DEUXIÈME PARTIE
FONCTIONNEMENT ET RÉSULTATS I. — Inauguration de la Verrerie.
Le 1 1 janvier 1 896, les verriers partaient pour Albi.
Pour se rendre à remplacement où s'élève aujourd'hui la verrerie d'Albi, il faut sortir de la ville par un pont de construction récente, qui s'élève au-dessus du Tarn. De l'autre rive, le spectacle qui s'offre h la vue est singulièrement pittoresque. Le vieil Albi s'étage sur un coteau, dominé par son extraordinaire cathédrale. C'est, construite en briques, une forteresse de rêve, flanquée d'un côté par une tour qui s'élève lourdement vers le ciel comme un donjon formidable, et de Vautre par cinq clochetons, destinés à l'origine à servir d'observatoires pour guetter les mouvements de l'ennemi, en cas de siège. Au-dessous de la cathédrale, le palais avec ses tours et ses remparts.
Au bout de Ja ville, le pont du chemin de fer part* du sommet du coteau et aboutit à une hauteur sur l'autre rive. Entre es deux ponts modernes passe, construit en contrebas, le vieux pont d'Albi, datant du treizième siècle.
Le premier coup de pioche fut donné le 13 janvier par M. Renard, président du syndicat des verriers de Car maux.
Après un chômage de six mois, les verriers, transformés en terrassiers, se mirent à l'œuvre avec ardeur. Quelques-uns, après entente préalable, allèrent s'embaucher dans d'autres verreries, car le nombre de bras à occuper était bien supérieur au nombre de bras qu'on pouvait employer à l'édification de la verrerie prolétarienne .
Deux équipes, travaillant chacune six heures, furent formées ; les salaires furent fixés à 30 centimes par heure pour les hommes, à 25 centimes pour les jeunes gens au-dessous de dix-huit ans, et à 15 centimes pour les enfants chargés de faire les commissions.
Sous l'intelligente direction de M. Juppont, ingénieur électricien et conseiller municipal
de Toulouse, les travaux furent activés, et le nivellement était à peu près terminé au commencement de mars. Les fondations des murs commençaient à sortir de terre.
Mais l'ère des difficultés commençait. Il fallait nourrir cinq cents personnes et employer utilement ces ouvriers subitement improvisés terrassiers et maçons.
Cinq maçons de profession furent embauchés, que l'on chargea de l'apprentissage d'ouvriers verriers. Leurs élèves, d'abord au nombre de dix, atteignirent bientôt celui de quarante, pendant que les autres se faisaient carriers et extrayaient la pierre nécessaire à la construction.
Mais pendant que les travaux commençaient à Albijle désaccord survenu entre les partisans de la verrerie ouvrière et ceux de la verrerie aux verriers, entre les défenseurs de la verrerie à Garmaux et ceux de la verrerie àAlbi, portait un préjudice considérable à la vente des tickets, l^e comité réussissait à grand'peine à réaliser 25.000 francs.
C'est alors que le comité d'action de Paris délégua à AIbi M. Hamelin, avec mission de constituer la société au capitalde 100.000 fr.,
et de ne verser l'argent chez le notaire que le Jour où il signerait, au nom des organisations ouvrières, l'acte de constitution de la société anonyme « La verrerie ouvrière » (1).
" Les membres du Conseil d'administration d'Albi furent effrayés par cette décision, qui leur semblait devoir provoquer Tanéantissement de la verrerie, avant môme sa création.
Une réunion des administrateurs eut lieu, où assistaient MM.Hamelin, Andrieux, avocat-coQseil, etFrézouls, notaire àAlbi, pour examiner les moyens d'arriver à fonder la Société au capital primitivement prévu de 500.000 francs, et, le 1) mars 1896, le premier quart du capital, c'està-dire 125.000 francs, était versé par les fondateurs entre les mains du notaire.
Les actions furent provisoirement réparties de la façon suivante :
MM.Hamelin. . . 3.238 actions 323.800 fr.
Charpentier . 176 » 17.600 Renard. . . 144 » 14.400 Aucouturier . 144 » 14.400 Boyannique . 144 » 14.400
A reporter .... 3.846 ~^ 38i.600
. (1) M. Hamelin avait ordre de « tout casser », s'il ne parvenait pas à constituer les fonds nécessaires à la verrerie.
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