‹ La Versification de Frédéric MistralChapitre 15 sur 38 · LA PROSE RYTHMÉE · texte numérisé non relu

LA PROSE RYTHMÉE

grandi causo, | cantavo la crousado | contro li Sarrasin, | li bataio 12 8

erouico | ounte l’ome valènt lucho pèr sa patrio, | pèr sa resoun e

pèr sa fe, | cantavo lou desden de la forço outrajouso, | e partejavo, 12 6 i rêi que mancavon de cor, | lou cor dôu grand Blacas…

Là encore le rythme de l’alexandrin et de l’octosyllabe mélangés, une magnifique envolée oratoire servie par une harmonie parfaite de langage.

Un peu plus loin, voici une apostrophe en quatre alexandrins :

O lausié de Toulouso, o lausié de Vau-cluso, o lausié sèmpre verd que simbolisés glôri, lumiero e pouésio, en terro dôu Miejour as regreia tous tèms, | tous tèms regreiaras ! » F

Il est superflu d’insister : sans qu’il ait l’air d'y songer, peut-on dire, les vers coulent sous la plume de Mistral!. Cela nous explique la souplesse de ses poèmes, leur naturel, leur abondance, leur harmonie. Il manifeste toutes ces qualités dès ses débuts, d'un seul coup de maître, en créant la strophe de Micèio®2.

! On pourra faire des rernarques anälogues en feuilletant les discours de F. Mistral réunis en volume: « Discours e dicho de F. Mistral » Avignon, Roumanille, 1906. Publication du Flourège ptrouvençau.

? Cette facilité à s'exprimer en vers est si grande qu’elle se manifeste même dans sa correspondance. Tous ceux qui possèdent des lettres de Mistral pourront aisément le constater. Qu'on lise, entre autres, comme très caractéristiques de ce fait, les lettres sur la mort

de Roumanille adressées à Folcô de Barocelli {Aidli, 25 mai 1801, et Aëmana, 1802). Elles sont presque tout entières écrites en vers blancs. Or, dans les circonstances où Mistral les écrivait, on ne peut croire qu'il les ait écrites ainsi volontairement.

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