‹ La Verrerie ouvrière d'AlbiChapitre 11 sur 12 · fr. 25 pour le 1" trimestre · texte numérisé non relu

fr. 25 pour le 1" trimestre

Le personnel avait dû accepter une nouvelle réduction de salaires. Réduits, depuis le l'^'' février 1897, de 20 0/0, ils furent encore frappés d'une réduction proportionnelle. Cette nouvelle réduction enlevait un nouveau vingtième pour cent, sur le salaire des souffleurs, un quinzième sur celui des grands garçons, ce qui portait la retenue à 40 0/0 et 35 0/0 des salaires.

Le local du Comité d'action avait été aménagé en magasin, mais les administrateurs pa-

(1) Cette diminution provient de la réparation, et par conséquent de l'inutilisation de deux fours.

(2) La mévente est habituelle à cette époque de l'année.

risiens, qui se trouvèrent chargés des opérations commerciales, étaient peu habiles dans le commerce dvi verre.

Puis la fuite d'un comptable indélicat compromit gravement l'œuvre ouvrière.

Au moment de l'acte notarié de la verrerie ouvrière, les actions avaient été provisoirement réparties entre les principaux verriers et INI. Hamelin.

Ces premiers actio naires étaient seuls responsables, vis-à-vis de la loi et des organisalions ouvrières, auxquelles ils devaient plus tard transférer les actions.

Peu à peu les actions furent rendues aux organisations ouvrières qui avaient vendu des tickets. Chacune d'elles recevait un avis l'informant du nombre d'actions, auquel sa souscription de tickets lui donnait droit. Trois cent quatre-vingt-douze groupes devinrent ainsi actionnaires.

Ces actions étaient prises sur la part de M. Hamelin (1); celles des autres titulaires

(1) M. Hamelin avait pour son compte seul 3.238 actions sur les 5.000, représentant 323.800 francs.

provisoires étaient réservées au syndicat des ouvriers verriers de Garmaux, lorsque ce syndicat serait à l'abri des procès qui lui étaient intentés.

Ce syndicat, en comprenant le legs de Madame Dembourg, avait droit à 180.000 francs d'actions.

Au point de vue juridique, il restait à faire l'apport de M. Charpentier, pour la somme de 40.000 francs, représentant le prix du terrain, sur lequel était édifiée la verrerie d'Albi (1).

Ces formalités ne pouvaient être remplies que lorsque la verrerie se serait libérée vis-àvis de ses créanciers.

A la suite de l'assemblée générale du 18 décembre 1897, quarante-cinq ouvriers verriers avaient abandonné la verrerie, et lui avaient

(1) M. Rochefort s'était opposé à ce que les quarante mille francs, qu'il avait versés pour l'achat du terrain, fissent partie du patrimoine de la verrerie ouvrière. Il en avait fait don aux verriers d'Albi et exigé que l'acquisition fût faite au nom de l'un d'eux. Cette exigence coûta 6.000 fr. de frais, lorsque la propriété de M . Charpentier dut plus tard être transférée à la Société de la verrerie ouvrière.

intenté un procès réclamant leur part contributive dans les 44,000 francs du fonds de grève, qui avait été versé dans la caisse de l'usine.

Cet exode laissa un peu plus de travail aux ouvriers, trop nombreux pour les deux fours en fonctionnement.

Les quarante-cinq ouvriers, qui faisaient ce procès à la verrerie ouvrière, s'employèrent dans les verreries de Carmaux, Montluçon, Rive-de-Gier, Masnières et Frais-Marais (Nord), Bordeaux, Vals-la-Bégude (Ardèche) et Saint- Etienne.

Ils basèrent leur réclamation sur les considérants suivants :

« Attendu que les assignés (Charpentier, trésorier de la grève et directeur de l'usine, Bruyas, trésorier-adjoint de la grève et Bernard, président du Conseil d'administration de la Verrerie) de concert entre eux, et sans l'assentiment des grévistes intéressés, ont détourné de leur véritable destination la majeure partie des fonds reçus et l'ont employée notamment à la constitution de la société anonyme de la Verrerie ouvrière d'Albi, au capital de 5OO.O0O francs, divisé en 5.000 actions de 100 francs.

« Attendu qu'en agissant ainsi, les assignés ont employé surtout à leur profit exclusif, des fonds qui appartenaient nécessairement, ftipar la volonté des souscripteurs ci' ailleurs^ aux ouvriers verriers grévistes de l'usine Sainte-Glotilde.

« Que dès lors les requérants, qui comptaient au nombre de ces ouvriers, ont été frustrés de la quote-part leur appartenant sur tous les fonds recueillis et qu'ils sont dès lors en droit de demander compte aux assignés des fonds perçus par eux et de l'emploi qu'ils en ont fait... (1 ). »

A l'assemblée générale des actionnaires qui eut lieu le 20 mars 1898 à Paris, M. Hamelin eut à justifier sa gestion, violemment attaquée par la société coopérative Y Egalitaire.

Trois cent cinquante mille francs Jui avaient passé par les mains.

Sur cette somme, il avait versé, le 9 mars

(1) La verrerie eut gain de cause contre eux. Le jugement déclarait que seuls auraient été fondés à réclamer contre cet emploi de fonds, les souscripteurs qui les avaient versés.

1896, la somme de 125.000 francs chez le notaire d'Albi, comme premier versement du capital social.

Le 29 décembre 1896, il avait remis à M. Charpentier la somme de 90.000 francs, provenant des Sociétés coopératives : VEgalitaire et V Avenir de Plaisance .

Le 23 février 1897, il avait remboursé à X E<jaLitaire la somme de 65.000 francs.

Le 1"^ mars 1897, il avait remboursé à V Avenir de Plaisance la somme de 25.000 fr.

Il avait réparti entre les Sociétés coopératives et syadicales la somme qui lui avait été confiée, moins une cinquantaine de mille francs, qu'il restait à attribuer.

Ces affirmations, contrôlées par une Commission de contrôle, une Commission d'enquête et les experts comptables, firent justice des accusations portées contre M. Hamelin par la société coopérative de consommation VEgalitaire.

L'assemblée ratifia la nomination de six administrateurs nommés par les verriers d'Albi :

MM. Aucouturier, Charpentier, Gidcl, Oulmiéres, Renard et Rcnoux.

Etaient nommés administrateurs pour Paris :

MM. A. Ilamelin (Syndicats) ; Bellier (Coopératives de consommation) ; Mangeot (Coopératives de production).

Administrateurs adjoints : MM. Guillemin, Lagailse et Laurent.

MM. Guérard, Jaclard et Berton (Philosa) étaient nommés censeurs.

Il est intéressant dénoter la difîérence entre les salaires que recevait un verrier deCarmaux et ceux que le môme verrier recevait à la verrerie d'Albi, pendant les périodes de crise que nous venons de décrire. Je prendrai l'exemple de l'ancien président du syndicat des verriers^ M. Emile Renard, qui m'a fourni ces renseignements avec la plus grande obligeance.

Salauîes de Carmalx

Janvier Février

228 fr. 55

Mars.

Avril Mai .

Juin .

Juillet

Salaires de la verrerie ouvrière

Janvier.

Février.

Mars.

Avril

Mai . . .

Juin .

Juillet - Août.

Septembre.

Janvier.

48 fr. 55

59 fr. 95

123 fr. 45 — 40 0/0

74 fr. 05

Février {^fait fonction de chef de fa-

brication) 1 quinzaine

75 fr.

Mars.

. . 137 fr. 40 —

Avril.

Mai .

Juin .

ÏO 0/0 ^

Juillet

Voici

d'autre part quels

étaient les salaires

des gamins :

Janvier .

• - • 40 fr. 55 -

r 30 fr. 40

Février quinz. 1 » 65 —

Mars 1"^^ quinz.

fr.

Avril 2® quinz.

Mai 2® quinz. .

Août Mois compl.

Sept. Mois compl.

Voyons maintenant quels étaient, pendant le môme temps, les salaires des ouvriers de la verrerie de Carmaux. Et ici il m'est nécessaire d'entrer dans quelques explications.

Les ouvriers travaillent plus l'hiver que l'été, parce que, l'été, la chaleur de la température se joignant h la chaleur des fours rend le travail extrêmement pénible ; aussi profite-t-on de cette saison pour réparer les fours ou, pour mieux dire, les refaire, car les briques siliceuses, qui en forment la paroi, finissent à la longue par être attaquées par le verre liquide. Les fours sont donc à reconstruire complètement. Pendant ce temps les équipes de ces fours sont sans emploi : c'est ce qu'on nomme les fours morts.

A Carmaux, depuis 1896, on a supprimé les fours morts, c'est-à-dire qu'on diminue de moitié le travail des fours en activité et l'on fait

allernor les équipes des fours morts avec les équipes de fours en activité.

Ainsi du mois de juin au mois d'octobre, pour diminuer la fatigue de l'équipe qui monte sur la place au moment le plus pénible de la journée, c'est-à-dire à onze heures du matin, on ne lui fait faire que quatre heures au lieu de huit et on remplace alors l'équipe titulaire de chaque four par une équipe volante formée avec le personnel d'un four en chômage, et, comme ce personnel est changé chaque mois — les réparations durant environ un mois — , il y a répartition uniforme du travail entre tous les ouvriers de la verrerie, dans les conditions les moins pénibles pour eux.

Dans notre enquête à la verrerie de Carmaux, il nous a été possible de dresser le tableau suivant pour le travail fait pour une année entière (1) par 10 ouvriers pris au hasard dans différentes équipes :

(1) Nous avons pris une année complète pour compenser le travail plus assidu des mois d'hiver par le travail moins suivi des mois d'été.

— iCA —

lées de oiTertes

rnceà ni oITerles ravaii.

Journées

Gain

Gair»

Jourr uvail

Jou llenie au 1

faites

total.

mojen .

9 IQ

Après la lettre fi;juralive des noms, la première colonne verticale comprend le nombre de journées pendant lesquelles aurait pu travailler chaque ouvrier, s'il n'avait pas manqué et s'il n'eût pas fait en été les demijournées, dont nous avons déjà indiqué la nécessité.

La deuxième colonne représente le nombre de ces demi-journées.

La troisième : le nombre réel des journées que l'ouvrier a pu faire. Les chiffres de cette colonne représentent la différence entre le chiffre de la première et la moitié des chiffres de la deuxième.

Ces chiffres varient entre 312 et 297, de sorte que Ton peut dire que le nombre de journées de travail offertes à l'ouvrier est de 300 au minimum.

Les verriers se trouvent donc dans des conditions analogues à celles des autres industries, contrairement à Topinion qui avait cours que les verriers perdaient beaucoup de journées de travail dans leur année.

La quatrième colonne diffère de la troisième par le

nombre des journées que l'ouvrier n'a pas voulu ou n'a pas pu faire, soit qu'il ait voulu prendre un congé, soit qu'il ait été malade. Ainsi l'ouvrier G... a pris un congé de dix jours pour aller régler des affaires de famille loin de Carmaux.

La cinquième colonne représente le gain moyen pendant une période d'une année pour des verriers souffleurs.

Le gain des grands garçons est de 50 0/0, celui des gamins de 33 0/0 du gain des souffleurs.

En plus de ces prix, les verriers reçoivent gratuite^ ment, pour eux et leurs familles, les soins médicaux et pharmaceutiques et certains secours dans des cas urgents.

La situation de la verrerie d'Albi à la fin de 1898, pour n'être pas extrêmement brillante présentait cependant une amélioration sensible sur 1897. Le procès des quatre verriers avait coûté 7.477 fr. à l'usine, et cependant les 24.842 francs de déficit de 1897 se convertissaient en un bénéfice de 8.971 francs. Le compte des salaires arriérés ou retenus, qui s'élevait, à la fin de 1897, à 48.826 francs, avait été ramené à 40.174 francs. La vente avait passé de 2.564.959 bouteilles et 236.066 francs en 1897, à 3.629.888 bouteilles et 339.770 francs en 1898. La fabrication s'était également aug-

mentée de 317.403 bouteilles, c'est-à-dire de près de 10 0/0.

« Mais, ajoutait le rapport du Conseil d'administration, un bénéfice de 8 à 10.000 francs, est-ce là le résultat désiré ? Et, après avoir accouché de cette souris, la montagne socialiste peut-elle se déclarer satisfaite ? Ce n'est pas la vie au jour le jour, à l'abri d une déprimante médiocrité, qu'il faut à son œuvre, mais bien une prospérité constamment grandissante, dont Téclat attire invinciblement tous les regards, pour la confusion de la classe capitaliste et V exaltation du prolétariat . »

Une des causes d'infériorité qui ressortait immédiatement des exercices précédents était le peu de variété dans la nature des verres employés. Les deux premiers fours ne pouvaient convenir qu'à la fabrication des verres du pays, mais il était un centre, excellent débouché pour les produits de M. Rességuier, et que la verrerie ouvrière n'avait pu atteindre jusque-là. C'était Bordeaux, qui emploie un verre spécial pour les enveloppes de son vin célèbre- Le verre de cette couleur n'était pas fabriqué à Albi ; il était donc nécessaire d'ouvrir un nouveau four à cette fabrication spéciale. Il s'agissait, pour

la construction de ce nouveau four, d'engager une dépense de 60.000 francs. La municipalité d'Albi venait précisément de voter à la verrerie une subvention de 12.000 francs. D'autre part, la commission de répartition des fonds aux sociétés coopératives, sur la proposition de M. Keiifer, venait d'allouer à la verrerie une somme de o.OOO francs. Des ligues de défense de la Verrerie ouvrière avaient envoyé 9.500 fr. La verrerie qui, en 1898, avait réparti 169.000 fr. de salaires entre 24o ouvriers, jugea le moment venu de construire un nouveau four.

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