‹ La veuve à la modeChapitre 12 sur 50 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

On a V accent et la note de la pièce. Le réalisme n'est pas précisément d'hier; la Veuve a la mode peut compter parmi ses origines.

L'exposition animée et piquante annonçait une comédie d'action; aussi bien en serait-ce une si Crispin faisait son devoir de valet et prenait hardiment la conduite de l'aventure; mais Crispin n'est pas digne de sa future lignée» Il n'agit pas, il regarde, laisse nonchalamment les choses aller comme il leur plaît, comme elles vont, au hasard, dans la réalité. La comédie (et c'était le dessein de l'auteur) tourne tout de suite à la lan~ terne magique.

Le défilé commence : la veuve d'abord, c'est son droit. Miris (M** Cléon) perd son mari après peu de temps de ménage. Le coup est asseç nouveau pour l'étonner y et V étonne d'autant plus que, veuve sans enfants, elle perd sa fortune en perdant le défunt dont un neveu viendra recueillir l'héritage. Que va-t-elle faire ? Mettre d'abord la main sur tout ce qu'elle pourra. La garde le lui conseille, et la garde est une femme d'expé* rience. Elle sait ce qui se pratique en pareil cas. Petit moyen, dit l'homme d'affaires; épouse f le neveu. Miris commence par seré crier, et cependant elle pense tout bas que le praticien a raison. Elle est jeune, elle est coquette, elle trouve déjà que

le deuil va bien mal, et elle a peur d'être affreuse avec le bandeau.

Les visites se succèdent : celle de la voisine obligeante qui se chargera tout à l'heure défaire disparaître les bijoux et de les garder en dépôt, mais qui commence innocemment par obliger tout le monde à pleurer, en croyant prendre le ton de la circonstance; la visite du monsieur qui n'entre pas, et qui vient, mal à propos, demander, sur la porte du mort, des nouvelles du malade ; celle du monsieur qui entre, mais sans dessein de rester, et s'esquive adroitement par un latfi sentimental :

Sortons! Dans sa douleur, le monde l'incommode!

Au milieu de ces manèges, de ces hypocrisies plus ou moins correctes, de ces bienséances qui prétendent tyranniser les gens et qui ont tort quand elles ne sont que des tyrannies, la servante Béatrix passe par la cuisine, où le pot-aufeu va son train comme à l'ordinaire. Elle en rapporte un bouillon parfumé qu'elle offre à sa maîtresse. Miris a faim sans doute; mais quoi! le chagrin ne peut pas se permettre de manger. En dépit du chagrin, Béatrix insiste. Béatrix d'un côté, de l'autre un bouillon succulent ; Miris va céder à la tentation, quand le monsieur

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