouilleurs, Lelaurain est du nombre, ne valent guère mieux que ceux des marchands. Il n'en faut faire usage qu'avec une extrême prudence.

Les conclusions formulées par l'abbé Cochet, dont personne ne suspecte la bonne foi, ne doivent pas être non plus acceptées sans contrôle. L'abbé Cochet fouillait les tombes de la Normandie entre 1845 et 1866 ; c'est assez dire que ses recherches n'ont pu être faites suivant les méthodes modernes.

]VIM. Pilloy, Th. Eck, Sauvage et Frédéric Moreau ont exploré les nécropoles du nord de la France avec le scrupule constant de faire du travail scientifique ; leurs publications sont des œuvres définitives, indispensables à consulter.

B) Mon travail n'aurait pas été complet et ne m'aurait pas

(i) 1,'imperfectioii de cette œuvre tient beaucoup, sans doute, à ce que son auteur est mort avant d'avoir eu le temps d'utiliser, comme il convenait, les matériaux accumulés pour la constituer.

(2) C'est ainsi que, p. 899, fig. 373, la tombe du chef de lIonceau-le-Neuf, découverte par I.ELAtm.'Vix, est désignée comme étant une sépulture de Vermand, et que, fig. 130, une bouteille à applications venniculairesest attribuée au musée de Boulogne alors qu'elle n'a jamais fait partie des collections dï ce musée.

(3) Jahrbuch des Vereins von Altertums freunden im Rheinlande. ) La Verrerie untique (1879) ; Colleeiion J. Gréau (1903).

permis d'obtenir des résultats probants si je m'étais borné à consulter des ouvrages plus ou moins importants. J'étais aussi tenu de recourir à l'observation directe, d'examiner les matériaux eux-mêmes, d'étudier la verrerie romaine, non plus d'après des reproductions plus ou moins jSdèles, mais d'après les originaux, conservés dans les musées.

La méthode d'observation directe empêche de commettre bien des erreurs ; elle permet d'étayer ou de détruire une argumentation scientifique, de découvrir des documents différents de ceux auxquels ou a eu recours précédemment.

Après avoir travaillé à Saint-Germain, au Louvre, au Cabinet des Médailles et à Carnavalet, j'ai visité, le crayon en main, tous nos musées de provinces qui contiennent une série de verres romains assez importante.

Qu'il me soit permis d'adresser ici aux conservateurs de ces musées, particulièrement à IVIM. Salomon Reinach, IVIichon, Babelon, de la Tour, de Villenois\^, Georges Cain, Sauvage, de Vesly, Th. Eck, Michel Clerc, Mazauric, PapiUon, H. IMichel, Dangibaud, et à toutes les personnes qui, comme MM. Déchelette et Champion, ont facilité ma tâche par leur gracieuse obhgeance, l'expression de ma plus vive reconnaissance.

Je ne me suis pas Umité à l'étude des musées français. J'ai examiné sur place la verrerie des musées de Trêves, de Bonn, de Cologne, de Mayence, de Bruxelles, de Liège, de Namur (i).

J'ai jugé utile d'élargir le champ de mes investigations en me livrant à quelques comparaisons sur les formes des verres du Moyenâge, de la Renaissance et des Temps modernes. De plus, j'ai fait faire, sous mes yeux, par les verriers de Murano, des reproductions de verreries antiques, afin de me famihariser avec la technique du verre soufflé.

Développer l'illustration, multij)lier les graphiques, les planches, les tableaux d'ensemble et réduire au minimum le texte expHcatif,

(i) I,es verres de lua modeste collection m'ont servi à comxJéter ma docimieutatiou. J'en publie des dessins dans cet ouvrage.

telle a été ma constante préoccupation (i). Le texte des ouvrages d'archéologie vieillit, en général, très vite. L'illustration, au contraire, conserve toujours sa valeur.

J'ai eu le plus grand scrupule de ne dessiner que des monuments dont la provenance est sûre. Dans ces dernières années, on a mis en vente des quantités de verres d'Orient qui ont été mêlés à ceux de la Gaule. Il en est résulté des confusions fâcheuses, et il est même arrivé que des marchands mettaient une provenance française sur des verres syriens afin de faire de plus gros bénéfices. Aussi, j'ai écarté les pièces dont l'origine m'a paru équivoque et j'ai reproduit de préférence celles qui proviennent de fouilles faites par des archéologues dont l'honnêteté scientifique est hors de doute (2).

Les reproductions photographiques ont été, de parti pris, et après mûre réflexion, exclues de cet ouvrage, parce qu'elles n'auraient pas permis de faire suflîsamment ressortir le caractère des objets.

J'appelle tout spécialement l'attention sur les index qui terminent ce mémoire :

Index muséographique, dressé par ordre alphabétique de noms de villes ;

Index bibliographique, dressé par ordre alphabétique de noms d'auteurs ;

Index général alphabétique.

Tous trois sont indispensables pour faciliter les recherches.

5. J'ai cherché à classer des verres antiques comme l'on classe les fossiles d'un terrain déterminé.

J'ai procédé du connu à l'inconnu. Si, bien souvent, il m'est arrivé d'aboutir à un nous ne savons pas, je n'ai pas craint de le laisser voir. La science ne doit pas adopter des solutions prématurées qui, loin d'accélérer sa marche, contribuent à l'entraver.

(I) Je n'ai pas voiUu douner à mou texte un aspect littéraire. Les fioritures, très en vogue au temps de Buffon, ne sont plus de mise aujourd'hui dans la rédaction des travaux scientifiques.

(3) Je me suis efforcé, en dessinant ces pièces, d'observer les règles de la perspective. Il est regrettable qu'à ce point de vue, un grand nombre de dessins, ornant de récentes et surtout d'anciennes publications, aient été incorrectement exécutés. •

INTRODUCTION. ii

Il est difficile d'établir un classement méthodique des différentes formes de verres ; il n'est guère possible, pour y parvenir, de s'appuj^er sur la chronologie. On ne trouve pas de cloisons étanches entre les étapes successives du développement industriel. En étudiant de très près les choses, on en arrive à affirmer qu'il y a lui enchaînement des types, et non une succession de types.

L'examen des origines t>^ologiques des formes permet de grouper les verreries romaines suivant leurs affinités ancestrales. En prenant ce groupement pour point de départ, et en y mêlant d'autres groupements fondés sur l'analogie de certaines formes, j'ai pu dresser le tableau de morphologie générale, placé en tête de ce volume.

Ce tableau, qui réduit à 139 types les formes des verres d'époque romaine découverts en Gaule, est en quelque sorte la pierre angulaire de mon travail (i) . Il montre que la fantaisie individuelle joue un rôle minime dans l'industrie des anciens et qu'on peut ramener les productions de ceux-ci à des formes générales synthétiques autour desquelles oscillent des variantes (2).

6. Il est superflu, ce me semble, d'insister sur l'intérêt à la fois scientifique et artistique des travaux consacrés à l'étude des menus objets fabriqués par les industriels de l'antiquité. Rien n'est négligeable en archéologie. Les verreries de peu de valeur, celles que les anciens achetaient quelques sesterces, doivent nous intéresser au même titre que les pièces de luxe à la description desquelles quelques archéologues se sont à tort limités.

(i) J'ai adopté daus la présentation de ce tableau un dispositif analogue à celui des planches I et II de : Die Vasensammlungen des Museo Nazionale ztt Neapel, par H. Heydemaxx, ou\Tage paru à Berlin en 1S72. Heydemann ramène à 1S5 tj-pes les formes des vases du musée de Naples. Mais ses planches sont reliées à l'intérieur du livre. Mon tableau de morijhologie générale a été monté sur un onglet à grand talon, de façon à ce que, le volume étant ouvert à n'importe quel endroit, il puisse rester déployé sous les yeux du lecteur.

(2) Les verreries dont la fonuc est tout à fait exceptionnelle n'y figurent pas, attendu qu'elles échappent à tout classement tj'pologique. Je n'ai d'ailleurs pas songé à reproduire dans ce tableau toutes les formes de verres trouvés en Gaule. J'ai tenu à n'y mettrequelcs types les plus répandus et les plus caractéristiques. On ne devra pas oublier que chacun de ces types comporte des variantes souvent nombreuses et qu'il existe des formes hybrides participant de plusieurs types.

J'ai tenu à ne pas sacrifier celles-là au profit de celles-ci. J'ai visé à réunir en volume, pour en rendre la consultation facile, des documents nombreux, disséminés dans des musées plus ou moins éloignés. les uns des autres, à donner aux travailleurs un fil conducteur dans leurs recherches, à mettre les industriels, déterminés à ne pas se servir toujours des mêmes formules, en mesure de modifier heureusement les formes de leurs produits, de rompre avec de fâcheuses routines, de trouver des siUiouettes, des combinaisons propres à satisfaire leur cHentèle et à l'augmenter.

J'ai cherché également à être utile aux conservateurs de musées désireux de mettre de l'ordre dans les séries d'objets dont ils ont la garde et soucieux de les rendre aussi intéressantes que possible pour le public.

La difficulté du travail que j'ai entrepris en excusera, je l'espère, les imperfections. Des inexactitudes, des oublis seront certainement relevés dans cet ouvrage (i). Si toutefois des industriels, si des archéologues trouvent quelque profit à consulter mon livre et parviennent à y glaner des indications qu'il leur serait difficile de récolter ailleurs, je me considérerai comme suffisamment récompensé des eâ'orts que j'ai faits pour remplir une tâche ardue et compliquée.

Venise, le S octobre IQ12.

(i) Les verreries romaines découvertes en Gaule sont trop nombreuses pour qu'il soit possible d'en connaitre la totalité. En dehors des musées publics, où il est facile de pénétrer, il y a des collections privées, plus ou moins riches, parmi lesquelles les imes sont peu connues, les autres difficilement accessibles. Je n'ai visité que peu d'entre elles. C'est d'abord celle de II. Ch. M.\gxe, inspecteur des fouilles archéologiques de Paris au musée Carnavalet. Les verreries recueillies par 51. Jlague nous sont précieuses, car toutes ont été trouvées à Paris même, quelquefois dans des déblais, mais souvent aussi dans des tombes datées.

C'est ensuite la jolie série de verres appartenant à 'M. Th. Eck, de .Saint-Quentin. Ces verres ont tous été recueillis par M. Eck lui-même dans la célèbre nécropole de Vermaud et dans celle de .Saint-Quentin.

C'est encore la collection de JI. Cl. Boul.4nger, de Péronne, dent les spécimens ont été publiés par M. Boulanger, dans son luxueux ouvrage : Le mobilier funéraire.

Ces diverses collections particulières ont été très aimablememt mises à mon entière disposition.

Je suis heureux d'en exiirimer ici à leurs possesseurs ma bien vive gratitude.

Paris, 15 février 1913.

Notions historiques.

Après la découverte du soufflage du verre que les archéologues sont d'accord à placer au temps de Jules César ( — loi à — 44), l'industrie verrière prit une grande extension.

Au témoignage des auteurs anciens, les officines d'Alexandrie, de Tyr et de Sidon étaient alors particulièrement célèbres.

Les produits qui sortaient en masse de ces trois grands centres étaient écoulés par les Alexandrins vers l'Ouest méditerranéen, en Italie (Pompéi est une colonie alexandrine), en Espagne, dans le nord de l'Afrique, à Cartilage, qui était une très ancienne colonie phénicienne, en Gaule où, depuis longtemps, Marseille était en relation avec les Iles Ioniennes.

De très bonne heure, des verriers s'établirent en ItaHe entre Cumes et Liternum (i). De là, l'art du verre soufflé se répandit dans tout l'Empire.

Il semble établi que les récipients vitreux en usage en Gaule pendant le i^r siècle étaient importés, les uns d'Italie, les autres du bassin oriental de la Méditerranée. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du i^r siècle et pendant le n^, que des officines locales furent fondées. Ces fabriques, établies surtout dans la basse vallée du Rhône, étaient entre les mains d'artisans originaires pour la plupart des grands centres syriens. On y façonnait des verreries qui constituent des imitations presque serviles des produits orientaux.

Une .stèle funéraire, découverte en 1757, nous apprend qu'un

(i) Von Bissixg, Dans la Revue archéologique, 1908, t. I, p. 219. — PlxsE, Hist. nat., XXXVI, 66.

14 LA \"ERRERIE EN CxAULE vSOUS L'EMPIRE RO^LA.IN.

industriel de Carthage (i), nommé Julius Alexander, opifex artis vitriœ, fonda, à Lyon, une dynastie de verriers (2).

L'Occident latin fut pénétré des éléments de l'art grec apparaissant sous sa forme orientale. Dès le second siècle de notre ère, des Syriens vinrent se fixer à Vienne, à Lyon, et y apportèrent avec le christianisme diverses industries, notamment celles du verre et de la soie.

Au début du in^ siècle, l'Empire devint de plus en plus orientalisant. Les allures, les mœurs de la cour étaient alors celles de l'Orient. Julia Domna (158 à 218), Héliogabale (218 à 222) favorisèrent à Rome et dans tous les pays soumis à la domination romaine l'extension du luxe et du despotisme syriens.

Un tombeau d'Alexandrin, découvert à Clermont (Oise), prouve que les artisans de l'Egypte ne se sont pas contentés d'occuper, en Gaule, le littoral méditerranéen.

L'immigration, dans les pays situés au nord de la Seine et de la Somme, de commerçants et d'industriels venus du Sud-Est hellénistique commença de très bonne heure ; mais elle fut arrêtée, dans la seconde moitié du i"^"" siècle, par l'insurrection des Bataves. A partir du règne d'Hadrien, lorsque l'ordre fut rétabli, un nouveau courant d'immigrants se répandit jusque dans les provinces du Rhin. Les Asiatiques arrivèrent dans ces régions, soit par les vallées du Rhône et de la Moselle, soit par la voie maritime, en suivant les côtes de l'Océan et de la Manche.

Aussi le iii^ siècle, amena-t-il en Gaule une nouvelle invasion de la technique et des formes en usage dans les verreries du httoral de l'Egypte et de la Syrie. Alors se développa la verrerie plastique, alors se multiplièrent les verres en forme de têtes grotesques. Ce sont les Alexandrins, on le sait, qui ont particulièrement développé l'art de la caricature.

En même temps, l'industrie du verre se déplaçait. Elle tombait en décadence dans la vallée du Rhône et devenait particulièrement florissante à Boulogne, à Amiens, à Vermand, à Reims, à Strasbourg, à Trêves et à Cologne.

( i) Cartilage, au point de vue de l'industrie du verre, peut être considérée comme tme succursale de ïyr. (2) Gerspach, L'art delà verrerie, p. 19.

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