‹ La verrerie en Gaule sous l'Empire romainChapitre 7 sur 75 · NOTIONS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

NOTIONS HISTORIQUES

Il y a eu à Cologne, aux ni<^, iv*' siècles, une véritable école de verriers. Elle fit concurrence à Rome et même à l'Orient. On rencontre ses produits jusqu'en Rhétie, en Pannonie et en Scandinavie.

A partir de la fin du iii^ siècle, les commerçants de la côte d'Asie affluèrent dans les vallées de la Moselle et du Rhin. Ils y firent d'excellentes affaires, surtout à Trêves, où la Cour Impériale vint résider à maintes reprises dans le courant du iv^ siècle.

Saint Jérôme, qui visita la Gaule en 369 et s'initia à l'étude de la théologie pendant un séjour à Trêves, cette cité, qu'on appelait la seconde Rome, dit, dans ses commentaires sur Êzéchiel (i), que les Syriens étaient alors partout et faisaient avec l'Occident le commerce de l'ivoire, des étoffes, des encens, des pierres fines, du verre, des peaux, du papyrus, des fruits et de l'huile (2) .

ly'école des verriers de Cologne est v:ne branche rhénane de l'industrie orientale.

On ht sur des stèles funéraires conservées au musée Wallraf- Richartz, qu'une famille de Syrie (3), d'abord établie à Viromandum (Vermand) en Belgique, vint se fixer ensuite à Cologne quand cette viUe devint la plus prospère du Bas-Rhin (4) .

Jusqu'à une époque très tardive (peut-être la fin du iv^ siècle), les Syriens de Cologne restèrent en relation :

1° Avec les industriels de la Gaule Belgique, ce qui est confirmé par la ressemblance qui existe entre les verreries de la vallée du Rhin et celles de la Picardie et du Boulonnais ;

2° Avec les industriels d'Alexandrie et d'Asie.

Il est donc naturel qu'au iv^' siècle les formes données aux verreries par les ouvriers de Cologne soient à peu près semblables à celles des verres syriens.

Après la mort de Constantin (337), l'industrie verrière gaUorhénane tomba en décadence.

Mais les officines ne disparurent pas pendant les grandes inva-

(i) Ézéchiel, XXVII, i6, lettre CXXX, 7-

(2) Voy. COUR.I1JOD, Les origines de l'art roman el gothique. — Leçons professées à l'Ecole du Louvre (1887-1896), publiées par Lemoxxier et A. Michel, p. 325.

(3) I,es noms de C\bircs et d'ATH.\>L\s gravés sur ces pierres sont, d'aprcs Kisa, d'origine syrienne.

(4) AxTOx KiSA, Das Glas im Alterlume, t. I, p. 239.

i6 IvA ^' ERRERIE EN GAUI.E SOUS L'EMPIRE ROilAIN.

sions. Beaucoup d'entre elles continuèrent à fonctionner malgré les troubles causés par les incursions fréquentes des Francs. EUes devaient être encore en partie administrées par des Orientaux, car, jusqu'au temps de Grégoire de Tours et même après lui, les colonies syriennes de la Gaule furent très florissantes.

On a tort d'établir une profonde lacune, un hiatus entre l'industrie romaine et celle des périodes postérieures à la chute de l'Empire. Dans leur forme, dans leur décor, dans la manière dont ils ont été fabriqués, les verres anciens, qu'ils soient romains, mérovingiens, du Moyen-âge, de la Renaissance ou du XYiii^ siècle, montrent une tradition ininterrompue.

Condition sociale des verriers en Qaule.

Sur la condition sociale des verriers en Gaule, nous n'avons guère de renseignements.

Au début de l'Empire, l'industrie du verre, encore peu développée, semble tout entière confinée entre les mains de petits artisans orientaux, établis dans les viUes de la basse vallée du Rhône, où la population était très dense et très variée.

La condition sociale de ces artisans devait, mutatis miitandis, ressembler à celle de ces métèques qui, au v* siècle avant Jésus-Christ, façonnaient des poteries au Céramique d'Athènes.

Le besoin d'action, l'amour du travail, qui, de tous temps, caractérisèrent les peuplades gauloises, poussèrent nos ancêtres à se joindre à ces artisans étrangers.

Aussi, dès le iii^ siècle, la corporation des verriers de Gaule, composée de nombreux ouvriers, tant orientaux qu'indigènes, avait une réelle importance et jouissait de certains privilèges. Jusqu'à la fin de l'Empire, les Syriens y tinrent une très grande place. C'étaient des gens vifs, intelligents, qui avaient le flair du négoce. Ils y jouaient le même rôle que les Juifs à l'époque médiévale. Ils jouissaient du droit de cito3ren. Plusieurs d'entre eux se sont alliés à des famiUes locales : les pierres tumulaires découvertes à Cologne en font foi.

Il est possible que, de père en fils, les membres de la même famiUe aient exercé en Gaule le métier de verrier. N'est-ce pas ce qui s'est passé à Murano aux xv^'-xvi'' siècles et ce qui s'y passe de nos jours encore ?

iS I.A VERRERIE EN GAULE SOUS L'EIMPIRE RO?*IAIX.

L,a fabrication des verreries, sous l'empire romain, comportait une assez grande division du travail. Certains ouvriers ne faisaient qu'entretenir le feu. D'autres soufflaient le verre et le travaillaient à chaud [vitrearii) (i) ; d'autres le travaillaient à froid, le taillaient et le gravaient [diatretarii). Ceux qui façonnaient la pâte vitreuse à la manière des gemmes se livraient à une besogne que les auteurs anciens appellent Torcuma vitri.

Des signatures d'industriels comme Frontinus, Patrimonius, Daecius, Im.perator, Amaranthus, Lupio, Félix, Q.-C. Nocturnus, etc., nous portent à penser que les verriers de la Gaule avaient conscience de leur importance (2). Ces estampilles avaient pour but de garantir l'origine des objets aux yeux de la clientèle.

Alexandre Sévère mit la verrerie romaine au rang des arts somptuaires. Le 2 août 337, un édit de Constantin exempta les verriers •des charges publiques.

Nous sommes certains, grâce à ces renseignements, que la corporation des verriers était loin d'être une des plus humbles et des plus insignifiantes.

Toutefois, le niveau intellectuel des ouvriers qui en faisaient partie devait être assez médiocre. Les verriers n'ont pas été, à proprement parler, des créateurs. Ils ont copié les céramistes, les orfèvres, les graveurs de gemmes, les modeleurs de figurines. Ils n'ont -pas cherché à tirer de la matière dont ils disposaient des œuvres iranchement originales.

Nous ne savons pas quel était le taux de leur salaire, mais nous connaissons approximativement le prix qu'ils obtenaient de leurs produits.

Les verres courants se vendaient trois sesterces, c'est-à-dire bon marché puisqu'un sesterce impérial valait quatre as (3), autrement dit vingt centimes environ de notre monnaie. On pouvait même,

(1) .SÉNÈQUK, Epistol. 90.

(2) L'estampille d'un atelier déterminé ne se trouve généralement que sur des verres de la même fornic. Faut-il en déduire que chaque officine ne produisait cju'uu seul t\-pe de verrerie?

(3) Voir l'article de il. Babelox dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, de S.aglio, -i. IV, seconde partie, p. 1285.

COXDIÏIOX SOCIALE DES VERRIERS EX GAUEE. 19

paraît-il, acheter un petit verre à boire avec sa soucoupe pour un as (i).

La verrerie de luxe atteignait quelquefois des prix élevés. Pline raconte que, du temps de Néron, on a trouvé un procédé de vitrification qui permit de vendre 6.000 sesterces deux coupes assez petites qu'on nommait ptérotes (2).

(i) Strabox, XVI, p. 645.

(2) Pline, //is(. nat., livre XXXVI, 195.

Découverte du verre soufflé.

Qualité et coloration du verre antique.

Longtemps, les archéologues sont restés dans la plus grande incertitude au sujet de l'époque de la découverte du verre soufflé. On a cru, jusqu'à ces dernières années, que l'invention de la canne de verrier remontait à la plus haute antiquité. On pensait voir des souffleurs de verre dans les peintures de Beni-Hassan (XIP dynastie) (i). Les fouilleurs cependant ne découvraient aucune trace de verrerie soufflée dans le mobilier funéraire des nécropoles antérieures à la fin de la République romaine (2). Tous les vases en verres recueillis dans ces tombes étaient de petites dimensions ; c'étaient de minuscules œnochoés, des réductions d'alabastres qui avaient été façonnées sur un noyau d'argile.

Un désaccord inexplicable semblait exister entre ce que nous apprenaient les peintures, de l'époque du pharaon Ousirtasen pr et ce que révélaient les fouilles, quand on s'aperçut enfin que les soidisant verriers de Beni-Hassan étaient des métallurgistes.

Griffith a montré que la scène reproduite dans les hypogées de l'Egypte pharaonique appartenait à une série de tableaux représentant les différentes étapes du travail des métaux (3).

(i) Sauz.\y, La verrerie (Bibliothèque des Merveilles), Paris, Hachette, 1876, p. 8, fig. i, 2,3. — Gers- PACH, L'arl de la verrerie, Paris, 1885, p. 9, fig. 2. — Edouard Garxier, Histoire de la Verrerie et de l'Émaillerie, Tours, 1886, p. 4 et 5, fig. i.

(2) A Ornavasso, les tombes de Persona, qui vont de — 50 à la fin du principat de Tibère, ont livre des balsamaires de verre, alors que la nécropole ininiédiatement antérieure de San Bernardo (■ — • 150 à — 50) îi'en contenait aucun (Vov.Biaxchetti, Ornavasso) (dans.4Ms délia Soc. diA rch. e B. A. di Torino, VI),

(3) Griffith, Beni-Hassan, l,ondres, 1900, part, IV, p. 6 et pi. XX.

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