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LES RYTHMES LYRIQUES 1 Gy,
Tière. A la même veine, il faut rattacher l’histoire, un peu leste, de la Princesse Clémence 1, qui est datée de 1863. Ce sont là les quatre emplois du décasyllabe à l'état pur avec coupe à la quatrième syllabe, que nous rencontrons dans Lis Jsclo d’or; deux autres emplois à l’état pur se présentent dans ce même recueil, mais avec des coupes à la sixième syllabe, ce qui leur donne une toute autre allure.
Par contre, nous retrouvons la coupe à la quatrième syllabe dans deux poèmes des Oulivado où le décasyl: labe est employé seul, dans lou Parangoun® en strophes de cinq vers, dans l’Inne Gtegau?, en strophes de . huit vers. Dans ce dernier poème, le mouvement allègre du décasyllabe correspond à l'enthousiasme guerrier qui anime cet hymne écrit en l'honneur des Grecs combattant en 1897 contre les Turcs. Le troisième em-
ploi du décasyllabe à l’état pur est fait dans un à-pro-
pos de douze vers, avec coupe à la cinquième syllabe * et ne présente aucune importance littéraire.
Par contre, il faut noter avec soin le petit poème sur les Noces d’Aubanel5, où le décasyllabe est employé seul, avec des coupes alternatives après la quatrième et la sixième syllabe, ce qui rompt la monotonie du rythme unique, et surtout la troisième partie du Tambout d’Arcole, où le décasyllabe est traité seul d'une façon tout à fait intéressante. La coupe presque constamment placée après la sixième syllabe, et revenant, très rarement, à la quatrième © donne au morceau l’al-
4 Jsclo, p. 150.
2 Oulis., p. 6.
8 Ouliv., p. 142.
4 Oulis., p. 148.
s Zsclo, p. 450.
& Sur 96 vers, 11 vers peuvent avoir la coupe principale à la quatrième syllabe, tout en conservant une secondaire à la sixième syl-
lure de découragement et de mélancolie que le poète a cherchée. En même temps, cette libre ! façon de traiter le décasyllabe annonce, de loin, la technique admirable dont Mistral fera preuve He Lou Pouèmo dôu Rose.
En combinaison, Mistral emploie le décasyllabe de façon très juste : s’il est coupé à la cinquième syllabe, . il la combine avec le vers de cinq syllabes, et l’on a le rythme alerte usité dans la poésie française : :
Jan de Gôufaroun, pres pèr de coursäri, Dins li Janissàri Sètan a servi;
Fau, encô di Turc, avé la coudeno
Facho à la cadeno De Emai au rouvi?.
Et Mistral a bien soin de mettre les rimes féminines là où il faut, pour que lés vers de cinq syllabes,sen fusionnant, ne deviennent pas des vers de dix®.
Si le vers de dix syllabes est coupé à la sixième syl- labe, le poète le combine très justement avec les vers de six et de quatre syllabes :
S’es enanado alin, ma douco amigo, E iéu, desespera, Fau que ploura.. 4 PS ï
C'est avec lé vers de six syllabes que le décasyllabe
labe, et même l'hésitation est souvent permise sur la valeur des deux coupes ; cinq vers doivent seulement se couper absolument à la quatrième syllabe. 3
1 Par exemple, ces deux vers ont leur coupe au milieu des mots : Pourtavon: « I grands ome la patrio, — Recouneissento ! » Quand parlas dôu sort!
? Zéclo, p. 110 ; V. aussi Atmana, 1890, p. 108 ; petit poème non recueilli par Mistral.
8 C’est le rythme même du petit poème de Musset: À une Patidienne. =
4 Jgclo, p. 360.
se trouve combiné dans la strophe des Enfants d'Otphée que nous avons citée. Avec l'octosyllabe la com- binaison est faite une fois de la manière suivante :
Lou païsan, ounte que siegue Es lou cepoun de la nacioun ; Auran bèu faire d'invencioun, D . Fau que la terro se boulegue :
Tant que lou mounde noun aura pres fin, Faudra qu’'i’ague de pan et de vint.
Avec le vers de quatre syllabes, l'emploi est plus naturel encore, surtout lorsque la coupe du décasyllabe est à la sixième syllabe. Mistral combine les deux vers de la façon suivante, en ÿ ajoutant un octosyllabe:
L’Evesque d’Avignoun, Mounsen Grimau, À fa basti’no tourre à Barbentano, + Qu’enràbio vènt de mar e tramountano
E fai despoutenta l'Esprit déu mau.
Assegurado = Sus lou roucas, Forto e carrado, Escounjurado,
Porto au soulèu soun front bouscas ;
Memamen i fenèstro, dins lou cas
Que vouguèsse lou Diable intra di vitro,
A fa Mounsen Grimau grava sa mitro?.
__ La combinaison du décasyllabe avec le vers de quatre syllabes se retrouve dans Lis Oulivado avec la forme - suivante : |
Pos barrula dins l’estrange païs De la Roumagno A l’Alemagno, Pos barrula dins l’estrange païs Par ana vèire ço qu’as jamai vist;
1 Oulis., p. 136. | 2 Z6clo, p.102, ’
Mai d’encountrado Alegourado Coume lou rode ounte vives, pagés, Auras bèu courre, / Per vau e mourre, Ounte que vagues n’en trouvaras ges...
C'est donc avec un sens du rythme très délicat et très sûr que Mistral combine le décasyllabe avec les autres vers, et les Strophes nouvelles qui en résultent sont très harmonieuses ?.
II E Mistral, à ma connaissance, n'a pas employé le vers de neuf syllabes, si ce n’est dans un quatrain de eirconstance, qu’il serait possible de considérer d’ailleurs comme composé d’octosyilabes, si l’on fait l'élision à la coupe des syllabes muettes, et qui n’a du reste pas d'importance ÿ.
1 Oulis., p. 106.
2V. Un emploi du décasyllabe, Acmana, 1911, p.20. Cité chap. vn, note finale. Le quatrain, qui se présente comme rédigé en hendécasyllabes, est, en réalité, par l'élision d’une syllabe muette à la coupe, formé de décasyllabes ou mieux encore de vers de cinq syl-
pie e même un poème Au Pouttugau de la forme suivante :
Bèu pichot po | ple | , que te siés encarna Dins un eissam d’eros e dins un grand pouèto, Vers ti reme | mbre | s’encuei acantouna Tau que lou vièi marin que sounjo dins sa bèto…
En réalité, l’élision de la syllabe muette à la coupe ramène ces” vers à la forme du décasyllabe.
8 V. Atmana 1888, p. 104.
Vivo li nô | vi] de Sant-Sauvaire !
Crèisse la ra Fe | di sèt Ramoun! ÿ Luse l’este | lo | di fièr troubaire ! :
Glôri à Toulou | so | pereilamount!
L'octosyllabe par contre est un vers aimé de Mistral, puisqu'il entre pour la plus grande part dans la construction de la strophe de Micèio. C’est un vers populaire, comme le témoigne sa grande fortune pendant tout le moyen âge, un vers de fabliau, de conte, de petit poème narratif, et Mistral, outre l'emploi qu'il en fait dans Mirèio et dans Calendau, Va employé dans Nerto à l’état pur.
n’est donc pas étonnant de le rencontrer très souvent dans les recueils lyriques de Mistral. C’est ainsi que dans Lis Isclo d'or nous en trouvons 13 emplois ! à l’état pur Sur 74 poèmes, 5 emplois dans Lis Oulivado, sur 37 poèmes ; en combinaison avec d’autres vers, il apparaît 18 fois dans Lis Jsclo d'or, 3 fois dans Lis Oulivado. Donc, en tout, Mistral l'emploie 31 fois dans Lis Iôclo d’or sur 76 poèmes, et c'est donc presque la moitié; un peu moins dans les Oulivado, 8 fois sur 37 poèmes, ce qui n'est pas tout à fait Le cinquième.
A l'état pur, son emploi correspond généralement à des sentiments graves: l’ode À la Race latine® est écrite en strophes de 8 syllabes à rimes croisées avec un refrain de 4 octosyliabes à rimes également croi- sées; le poème intitulé Espouscado 3 dans lequel Mistral proteste contre la centralisation, affirme la, vitalité de la race et de la langue, dans une sirophe de 10 octosyllabes, celle même des grandes odes classiques, . affecte une allure plus large encore ; Le Coummuniun di Sant}, cette exquise évocation d'une Arlésienne qui sort des vêpres de Saint-Trophime, où le sentiment de la beauté se mêle si profondément au sentiment reli-
V. Jéclo, pp. 220, 240, 268, 286, 290, 354, 406, 408, 412, 418, 478, 504, 510, et Oulis., pp. 26, 120, 174, 186, 220.
3 Jéclo, p. 220. :
3Ibid,, p. 240.
# Joclo, p. 268,
gieux, est écrite en strophes de huit octosyllabes à rimes croisées.
Dans un sentiment grave, il faut citer aussi le poème Veguen veni!, écrit en strophes de 5 octosyllabes, et le poème qui clot Lis Oulivado, Moun Toumbeu?, cette
belle et large évocation du Temps qui passe et qui
efface la Sloire lentement.
D'autre part, l’octosyllabe est employé de façon significative, pour des sonnets3, pour des poèmes de circonstance {, pour de courtes pièces ÿ.
En combinaison Mistral emploie l’octosyilabe surtout avec l’alexandrin, et le vers de quatre syllabes, une seule fois avec le décasyllabe, 3 fois avec le vers de six syllabes. “..
Avec le décasyllabe, la combinaison est celle que nous avons vue 6 ; avec l’alexandrin nous en avons plus haut étudié les effets ; avec le vers de six syllabes, on a la strophe déjà étudiée dans l’ode à la Félibresse Antoinette de Beaucaire 7, où bien c’est le refrain d’un cantique :
Sian à la fin dôu mounde, Et tout ço qu’avèn fa Dins lou grand drai fau que se mounde Au vènt de Diéu que vai boufa®.
1 Ouliv., p. 120.
2 Id., p. 220.
8 Jôclo, p. 406, 408, 412, 418. à
4 Jéclo, pp. 290, 504 ; Ouliv., p. 186.
$ Jôclo, pp. 286, 354, 478, 510 ; Ouliv. PP: 26, 174, a aussi petits poèmes non recueillis et publiés dans V'Atmana 1910, P: 19 ; 911, PP- 29, 81, 26, 28; 1903, p. 79 ; 1880, p. 55.
5 V. plus haut La Cansoun dôu Païsan, Oulis., he Ier : T1 V. plus haut et Zsclo, p. 380.
# Id,, p.:328.
LES RYTHMES LYRIQUES 123 ou c'est un chant nuptial :
Ceuntre lou Riau, à Sant-Roumié, l’a’no jouino bruneto
Que dins li prat, souto un poumié, Cerco de campaneto.
Enfin il ui spécialement noter la combinaison, tout indiquée d’ailleurs, de l’octosyllabe et du vers de qua-
tre syllabes, qui donne le plus souvent un effet de tristesse ou de langueur.
La combinaison la plus simple est l'alternance suivante: :
CRE Segnour, à la fin ta coulèro ‘Largo sitron
Sus nôsti front :
E dins la niue nosto galèro
. Pico d’aprô
- Contro li ro 2.
ur
Ce poème intitulé Lou Saume de la |Penitènci (Le Psaume de la Pénitence), est une lamentation sur les malheurs de la guerre de 1870, et le rythme brisé,
‘ essoufflé correspond bien à l'effet cherché. Même sentiment de tristesse dans le poème intitulé + Desfèci (Langueur) et dont la strophe est celle-ci :
Vese d’aucèu que van amount, Que van amount souto li nivo ;
Porton, li nivo, l’aigo au mount, E vers la mar l’aigo s’abrivo.
léu, siéu aqui
. À me langui ;
E, fauto d’alo,
Ma languisoun sara mourtalo®.
Même lassitude de la pensée et du rythme dans la
= 4 Zsclo, p. 466. :
2 Jsclo p. 198. V.aussi un quatrain SABRE TE, on. 1889, p. 87. ; 7 p. 368.
délicieuse élégie, appelée Grevanço (rancœur), où le poète évoque sa mère disparue :
Oh! dins la draio engermenido Leissas me perdre pensatiéu, Sus li tepiero tant unido Ounte enfantoun iéu me perdiéu !
s Li parpaiolo De la draiolo, Lis agantave emé la man; Catarineto E galineto Me fasien tôuti soun rouman, E la flourido Di margarido Pièi me disié : Tourno deman!.
D'ailleurs, on ne retrouve pas le même effet de mélancolie dans deux autres poèmes où l’octosyllabe se combine avec Île vers de quatre syllabes. L'un est Lou
.. Bastimen, où apparaît la strophe suivante : Te Lou bastimen vèn de Maiorco ; a Emé d’arange un cargamen ; An courouna de vèrdi torco L’aubre-mèstre dôu bastimen? ; ee Urousamen Vèn de Maiorco Lou bastimen.
Vautre est l’Aclafenco, avec cette strophe :
Vou lou dirai, e lou creirès,
La jouventuro de quau parle
Éro uno rèino, car saubrès
Qu’avié vint an, e qu’èro d’Arle.
La rescountrère un bèu dilun RCE Dins la palun ; 2 Es grand doumage
Qu’ansin anèsse à la calour,
En acampant de jounc en flour Pèr li froumage 3,
1 Isclo, p. 374.
3 Id., p. 10.
1Id,,p. 18,
Ce n'est pas non plus l’éffet de tristesse que recherche Mistral dans certains refrains composés d’octosyllabes et de vers de quatre syllabes, celui-ci par exemple :
De nôsti paire canten la glôri Que dins l’istôri à An fa soun trau, , E que de-longo, nous dien li libre, e FE Soun resta libre, Coume la mar et lou mistrau...{
A vrai dire, si l’on s’en tenait au compte des sylla- bes, le premier et le troisième vers de cette strophe Lee seraient des vers de neuf syllabes, mais si l’on consi- Re ‘dère que la coupe de ces vers est très fortement indiquée après paire et de-longo, c’est-à-dire à la cinquième syllabe, nous avons en réalité une suite de vers de quatre syllabes dont deux ne comportent point de rime. On peut noter l’emploi d’un semblable procédé — dans le refrain de La Btassado : |
EE
A la memôri de nôsti rèire, Di Berenguié, dôu rei En Pèire..?
.. Nous pouvons le noter aussi avec le décasyllabe dans le refrain de La Respelido :
La maire Prouvènco qu’a batu l’aubado La maire Prouvènco que tèn lou drapèu, D, cu L’a panca crebado, | LE La pèu 4 Dôu rampèu..….3 4
qui constitue, en réalité, une Suite de vers de cinq sylla- . bes, dont deux n'ont point de rime, ou plutôt riment entre eux par le mot Prouvèncço, et dont le dernier come porte une rime intérieure : La pèu - dou tampèu.
“À ‘2e s Jsclo, p. 32.
D 3 Id., p. 500..
: 3 Oulis., p. 54.
Notons enfin la strophe du Prego-Diéu qui forme
une sorte d'escalier, où l’on descend par trois octosyllabes vers deux vers de quatre syllabes et un vers de deux :
Ero un tantost d’aquest estiéu * Que ni vihave ni dourmiéu \ Fasiéu miéjour, tau que me plaise, Lou cabassou Toucant lou sou A l’aise...1
Enfin, constatons que la même combinaison d’octosyllabes et de vers de quatre syllabes se retrouve dans le célèbre chant de Magali, avec un arrangement strophique qui n’est point le même: “
O Magali, ma tant amado Meste ta testo au fenestroun, Escouto un pau aquesto aubado ge De tambourin’ mé de viouloun ; Es plen d’estello aperamount,
L’auro es toumbado ;
Mai lis estello paliran Quand te veiran.…. ?
De toutes ces remarques, ilest permis de conclure
que Mistral manie volontiers l'octosyllabe, que son emploi correspond chez lui à des sentiments graves, calmes, souvent mélancoliques, surtout quand l’octosyllabe est combiné avec l’alexandrin ou le vers de quatre syllabes. Remarquons enfin, une fois de plus, que nous n'avons pas rencontré deux fois la même strophe dans les divers poèmes étudiés. ;
1 Z4clo, p. 290.
? V. Micèio ch. 1; v. aussi Azmana, 1886, p. 48, une strophe composée ainsi 88888488 4.
Le vers de sept syllabes se présente depuis le xvi® siècle dans la poésie française comme un vers gai, vif, alerte, vers de chanson et de danse, surtout quand on le marie au vers de trois syllabes. On obtient alors le rythme fameux de l’Aocil de Rémy Belleau, repris par Sainte-Beuve dans son poème À la Rime.
- Mistral emploie assez souvent le vers de sept sylla- ‘bes et c’est généralement avec cette intention de gaîté, cette allure décidée qui s'attache à son emploi. A l’état pur, nous Le trouvons six fois dans Lis Jsclo d'or, deux fois dans Lis Oulivado; en combinaison, sept fois dans Lis Isclo d’or, deux fois dans Lis Oulivado.
C’est par le vers de sept syllabes que s'ouvrent Lis Isclo d'or, avec Lou Gant déu Soulèu. Pour cet hymne de joie, qui célèbre le soleil cher à la Provence, Mistral adopte naturellement le plus allègre des rythmes :
ion soulèu de la Prouvènço, Gai coumpaire dôu mistrau, Tu qu’escoules la Durènço Coume un floi de ns de Crau.
et le refrain se fait plus alerte encore, grâce à l’introduction our vers de trois syllabes et à la répétition des rimes :
Fai lusi toun blound calèu ! - Coucho l’ombro emai li flèu!
Lèu ! lèu ! lèu !” Fai te vire, bèu soulèu !.
Dans le chant célèbre de La Coapo% où Mistral
1 16clo, p. 4. ; :
*1d.;p:38. dé
chante l’union des Provençaux et'des Catalans, les espoirs félibréens, même strophe de quatre octosyllabes, à rimes croisées, mais le refrain donne au chant son allure originale, avec sa combinaison de vers de trois, de quatre et de six syllabes. :
Dans Lis Oulivado même strophe de quatre vers pour traduire les accents d’une âme indignée dans une véhémente apostrophe au peuple provençal, Au Pople notre 1. re
La strophe s'élargit et compte six vers dans le
fameux chant de La Coumtesso, qui traduit de semblables sentiments ; c’est le chant de la délivrance, l'appel du clairon qui sonne le ralliement des jeunes patriotes 4 & . j .
pour le relèvement de la patrie provençale, et'le refrain de deux vers sans rimes donne à ce poème ardent un accent plus véhément encore:
Aquèli qu'an la memôri, L re
Aquèli qu’an lou cor aut,
Aquèli que dins sa bori
Sènton giscla lou mistrau,
Aquèli qu'amon la glôri,
Li valènt, li majourau,
Ah ! se me sabien entèndre !
Ah! se me voulien segui !...2?
Dans Lis Oulivado cette strophe de six vers sert à traduire le rire, grâce à une autre combinaison de rimes, à une accumulation de quatre vers à la fin de la strophe : FA
lé disien Margarideto,
E, pèr coupa court, Rideto.
Estènt que toujour risié, Aquéu noum de fantasié
À soun rire s’entrasié Coume la roso au rousié ! 3
Oulis., p. 60.
? Isclo, p. 188.
$ Oulis. p. 190. La Risouleto (La Rieuse)
LES RYTHMES ss 129
Enfin nous rencontrons dans Lis I4clo d'or une strophe de huit vêrs, avéc quatre rimes féminines sembla-
bles, pour narrer l’histoire amoureuse du Troubadour Catalan :
Quand la bello Margarido, Fiho dôu grand Berenguié, Pèr l'amour a fa flourido, L'amour vèn e la marido
Au rèi Louis que la seguié :
Lou rèi Louis, à touto brido, Vers Paris l’enmeno lèu.
A- diéu-sias noste soulèu !..
Une autre fois, c’est pour traduire un effet de net terie, une suite d’heptasyllabes à rime plate. Enfin une strophe mérite une remarque spéciale ; c’est celle que nous rencontrons dans L’Amiradou, ainsi construite : | |
Van veni très chivalié pèr escalada li tourre
* Van veni très chivalié,
Valerous, fièr e galié.… 5 Il semble que l'on ait affaire à un vers de quatorze syllabes, au début, mais le vers, en réalité, se décom- - pose en deux vers de sept syllabes, dont le premier rime avec le quatrième. En d’autres termes, le troisième vers est la répétition du premier, et c’est le second qui n’a pas de rime. On a là un rythme de chanson populaire, très alerte, rendu plus alerte encore par cette répétition #.
En combinaison, l’heptasyllabe se rencontre surtout mélangé au vers de trois syllabes ; ses autres emplois sont rares. À peine pouvons-nous noter une combinai-
Ê Isclo, p. 122.
2 Id., 324.
8 Jsclo, p. 94.
4 V, aussi Atmana, 1902, p. 32, un sonnet en heptasyllabes.
FI
son avec les vers de six syllabes et de cinq syllabes, dans la strophe suivante :
En Arle, au tèms di Fado, Flourissié La rèino Ponsirado, Un rousié !
L’emperaire rouman Ié vèn demanda sa man ; Mai la bello en s’estremant lé respond : Deman !1
Une combinaison avec le vers de cinq syllabes, dans cette strophe :
Boufo, au siècle mounte sian, bee" Uno auro superbo, Que vôu faire rèn qu’un tian De tôuti lis erbo :
Nèutri li bon Prouvencçau, Aparan lou vièi casau Ounte fan l’aleto Nôsti dindouleto !?
DS
et-c'est, d’ailleurs, tout simplement l’air que fredonne Alceste à ‘Oronte :
Si le roi m'avait donné Paris, sa grand’ville….
Mais nous l'avons dit, c'est de la combinaison de l’heptasyllabe et du vers de trois syllabes que Mistral tire ses effets les plus heureux : c'est le refrain du Cant dôu Soulèu, cité plus haut. et c'est surtout le fameux Lioun d'Arcle, dont le rythme a tant d’allure :
Desempièi que Diéu me gardo Sus la terro di vivènt,
1 J6clo, p. 86.
2 Jsclo, p. 44. V. aussi une beaute de l’heptasyllabe avec le vers de six syllabes et de quatre syllabes. JZ5clo, 1re édition, 1876, p. 434, poème supprimé dans la seconde édition.
l’a’n lioun que me regardo
Emé li dos narro au vènt.
Lou cassaire que champèiro Noun clapèiro
Lou gimerre roucassié,
Car es un lioun de pèiro
Agrouva sus Mount-Gaussié {
C’est encoré un très gracieux poème des Oulivado,
où le poète chante la beauté de la femme :
Qu’es la perlo M
Qu'en bousserlo Se coungreio au founs di nais, Se noun briho.
A Vauriho D’Afroudito que té naîs !.… ?.
C'est un poème très vif des Jsclo d'or, qui raconte l'aventure d’un chevalier chrétien, prisonnier des Sarrazins, et qui fait vœu de suspendre sa chaîne aux pieds
de la Vierge, si jamais il retourne dans sa patrie de . Moustiers. Le refrain, d’un rythme très net, traduit à: merveille l’élancement de la prière :
Presounié di Sarrasin, Engimbra coume un caracô, ES Enm’un calot cremesin Que lou blanc soulèu eidraco, En virant la pouso-raco, } ! Rico-raco, “ Blacasset pregavo ansin :
A ti pèd, Vierge Mario, Ma cadeno penjarai, Ces . Se jamai, ee Tourne mai A Moustié, dins ma patrio ! #
Enfin c'est une strophe encore plus compliquée, trop
1 Ibid. p. 314. ;
2V. p. 156, À Evo. :
8 Jsclo, p. 130, La Cadeno de Moustié; V. aussi À. Jano, Acte 11,
SE Sc. v, p. 94. La Chanson du page, strophe en quatre vers, 2 hepta- - syllabes, 1 vers de 3 syllabes, 1 heptasyllabe,
longue pour avoir été reprise plus d’une fois et qui constitue surtout un divertissement rythmique, correspondant à la fantaisie du sujet :
Asseta sus li boufet, Lou Cat miaulo : « Quouro dinon ?
* La grand dor sus soun caufet, Li chatouno eila badinon En charrant sus lou lindau :
Anen, dau!
Que se duerbe un pau l’armäri!
Noum d’un gàrri, Iéu ai fam.… | Quau tafuro ?
Uno furo ?
Pesqui pas ! quauque tavan. FE, Pèr cassa voste ratugno, De-countugno Bôule lou mouloun de blad ; Iéu neteje vôstiplat, | Vous escure la padello, - Le Pièi vous fau la bello co.
*E vous-autre, pèr aco, :
Me dounas de regardello? »
Cat!
La vièio crido, Cat ! o Te farai courre bourrido. ! $ \
Fantaisie, élan, gaîté, hardiesse, indignation, tels sont les sentiments qui correspondent à l'emploi de l'heptasyllabe dans le lyrisme de Mistral. Ici encore il Y & une juste correspondance entre le rythme et l'émotion, là encore beaucoup de tact dans la combinaison des vers, un grand sens de la mesure, là encore une diversité continuelle.…, ?
1 Isclo, p. 336; La Founfôni de l’oustau. V. aussi Atmana, 1916, p: 100. es
* À signaler l'emploi du vers de sept syllabes dans un poème à Blanche de Bourbon, publié par l’Atmana de 1874 et non recueilli par Mistral dans l'édition définitive des Z4clo,
Le vers de six syllabes est un vers peu usité dans - la poésie française, mais, si l’on y réfléchit bien, il devait être aimé de Mistral, car c'est un vers populaire.
Populaire, en effet, puisqu'il est, peut-on croire, à l'ori-
gine de lV’'alexandrin, Vendre n'étant que le total de deux vers de six syllabes, comme semble le prouver la liberté qu'ont prise les poètes du moyen âge de laisser une muette de trop à l’hémistiche.
Mistral emploie donc assez fréquemment le vers de six syllabes, soit à l'état pur, soit en combinaison avec d'autres vers, non point sans doute pour ses poèmes les plus importants, mais pour de petites pièces, ou plus souvent encore pour des chansons.
| Lorsque le vers de six syllabes est employé à l'état pur, il est une précaution que doit prendre tout poète
avisé: c’est de donner au premier vers une rime fémi-
et le refrain suivant:
nine, afin qu’il ne puisse se fondre avec le second et donner ainsi un alexandrin. Cette précaution Mistral manque rarement de la prendre. Il l’omet pourtant une fois dans Lis Oulivado, et donne ainsi la strophe
Au noum de Diéu vivènt æ Emai de Santo Estello, Au noum de Diéu vivènt Fasen ço que devèn.
: Vai lèu, bailèro, lèu, Bailèro, lèu, baïlèro, Vai lèu, bailèro, lèu, De soulèu en soulèu !
1 Oulis., p. 50,
Et sans doute la qualité des rimes, leur richesse marque ici le rythme de façon suffisante pour qu'on. ne puisse faire à Mistral un grave reproche de cette construction strophique.
Une autre fois la strophe est formée simplement par la succession de deux vers à rimes féminines et de deux vers à rimes masculines :
Escouto que te digue
Fasié moun ouncle Guigue, Vau mai un bon counsèu, Mignot, qu'un bon bacèu !!
Ici les deux vers à rimes féminines, qui ne peuvent se fondre en alexandrin, donnent nettement le rythme de six syllabes, et les rimes très riches généralement des deux vers à rimes masculines confirment cette impression. Par deux fois Mistral emploie cette disposi- tion tout-à-fait originale ? et les deux fois dans Lis Onlivado. Dans Lis Iaclo d'oc il avait adopté la disposition plus connue, de quatre vers à rimes croisées, la rime = féminine précédant la rime masculine : | ;
Moun fiéu, à la journado * M’ avise que vas plan,
E vers li bouissounado Siés toujour barrulants.
La même ee de rimes se retrouve dans un sonnet écrit par Mistral en vers de six syllabes #,
Mistral combine ce vers avec l’alexandrin, nous l’avons vu déjà, dans l'intention classique d’alléger la
1 Ouliv., p. 112.
? Ouliv. p. 12. .
8 Jéclo, p. 24.
4 Zsclo, p. 404 ; Aemana 1005, p. 56 ; 1877, p. 67; 1911, p. 28: les - quatraïns adressés à Frédéric Charpin et Antoinette de ne ; P: 27, aux avialeurs de la Crau et à Ch. Maurras,
NE
$ C2 De
strophe! ; il le combine avec le décasyllabe pour donner une impression de mouvement, comme dans Lis Enfant d'Outfiéu? ou de langueur, en le faisant suivre du vers de quatre syllabes, dans la strophe déjà citée:
S’ès enanado alin, ma douco amigo, E iéu desespera, Fau que ploura... 3
A vrai dire, le décasyllabe étant coupé à la sixième syllabe, on a une strophe composée de deux vers de six syllabes, et de deux vers de quatre syllabes, dont les deux derniers seulement sont rimés. |
Avec les vers de neuf syllabes Mistral combine une seule fois le vers de six, encore est-ce un refrain de chanson nuptiale :
D'abord que vuei maridan Pauloun, + Embriaguen-nous tôuti !
La farandoulo emé li vioutoun
Pièi toumbara d’aploumb ! 4
Avec l'octosyllabe la combinaison aussi est rare, et
nous l'avons étudiée plus haut 5. Avec le vers de sept
syllabes aucun exemple, avec le vers de cinq un seul, dans Lis Oulivado avec la strophe suivante : ù
Jôéusé di Grameniero, Aquéu bedigas, Au founs de sa feniero Dor coume un soucas; E tant que la niue duro
AV. Isclo, pp. 228, 200, 380, 422, 484. V. aussi Acmana, 1915, p. 40, deux alexandrins encadrant deux vers de six syllabes. 2 Jôclo, p. 32.
8 Jsclo, p. 360.
4 Iôclo, p. 442.
$ Z6clo, p. 380,
Fai rèn que sounja Que li figo maduro Es un bon manja !
Par contre, Mistral combine très souvent le vers de six syllabes avec le vers de quatre ; nous en avons vu un exemple dans la strophe déjà citée :
S’es enanado alin, ma douço amigo...
-et nous avons remarqué que de la sorte on aboutissait
au rythme du décasyllabe coupé à la sixième syllabe. Mais pour empêcher cette confusion, Mistral met
souvent une rime féminine à son premier vers, ainsi
dans cette forme strophique :
Tout en batènt la duno E lis estèu, Ai rencountra’no bruno En un castèu : RE D.
La porto èro barrado, Mai quauco fes La bello, enfenestrado, / Prenié lou fres. ?
De même dans ce refrain :
Ounour à nôstis àvi Tant sävi, tant savi, Ounour à nôstis avi Qu’aven pas couneigu ! ?
Et dans celui-ci :
Canten lou gèni
De la terro de Diéu Qu’acô”s lou Fèni De-longo renadiéu. 4
1 Ouliv., p. 178.
? Jôclo, p. 348.
3 Ouliv., p. 20.
‘4 Ibid., p, 86,
et dans cette strophe qui débute en vers de six et finit en vers de sept syllabes : :
Boudiéu ! Nourado,
Vuei coume sèntes bon!
É- Dins la courado GERS Toun flaire me respond.
LR PA La farigoulo LR re Mendrigoulo,
, Caucigado pèr li groulo De Jareto e de Martoun
à Quand pasturgon si moutoun, Nous perfumo li petount.
Même début dé strophe dans le chant des Festo. \ Vierginenco, où le vers de six syllabes est maintenu jusqu'à la fin :
ue Cantèn la glôri : E l’ounour dôu pais
F Re, - E sa belôri
Que téuti rejouis :
Li chato de quinge an, Es lou fid de Sant-Jan Que briho sus l’autour - E fai lume à l’entour?.
“J'ai trouvé cette strophe, à peu de chose près, emse ployée dès 1815 par Joseph Arnaud, cordonnier à l'Isle, auteur d’un recueil de Noëls provençaux et français.
1 Oulio., p. 128. ; 4 Ouliv., p. 70. Cette strophe est copiée sur la chanson populaire : © Li Toundèice d'Avé. V. Ouliv., p. 237 et Acmana de 1873 : Re à Sian uno troupo De toundèire d’avé Que pèr la coupo Avèn de fort rougnet.
Anaren à la Crau Toundre li capitau :
Sabèn noste mestié Coume de bons oubrié,
Voici le début de ce Noël:
Sans plus attendre Préparons un présent, Allons nous rendre Vers Jésus-Christ naissant ; Prêétez, charmantes fleurs, “ Vos plus vives couleurs, Faites à tous comprendre Que vous donnez vos cœurs, Sans plus attendre...! a #
Quelquefois la strophe est simplement de quatre vers, comme celle-ci dans le chant de noces de la Félibresse Bremonde : 3
Dono Ramoundo, Regnavo, à passa tèms,
Mai tu, Bremoundo, Siés rèino déu printèms ?.
D’autres fois encore la strophe s’allonge :
Fiéu de Maiano, S’'ère vengu dôu tèms De Dono Jano, Quand èro à soun printèms E soubeirano Coume èron autre-tèms, Sènso autro engano Que soun regard courous, Auriéu, d’elo amourous, | Trouva, iéu benurous, Tant fino cansouneto = Que la bello Janeto M'aurié douna ’n mantèu Pèr pareisse i castèu.…. 3
1 V. Nouvedu tecreil de Noëls' provençaux composés pat le sieut Jh. Arnaud, cotdonniet à l'Isle, 2 février 1815. À Catpenttas, p. 50. |
2? Jôclo, p. 472. | 8 Jéclo, p. 141,
Dites CE |
Enfin il arrive que Mistral néglige la précaution de mettre d’abord la rime féminine, se fiant à la richesse de sa rime masculine pour faire sentir la séparation des ne vers. Ainsi cetie strophe d'un de ses chants les plus D 7 : : célèbres:
Nautre, en plen jour
& Voulèn parla toujour . La lengo dôu Miejour,
Vaqui lou Felibrige !
Nautre en plen jour
| Voulèn parla toujour
R ï - - La lengo déu Miejour, ; Qu’acô’s lou dre majour!,
Par contre, citons celle-ci également célèbre : t A Lou jour de Santo Estello l’a cinquante an d’acô, Lou crid que despestello Boumbiguè tout-d'un-cop.
Horn À soun resson, Se O bello deliéuranço !
Tout lou Miéjour de Franço, Esparpaiè soun som ! ?
1 Ouliv., La Respelido, p. 34.
2 Ouliv., Lou Cinquantenûâti dou Félibuge, P: 92. Comme je l'ai déjà fait remarquer, cette strophe est bâtie de l'aveu - même de Mistral, sur une chanson de Gilles Durant (15%0-1615):
« Charlotte, si ton âme
Se sent ore allumée
De cette douce flamme
Qui nous force d’aimer, Allons contents,
Allons sur la verdure,
Allons, tandis que dure,
Notre jeune printemps... »
Notons encore le refrain de la Coupo dans Lis Isclo d’ot :
Coupo santo E versanto Vuejo à plèn bord, # Vuejo à bord Lis estrambord.
E l’enavans di fort ! 1
Beaucoup plus rare est la combinaison du vers de six syllabes avec celui de trois. En voici un exemple au début d’une strophe déjà citée :
En Arle, au tèms di Fado, Flourissié:
La rèino Pounsirado Un rousté ! ?
Et voici la combinaison du vers de six syllabes avec celui de trois et aussi de deux: Ve D
Margai de Vau-Meirano,
Trefoulido d'amour,
Davalo dins dans la plano,
Dos ouro davans jour.
En descendènt la colo, È Es folo;
Ai bèu, dis, lou cerca, L'ai manca…
Ai! tout mon cor tremolo 5,
On voit donc que Mistral a su faire du vers de six syllabes l'élément rythmique de plusieurs chansons
1 Zôclo, p. 38. Dans la Rèino Jano la chanson des mariniers (Acte 1v, Sc, 3) est composée en vers de six syllabes, strophe de
4 vers à rimes croisées, le refrain comporte trois vers de six ss
bes, coupés par un vers de quatre.
? Zsclo, p. 86, et plus haut toute la strophe. 8 Zsclo, p. 72.
célèbres, soit en l'employant seul, soit en le combi-
HE
F. F à LES RYTHMES LYRIQUES 141
É- nant avec d’autres Vers, mais surtout avec celui de
| - quatre syllabes. Malgré le peu d’étendue de ces vers ses rimes sont toujours très riches, parce que, sans 74 | doute, il est plus facile de rimer en provençal qu'en : français, mais aussi parce qu'il est un artiste et quil ne se contente pas de l’à-peu-près f,
4 S et 2
Mistral emploie rarement à l'état pur le vers de cinq syllabes; c’est à peine si nous le rencontrons quatre fois dans son œuvre, trois fois dans Lis lsclo d’or, une fois dans Lis Oulivado. |
C'est ou bien une strophe de quatre vers pour indiquer un mouvement d'eau courante :
: S’'entènd pèralin
L’aigo que lalejo
E batarelejo Darrié lou moulin ?.
où bien des strophes de huit vers différemment agen-
4 Citons aussi le chant des Vénitiennes dans Lou Pouèmo déu. Rose (Ch. 1v, 42} en strophes de quatre vers de six syllabes, la rime féminine étant la première et le chant du Troubadour Aufan dans la Rèino Jano (Acte 11, Sc. 3) en strophes de huit vers de six syl- ‘ labes à rimes croisées avec un refrain de quatre octosyllabes à rimes croisées. : & :
pce p- 302.
cés et rimés, qui expriment la joie nuptiale, telles que celle-ci :
Cantèn la nouvieto, Cantèn Marieto, Car fai bon canta Amour et bèuta ; Roso vierginenco, Perlo avignounenco Aro ès lou moumen Déu courounamen 1,
ou la grâce d’un portrait de femme :
O Coumtesso gènto, Estello déu Nord Que la nèu argènto, Qu’Amour frise en or, O fadeto sauro
Que lou regard béu, Coumprene que l’auro Jogue émé toun pèu ?.
er: \
Et dans Lis Oulivado, pour un effet de mélancolie, la strophe est tout entière en rimes féminines :
Quand iéu m’ensouvène De Madamo Lauro,
Me sèmblo que vène Amourous de l’auro :
Despièi que noun trèvo La font de Vau-cluso, La calour i’es grèvo, La roco i’es nuso 3.
CR l
1 Zsclo, p. 452.
# 2Tbid., p. 406. TU Ë 3 Oulio. p. 164.
4 Enfin voici une combinaison que j'ai déjà signalée ‘el * au Chapitre ui, par. 1:
# à Rèino di felibre
De toun gai empèri Assetado au frone
Dins ta cour d'amour, Subre li gelibre, Subre li tempèri, Qu’eslücio o que trone Rèsto en bello imourt.
ch En combinaison Mistral emploie plus souvent le vers », de cinq syllabes, jamais avec l’alexandrin, selon un FE sentiment juste de la mesure non plus qu'avec l'octo- D syllabe, une fois avec le décasyllabe ?, deux fois avec L'heptasyllabe ?, une fois avec.le vers de six syllabes, une fois avec . vers de quatre syllabes, dans le refrain n de la chanson nuptiale de Ranquet, où la strophe, nous - venons de le voir, est en vers de cinq syllabes : A ÿ
= Vaqui perquè,
Vaqui perquè,
Bruno bloundinello, Emé Ranquet Toun amiguet, Fas lou pèd-cauquet !
Vaqui perquè,
Vaqui perquè, Bloundino brunello,
Emé Ranquet
Toun amiguet + Portes lou bouquet.