actions 500.000 fr
Ces actions devaient être au fur et à mesure réparties entre leurs véritables propriétaires, à savoir les organisations ayant placé des tickets.
Des obstacles entravaient la construction de l'usine.
Les Compagnies métallurgiques, auxquelles on s'était adressé pour la fourniture de la charpente métallique, exigeaient le paiement intégral de leur mémoire, avant livraison^ et allaient jusqu'à demander, au cas o\\ les travaux seraient retardés ou abandonnés, de retirer tous leurs fers, sans aucun remboursement . Devant de telles exigences, on décida de s'adresser à un petit entrepreneur de Toulouse, insuffisam-
ment outillé. Cette obligation retarda considérablement les travaux.
Cependant, le dimanche 25 octobre 1896, la Verrerie ouvrière put être inaugurée.
Un beau soleil brille de tout son éclat. \ neuf heures du matin, le train qui amène les invités est attendu par MM. Jaurès et Rocbefort. En descendent MM. Flaissières, Dormoy, maire de Montluçon, Viviani, Sembat, Vaillant, Walter, Labussière, Leconte, Antide Hoyer, Sau- ^umier, Thierry-Cazes, Landrin, Toussaint, Renou, Bepmale, Ernest Roche, Serres, maire de Toulouse, Sinclîolle, délégué du Grand-Orient.
Cent soixante-cinq municipalités, sept cents syndicats sont représentés ou ont fait parvenir leur adhésion, ainsi que onze cents groupes ou cercles politiques et soixante-cinq coopératives.
Le cortège se rend paisiblement à la verrerie .
La grille d'entrée franchie, de longs bâtiments s'étendent à droite et à gauche, formant les deux grands côtés d'un quadrilatère d'une contenance de plus de trois hectares.
A gauche, se trouvent situés les bureaux de radministration et du syndicat, qui occupent l'un et l'autre le rez-de-chaussée ; le premier étage est réservé pour les appartements du personnel de l'administration et pour la salle des réunions.
Viennent ensuite, sur le môme rang que les bureaux, dix bâtiments qualifiés d'accessoires, et dont quelques-uns sont destinés au magasinage du sable, des sulfates.
Un autre bâtiment servira de laboratoire, on y fera les dosages et les mélanges des éléments constitutifs du verre.
Enfin, suivant la même ligne de construction, se rencontrent l'atelier, où sera placé le pilon broyeur qu'attendent ses supports et son mécanisme, la chambre de chautTe et la machine destinée à fournir la force motrice, puis la forge où seront réparés les outils, et, pour terminer, l'atelier d'ajustage.
Faisant un angle droit avec cette ligne de constructions, s'élève, au fond de la Cour, la verrerie proprement dite. Elle mesure quatorze mètres de hauteur sur soixante mètres de longueur et vingt de largeur.
Deux des fours sont terminés.
— lOi —
On remarque sur les murs nus des inscriptions, qui indiquent la destination des divers bâtiments.
Nous songeons, en les regardant, remarque le rédacteur du M.rz^m, à cette maison de Balzac, dans laquelle le grand écrivain s'était contenté de mettre, par-ci par-là, des écriteaux disant : « Ici une cheminée en marbre de Faros ; ici un lavabo en porcelaine de Chine ; ici une glace de Venise ».
Le banquet fut des plus gais.
M. Renard, président du syndicat, après avoir souhaité la bienvenue « à tous les amis présents » ajoute :
« Tous peuvent être certains que les verriers occupés à la verrerie ouvrière sauront, à l'avenir coninie par le passé, faire tout leur devoir et prouver au monde entier ce que peut la solidarité,
« Nous adressons d'abord un souvenir reconnaissant à Mme veuve Dembourg, qui, par l'intermédiaire de notre généreux ami Henri Hochefort, fournit cent mille francs. Jointe au don particulier de Rochefort, cette somme forme la base de notre édilice. »
Gris : Vive Rochefort ! Vive Rochefort !
Puis, M. Jaurès, debout sur la table, demande le silence :
« Tous les camarades ici présents réclament, dit-il, la Carmagnole, cette Carmagnole (\n\, il y a quatre ans, a été à Carmaux, en même temps que le chant socialiste, notre hymne de ralliement. Je ])rie donc tous ceux qui la connaissent de la chanter avec nous. »
JM. Jaui ès entonne alors le premier couplet :
« Que faut-il aux républicains ? {bis) Du fer, du plomb et puis du pain. (6is)
Du fer pour travailler.
Du plomb pour nous venp:er Et du pain pour nos frères ! »
L'assistance reprend en chœur le refrain :
Dansons la carmagnole !
Vive le son {bis) du canon ! »
Le moment est venu de mettre le feu aux fours. M. Aucouturier tend une torche à M. Rochefort qui l'approche des fagots préparés, et immédiatement la llamme s'élève aux cris de « Vive Rochefort ! Vive la verrerie ouvrière ! »
Le meeting a lieu en plein air, à cinq heures, dans les locaux de la verrerie. On vend sur la porte le Chant des verriers^ dû à l'inspiration de M. Gérault-Richard, et où il est question du « capitaliste Vautour ».
On y dit aussi :
« Jadis, nous crevions à la peine, Pour le seul profit d'un voleur. »
et, pour terminer sur ce même ton :
« Citoyens, vidons notre verre, Les bourgeois ont fini leur bail !
Bientôt régnera sur la terre La République du travail. »
M. Henri Rochefort « le hardi sagittaire », ainsi que l'appelle la Dépêche « après Victor Hugo », annonce, aux applaudissements de Tassistance, qu'il est allé trouver de grands distillateurs et que tous lui ont promis de se fournir à la Verrerie ouvrière.
Il a vu également des banquiers. Eux aussi ont promis de prêter à la Verrerie des sommes relativement considérables, qui seront gagées sur les bâtiments construits.
Enfin V Inti^ansigeaiit va ouvrir une nouvelle souscription. Son rédacteur en chef s'inscrira personnellement pour d 0.000 francs. Le public suivra certainement, « de sorte que sous peu de jours vous serez, dit-il, sortis d'embarras, étant libres de toutes charges ».
M. Hamelin, délégué du comité d'action, fait le procès de l'ancien préfet, M. Doux.
Ses paroles violentes sont applaudies par l'as-
sistance, notamment lorsqu'il déclare que l'œuvre d'émancipation s'accomplira, s'il le faut, par une révolution non pacifique.
La nuit est tout à fait venue, lorsque M. Jaurès prend la parole ; la tribune est éclairée très faiblement par quelques lanternes en papier, et le député de Garmaux de s'écrier :
« Le jour qui tombe là-bas est le jour tombant de la force capitaliste ; mais, du côté de l'Orient, je vois déjà poindre l'aurore de la République de demain, la République sociale. Vive donc la République sociale ! »
M. Jaurès crut pouvoir se rendre à Garmaux, pour expliquer sa conduite et donner les raisons qui l'avaient déterminé à sacrifier Garmaux à Albi.
Le cercle républicain progressiste fit aussitôt proclamer un appel :
« Chers concitoyens,
« A cette heure, les traîtres jettent bas les masques. Le dessus du panier de la sociale va faire cortège à ceux qui nous ont dépouillés et qui poussent Taudace jusqu'à venir couronner de fleurs leurs malheureuses victimes...
u Vous comprendrez aujourd'hui, mais trop tard, ce que signifiaient ces protestations contre les arbitres de
]a Verrerie ouvrière, ces démissions sitôt retirées, les larmes hypocrites de ce pitre bourgeois, qui va parader cl Albi. Cela signifiait une trahison calculée et voulue.
« Qu'importe à ces repus la misère des autres !
« Ces misérables nous répondent froidement qu'au nom de Tintérèt socialiste et révolutionnaire, et surtout au nom de leur intérêt personnel, vous devez sacrifier votre pain et celui de vos enfants.
<c Quelle audace ! Quel cynisme ! La misère n'a jamais effleuré cette poignée de juifs qui commanditent la haine et élèvent l'injure la plus grossière à la hauteur d'un principe. Voilà pourquoi ils songent à exiger de vous ce qu'ils seraient incapables de supporter euxmêmes.
« Citoyens,
« L'on nous provoque. C'est par un silence glacial, par le vide fait autour des traîtres, que vous saluerez celte meute qui vient vous féliciter de vous être laissé étrangler sans n)ot dire. Ils devraient pourtant ne pas oublier que vous les avez conspués une première fois et que, sans le secours de la force publiciue, vous leur auriez infligé la seule correction qu'ils méritaient.
« Uu calme ! et maintenant, juils honteux, faux ouvriers, donnez-vous la main ! allez banqueter à Taise ! Oubliez-vous dans une orgie complète ! Le peuple de Carmaux, par notre voix, vous flétrit !
cercle l'épublicain progressiste. »
« L'orae:e décidément est dans Tair », affirme le correspondant de la DépêcJie^ à son arrivée à Carmaux.
M. Rochefort Tcivait compris et il éprouva le désir d'aller visiter le saut du Tarn, donnant rendez-vous à M. Jaurès pour la soirée, à Carmaux.
Le train qui conduit M. Jaurès entre en gare à six heures. Le leader socialiste, M. Vaillant et une centaine de verriers d'Albi en descendent.
Aussitôt une bordée de sifflets éclate, mêlée aux cris de « A bas Jaurès I A bas l'Internationale ! xV bas les Prussiens ! » Le cortège se dirige vers l'hôtel Malaterre où la musique municipale joue la Carmagnole. Le commissaire de police fait saisir les instruments.
M. Jaurès allait franchir le seuil de l'hôtel Malaterre, quand un gamin de dix-sept ans lui porte successivement deux coups de sandale et fait voler son chapeau. Un mineur, d'un coup de poing, envoie rouler le gamin.
On part pour le Cercle d'Etudes sociales, à l'autre bout de la petite ville. Un banquet de cent cinquante couverts y est organisé.
La grande réunion qui a lieu dans le local du syndicat des mineurs est à peine commencée, au milieu des cris et du bruit strident des sifflets à roulette et des cornets à bouquins, que
le commissaire de police donna Tordre de la dissoudre. Les gendarmes pénètrent dans la salle et la font évacuer, au milieu du plus grand tumulte.
M. Henri Roclicfort qui arrive en voiture à ce moment-là salue la foule et fait tourner bride à son cocher. M. Jaurès annonce qu'il va déposer une interpellation, dès son retour au Palais Bourbon.
11 n'avait pu dans la réunion prononcer que les paroles suivantes :
u Je suis particulièrement heureux de montrer Carmaux aujourd'hui à nos amis socialistes de toute la France.
« Us ont entendu les sifflets de Barthou. Us ont vu à quelles provocations abominables, à quelles brutalités révoltantes le grand patron affameur, devenu afTamé, a tenté de se livrer contre nous. Nos amis se sont aperçus qu'il n'y avait ici qu'une population décidée à ne pas se laisser remettre sous le joug, qu'elle a déjà subi. »
M. Jaurès ne se tint pas pour battu. Il résolut de revenir à Carmaux le 29 novembre. Le comité socialiste annonça cette venue par Taffiche suivante :
Comité républicain socialiste
Dimanche 15 novembre 189G, à 2 heures du soir, dans la salie du syndicat des mineurs à Carmaux
MEETING SOCIALISTE Au cours duquel le citoyen Jean Jaurès, député de la circonscription, rendra compte de son mandat.
Présence assurée des citoyens Millerand, Vaillant, Pelletan, Jules Guesde, Marcel Sembat, Viviani,Thierry- Cazes^ llouanet, Chauvière, Sautumier, Groussier, Henri Turot, Raymond Leyj^ue, Gh^vis Hugues, Girodet, Galvinhac, Faberot, Carnaud, Antide Boyer, Chauvin. <• Camarades,
« Le 26 octobre, malgré les charges de gendarmerie, malgré les violences de toute sorte, — niées, il est vrai, par celui qui les ordonna — vous aviez répondu avec empressement à notre appel et vous vous étiez rendus en nombre imposant à cette réunion, au cours de laquelle votre sympathique député devait rendre compte de son mandat.
« il est de notre devoir, aujourd'hui, de protester contre les provocations et aussi contre les abus de pouvoir et les illégalités commises par ceux-là mêmes qui se posent en gardiens de Tordre.
« A cet etTet, nous vous convions à venir en foule à la manifestation socialiste que nous avons organisée et à laquelle assisteront, aux côtés du citoyen Jaurès, les élus socialistes et les militants délégués des organisations ouvrières.
K Nous verrons bien si, cette fois encore, les stipendiés de la réaction oseront essayer de nous empêcher de manifester nos sympathies à ceux qui en sont vrai-
ment dignes et si les dirigeants rétrogrades voudront, encore une fois, mettre un élu dans l'impossibilité de rendre ses comptes à ses mandants.
M Citoyens,
« Par votre fermeté, par votre sang-froid et par votre énergie, vous montrerez à la France ouvrière et socialiste qui a les yeux sur vous que Carmaux n'a rien abdiqué ni de sa fierté, ni de son indépendance.
« Vive la l\é|)ublique sociale ! »
Dès que M. Jaurès mit le pied sur le quai de la gare de Garniaux, vers onze heures du matin, il fut accueilli par une clameur immense : « A l'eau ! fainéant ! » Des cornets à bouquin ajoutent leur bruit assourdissant au cri sli ident des sifflets à roulettes.
M, Jaurès est accompagné de MM. Millerand, Vivian!, Vaillant, Camille Pelletan, Sembat, Deville, Coulant, Chauvin, Ghauvière et Dejeante, députés socialistes.
Précédé de deux commissaires de police, le cortège s'engage dans l'avenue de la gare. Les premières maisons sont occupées par les verriers de l'usine de M. Hességuier. Des croisées partent les projectiles les plus variés, des savates, des trognons de choux, des boules de cendre, de chaux, ou de farine.
11 est midi lorsque le cortège arrive à l'hôtel
Boyer, situé sur la grande place de Carmaux, où est servi un déjeuner. A ce moment, la musique municipale attaque la Carmagnole, à laquelle répond la Marseillaise, jouée par la musique rivale.
La verrerie Ste-Glotilde et l'hôtel Malaterre d'où éfaient partis les sifflets et la Carmagnole, à la première visite de M. Jaurès, avaient été fermés.
Le meeting devait avoir lieu à deux heures.
Plus de quatre mille personnes sont massées dans la salle du syndicat des mineurs et dans la vaste cour qui la précède.
Les députés socialistes font leur entrée au milieu d'un vacarme efl'royable. Applaudissements, sifflets et cornets à bouquin font une terrible cacophonie ; des rixes s'engagent.
M. Pelletan préside, assisté de M. Millerand.
« Citoyens..., » commence M. Jaurès, mais le tumulte l'empêche de continuer.
On crie « Conspuez Jaurès ! » et « Démission ! ».
M. Millerand s'adresse au commissaire de police M. Orsini : « Le bureau vous fait l'honneur de vous demander, lui dit-il. » — « Monsieur, répond le commissaire, je vous fais
rhonneur de vous dire que je connais mon devoir. »
M. Pelletan s'écrie à son tour : « Faites donc expulser les dix siffleurs qui sont là. »
— « De quel droit me parlez-vous ainsi?
répond M. Orsini. »
La bagarre devient générale.
« Puisque vous êtes impuissants, reprend le commissaire, à maintenir l'ordre dans la salle, je déclare la réunion dissoute. »
Les gendarmes envahissent la salle.
Un gendarme y pénètre même à cheval. Un député, M. Chauvin, est arrêté.
Le soir M. Jaurès prit la parole à Tliôtel Boyer :
<c Nos adversaires, s'écrîe-t-il, prétendent que j'ai perdu votre confiance. Pourquoi donc s'opiniritrent-ils à empêcher une réunion où pourrait se vérifier leur calomnie? Si je vous ai trahis, si je n'ai amoncelé que des ruines, moi qui ai fait tout ce que j'ai pu pour vous, ils avaient beau jeu pour m'accabler. Ils pouvaient venir se dresser devant moi, et m'accuser 1 Ils n'ont point osé, parce qu'ils savaient qu'il sortirait alors de ma bouche une parole vengeresse, et de la vôtre une parole de confiance.
<c Mais je n'avais pas besoin de cette parole. Elle
était écrite d'avance dans ma conscience, dans la conscience de ce que j'ai fait pour la mériter. Depuis trois années, vous le savez, je n'ai pas réservé un jour, pas une heure pour ma satisfaction personnelle. Je vous ai donné tout mon temps, tout mon ca^ur, et ma vie tout entière.
« Aussi, je n'avais pas besoin, d'une formule de confiance de votre part. Votre conflance, je Tai sentie dans vos serrements de mains, je Tai lue dans vos regards, je l'ai entendue dans vos acclamations. Et nos ennemis auront beau disperser nos réunions, ils auront beau lâcher contre nous une poignée de pauvres ouvriers domestiqués, corrompus ou égal és, ils ne dissoudront pas du moins la communion des sentiments qui nous lie ensemble : nous n'avons qu'une pensée, qu'Hun cœur, qu'une volonté, et il n'y a pas de police qui puisse dissoudre cette réunion-là ! »
M. Jaurès explique ensuite le plan « conçu visiblement par l'opportunisme capitaliste ». S'il s'acharne sur Carniaux, c'est parce que sa population, limitée à trois ou quatre mille hommes, lui olTre plus de facilités que les grands centres socialistes. C'est aussi parce qu'il est représenté à Garmaux par deux complices puissants, le grand mineur Reille et le grand verrier Rességuier. Le premier, qui s'avouait monarchiste, et le second^ qui se prétend républicain, se sont dit qu'il leur fallait s'unir contre le péril commun ; Tun s'est rap-
proche de la Republique, l'autre s'est rapproché encore de la réaction. A la même heure, partout le même rapprochement s'est opéré, partout les deux éléments autrefois distincts se sont confondus povir livrer la même bataille.
« Et vous les voyez ici, poursuit l'orateur, chercher à multiplier les procès, les renvois. Ils voudraient vous elTrayer, briser vos courages, par la crainte du chômage, de la misère, de la faim. Mais ils ne réussiront pas, car toute la France ouvrière vous soutiendra, et puis, vous serez aussi avisés qu'ils seront violents. Quel enseignement ! Ces hommes si riches et si puissants, qui peuvent faire manquer de pain vos femmes et vos enfants, ne peuvent contraindre ces mêmes prolétaires, dont ils disposent, à partager leurs opinions. Et voilà bien pour eux la pire défaite !
« J'y pensais tout à l'heure en voyant une poignée d'ouvriers injurier d'autres ouvriers comme eux, leurs camarades et leurs frères. 11 y avait, sans doute, parmi ces insulteurs des hommes qui, jadis, avant d'être vaincus par la misère, s'avouaient des nôtres. Quel mérite a le patronat dans ce recrutement apparent et mensonger, et combien de temps pourra-t-il compter sur de telles adhésions ! Où les trouvera-t-il demain? Mais toi, Rességuier, qui as brisé ton syndicat pour ne rencontrer aucune volonté en obstacle à la tienne, toi qui as demandé à tes renégats de nous siffler pour toi, c'est toi, maintenant, qui es leur débiteur, c'est toi qui as besoin d'eux !
u Et quand tu voudras désormais les commander, qui te dit que ton ouvrier ne relèvera pas la tête pour
te répondre : « J'ai sifflé pour toi, il faut maintenant que tu yjaies pour moi 1 »
Oui, la classe capitaliste est condamnée à disparaître ou à succomber. Car, de deux choses Tune : ou elle laissera au peuple toute liberté, et il s'en servira pour instituer pacifiquement un ordre social nouveau ; ou elle essaiera de grouper autour d'elle, par la menace, par la peur, par la famine, quelques légions d'esclaves, et les légions d'esclaves se transforment fatalement en des légions de révoltés !
« C est par elle-même que le peuple apprend tous les jours quel est le problème à résoudre. Jusqu'ici, il a cru qu'il suffisait de changer le nom de son gouvernement, de découronner des rois, et voici qu'il s'est aperçu qu'en changeant les titres, il n'a pas changé la réalité du gouvernement.
« En efl'et, ce ne sont pas les ministres qui gouvernent, c'est le capitalisme. Ici, c'est Reille, c'est Uességuier ; ailleurs, c'est Schneider ; ailleurs, un autre. Les gouvernements qui passent ne font qu'exécuter la volonté des véritables maîtres qui demeurent, de ceux qui possèdent la propriété et le capital. »