DÉCOUVERTE DU VERRE SOUFFLÉ
Les deux hommes, placés auprès du foyer, soufflent sur la flamme à l'aide de longs tubes métalliques, dont l'extrémité est pourvue d'une chape protectrice en argile réfractaire (i). Des scènes semblables ont été figurées dans les tombes de la XVIIP dynastie (2).
Le verre a été découvert en Egypte, peut-être quatre mille ans avant J.-C, et non en Phénicie comme le racontent les auteurs anciens. Mais le verre soufflé, lui, est une invention syrienne, de la fin de la République romaine (3).
Les plus anciennes verreries soufflées sont transparentes, mais elles ne sont pas incolores. Toutes sont plus ou moins teintées en bleu-verdâtre. Ce ton caractéristique (pi. 5) est donné par les oxydes métalliques (surtout les oxydes de fer) contenus dans les sables.
Le verre incolore, que les anciens ont trouvé en ajoutant à la masse vitreuse une petite quantité de bioxj^de de manganèse (savon des verriers) , est d'invention plus récente que la canne (4).
De quelle époque date-t-il? Il est difficile de le savoir. En Gaule, on ne trouve pas de verres décolorés au manganèse dans les nécropoles du I*''' siècle. Par contre, les tombes de l'époque des empereurs syriens (5) et de leurs successeurs en contiennent beaucoup. Après Constantin, le verre incolore perd sa pureté ; il devient d'un jaune sale caractéristique ; les ouvriers qui le travaillent ne savent plus en éliminer les oxydes colorants.
Le verre antique n'est pas toujours très pur ; il est souvent rempli de bulles d'air, de nuages et de filaments que les techniciens nomment filandres.
Au début de l'Empire et jusque vers le milieu du iii^ siècle, les bulles d'air et les filandres sont relativement rares ; ils n'existent que dans les produits de fabrication négligée, dans les verres soufflés
(i) AxTOX KiSA, Das Glas imAlterlume, p. 35.
(2) Tombe de Rcchmara, à Thébes.
(3) Anton Kisa, loc. ci:., p. 299. — Von Bissixg, L'histoire du verre en Egypte, dans la Revue archéologique: 1908. 1. 1, p. 211-221.
(4) On lit dans Robert Schmidt, Das Glas, Berlin, 1913, p. i, tiiie le verre incolore au plomb était inconnu des anciens. Il aurait été découvert en Angleterre, au xvu'-' siMe seulement.
(5) On entend par époque des empereurs syriens la période comprise entre 193 et 235 (entre Septimc Sévère et Alexandre Sévère) .
à une température trop basse (i). Au iV^ siècle, on en trouve partout. Si les verriers de cette époque savent mieux que leurs prédécesseurs donner aux récipients vitreux des formes élégantes, ils sont, par contre, en pleine décadence au point de vue technique et sont incapables de faire une pâte vitreuse pure et homogène.
I,es verres romains qui sont parvenus jusqu'à nous sont loin, pour la plupart, d'avoir l'aspect qu'ils présentaient dans l'antiquité. Beaucoup d'entre eux sont décomposés dans leur masse ; ils ont perdu, à des degrés différents, leur qualité essentielle, la transparence ; ils sont parfois fortement irisés. Les reflets métalliques, les tons bleus, rouges, jaunes, violets et verts, qui se fondent les uns dans les autres, ajoutent aux verreries les plus ordinaires vni attrait, un charme, une beauté qui les font rechercher des collectionneurs. C'est une polyphonie tour à tour délicate et subtile, brutale et heurtée, où abondent les effets imprévus.
L'irisation est, en général, beaucoup plus belle sur les verres d'Orient que sur ceux de la Gaule. Les terrains, selon leur nature, favorisent plus ou moins la décomposition des verreries qui y sont enfouies. M. Th. Eck a constaté, en fouillant le cimetière de Vennand, que les pièces recueillies dans l'argile n'étaient pas irisées, tandis que celles des tombes creusées dans la craie étaient toutes pourvues d'une belle irisation argentée ou opaline.
- Le verre à l'oxyde de fer ou de cuivre se décompose moins facilement que le verre décoloré par le manganèse.
Les flacons prismatiques, en verre épais bleu-verdâtre, de fabrication alexandrine, ont souvent conservé toute leur transparence. Les verres incolores, au contraire, ont très rarement gardé leur pureté primitive. Presque tous sont décomposés ;ils paraissent plongés dans une buée ; ils ressemblent à notre verre dépoli; ils ont pris l'aspect du papier à calquer que nous appelons dioptrique.
Depuis la plus haute antiquité, les verriers égyptiens savaient colorer les matières vitreuses à l'aide de diftérents oxydes métalliques.
(i) Aux filandres se joignent de? nodules blancs et opaques, constituc's par les sulfates et les chlorures qui fondent en partie sans se mêler au verre.