‹ La Versification de Frédéric MistralChapitre 36 sur 38 · LOU POUËMO DOU ROSE · texte numérisé non relu

LOU POUËMO DOU ROSE

pant la monotonie, sera une surprise agréable et non point déconcertante. Sur une trame identique il exécute, pour ainsi dire, les broderies rythmiques les plus variées, avec un doigté d'artiste très sûr de son art.

On peut dire d’un mot que Mistral coupe de décasyllabe du Rhône de toutes les façons, sauf une seule : il s'interdit absolument la coupe à la cinquième syllabe, et l’on voit aisément pourquoi. Couper le décasyllabe à la cinquième syllabe, c'est le diviser en deux tronçons égaux, alors que toute l'harmonie du poème mistralien repose sur le balancement de deux tronçons de longueur inégale, dont le pius long précède tantôt et tantôt suit le plus court. Le rythme pair 6+4 ou 4+6 est ennemi du rythme impair 5+5, et c'est pourquoi Mistral s'interdit avec raison ce dernier. D'autre part on a vu plus haut combien Mistral savait user de l’enjambement pour des effets qui ajoutent encore à la variété de son rythme.

En somme. telle quelle, la technique de ce poème est profondément originale, et elle parvient à l'originalité par l'extrême simplicité des moyens. Mais il fallait être bien sûr de la souplesse et de la sûreté de son art pour adopter une forme d'apparence aussi pauvre, aussi monotone et pour.en faire à force d’habileté ce chef- __ d'œuvre technique qui étonne tous les connaisseurs de rythmes. Pre

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