‹ La Versification de Frédéric MistralChapitre 35 sur 38 · LOU POUËÈMO DOU ROSE · texte numérisé non relu

LOU POUËÈMO DOU ROSE

quatrième syllabe contre une centaine {108 exactement) Coupés à la sixième syllabe ; une demi-douzaine de vers peuvent recevoir indifféremment l’une ou l’autre coupe.

Prenons ensuite Le chant XII, où le poète veut peindre la remontée pénible du Rhône, par un gros temps de mistral, l'effort des chevaux et des charretiers, et ensuite la catastrophe, où s’engloutit le Caburle,heurté pat le bateau à vapeur, catastrophe qui symbolise la fin de la vieille navigation rhodanienne ; nous voyons que pour adapter son rythme à tous ces sentiments pénibles, à cette grande tristesse, Mistral a renversé, inconsciemment sans doute, la proportion du chant I, et qu'ici le nombre des vers coupés à la sixième syllabe est double du nombre des vers coupés à la qua- . trième (236 contre 132), plus seize vers pouvant recevoir l’une ou l’autre coupe.

Remarquons de même que les cinq derniers vers du poème, où Mistral décrit les mariniers, attristés après la catastrophe, qui remontent vers Condrieu, sans rien dire, sont tous coupés à la sixième syllabe.

D'ailleurs, il ne faudrait point croire que ces deux coupes soient les seules ni qu'elles se présentent tou- jours de la même façon. D'abord Mistral ne se gêne

point pour placer une de ces deux coupes à à la pénul- . tième d’un mot terminé par une muette, Ainsi dès le troisième vers de son poème nous lisons :

Es uno raço d’o | me caloussudo.….

où de toute nécessité la coupe doit tomber sur lo de ome,

De même au septième vers :

lé dauron lou cara | ge coume un brounze. ë s 19

Un peu plus loin (p. 6) :

Si gatiha | von au calèu, pèr rire... #

Ce procédé extrêmement fréquent adoucit déjà la sécheresse qu'aurait la coupe toujours identique à la quatrième ou à la sixième syllabe; en dissimulant cette coupe, il donne l'impression d’une variété plus grande.

En outre, ces coupes à la quatrième ou à la sixième syllabe, si elles subsistent presque toujours pour permettre au vers de s'établir harmonieusement, ne sont pas toujours les principales. Qu'on examine ces vers (page 6) :

Condriéu | en aquèu tèms | ero la maire

Di grand patroun | dôu Ro | se. | | Li basôfi Di port de Vieno | | o de la Mulatiero

E Li canut | flaugnard | | de la Crous-Rousso Avèn bèu ié crida | « quiéu de pèu!» | | Eli; Fe Bèn que pourtant | | li braio de basano ù

Fasien ana | | si dono | emai si fiho Coussado e fiero | | autant coume bourgeso.

On verra que sur les cinq premiers vers ilinY en a pas un qui ait la même construction rythmique. Mistral part de ce principe très juste que, dans un long poème qui conserve d’un bout à l’autre la même forme rythmique, on-pourra toujours retrouver à l'oreille le rythme essentiel et que par conséquent toute variété, rom-

Mistral, nous l’avons dit, nest pas le premier à avoir employé cette césure ; les Italiens en avaient usé et Verlaine également, mais de façon plus exceptionnelle. | . Notons aussi{Aëmana, 1911, p. 29) le quatrain suivant de Mistral :

De longo Natu(ro) reparo si perdo,

Lou germe de lon(go) vesèn renadiéu :

Esclamoundo tré(vo) dins la vau de Gerdo, Reviéudon soun ver(be) Perbosc em’ Estiéu..

qui semble écrit en vers de onze syllabes, mais qui en réalité grâce à l’élision qui se produit à la coupe, est écrit en vers de dix syllabes ou plutôt de cinq, dont la moitié seulement sont rimés,

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