III. ASSOUPLISSEMENT
DE LA STROPHE DE Micèio À Calendau
Nous retrouvons dans Calendau la strophe de Mireio; c'est assez dire que Mistral a été content des services qu'elle lui a rendus et que pour écrire un nouveau grand poème il n’a point songé à créer une nouvelle
- forme. À
Toutefois il est plus maître de cette forme ; ses rimes, nous l'avons vu, sont plus constamment riches, la coupe de ses vers, nous le verrons, est plus variée aussi. La façon qu'il a de traiter la strophe de Mirèio ne peut pas être sensiblement perfectionnée, car dès le début il l’a traitée avec beaucoup de souplesse. Nous pouvons toutefois noter que les enjambements plus fréquents de vers à vers donnent à l’ensemble stro-
phique une allure de plus en plus libre. Je ne sais si l'on pourrait trouver dans Mireio une strophe aussi librement assouplie que celle-ci :
Autour dôu mount escalo, redo
E founso e claro, uno pinedo ;
.Dou cengle se pôu veire en oundo rousseja
Lou front dis aubre ; eila blanquejo = Cassis, alin Touloun fouguejo
Dins lou soulèu, e beluguejo
L'azur de la Gardiolo adavau emplaja.….
: MECAL A SAE7]:
ou que celle-ci :
O malo-astrado que me ligo!
Adounc faguè la belle amigo, PAR.
Noun se pôu ! — E vai-t'en, — au noum de Diéu ! vai-t'en ! Sara pas dis qu’en tartarasso Ague feni la noblo raço Di blanc faucoun ! Soulo e paurasso Resten ! mai libro e puro e feroujo resten !... ? a (Cal. 1, ge” Ge
Autant qu’on peut le calculer. j'ai remarqué 52 enjambements dans le chant VII de Mirèio sur 574 vers. et 78 dans le chant VIT de Calendau sur 532 vers.
D'autre part. de strôphe à strophe, les enjambements sont aussi plus nombreux. Vote quelques chiffres qui le prouveront.
Enjambements de sttophe à strophe :
Micelo Chi Les ME 73 Ch HE" SCAN US chi Ver ch Nos cht, VIt, 0 cht VIEIL 65 cht IX: 8; cht. X. 2; cht. XI. 3 ; cht. XII, 5 ; total, 65 ; moyenne, 5 par chant.
Caléndaui chtr}h10 ccht 11" 192-cht- Ho CRE IN ASS ECRE NS TMS CHEN P 5 ebE VE CRE VIS CAL AIR, 15 Chi NX a Cht rot cht. XII, 17; total, 161; moyenne. 13 par chant.
Se we se
% Donc il y a dans Calendau plus de la moitié du
* chiffre obtenu dans Mirèio. C'est indiquer que Mistral a pris de plus en plus à ce sujet d'indépendance
; métrique. ;
À Comme dans Miréio, Mistral emploie l’enjambement
strophique pour la commodité du récit et de la conver. sation ou pour traduire certains effets.
Solennité de l’invocation :
Amo de moun pais,
Tu que dardaies manifesto.
4 (Cal.,1, str. 2 à 5).
Refus énergique : |
E tout d'un cop : — « Noun, noun, crido mai, pode pas!
. Subre moun côu porto uno pèiro….
(Ibid., str. 34 à 35).
Naissance de la nuit, qui amène les poètes à chanter :
Anen,
—< Es jour fali : vivo e poulido Fan à cha pau souù espelido Lis estello de Diéu.….
(Ibid, str. 55 à 56).
Sentiment de dédain :
...escarto emé desden
La courtisano.
(Ibid., xu, str. 9 à 10).
je
Exclamation indignée :
— Lucifèr
Maledicioun !
(Ibid, xur, str. 50 à 51). |
Dans tout ce chant ces enjambements strophiques
sont fréquents, pour marquer la fuite de Calendau ou
la fureur du combat final.
Après Mistral la strophe de Mireio n'a point eu de fortune durable ; ses amis et ses disciples l'ont eme ployée parfois, mais sans originalité comme sans dessein bien net; Félix Gras l’a reprise dans Li Catbounié? sans modifications et dans. 7 «/04a ? à s'en est inspiré pour la construction d’une strophe nouvelle, mais singulièrement lourde. Ce sont là tentatives de disciples, qui n'offrent pas d'autre intérêt que prouver à quel point Mistral est devenu seul maître de la forme qu’il avait créée, Si les poètes provençaux ne l'ont maniée après lui que malaisément, à plus forte raison les poètes français ne l'ont-ils pas adoptée, gênés sans
doute par la trible rime des octosyilabes, plus dif-
ficile à trouver en français qu’en provençal.
Mistral reste donc l'inventeur et le possesseur incôntesté de la strophe de Mirèio que seul il a su manier en maître.
V. notamment Aubanel, La Midugtano, éd. 1877, p.222: Lou Rèite Soulèu, p.22; Anselme Mathieu. La Farandoulo, Avignon, 1802, pp. 106 et 246 ; Marius André, Plôu e souleio, p. 198.
? Avignon, 1876.
3 Avignon, 1882. m